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Full text of "Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique"

ANNALES 



L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 



BELGIOUE. 



TOME SEIZIÈME. 



ANVERS, 

IMPRIMERIE J. E. BUSCHMANN , RUE DES ISRAÉLITES, 

(Imprimeur de l'Académie d'Archéologie de Belgique). 

1859. 



IHEGZnYCENTEK 
LIBRARY 



NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



LE VILLAGE DE VINDERHOUTE 

(flandre-orientale), 
SES DROITS FÉODAUX ET SES LÉGENDES; 



M. Jules HUYTTENS, 

Membre effectif de l'Académie d'Archéologie de Belgique, delà Société des Beaux-Arls et de 
Littérature de Gaud ; de la Commission des Monuments, etc., etc. 



L'étude des archives de la plupart de nos villages offre à riiistorieii 
et à rarchéologue belge une mine féconde à exploiter. Les traces de 
monuments qu'on y retrouve , les droits seigneuriaux , les us et coutumes, 
les légendes enfin, forment autant de sujets d'étude utiles, précieux 
souvent pour l'histoire du pays. 

Nous avons jusqu'ici étudié trente-denx de ces villages flamands , nous 
en avons fait l'histoire , et peut-être ne lira-t-on pas sans intérêt les 
documents relatifs à Vinderhoute, qui commence la série des villages de la 
Flandre-Orientale. 

Le village de Vinderhoute est situé le long du canal de Bruges , et forme 
une île que trois ponts unissent aux villages deMariakerke, de Tronchiennes 
et de Lovendeghem. 11 comprend l'ancienne baronnie de ce nom et a long- 
temps appartenu à l'illustre famille de Gavre. 

L'étymologie du nom de ce village paraît assez certaine , car deux auto- 
rités s'accordent cà lui donner la même origine. MM. De Smet et Willems 
dérivent Vinderhoute , de Vinder et holte ou honte. Les Vinders étaient 
les juges arbitraires dans l'ancienne législation gantoise. 



— 6 — 

Voici les différentes manières dont on a écrit le nom de Vinderhonte et 
les diverses époques où il en est fait mention dans l'histoire : en 967 villa 
de Windreholt, en 11-21 Venderholt, 1 100 Yendcrliod, 1120 Windeiliout; 
Sanderus écrit Vindexhoute. 

Viuj(lr()(ir(ij>hie du village de Vinderhonte doit avoir été autrefois très- 
curieuse : ainsi aux trois ca/es d'aujourd'hui, il faudrait encore en ajouter 
deux autres , fini ne nous sont connues que par les terriers ; deux hras 
de la Lys s'y joignaient. Le premier hras était la vieille Lieve , creusée par 
les Gantois en 1251. Partant de Gand , elle traversait les prairies de 
Wondelghem et d'Everghem, arrivait au Rabot, où était établi un toi ap- 
partenant aux seigneurs de Yinderhoute, et continuait son cours versDarame; 
mais elle coupait deux fois la vieille cale à laquelle elle mêlait ses eaux , 
et qui lui servait de décharge ; les écluses étaient établies , un pou 
au-delà du Rabot actuel , à l'endroit appelé aujourd'hui Den Kom. Cette 
cale se dirigeait ensuite le long du jardin de M. Van Loo, traversait la 
commune de Lovendeghem et arrivait à Vinderhonte, où, prenant le norh 
d(» Onde Wael , elle baignait les murs du château de Vinderhonte et se 
dirigeait de là vers Mérendré. Cette cale ou suite de la Lieve fut rendue 
navigable par suite d'un arrct du magistrat de Gand du 10 mars 
1421 1. 

Le second hras était appelé le s'Gavers Gracht; il en est fait mention 
dans un terrier de 1524. C'était la continuation du Riet Graeht , qui 
traverse les Bonnioijen. Il fut creusé par les Gantois en 1300 et comblé 
en partie par Charles-Quint. 

Cette cale traversait le [h-nnuen Cnuter, arrivait aux étangs de M. Van 
den Hecke-Kervyn , longeait \eDam, arrosait le village de Vinderhonte , 
traversait le Blaimhwjs où se trouve aujourd'hui le château de Monsieur 
Victor Van den Hccke et allait se réunir à la partie canalisée de la 
vieille cale dans les prairies dites Pouck meerschen. 

Nous avons encore le Glrrl, qui fui creusé lors du pi'olongementdu canal 
de Biiiges en 401 3. 

Le canal de Bruges, qui longe Vinderhonte en séparant toutelbisqucl(|ues 

' Mriiiiiiri's (II/ Cil' DiKiiir.x, vol. T. 



7 — 



parcelles du gros du village , fut commencé en 1379 , continué en 1613 et 
achevé en 1758. Le Gleet passe par un syphon sous le canal de Bruges et 
va se jeter dans le canal du Sas *. 

Il est encore fait mention d'une autre cale appelée ^jagr/iers Gracht, aux 
environs des Durme Meerschen. 

Par suite de ce grand nombre de cours d'eau, le village de Vinderhoute 
était périodiquement inondé , ses champs se changeaient en marais et ses 
rues en bourbiers; aujourd'hui, grâce au canal de Schipdonck , nous allons 
être délivrés de ce fléau. 

L'Msfon(/z«e du village de Vinderhoute est très-restreint , et bien que 
ce fût une seigneurie importante , elle ne joue guère de rôle dans l'histoire ; 
les recherches historiques sont d'autant plus difticiles, que les comptes 
de la paroisse et de l'église sont totalement détruits. 

D'après un inventaire fait en 1742, le village de Vinderhoute possédait 
alors de nombreux documents ; ainsi la veuve du greffier Wieme livre à 
son successeur, Jean-François van Ackere : 

1° Dix registres du XVI« siècle. 

2° Quatre registres des années 1602 à 1687 

3° Plus de 51 liasses contenant les comptes de la paroisse , des faits de 
justice, procès, etc. 

Dans une excursion que nous fîmes, M. Van Hoorebeke et moi, aux 
archives de Sommerghem, nous trouvâmes un assez grand nombre de 
registres, mais un seul de la fin du XVl^ siècle. On m'a assuré qu'il y a 
quelques années, on a vendu une grande quantité de papier à la livre, 
renfermant sur Vinderhoute plusieurs renseignements. 

La première fois donc qu'il est fait mention historiquement du village 
de Vinderhoute , ce n'est qu'au règne de Louis XIV , lors de cette guerre si 
désastreuse qui non seulement ruina nos belles provinces , mais réduisit la 
plupart de nos communes à vendre leurs biens communaux ou ecclésias- 
tiques, ou à s'endetter au-dessus de leurs moyens. 

Le bailli de Vinderhoute , Jacques de Brou , sauva par son audace et 



Tentatives faites par iea Gantois pour s'ourrir une communication avec la mer, 
par Am. De Bast. 



— 8 — 

son village et les communes environnantes, de l'incendie et du pillage. 
Voici comment M. Goethals, dans son dictionnaire généalogique, rapporte 
ce tait : « Jacques De Brou , bailli de Vinderhoule , était revêtu de cette 
dignité magistrale, lorsque l'armée française , sous le commandement du 
Dauphin, vint camper aux environs de cette commune. Le Dauphin ordonna 
de mettre le feu aux villages, qui ne payeraient point immédiatement les 
contributions qui leur étaient imposées. Dans l'intérêt des habitants de 
Vinderhoute, qui se trouvaient dans l'impossibilité de réunir dans un 
délai aussi court les sommes nécessaires, le bailli Jacques De Brou se 
rendit <à la tente du Dauphin , qui lui demanda quelle sûreté il avait à lui 
donner; « Monseigneur, répondit le bailli, ma parole d'honneur et de 
gentilhomme. » Par cet acte de dévouement, il sauva non seulement le 
village de Vinderhoute, mais même plusieurs autres. » 

De cette époque à 93, le village de Vinderhoute retomba dans* sa 
tranquillité primitive, et partagea les bons et les mauvais jours de la 
Flandre; à l'époque de la terreur, il servit souvent de refuge à de mal- 
heureux proscrits, qui trouvèrent asile et protection chez le maire du 
village, iM. Charles Ileynssens, lequel plus d'une fois sauva, au péril de ses 
jours, des hommes qui lui étaient totalement inconnus. Ce Nestor des 
bourgmestres vient de s'éteindre à l'âge de 92 ans emportant avec lui 
des regrets universels. 

LISTE DES BAILLIS DE VINDERHOUTE. 

Daniel Van Scoubrouc 1464 

Jacques Van den llanne 148*2 

Geeraerd Claeys 1 502 

Lievin Van Pottelsberghe 4504 

Adrien Huncken 1517 

Pierre Snouc(| 1 554 

Jacques De Brou IBTO 

Jacques De Brou 1715 

Jacques Van Ackere 1716 

Jean Van lliille 1762 

Corneille Van Ackere 1796 



— 9 — 

Le château de Vindeiiioute fut bâti parLievin Van Pottelshergiie, Grand- 
Échanson de Cliarles-Qiiint, en 15-44-. En 18.']0, ce superbe château était 
encore debout; il était bâti sur une île, entouré de la cale ou embran- 
chement de la vieille Lieve ; l'entrée en était défendue par un pont-levis et 
par d'épaisses murailles couronnées de mâchecoulis ; de vastes prairies l'en- 
vironnaient d'une part ; une garenne , puis la héronnière le défendaient des 
vents du nord , de vastes avenues ou drèves entouraient la propriété tout 
entière. 

A l'entrée du château, se trouvait un tilleul magnifique et d'une haute 
antiquité ; c'était là sans doute que les seigneurs rendaient la justice ; au 
reste on trouve de ces vieux arbres dans les environs de tous les châteaux ; 
car tout le monde sait que l'ancienne loi féodale défendait au seigneur de 
tenir sa cour de justice dans un lieu clos, c !n curia serata vel sub tecto 
non licet domino feudali judicio pra^sidere. » 

En entrant au château, à droite, on remarquait les prisons, qui, bien 
que d'un extérieur terrible, ne servii'ent probablement jamais qu'à en- 
fermer quelque ivrogne; car il ne s'y est passé, à ma connaissance, aucun 
de ces drames affreux qui ont si souvent ensanglanté certaines prisons 
féodales, à l'époque dont je parle. J'y ai vu cependant quelques instruments 
de torture; je ne puis dire qui les possède à présent. 

Le château renfermait une chapelle superbement sculptée, un musée 
d'armes et une belle collection de portraits de famille ; lors de la vente des 
meubles du château , les héritiers du comte de Carnin laissèrent vendre à 
l'encan ces reliques de famille, qui toutes réunies ne produisirent qu'une 
centaine de francs; elles servent aujourd'hui de paravents aux anciens 
tenanciers des seigneurs de Vinderhoute. 

Je viens de parler de la héronnière, dont le sobriquet est resté 
aux habitants. « (De Rygers Van Vinderhoute.) » Je n'ai jamais ouï que les 
seigneurs aient pratiqué le noble art de la fauconnerie, c'était plutôt par 
curiosité que pour tont autre motif qu'ils entretenaient cette héronnière; les 
hérons arrivaient ordinairement à la Chandeleur et partaient avec l'hiver ; 
le même bois, ou plutôt le côté sud , était habité par les corbeaux, qui 
sympathisaient parfaitement avec leurs aristocrates voisins. Le droit de 
dénicher les corbeaux était loué deux florins ; tout cela a disparu aujour- 



— 10 — 

(l'hui, lo cliAtoau n'est ni ancien, ni moderne; peu à peu les superbes 
allées disparaissent, et les hérons et les corbeaux ont élu autre part leur 
domicile. 

Je trouve mentionnées à Vinderhoute deux potences : « Galge en put. » 
Mais il n'est guère probable qu'elles aient existé en même temps ou à la 
nunne époque ; ainsi l'une se trouvait aux confins du village du côté de 
Wariakercke, il est l'ait mention dans le terrier de 1G88 de l'endroit où 
elle se trouvait. Cette pièce de terre s'appelle het Galgenhoeksken. La 
seconde se trouvait au milieu du village. 

Malgré toutes mes recherches , je n'ai pu découvrir quand Vin- 
derhoute fut érigé en seigneurie, ni qui en fut le premier seigneur : 
en 1197 elle appartenait à Raze de Gavre, comme il conste d'un acte 
passé à cette époque et qui se trouve cité àa.n?,\e Corpus chrenicorum, 
vol. II, p. 811 *. C'est une donation faite de six journaux de terre à l'ab- 
baye de Ninove, et datée du château de Vinderhoute. 

Il est fait une seconde fois mention d'un seigneur de Vinderhoute 
à propos d'une réclamation adressée à la cour féodale de Termonde en 
1319. Messire Raesse de Gavere se présenta à la cour de Termonde, où il 
demanda audience, et porta à la connaissance de Messeigneurs de ladite 
cour, que feu Messire Raesse, seigneur de Gavre, son grand-père, étant 
allié à Madame Béatrix, sa grand'mère, lui transporta, de sa pleine 
puissance tuut son bien situé dans les paroisses de Vinderhoute et de 
Mérendré avec tous ses ap- et dépendances. Par suite de ce legs, le pre- 
mier nommé Rasse de Gavre exigea du bailli de Termonde Nicolas van 
Overmeere , qu'il l'adhéritàt dudit bien de Vinderhoute et âe Mérendré , 
relevant de la cour féodale de Termonde. Ces lettres d'adhéritement 
desdits biens de Vinderhoute et de Mérendré portent j)our date : le lundi 
le plus proche des fêtes de Pentecôte, l'an 1319. 

Ce fut par alliance que la seigneurie de Vinderhoute entra dans la 
famille des Montmorency-Laval ^ : voici ce que nous trouvons dans 
Minrus : « Beatrix filia Rasonis de Gavre domina de Gavre Vinderhout, 



' Archives de la l'ruvinco, ii" 305. 

' .Mili/ElS, p. hV.), vol. II. — llisloirr <lr la MaixDii ili' MoittiiKirciii-ij 



— 11 — 

Merendré nupsit Guidoni III comiti de Laval in Francia qui anno 1333 
obiit. ^ » Ce Guy de Laval accompagna Philippe-lc-Bel dans son expédi- 
tion contre les Flamands et se trouva à la bataille de Mons-en-Puelle. 
Nous trouvons ensuite un Philippe de Namur, de la famille de Laval , et 
qui était seigneur de Yinderlioute; il défendit la ville de Termonde contre 
les Gantois et fut tué d'une arquebusade, par Jacques Van Der Berst, 
capitaine gantois. Ceci se passait du temps de Louis de Maie en 4 380. - 
Meyer cite un autre seigneur de Vinderhoute , Enguerrand , qui accom- 
pagna le Duc de Brabant dans la guerre qu'il fit contre les Français en l-il7. 
A cette époque, la seigneurie de Vinderhoute fut probablement mise en 
engagère , car nous trouvons cité dans un manuscrit , Messire Guy Tuepin 
comme seigneur de Vinderhoute en 11:28. Il était encore seigneur du même 
village en 1-429 : ceci résulte d'une condamnation ainsi conçue : « de Poorters 
van A'ieupoorf vvorden vrygesteld, van eenighe Toile oïle iregheghelde ie 
te Vinderhute, nopende het vervoor in die prochie van Harwe. Ende 
Mer Guij Tuepin enJan Legier (c'était son fermier des taxes) worden gecon- 
dempneert in de costen , by die van Nieupoort gedaen ut ghegheven te 
Ghendt, den 20 october 1129. » La seigneurie rentra peu à peu dans la 
famille des Laval ; nous trouvons : « Sentencie daer gheuyst was en 
dat den toi die men betaelt up den ivech van Vaerschoot te Wertheke 
toebehoorende den Heere van Gavre, Vinderhoute etc. Ende waren den 
abt ende religieusen van Sente Baefs et ghecondempneert hem te verdra- 
ghe daer in trouble of belet te doen ende zo zy heml. vervorderd hadden. 
Anno 14.48. » Puis « Francoys fils aine du comte de Laval comte de Mont- 
fort, et Sire de Gavre de la Guiercbe de Sonneys et Dacquiny, institué par 
lettre par lui signées et scellées du sceau de ses armes en date du 8 févr. 
1482 pour son Bailli et receveur de sa terre et seigneurie de Vinderhoute 
et de Meerendre le nommé Jacques Van Den Hanne ; nous avons ensuite 
Jean de Laval : Messire Olivier Van Royen , Grand Bailli de la ville et 
Pays de Termonde et semonceur légal des hommes de fiefs, du très 
redouté Seigneur l'Ârchiduc d'Autriche et Comte de Flandre et de sa cour 



' Despars , vol. III, p. \t. 
■ Meyer, vol. 1, p. 311. 



— ]:2 — 

de Teniiomleetc. fait savoir que par (levant eux sont comparus en personne 
Hacqu'inot de Lescluze en qualité de procureur et fondé de pouvoirs , de 
haut et puissant Seigneur Monseigneur Jean de Laval Seig"" de Chateau- 
hriaiit etc. lequel Hacqu'niof confessa, que le prédit Seig"" de Chateaubriant 
de sa libre volonté, avait, et a bien vendu à Noble seigneur Jean de 
Proifij Baron de la Bouve, son fief et seigneurie de Vinderhoute et 
de Merendré avec tous ses droits et appendances, etc. Ledit lief 
tenu du predicl très redouté seigneur de sa cour de Termonde. L'achat 
du susdit fief et seigneurie étant fait, pour et moyennant la somme 
de trois mille couronnes d'or au soleil et huit mille cent livres de Paris 
nu)nnaie de Flandres ; savoir chaque livre de Paris valant 20 gros monnaie 
susdite. Laquelle somme de trois mille couronnes d'or au soleil, le susdit 
vendeur par les susdites lettres de procuration reconnut avoir bien 
reçue dudit Hacquinot de Lescluze, au nom de l'acquéreur. Et pour ce qui 
regarde le restant , savoir huit mille cent livres de Paris , le prédit Hacquinot 
au nom que dessus, a promis de payer fidèlement à Ferry de Gro» etc. 
afin de rembourser certaine rente héréditaire de cinq cent quarante livres 
de Paris reconnue ci-devant au profit de maître Jean de Gros hypotéquée 
sur le susdit fief et seigneurie de Vinderhoute et de Merendré; à condition 
de pouvoir rembourser la même rente, pour la dite somme, sauf aussi 
(|ue le vendeur ses hoirs et successeurs puissent avoir l'autorité de reprendre 
le même fief et seigneurie lorsqu'ils en auraient le loisir etc. Fait et passé 
l'an mil cinq-cent et neuf le vingt-huit avril. » 

Il paraît que peu après la famille ou le même Jean de Laval racheta la 
seigneurie de Vinderhoute, car en 1513 un Jean de Laval la revendit de 
nouveau à Mcssire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, qui en 151 7 
la vendit à Lievin Van Pottelsberghe. Voici la copie de l'acte de vente : 

Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes etc., ayant acheté 
du seigneur de Chateaubriant, le chcâteau, labaronnieet seigneurie de Gavre, 
Velsike, Oordeghem, Moreghem, Vinderhoute et Merendré, avec leurs ap- 
pendances et dépendances etc. considérant les bons et loyaux services , que 
déjà a faits et fait journellement et espérant que fera encoi'e par la suite , le 
bien aime Messire Lievin dePoltelsherifhe, receveur général des Flandres, et 



— 13 — 

autres causes, a celui mouYant etc. El pour IVn récompenser, fut content 
et lui laissa la terre et seigneurie de Vimlerhoute et Merendré, avec leurs 
appartenances et tlépendances ensemble cinq bonnicrs de terre , gisans en 
la paroisse de Leerne , tout tenant en fief du Roi notre Sire. Â savoir 
lesdits Vinderhoiite et Meerendré de sa cour de Termonde et ces cin(( 
bonniers de son château de Gand ; et ce pour la somme de dom-e mille 
livres de quarante gros monnoie de Flandres la livre , qu'il sera tenu de 
payer une fois au dit Monseigneur Jacques de Luxembourg etc. Fait le 
43 juin 1517. 

Messire Charles Baron de La Lainr] seigneur d'Escornay eut procès contre 
Messire Lievin de Potteisberghe , chevalier et Receveur des Âydes de Flan- 
dres , sur ce que ledit seigneur de La Laing , maintenait avoir droit de 
Retrait , et pour reprendre et retraire à titre de proximité du côté du 
S"" de Chateaubriant les terres et seigneuries de yindcrhoiite et Meerendré, 
que ledit Messire Lievin De Pottelsberghe avait en propriété depuis un an , 
pour la somme de douze mille livres de quarante gros la livre , monnaie 
de Flandre etc. Une transaction eut lieu , et il fut résolu que Messire 
Lievin de Pottelsberghe payerait audit seigneur de La Laing , la somme de 
douze cent soixante six livres de quarante gros monnaie de Flandres la 
livre etc. Fait le 3 juillet 1518. 

Ce Lievin van Pottelsberghe resta dès lors sans conteste seigneur de 
Vinderhoute ; bien qu'il ait porté le titre de chevalier , il ne fut créé 
qu'en 1514. « Den derden december 1544quamde keysere Carolus binnen 
Ghendt en lach er vvel een maend , eer hy vertroc maekte hy vier Poorters 
van deze stede tôt Ridders : Adriaen Rets, Gyselbrecht de Gruutere 
Mh. van Exaerde en Francies Van Pottelsberghe heere van Vinderhoute. 
Ce fut par alliance que la seigneurie de Vinderhoute entra dans la famille 
des Woiitei's , qui s'allia à son tour aux Le Poyvre et aux Carnin , famille 
éteinte aujourd'hui. 

Voici les noms des différents seigneurs de Vinderhoute : 

Raze de Gavre H 97 

Rasses de Gavre 1275 

Rasses de Gavre 1319 



_ 14 — 

(iuidd (le Lav;il Montmorency 1.13IÎ 

Philippe de N;inmr Montmorency 1380 

Hector Enguerrand Laval 1417 

Guido Tuepin 1428 

Jean de Laval 1448 

François de Laval 148'2 

Jean de Laval 1502 

Jean de Luxembourg 1513 

Lievin van Pottelsberghe 1517 

P'rançois van Pottelsberghe 1562 

Jean Wonters 1595 

François Wouters 1603 

Jean Wouters 1 61^3 

François Wouters 1708 * 

Guillaume Le Poyvre 1 73() 

Le comte de Carnin 1798 

Le comte de Carnin. . 1830 

Les prérogatives et les droits des seigneurs de Vinderhoute sont com- 
plètement constatés par un acte notarial lait en 1702, et que je possède. 

Le préambule et la première page me manquaient ; mais, g^ràce à M. Van 
Hoorebeke, j'ai pu confronter mon manuscrit avec un acte de dènomlire- 
ment qui est sa propriété, et qui date de 1 160. Je l'ai trouvé en tout con- 
forme au mien. 

« Messire Guillaume seigneur de Qiiienville , chevalier conseiller et 
chambellan de monseigneur le duc de Bourgogne et son bailli de Terinonde 
reconnut et confessa d'avoir reçu le rapport et dénombrement , de la 
très-noble et puissante dame , madame Anne comtesse de Laval, dame de 
Vitry, de Gavere et de Tinteneat, d'un certain fief , dont la tenure s'en 
suit ci-après : c'est le rapport et dénombrement de la terre et seigneurie 
ie Yinderhoiile et de Merendré , et des appartenances et appendances , à 
telle justice, seigneurie , franchises , libertés, droits, prolhts, censés, 
rentes et revenus et enmlumens comme cy après s'ensuit : que Anne com- 
tesse de Laval, dame de Vitry de Gavi'e de Tinteneat, tient en un plein 



— 15 — 

fief et hommage, de très-haut et très-puissant prince et très-redouté 
seigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , de sa maison et cour de 
Termonde. » 

» Premièrement appartient <à la ditte terre et seigneurie de Vinderhoute 
et Meerendré toutes justices, haute moyenne et basse, tonnelieu par terre 
et par eau, Dontmedame est tenue à cause du dit tonnelieu, d'enti'etenir les 
chemins et ponts de Vinderhoute et de Merendré à ses frais. Et appartient 
au dict seigneur tous biens et avoir trouvé , tout droict de confiscations 
comme des Bastarts, et de ceulx qui sont estrangès et doultremer, et aussy 
de ceulx qui par leur fauts, fourffaictures ou délicts , leurs biens doibvent 
confisquer les meileurs catheulx et les biens et avoir estrangers amendes 
de trois livres et en dessoubz et toultes amendes qui appartiennent aulx 
jugemens des hommes de la court féodale de Yinderhaute a scavoir amendes 
de soixante livres, de dix livres et en dessoubs selon le droict de la ditte 
cour et l'exigence du cas et spécialement tout ce que à hault justicier 
appartient et peut et doibt appartenir sans exception quelconque. 

» Et pour la dicte justice ajouuerner et garder au nom du dict seigneur 
appertient à la dicte terre et seigneurie de Yinderhaute et de Meerendré 
et aux appartenances et dépendences ung Bailly et en la seigneurie de 
Yinderhaute deux maires et un messier, a scavoir en la paroiche de Yin- 
derhaute un maire et un massier, et à Belsele qui est en icelluy seigneurie 
de Yinderhaute ex-tendant es paroiches de Everghem et de Lovendeghem 
aussi un maire et y a une vierschaere à Yinderhaute et sept echevins dont 
les trois eschevins sont demeurans en la ditte paroiche de Yinderhaute , 
quattere eschevins sont demeurans au dicte Belsele. 

Item appartient à Meerendré ung maire ung messier et un vierschaere et 
sept eschevins dont les trois eschevins sont demeurans en la paroische de 
Meerendré deux en la paroiche deHansbeke et deux paroische de Landeghem 
tousmanans et demeurans soubs la dicte seigneurie de Meerendré lesquels 
maires des dits seigneuries de Yinderhaute et Meerendré font avecq les 
eschevinsdes héritemens et adhéritements et loix appartenans aux jugements 
des eschevins hors mis les jours de plays généraux de quinsainesetont le 
pouvoir les dicts maires de prendre saysir et arrester de tout cas soit 
criraminel ou civil sans qu'ils puissent délivrer à tels droicts et sallaires 
comme Ion est accoustume de prendre. 



— 16 — 

IttMii appartioiit à la dicte soigutniric de Vindeiiiaule et de Meerendre 
une iKitable court des hommes de fief qui tous prennent leur ressort à la 
cMurt de Vinderliaule appertenant au dit seigneur dont en sont trente cincq 
liels à plain relief et quarante-t|uali'e fiefs à la meilleure des poulie des 
trois années et deux fiefs à demy relief et quand on les vend le dixiesme 
denier relief comme dessus et droict de Caraerlaige et sont yceux fiefs 
gisans et extendans en divers lieux et paroiches dedans le pays et comté 
de Flandres , c'est a savoir es paroisclies de Vinderhaute de Meerendre , 
de Landeghem, de Lovendeghem, de Mariekercke, de Somerghem, de 
Oostwynt'kel, de Ursele, de Tronchiennes, de Wyncle, de Wachtebeke, de 
Aertvelde, de Assenede, de Safielaere, de Heusdene, de Thielt, de Putthem 
et de Ruyslede, ausquels hommes de fiefs appartient la cognoissanceet juge- 
niens a la sentence du Bailly de Vinderhaute ou dudict seigneur de la vie 
et de tous faicts criminels si grand et de quelque condilion quilz soyent 
appartenant a leur judicature et pareillement de touttes choses touchans 
aulx fiefs tenus de ladicte cour en quelque places que yceux fiefs gisent. 

item ont encores lesdicts hommes le pouvoir a la semonce du BaiHy de 
Vinderhoute de juger a Banier ung malfaicteur soit par contumace ou 
aultrement cent ans, cinquante ans, dix ans, trois ans et ung an selon la 
qualité et grandeur du meffaict hors de la seigneurie de Vinderhoute et de 
Meerendre sans plus et sy le Bailliu faut sa demande plus avant de Bannier 
hors de la ditte seigneurie de Vinderhoute et de Meerendre et aussi long 
que le ban dudict seigneur peult et doibt extendre de vuyder de ans soleil 
luissant la paroische ou le ban sera pronunche et dedans trois jours les 
seigneuries dudict seigneur dont il et seigneur et souverain seigneur de 
tous malfaicts et exactions faii tes et per pctrez et esceulx soubs la sei- 
gneurie de Vinderhoute et de Meerendre et ailleurs ou ladicte seigneurie 
sextent 

Item enti'es lesquels fiefs tenus de ladicte court et seigneurie de Vinder- 
houte (jui tout sont gisans dedans le pays compte de Flandres comme dict 
est en y a aulcune qui ont le pouvoir pour leur justice et seigneurie entre- 
tenir gouverner et garder de commettre certains officiers lesquels font loy 
avecq hommes de fiefs eschevins ou tenans detel cas que appartient a leur 
jugement et quant ilz ne peuvent cognoistre de crime le bailly et ces loix 



— 17 — 

(lo Vindcrliaute ou de MeproncIreeuroiU de ce lacni^noissanrr rhascuii selmi 
son ordre, et appartient audict seigneur tous les melieurs cathels de ceuix 
qui transpassent soubs les d' fiefs tenus a ladicte cour de Vindoiiaute. 

Item g'ist es paroisches de Vinderhaute, de Everghem, de Lovendeglieni, 
de Mariekercke, de Tronchienes et de Saffelaere certain nombre de terre 
appertenant à plusieurs personnes la quelle terre est appelle poursuicte 
de iief, c'est a scavoir que ceste terre resortyst soubs plusieurs fiefs tenus 
de laditte cour de Vinderhaute a lung plus a lautre moings et ceste terre 
est franche de rentes, mais son les héritiers de la d' terre et poursuicte de 
fiefs tenus au trespassement de leur chef aussy avant qu'ils resortissent 
audict fief du trespasse chascun selon la qualité et grandeur dont il est 
héritier de payer et destribuer es reliefs des fiefs soubs qui leur poursuicte 
de fief resortissent et toultes les sollemnités des lois appertenant à la ven- 
dage des heritemens et adheriteraens, et tousaultres legalitezde la d* pour- 
suite de fief se fait par le bailly et hommes de fiefs de la court de Vinderhaute 
et en appartient audict seigneur le dixiesnie denier que le vendeur doibt 
payer et le XV*" denier que acheteur doibt payer quand on le vend. 

Item appertient, et prend son ressort a lad' court de Vinderhaute ung 
fief qui est appelle le fief de Albinsvoorde gisant a Belseele et la en tour en 
la paroiche de Everghem, auquel fief appertient un disrae a la valeur de 
trois livres parisis pour chascun an et vingt et un sols parisis en rentes 
heritables que paye douze bonniers de terre appelle cheynslant appertenant 
à plusieurs personnes. 

Item ressortissent audict fiefz de Albinsvoorde douze bonniers d'héri- 
tage et est nomme terre de chevaulx et encores douze aultres bonniers de 
francq héritage appeliez pour suictes et celluy qui est homme de ceste fief 
a au trespas de Iheritier qui doit ycelle rente double rente et le quinsieme 
denier au vendage de douze bonniers de terre appelle cheynslandt et des douze 
bonniers appellee terre de cheval de quelles terres celluy qui est homme 
dudit fief en est maire et peut establir un maire et aluy appertient amen- 
des de deux solz parisis lequel maire faict des heritemens et adheritemens 
par ces tenans des deux parties de terre dessus nommez et peut ledict 
maire saisir les bestes quil trouve dommaigeant les biens desdicts héritiers 
et faire visitations escouaiges des chemins, et quand les tenans desdicts 

25 XVI S 



— 18 — 

(ioiizo l)()iiniers de tVancq héritages en ont fait vendage rie la dite terre ou 
l'en t'ait les solemnitcz de loix par le bailly et lionimes de Vinderhaute et 
en appartient aiidict Seigneur le 7 deniers du vendage desdicts douze 
bonniers de terre qui est francq héritage et poursuicte de fief a scavoir le 
dixiesme deniers et aussy droict de relief, et est en la volunte dudit Seigneur 
au trespas de l'homme de ceste fief de donner ledict fief a quelque personne 
que lui playst moyennant que la personne soit tenant et héritier en les 
douze bonniers de francq héritages et poursuicte de fiefs dessus nommes, 
et est ledict fief tenu de service a la mort a plain relief et vingt sols parisis 
pour le chamhrelaige et quand il est guerre et que les hommes sont tenus 
de servier le comte de Flandres l'homme dudict fief est tenu de servir 
ledict Seigneur a ung cheval aux dépens des tenans dudict douze bonniers 
de terre appelle terre de cheval. 

Item appertient aux hommes de le court de Vinderhaute la cognoiss»nce 
et jugement de tous abus messus et autres mesfaictz perpetreez et faictz, par 
les loix resortisans à la court féodale et vierschaere de Vinderhaute 
et de Meerendre soyent hommes de fiefz eschevins ou tenans et les 
amendes jugeez appeitiennent dudict Seigneur et lesdictz eschevins 
de Vinderhaute et de Meerendre ont la cognoissance et judicature 
aussy avant que la seigneurie jurisdiction et eschevinaiges s'extendent de 
tout cas criminels et civil soit de la vie ou autrement comme le cas requiert 
et le pouvoir de bannir en la semblable manière comme les hommes de fiefs 
de Vinderhaute peuvent faire et aussy ont lesdites eschevins la cognoissance 
de tous autres cas et fourfaictures soit a la requette des partyes et de juger 
amendes de trois livres ou en dessouhs au proffict dudict seigneur. 

Item appartient au jugement desdicts eschevins de Vinderhaute et de 
Meerendre et a chacun a son degré de tous les héritages tenus et resor- 
tissans en chascune seigneurie et eschevinage et pareillement la cognois- 
sance des héritages tenus des subjects et hommes de fiefs dudict seigneur 
a cause de sadicte seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre moyennant 
que lesdicts subjects et hommes de fiefs n'en ont même le pouvoir de 
cognoissance par leur justice. 

Item peut ledict seigneur ou son bailly de Vinderhaute et de Meerendre 
tous serfs bastarts ou gens estiangiers qui son doutre mer a franche de leur 



— lî) — 

l)i('ns estans soiibs lui parmy payant au trespas d'yceuU suubs lailictc sei- 
gneurie au diet seigneur le nielicr cathel. 

Item esquelz seigneuries de Vinderliaute et de Meerendre ledict seigneur 
peut par son Itailly et hommes de lief de la cour de Vinderhaute ensemble les 
Eschevins dechascuneseigneurie faire tenir une fois l'an une souveraine franche 
vérité dedans le quinsiesme jour devant ou après le StI\emy,laquellesouveraine 
francheverite publiera la Eglise de Vinderliautealamesseetalaplace de Belsele 
après medy et y sont tenus de venir tous lesraanans de laditteseigneuriesoubz 
l'amende de trois livres et a lafrance vérité de Meerendre après ce quelle est 
publie par un dimanche a la messe aux églises de Meerendre , de Landeghem 
et de Hansheke, y sont aussy tenus de venir tous les manans et tenans de 
laditte seigneurie de Meerendre soubz l'amende de trois livres exeptez 
tant seulement les tenans de la d.t« seigneurie qui sont manans soubz la 
seigneurie du seigneur de Hansheke, et pareillement sont affranchez les 
manans dudict seigneur de la paroisse et seigneurie de Meerendre , de 
Landeghem et dudit Hansheke, de point aller a la franche vérité de Hans- 
heke , ausquelles souveraines franches vérités on tient enquisition de toutes 
offences mallaicts fourfaictures escheu et perpetreez sous lesd.' seigneu- 
ries depuis les derniers franches veritez dont lors le jugement n'en est 
encouru. 

Item pareillement peut b^dil seigneur tous les ans une fois faire tenir 
par son bailly et hommes de fiefz de Vinderhaute soubs la seigneurie que 
s'extend en la paroisse de Sommergheni appeliez les douze bonniers une 
souveraine franche vérité a la quelle sont tenus par crys d'Eglise a 
Sommerghem , a Waerschoot et a Oostwinkel de venir les mannans et 
tenans dudit seigneur soubz la seigneurie gisans esdits trois paroisses 
sur ram.endc de trois livres, et tout ce que l'on trouve en l'enqueste a la- 
ditte franche vérité soit criminel ou civil appartient a la cognoissance et 
aux ju;.;cmens des hommes de la cour de Vinderhaute et les amendes et 
exploits et proffycts appertiennent audict seigneur. 

Item quand unepersone soit accuse par l'enquestre d'une franche veiité 
tenu par les hommes de fiefz de Vinderhaute et Eschevins dudict Vin- 
derhaute ou de Meerendre soit de crime ou de civil , le bailly peut celluy 
qui est accuse mettre a loy et a justice devant les hommes de fief ou devant 
lesdits Eschevins le(|ur! ijm'iI liiy plaist. 



— 20 — 

Itt'iii iii> [iciivciit iiiiU Si'ii;iiciii's iiy leurs nlliricr-; (1(> par eux tenir iiy 
t'airi' tenir iVaiichc vo ite iiy nulles autres verite> soiib/. la Seiii;iieurie de 
Viinlerhaiite et de Meerendre en nulles places ou ledict seigneur est 
soii(ueuret souvei-ain seipeurny aussy ny prévient prendre cognoissance 
dequ!>l(|uesraitsou offence que sesoyent Eschevins souk laditte seigneurie 
dudict seigneur mais appertienent proinpteinent la cognoissance et juge- 
nuMit aux loix dudict seigneur. 

Item les manans et suhjeets du dict seigneur demeurans es pai'oisses de 
Vindeiliante, de Delsele, de Everghem, de Sommerghem, de Waerschodt, de 
Oostwynkel et aussy ceux de la paroisse de Meerendre, de Landegeni , de 
Hansi)eke y sont fraucq et point tenus daller aux franches vérités que le 
hailly du Vieu (Irocq tient en sa seigneurie de Somerghem et des apperte- 
nances et en autres places la entour. 

Item peut le bailly de Vinderhaute et de Meerendre tenir aunom^du 
dict seigneur soubs chauscunedes seigneuries deVinderhaute et de Meerendre 
cliascun an trois franches plaids appelles en flaniman (jmnve ghediwjheii la 
ou touttes les manans desdits seigneuries par cris d'église sont adjourfies 
et tenus y venir soubz lamende de deux solz parisis et peuvent lesdits subjets 
et manans dudict seigneur sur lun huître faire demande devant la loy et les 
procès demerei' jusquesà la fyn sans aucunes despens. 

Item peut ledit bailly de Vinderhaute et de Meerendre de tous mesfiùts 
et débats escheus et perpètres soubz lesdittes seigneurie et appertenances 
et ajjpendences soyent ci'imiiiels ou civils par jugement des hommes de 
liefs ou des eschevins aussy que le cas le requiert tenir enquestes et vei'ite 
aiqielles vérités journales tous les fois qui luy plaisl soit par plaintes de 
partyes ou aullreuu'nt et contraindi'e par cris d'Eglise dey venir tous ceux 
que du faict scavent a parler et que le bailly y vouldra faire produire pour 
lesdits faicts offenses faire en suyr justice selon l'accusement et grandeur 
du mesfaict. 

Item tous ceulx qui sont justices ou bannes de faits criminels par 
laditte ju-tice dudict seigneur soit par jugement des hommes de bef ou des 
eNrlii\iii- tons leurs binis lieO, héritages meubles et chathels sont confisque 
an pruuicl diulil seigneur aussy avant quils sont soubz la seigneurie de 
Vmlieibiute et de Meeicndre et des appartenances et appeudences. 



— 21 — 

Item ledit seig-rieiir ou son hailly au nom de liiv peut tous bannis hoors 
de sa terre et seigneurie soit par ses hommes de fief ou eschevins rappeller 
et quittei- lediet ban comme l'on a accoustume, et eul\ restituer leurs biens 
conlisque estans ou gisans soubs ledit seigneur. 

Item a ledit seigneur ou son bailly de Vinderbaute et de Meerendre le 
pouvoir de faire justice par jugement des hommes ou des eschevins de 
laditte seigneurie de Vinderbaute et de Meerendre de quelque mesfait que 
se soit perpetreez et commis en laditte seigneurie ou de faire composition 
au malfacteiir de son raalfait et quand un malfacteur soit condemne a 
meurir a la volunte dudict seigneur ou de son bailly ledit Seigneur ou son 
bailly peut quitter la mort et pardonne au malfaicteur sou malfait après 
sentence donne, attendu que tous ceulx qui sont jugées a la mort soit 
par hommes de fief ou Eschevins de Vinderbaute ou de Meerendre on les 
juge et condemne a la volunte et mercy du seigneur tant seulement. 

Item peut le bailly de Vinderbaute et de Meerendre avecq les hommes 
de fief ou Eschevins mettre a question et gehunne un malfaicteur et le 
mettre a justice sans pour cela prendie ne demander congé au bailly de 
Termonde ne d'aultres officiers. 

Item les subjects et mannans de la seigneurie- de Vinderbaute et de 
Meerendre sont tenus lun lautre reprocher de leurs affaires et demandas 
devant la loy dudit seigneur la ou ils sont demeurans, et si ils faisoyent le 
contraire ailleurs ils seroyent jugies en l'amende de tioiï; livres parisis et 
seroit celuy qui l'aurait reproche par esti^ange loy tenu de lui rembourser 
tous les despens. 

Item peult le bailly de Vinderbaute et de Meerendre de tous plais et 
procès qui son en loy soit par poursuicte de partyes ou pour les causes dud' 
seigneur prendre un jour de delay seignourieusement pour une fois de 
chacun procès et ainsi continuer ledit procès jusques au jour de pro- 
chaines plais. 

Item a ledit seigneur la preragative et franchise de faire par son 
bailly et Eschevins tous les ans soubs la seigneurie de Vinderbaute et de 
Meerendre une franche vérité quand les derniers sont surannées aussy de 
faire statuts ordonnances et deffcuces nécessaire pour sadicte seigneur 
et les faire publier pour les entretenir sur telles amendes comme l'on est 



— 22 — 

accoustume, et toutes les amendes qui sont soubs trois livres et en dessus 
deux sols parisis son à la volunte de la loy de les haulcher ou les dimi- 
nuer a leur discrétion selon l'exigence du cas. 

Item les Eschevins de la vierschare de Vinderhaute et les Eschevins 
de la vierschare de Mcerendre et tous les autres loyx tenans et apperte- 
nans a laditte seigneurie de Viiuierhaute et de Meerendre vont a leur chef 
de lov et resortisseiit a la cour féodale de Vinderhaute pardcvant les 
hommes de fief dudict seii,nieur et lesdits hommes de Vinderhaute vont 
a leur chef de loy et resortissent à la court féodale de Tenremonde. 

Item peut le hailly de Vinderhaute et de Meerendre ou les manans de 
chascune seigneurie avecq les Eschevins du lieu tous les ans faire escou- 
aiges deschevins pour plancques fosses banlokes et cloctures estans souhs 
ladicte seigneurie et exploiter et lever les amendes y appertenantes au 
proffyct dudict seigneur. * 

Item peut le bailly de Vinderhaute et de Meerendre aller avecq les 
Eschevins de chacune place quand il luy plaict en laditte seigneurie visiter 
le poix les j)ains do boulengiers les mesures des taverniers de grains et 
de toultes denrées et si auscunes fussent trouves injuste ledit bailly le 
peult par jugement desd.' Eschevins empescher yceulx poix mesures et 
esploiter les amendes y appertenantes sur les coulpables. 

Item apperlient proprement et entièrement àla jurisdiction et cognoissanee 
dudit Seigneur et a ses officiers les cours de toultes les riviers et eaux 
estcndans en laditte seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre sans que 
nul autre y ayt aulcunne cognoissance auxquelles rivires et eaux apper- 
tient audit seigneur et aulcunes de ses hommes feodaulx la pescherie et se 
aulcunes estoient accusez ou trouve d'avoir pesche esdicts rivires ils seroit 
en l'amende de trois livres parisis au proffit dudit seigneur. 

Item appertient au dis seigneur le cognoissance de tous malfait offences 
et delicls faits et pcrpetreez es dit rivires soyent criminaulx ou civils et 
pareillement appertiennent audit seigneur la cognoissance de tous cas 
ciimiiiels ou civil faictes et perpeti'cez sur les chemins estendans esdictes 
seigneuries entièrement, sans (|ue nul aultre y ayt ou peult avoir aulcune 
cognoissanic combien que lesdils iivi)-es ou eliemins s'estendont en 
|ilu>ieurs lieux jniii-eant cl .ileiieoiitre d'autres vasseaiilx ou seigneurs mais 



— 23 — 

entant que lesdits rivires et chemins s'extendent d'un cotte a lencontre du 
Prince et appertient audict seigneur la cognoissance de la moictie desdits 
rivires et chemins et au Prince laultre moitié. 

Item appertient audit seigneur une court des hommes de fief gisans en la 
paroisse de Aertvelde qui resortist a la cour de Vinderhaute dont on tient 
quatorze fiefs et hommaiges et sont appelles iceux fiefs Yunu et hun et est 
chascun Yunu et hun grand deux cens verges gisans en plusieurs places et 
paroisses et doit chascun fief appelles Yunu et hun chascun an de service 
audit seigneur quattre sols parisis et a la mort et quand on vend ledit fief 
aussy quattre solz parisis sans plus, en oultre sont tenus les hommes des- 
dits junu et hun a tenir chascun quattre vasseaux de es faisant meil dont 
le receveur de briefs de Haeltert chacun au mois de mars en prend son 
droict a savoir l'un desdicts vasseuilx , et luy sont tenus de donner tous les 
ans une fois un disner et a ses chiens du chault lait du blan pain et si aul- 
cunes desdicts hommes de fiefs appelle junu et hun suit en deflfault l'exécution 
en appartient au Bailly de Vinderhaute ou a son lieutenant et aux hommes 
desdits junu et hun, et est tenu de chacun junu et hun certain nombre 
d'heritaige appertenant a plusieurs personnes qui payent a cause de leur 
dict héritage tout à la charge dessus dit, et appartient au jugement des 
hommes des junu et hun la cognoissance des heritemens et adheritemens 
et aultres legalitez desdit héritages a cause duquel ledict seigneur doibt 
de service chacun an au prince une pair de gans et un blanche verge 
pelle et prendent lesdits hommes de junu et hun leur ressort aux hommes 
de la court de Vinderhaute comme a leur chef lieu. 

Item peuvent les sujets dudict seigneur de sa dicte seigneurie de 
Vinderhaute et de Meerendre eux mètre a purge pardevant sesdits bailly et 
eschevins d'illecq de tous cas criminel ou civil a scavoir que ilz se peuvent 
mettre en la main de justice dudit seigneur et eux purger par certains 
jours lesquels on doibt publier par crys d'église , publiquement selon la 
coustume et se lesdits subjects toutes les solemnitez et journées de le purge 
entreutenne soyent trouvé innocens de leur cas que on leur imposoit et 
que ils soyent de ce déclarez et adjugées quitte ils doibvent de ce demeur 
a tous jours quitte. 

Item appartient audict seigneur a cause de sadite seigneurie de Vinder- 



— 21 — 

hiitile la pessclierye en la rivire appelle le lionne qui court de Gand ;V 
Daniiue aussi avant qu'elle s'extend en la seigneurie de Vinderhaute et ap- 
pt'ilifiit a la cognoissance du Bailly et Eschevins de Vinderhaute 
de tous cas criminel et civil laicts et perpétrez en ladicte rivire aussy 
avant que ladicte rivire s'extend en laditte seigneurie de Vinderhaute. 

Iteiu a ledit seigneur en la paroisse de Vinderhaute et de Meerendre 
francq moulage la ou tous les subjectsduditseigneur sont tenus de mouldre 
leurs grains chascun sur l'amende de trois livres parisis et le sac et les 
grains fourfaicts au proffict dudict seigneur. 

Idem a ledit seigneur soub lad" seigneurie de Vinderhaute et de Mee- 
rendre franche garenne de conyns, lièvres, pertries et des oyseaulx de 
rivire et si aucunes fussent accusse davoir prins conyns , lièvres , pertries 
ou oyseaulx de rivire, il seroit en l'amende a scavoir de conyns , . lièvres , 
et pertries de trois livres parisis et de oyseaux de rivire en iamendff de 
dix sols parisis. 

Item appertieiit la franchise aud' signeur qu'il peut a son plaisier mettre 
et ('slal)lir soubs les seigneuries de Vinderhaute et de Meerendre et les 
iilipertenance moulyns soit a vent ou a eau moullant graines ou oylle. 

Item contient ledit fief de Vinderhaute et de Meerendre un grandeur 
dedans coniprins la court de Vinderhaute fosses motes terres prêts pastures 
bois eaux inoras et rivires, cinquante bonniers dheritage ou environ. Item 
en bruyères et ostines cincquante bonniers ou environ. 

Item appartient audict seigneur a cause de la dicte cour de Vinderhaute 
et de Meerendre certaines mouturies cest a scavoir la moictie des fruits 
de sept bonniers et demy dheritage, item le quart des prolficts de dix bon- 
niers trois cens cincquante verges de terre appelle la quatriesme garbe et 
la cincquiesme part des fruicts et trois bonniers et demy de terre appelle la 
cincquiesme garbe et sont tenus les gens qui tiennent la terre de la qua- 
triesme et cincquiesme garbe la part dudict seigneur des fruicts venants 
des dits terres délivrer en la grange de la court de Vinderhaute avant qu'ils 
puissent leurs fruicts mouvoir des camps. 

Item appertient aud' seigneur la moictie des fruicts de environ dix 
Mif sures de prêts a Meerendre gisans en la Praire de fourkmeersch dont 
ceux fini b'N tiennent son tenus la part dudit seigneur de faulf|uer et 



— 25 — 

fener a leurs despens et la moitié d'yceliiy seigneur délivrer a la court de 
Vinderhaute sans les despens dudit seigneur avant iju'ils puissent leur 
moitié mouvoir des prêts et le dit seigneur est tenu de donner aux chartons 
a manger et a leurs chevaulx de l'avoinne. 

Item appertient audit seigneur a cause de sa ditte seigneurie de Vinder- 
haute et rentes en deniers escheant a la S^ Remy vingt et un livres sept 
sols Parisis, item aveq lad« rente audit St Remy six vingt et une poulie 
et demy et un cappon. 

Item audit Vinderhaute au Noël cent trente spend et le quint d'un spent 
et est brey item audit Noël a Vinderhaute treize rasiers de molle avoine 
ajipelle wilde retitie. 

Item a la recepte dudit Vinderhaute a la St Remy cinquante livres dont 
la cour est une court et terroir gisant à Waerschoot apresent appertenant 
au cloistre de Waerschoot. 

Item a la dicte recepte du dit Vinderhaute a la St Remy cincquante trois 
sols Parisis sur le fief de Madame Isaheau de Gistelle gisans à Wachtebeke. 

Item à Oostwynckel rentes en deniers dix sols parisis. 

Item appartient audit seigneur a censé de sa seigneurie de Vinderhaute 
rentes en deniers, escheans au St Remy a Relsele en la paroisse deEver- 
gheni dix livres sols parisis. 

Item rentesdedeniersaudit Relsele appelle Y^'' Reelen renteàlaSt Martyn 
cincq livres et quand l'on vend de héritage qui paye laditte rente appelle Jo'" 
Beelen rente le quinziesme deniers et appertient a cause de son fief qu'il 
tient de la cour de Vinderhaute et en fait on les héritements par la maire 
dudit et les Echevins dudit seigneur audit Belsele. 

Item appertient audit seign"^ audit Belsele rentes en deniers au Noël sept 
livres cincq sols parisis. 

Item avecq laditte rente cincq poulies deux muys sept rasiers et trois 
quartiers d'avoine et onze rasiers et trois quartiers de bled. 

Item pour l'octroy du moulaige du moulin au vend audit Belsele douze 
rasiers de bled et du molin au vend faisant oylle tiois lots d'oylle. 

Item appartient audit seigneur a cause de sa seigneurie de Meerendre 
rentes en deniers en la paroisse de Meerendre escheans a plusieurs termes 
qnarante-huict livres dix-sept sols tiois deniers ob et noeuf poulies. 



— 26 — 

Item audit Meereiulre au Noël viugt mues cinc(i rasiers, six couppes 
et (lemy mtdle avoine petite mesure dont les deux rasiers font une 
rasière mesure du lieu. 

Item audit Moerendre avecq iaditte avoine encores sept muys une rasiere 
et domy molle avoine dont les cineq rasiers font deux rasieres mesure du 
lieu et trois muys cincii rasieres cincq couppes et demy d'orge. 

Item appai'ticnt audit seigneur a cause de Iaditte seigneurie rentes en 
deniers en la paroisse de Landegliem qui est soubs ladicte seigneurie de 
Meerendre escheans a plusieurs fermes seize livres sept sols deux deniers 
et trois poulies. 

item liuict muys six rasieres et sept couppes et demy molle avoine pelitte 
mesure comme dessus. 

Item deux muys six rasiere et deux couppes dorge et neuf muys dix 
rasiere et trois coupes de broy. . 

Item appertient audit seigneur a cause de ladicte seigneurie de Mee- 
rendre en la paroisse de Hansbeke qui est de la seigneurie de Meerendre 
rentes en derniers a la St-Remy sept livres quinze solz deux deniers 
parisis et trente quatre poulies et trois cappons. 

Item noeufsols au Noël et est appelle argent dofferande, item audit 
Nnel huit couppes et demy et le quart de couppe et la deuxiesme part de 
couppe de molle avoine petitte mesure, item six rasieres et une couppe et 
demy dorge item audit Noël douze rasieres de bled que doiht... a cause 
de rente audit Hansbeke appelle quatriosme garbe. 

item appertient audit seigneur soubs la seigneurie des d(ui/.e bonniers 
a Sommerghem et la entour rente en deniers escheant a la St Remy et 
au Noël trente deux sols noeuf deniers item douze rasieres de molle avoine 
petitte mesure. 

Item sont les subjects de Vinderhaute et de Meerendree tenus 
audit seigneur à corrouees et débites comme au temps passe l'on est 
accoustume. 

Item peut ledit seigneur commettre et establir sur ladicte seigneurie de 
Vinderhaute et de Meerendre un rocepveur et un dercq pour la court des 
hommes et les Kschevins. 

Item sont tenus de ladicte seigneum; ilc Viiiderliaulc plusicuirs places de 



— 27 — 

terres gisans en la paroisse de Tliieit, de Waerschoodt, de Sleydini;he, de 
Oost-Eecloo, de Mariakerke , de Troncheenes et de Saffelaere sonbz laquelle 
terre et places ledit seigneur a telle liaulteur prorogative et seigneurie 
comme il a en sa seigneurie de Vinderhaute et s'en font les loixet adherite- 
mens par le loy de Vinderhaute, et de tous les héritages gisans soubs la 
seigneurie de Vinderhaute et de Meerendre et es places dessus nommes 
appertient audit seigneur quand on les vend le dixiesme denier de service 
de vendaige et de tant que les héritages gisent en la seigneurie de Vinder- 
haute appertient audict seigneur de fourmouture au trespas de l'héritage 
donhle rente a payer dedans quinze jours après les trespas de Iheritier 
sous l'amende de trois livres. 

Item appertient audict seigneur la moitié du passage au bacq et flote 
de Vinderhaute au lez et cotte de Vinderhaute et lui appertient aussy 
entièrement le passaige et tonllieu de Westbeke et si aucuns sefforcoint 
de nos vouloir payer le droict accoustumes audits deux passaiges il seroit 
en l'amende de trois livres et a chascun passaige doibt une personne une 
maille et une personne a cheval quattre maille pour le droict dudit passaige. 

Item peult le Bailly dudit Vinderhaute et Meerendre et les hommes 
de fief de la court dudict seigneur ou les Eschevins desdits seigneuries 
chacun de sou degré touttes les fois que débat est entre partyes soubs 
lesdits seigneuries prendre treffues de quinze jours et si aulcunes desdits 
partyes ne goudessit de donner les treffues ils seroient tenus de lamende 
de trois livres par jugement des eschevins et par jugement des hommes 
en lamende de soisante livres et les treffues demeureront ferme et 
estable et si la paix n'en fesist dedans lesdits quinze jours on prendroit 
aultres treffues par trois quinziesmes et après par trois dix sept 
sepmaines et ainsi avant on les metterait en trêves anuelles laquelle 
seigneui'ie de Vinderhaute et Meerendre, en la manière comme dessus est 
declairez je Guillaume le Poyvre fils de Guilliaume Esquier causa uxoris 
Isabelle Thérèse Woutes fil de Philippe Franchois esquier seigneur dudit 
Vinderhaute et Merendre audict lieu mon beau père confesse de tenir en 
plain fief et hommage de notre susdict souverain seigneur et prince sa 
majesté catholicque comme compte de Flandres de sa dit maison et cour de 
Tcnremonde estant ledit (ief et seigneurie oblige a fov hommage et service 



lie IdvaiitP o[ a plaiii irlicf de dix livivs jiarisis d viiiyt sols parisis de 
chambrelage a la mort et (juaiid on le veut aiissy pour relief de dix livres de 
chanibralaiie et vingt sols son plus le tout soubs protestation ordinaire et 
sans estre reprins si plus ou moins audit lief et seigneurie appartcnoit etde 
laugnienter ou corriger selon deroist et au jugement des hommes de fief 
de laditte court, et témoin de quoy avons signe ceste et selle de nostre sel ce 
viiicgt sisiesme juin mil sept cent huit : et estoit signe Guilliame le Popre 
daer op gedruckt stont een cachet in roode lacke in kennisse der waerheyt 
is dese by den bailliu gesegeldt en de greff'' ond' actum ut supia. » Ende 
was onderteekent D. Pauwelaert. » 

Vinderhoute est aujourd'hui bien dérlm de son ancienne splendeur. II 
forme un des plus petits villages de la Flandre et sa population n'était en 
1.S58 que de 610 habitants. 

(lomme, presque toujours , chaque village n'a eu propremetit de 
position civile qu'cà dater de la fondation de son église , celle de 
Vinderhoute remonte à une haute antiquité. Mirœus et surtout le cartulaire 
de St-Bavon , commencé par M. Serrure, et qui n'a jamais été publié, 
ainsi que l'histoire de l'abbaye de Sl-Bavon de M. Van Lokeren , nous 
donnent sur ce point les indications l(>s plus intéressantes. 

On trouve dans une charte par laquelle le roi Lothaire confirme , à la 
prière du comte Baudouin et de l'abbé Womars les possessions de l'abbaye 
de St-Bavon , ces mots : hi villa Wiiiderholt œcclesia cum manso. Cette 
charte est du 9 mai 967 ; elle fut donnée dans la cité d'Arras (l'ancien 
Nobiliacum.) 

Dans le même ouvrage de M. Van Lokeren : une lettre d'Olbebald, abbé de 
St.-Bavon, à Otgive, femme du comte Baudouin iV, dans laquelle, et d'après 
les ordres de cette princesse, il fait l'énumération des saints dont les corps 
reposent à l'abbaye, ainsi que celle des différents biens que le monastère pos- 
sédait à cette époque, ou de ceux qui lui avaient été enlevés : cette 
charte est de l'an 1019 à 1034. Et in pago Gandense in Vinderholt 
rcdeyia una. 

Puis Lambert, évoque de Toui'uay, accorde à l'abbaye de St.-Bavon le 
patronage des Eglises de Haspere, et(". , de Vindcrhotit l'an 11:21. 

Le PapeA diieu IVcontirnu^ les pos^es'^ions de l'abbaye de St.-Bavon, et 



— 29 — 

(^iiti'P aiitiTs cello des vinjit-quatre autels exempts de tout persniint, nous 
y trouvons allare de Vinderholt l'an 1156. 

Le Pape Alexandre III confirme à l'abhaye de St.-Bavon la possession de 
diOerents privilèges et d'un grand nombre d'autels: Alture de Vinderliort, 
l'an 1170. 

Dans la liste des noms de ceux qui pereevaient les rentes et les revenus 
de l'abbaye de St.-Bavon, avec l'indication de leur nature, du mode de leur 
perception, et des individus qui étaient tenus de les payer, nous voyons que 
vers l'an 1 1!20 c'était un certain Boindin de Mère qui était receveur pour 
le village de Winderhout. 

L'église que l'on vient d'abattre éta'vt à une seule nef et de construction 
moderne, elle était consacrée à St.-Bavon, patron du village. 

Grâce au bourgmestre et aux soins de M. le curé Van Laere , à 
qui je me plais de rendre toute justice, nous n'avons pas ici à regretter ces 
actes de vandalisme qui ont allligé depuis quelque temps nos prineipales 
églises, ces actes que du temps de la première République on appelait 
sacrilège, profanation, et qu'aujourd'hui , notre siècle plus indulgent qua- 
lifie du nom honnête de nécessité ; je veux parler de ces bris de pierres 
tumulaires , de ces ventes scandaleuses, qui mettent à l'encan, et le 
souvenir de nos pères et bien souvent le nom du fondateur et du bientaiteur 
de l'Église ; ici tout a été conservé avec un soin religieux et tel que l'exige 
la mémoire de ceux qui ne sont plus. 

Autrefois il y avait au milieu de l'église, un monument sépulcral magni- 
fi({ue, dont il ne reste plus que le souvenir; il fut abattu pour faire place à 
une chaire; le casque ainsi que les éperons qui étaient sur le tombeau ont 
été retrouvés et sont conservés religieusement à la cure. 

Le nombre des pierres tumulaires estasse?, considérable ; les plus remar- 
quables sont celles • de la famille Wouters, le Poyvre, Carnin , d'un 
membre de la famille Zoete et de son épouse Catherine Van Borsselle de l'an- 
née 1562, une autre du curé de Vinderhoute, Guislain Ringoet, de l'année 
1HG7. Parmi les modernes, on remarque celle de messire Gaspard Borluut et 
et le monument consacré à la mémoire de M. Vande W^oestyne, d'un beau 
travail et dû au ciseau de M. Simonis. 

Outre l'église, il y avait autreroi> à Vinderhoute un hôpital et probable- 



— 80 — 

mont une riiijiollc y attenante ; le terrier de 152-4 en tait mention à la 
page xliij : « Eene partye land s'up beede de utganghen van den siecker- 
lieden liid, do straet zoo men ryt naer Brugghe, etc. » Effectivement ces 
denx cluMiiins existent encore. Comment et par quelles circonstances, cet 
hôpital a-t-il (Hé coiistriiit"!' nous l'iiinorons complètement ; seulement on y a 
découvert à diverses reprises des ossements humains : cet endi'oit s'appelle 
de II End. 

Si nous en jugeons d'après les terriers, l'église de Vinderhoute était autre- 
fois très-riche et percevait de beaux revenus ; ces biens, quoique restreints 
aujourd'hui , ne sont pas encore sans valeur. Ce fut du temps de Louis XIV 
que les principales propriétés de l'église furent vendues , et voici à quelle 
occasion : Le curé de Vinderhoute, fuyant le mauvais vouloir des soldats 
français, venait de temps à autre et en cachette visiter ses ouailles ; un 
parti hostile au curé résolut de le perdre, et se mit d'accord avec des 
soldats français et des Reitres allemands, et leur promit de livrer le 
pasteur <à la première occasion favorable; or, par une nuit obscure, le 
curé étant venu visiter son église, les traîtres se rendirent en toutf h.àte, 
au canal de Bruges, le côté opposé était occupé par les ennemis, et ils 
prononcèrent ces mots de trahison dont le souvenir est encore conservé : 
« De bruyt is maegd gewoorden. >> Le curé fut pris et transporté à 
l'Écluse, et fut racheté par le village , et c'est <à cette occasion que l'on 
vendit les biens de l'église. 

il est naturel qu'après avoir parlé de l'église, et en avoir décrit toutes 
les péripéties, nous parlions de ses ministres ; voici comment P. DeJonghe 
dans son Getilsche Ceschiedenis , et dans un manuscrit ou augmentation 
et suite du P. De Jonghe que je possède, lelate l'histoire d'un curé de 
Vinderhoute, nommé Gillis de Meyer. 

En mars l^OS, selon de Jonghe, et le IT) juillet selon mou Mss., fut 
arrêté (op het Niewhindt) le curé de Vindeihoule, Cille de Meyer, avec 
quatre do ses complices, pour cause d'héiésie et pour avoir tenu des 
conciliabules. Le 3 avril le curé de Vinderhoute, revêtu de ses habits 
sacerdotaux, fut amené par ordre de l'évêque do Tournay , devant un conseil 
d'ecclésiastiques; on lui coupa d'abord un peu de ses cheveux, puis on 
lui gratta la peau des doigts avec un couteau d'argent, et lui arrachant 



— al- 
lés vêtements sacerdotaux, on prononça ces mots : " Exiio tilii vestoni 
justilise quani volens abjecisti. » A quoi il répondit d'une voix haute et 
ferme , de manière à être entendu de tous ceux qui se trouvaient dans la 
salle, car ceci se passait à huis-clos : « Imo vestem injustitiae. » Après ce 
jugement il fut mené au château des comtes, où le lendemain on lui lut 
sa sentence qui le condamnait à être pendu. 

Mais les soldats Espagnols, après l'avoir extrait de la prison , l'ayant 
cruellement lié et bâillonné, trouvèrent que la sentence était trop douce , 
et alléguant les décrets de l'Empereur, ils le traînèrent à la place de 
Ste.-Pharailde ; chemin faisant, le Mestre del campo lui porta au visage 
un coup si violent, que le sang lui découlait de toute la ligure, puis ils 
l'enfermèrent dans une maisonnette , faite de fagots de bois et qu'ils rédui- 
sirent en cendres : ces faits se passaient le 4 avril 1568. 

LISTE DES CURÉS DE VINDERHOUTE. 

Ghislain Ringoet. . . . 1362 

Lievin Roelins 1 502 

GilledeMeyer 1568 

Van Pouckes 1 685 

Van Butsele 1702 

De Vylder 17i)8 



TRADITIONS, SOUVENIRS, LÉGENDES. 

Comme presque tous les villages de la Flandre , Vinderhoute a conservé 
des souvenirs des chevaliers du Temple. Au confluent de la vieille Lieve, 
de la cale et d'un cours d'eau dont j'ignore le nom, se trouve une 
élévation, ou ce que nous nommons en flamand (eene motte), admirable- 
ment située pour la défense. Je n'ai trouvé nulles traces du château 
qu'on prétend y avoir existé; cependant il m'a été assuré, par des per- 
sonnes dignes de foi , qu'il n'y a guère longtemps, un en voyait encore de^ 



— 82 — 

tr;irrs. Dans les terriers que j'ai ronsnltés, je n'en ai trouvé aiiciuie 
mention; il est vrai que le plus ancien ne date que de 1524; or si ce 
cliAteau a existé, il aura probablement subi le même sort que tous les biens 
de l'onlre, lors de sa suppression. 

On ilistini;ue très-bien les fossés aujourd'hui couverts de joncs, que 
l'on perce facilement et qui sont d'une grande profondeur; l'endroit où 
était situé ce château s'appelle « den dooden Man. » A côté se trouvait un 
petit bois, qui seul a conservé le souvenir de ces hommes bardés de fer; 
ce petit bois se nommait « den yzeren Man. » 

Comme tous les vieux chfiteaux, celui de Vinderhoute est célèl)re par 
ses revenants; entre différentes traditions, j'en rapporte une qui m'a paru 
la plus curieuse. Un seigneur de Vinderhoute, voyant sa fin approcher, 
a>sembla tous ses enfants et leur fit jurer, sur le salut de leur <àme, 
d'accomplir le vœu qu'il allait faire ; les enfants l'ayant juré , il se "fit a]iporter 
un sac de grain et le précipitant dans les fossés du château , il leur 
ordonna de faire dire autant de messes , pour le salut de son âme , que le 
sac renfermait de grains; les enffints firent dire tous les jour? une 
messe, les successeurs en firent de même , mais ayant été négligé , peu-à- 
peu, le vœu tomba en désuétude et on finit par l'oublier. Aussitôt il ne fut 
bruit dans le village que de ce qu'on avait vu une voiture attelée de six 
chevaux blancs, dont les yeux lançaient des éclairs et qui parcouraient au 
galop la longue allée de chênes, qu'arrivés au château, les portes s'étaient 
ouvertes avec fracas; le seigneur descendait de son carrosse antique et 
après s'être promené en long et en large, il prononçait un discours en 
une langue inconnue, et aus>itôt un prêtre venait y dire la messe : les 
possesseurs du château, ayant oui la chose, remirent en vigueur le vœu de 
leur ancêtre et fondéient à perpétuité une messe qui se dit encore tous 
les jeudis. 

Au bout d'une des allées du château se trouve une chapelle dite de Ste.- 
Anne. Voici l'origine qu'on attribue à sa fondation : l'union d'un des 
seio-neuis de Vinderhoute restait stérile, et le noble seigneur vovait 
avec chagrin sa maison sur le point de s'éteindre. Dans sa douleur, il 
résolut de s'adresser au dispensateur de tout bien , et selon le goût de 
répo(iue il fit le voni suivant : « Si Dieu m'accorde le bonheur d'avoir 



— 33 — 

des enfants, je promets de les lui consacrer et de les haltiller, pendant 
l'espace de sept ans, si c'est un mâle en récollet et si c'est une fille en 
religieuse, de plus de bâtir une chapelle en l'honneur de Ste.-Anne et d'y 
exposer leurs poi'traits. » Ce vœu fut exaucé et Dieu donna au Seigneur 
de Vinderhoute un fils et une fdle; sa promesse fut tenue et les portraits 
des enfans décorent aujourd'hui encore les murs de l'église. 

Voici la seconde tradition : Le seigneur de Vinderhoute avait un fils 
aveugle. Un jour qu'il se promenait avec lui dans sa garenne, l'enfant 
s'arrêta tout à coup et fit remarquer à son père qu'il voyait un chevalier 
tout habillé de blanc ; le père s'arrête , regarde , ne voit rien : l'enfant 
avilit recouvré la vue ; en mémoire de ce miracle il bâtit une chapelle, 
qu'il consacra à Ste.-Anne, et l'orna des portraits de son fils et de sa fille. 

Le village de Vinderhoute est très-pauvre en objets d'art ou de curiosité. 
La seule chose remarquable est la maison qui servit , lors de la construc- 
tion du château, à abriter les ouvriers. Ce bâtiment est très-grossièrement 
construit; il repose sur six chênes massifs, les arbres ont jusqu'à deux 
pieds de largeur, sur un d'épaisseur ; la largeur totale du bâtiment est de 
vingt-neuf pieds , sur quarante-neuf de longueur. 

La toiture est surtout remarquable par son extrême solidité. La maison 
se compose de deux énormes chambres, deux foyers de huit pieds de 
largeur sont en pierre de taille, ornés de têtes de lion grossièrement 
sculptées. 



SS XVI 



RAPPORT 



fait par M. DIEGERICK, membre de l'Académie, sur la Notice 
qui précède. 



Après avoir examiné, la Notice historique sur le village de Vinderhoute, 
par iM. J. IluYTTENS, je pense que ce travail, qui prouve de la part 
de son auteur des recherches consciencieuses et étendues , paraîtra a\'^n- 
lageusement dans les Annales de l'Académie. 

« L'étude de l'histoire de la plupart des villages du pays, dit 
» M. Huyttens, oflVe à l'historien et à l'archéologue une mine féconde à 
n exploiter. » Partant de ce principe, M. Huyttens nous apprend qu'il a 
étudié jusqu'ici trente-deux villages de la Flandre-Orientale, et commence, 
par la notice sur Vinderhoute, la série qu'il se propose de publier. 

Après avoir indiqué la position de ce village, l'auteur en donne l'étymo- 
logie (Ui nom, et indique la manière dont il s'est ortographié aux diverses 
époques, à commencer de l'an 967. — Passant ensuite à la description 
hydrographique de ce village, il nous fait connaître les différentes cales, 
canaux, etc., qui coupent et qui limitent son territoire. 

Kii racontant l'iiistore du village, il nous fait connaître un beau trait 
du bailli Jacques de Brou qui sauva la seigneurie et les communes 
environnantes, do l'incendie et du pillage ordonnés par le Dauphin (jui 
cdniiiiaiidait Tarmée de Louis XIV. 

L'auteur nous donne ensuite la liste des baillis depuis liOi : puis 
passant à l'historique du château il nous fait connaître les dilïérentes 



— 35 — 

familles qui en furent successivement propriétaires, à commencer de Rase 
(le Gavre(l 197) jusqu'au comte de Gamin (1830). La liste de ces seigneurs 
est suivie d'un document excessivement intéressant, contenant les préro- 
e'atives et les droits des seiîrneurs de ce villa2,'e. » 

Passant ensuite à l'historique de rép,lise, M. Huyttens nous indique les 
diverses chartes qui eh font mention et dont la plus ancienne remonte à 
Tan 967. 11 nous fait connaître les divers monuments, les diverses pierres 
tumulaires qui ornent encore et qui jadis ont orné ce temple ; nous parle 
ensuite de ses ministres , des persécutions que quelques-uns d'entre eux 
ont éprouvées de la part des troupes françaises, sous Louis XIV; de 
l'apostasie d'un autre de ces ministres qui fut brûlé à Gand en 1568. Il 
finit enfin cette partie par la liste des curés de Vinderhoute de 136'2 à 
1768, liste malheureusement très-incomplète. 

Enfin M. Huyttens termine son travail intéressant par un chapitre qui 
n'est pas des moins curieux , et qui porte pour titre : Traditions , souve- 
nirs, légendes. 

Je pense donc, comme je viens de le dire, que cette notice mérite à plus 
d'un titre de trouver place parmi les publications de l'Académie et j'en 
propose l'impression. 



FXTRUTS 



D UN 



ANCIEN ORDINAIRE 

QUI PRESCRIT 

les Ornements, Reliquaires, Draperies, Vêtements et autres objets 
du culte dont on doit se servir pour toutes les fêtes de l'année , 

DANS UNE ÉGLISE AU XVIe SIÈCLE , 

PAR ♦ 

M. Alexandre SCHAEPKENS, 

Membre corrcspnndant de 1" Académie, chevalier de l'ordre de la Coiirouoe de chêne. 

^ LITURGIE. 



De nos jours la liturgie et tout ce qui a rapport au culte dans 
nos anciennes églises sont étudiés avec soin. Les l'ccherclies les plus 
minutieuses sont faites pour connaître tout ce qui composait l'ameublement 
et l'oiuementation des églises au moyen âge; on s'intéresse aux moindres 
détails, on dessine, on publie tout ce qui nous reste dans ce genre, 
les amateurs collectionnent les instruments du culte qui offrent un 
caractère, les artistes s'en inspirent et les industriels les copient; culin 
rien qui révélo une pensée ou un souvenir du passé n'est dédaigné dans 
les ivclioclics de l'intelligence curieuse. 

En effet Tart et l'industrie ont produit des trésors dans nos anciens 
édifices religieux ; mais il ne nous reste, pour ainsi dire, que des débris 
de ces ricbesses qui sont d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares. 



— 2,7 — 

Beaucoup d'objet ayant servi au culte ne nous sont plus connus que de nom ; 
d'autres, dont il ne nous reste que quelques rares spécimens , ne laissent 
pas deviner quel en était l'usage, ce qui crée des difficultés aux artistes ou 
savants qui analysent ces ouvrages et qui cherchent à expliquer la pensée 
dont s'est inspiré l'auteur. Il nous semble donc qu'il est utile de faire con- 
naître les catalogues des anciens trésors , les céréraoniaux, ou tous autres 
documents qui traitent de la décoration des lieux consacrées au culte, où 
tout ce qui servait journellement ou à certaines époques de l'année est 
désigné ou prescrit pour chaque fête que l'Eglise célèbre. 

Dans ce but nous donnerons ici quelques extraits d'un ordinaire, 
manuscrit, qui servait pour le service religieux de toute l'année à 
l'ancienne collégiale de Saint-Servais , à Maestricht. 

Nous avons extrait et traduit du texte original de ce manuscrit les 
paragraphes les plus intéressants, dans lesquels il est question de la 
décoration des autels ', des vêtements des prêtres, des étoffes, des tapisseries 
et autres ornements de l'église, et surtout des reliquaires qu'on portait 
dans les processions aux différentes fêtes de l'année. Ces descriptions 
révéleront la richesse de cette ancienne basilique, et feront connaître 
des objets précieux et intéressants sous le rapport de l'art et de 
l'industrie. 

SEPTEMBRE. 

La nuit de la fête de la Nativité de la Vierge, les gardiens vont prendre, 
le matin , la coupe ^ {cyphus) de saint Servais , pour l'affluence ' des 
pèlerins. 

La châsse de saint Servais est découverte i. 



* Dès lelX^ siècle on exposait les reliques sur les autels. Au X« siècle on y place des 
images. Les premiers autels étaient creux et en bois et se fermaient comme des boîtes, 
d'après saint Augustin. 

* Cette coupe se compose d'une coquille enchâssée dans un ciboire en forme de 
grappe de raisin. 

' Pi opter concursum. ha. fête de saint Servais était très-célèbre au moyen âge, et des 
pays les plus éloignés des pèlerins affluaient pour venir prier à son tombeau. 

* La châsse était placée sur le maître-autel, au fond du chœur, avec quatre autres 
chilsses plus petites , oruées des portraits de saint Monulpiie , Goudulphe , Vaicntiu et 



— 38 — 

A la messe, le doyen porte rinuigeen ai'gent de l;i Vici'i^e. Deux cuCaiits 
de clKeiir {sclwlares), portant des chandeliers en argent, précéderont 
(iniir honorer les rcliqnes. Si la fête arrive un dimanche, on portera la 
châsse en ivoire *. 

A la fête de la dédicace de l'église, on placera sur le maitre-autel après 
les matines, pour la grand'messe , la tète de saint Servais 2, après avoir 
déposé celle de la Vierge. 

A la procession, le doyen portei'a la monstrance de M. Robinus ', le 
diacre h; bras de saint Thomas ■», le sous-diacre la monstrance contenant 
des reliques de saint Nicolas et de sainte Agnès ^. 

A la fête de l'élévation de la Croix, on posera sur l'autel le crucifix à la 
place de la statue de la Vierge. A la messe, on placera prés de lautel 
trois jocalia contenant des reliques avec leurs coussins e, qu'on porte dans 
la procession les jours de Rogations. Aux jours de fête double», qui 
arrivent les dimanches, on ne porte pas les reliques processionnellement , 
mais elles restent exposées sur l'autel. 

Pendant l'octave de la Nativité de la Vierge, tout l'office se célèbre 
au nouvel ouvrage (supra novum opns) \ et l'aide sonneur * y portera les 
nappes et le reste des ornements de l'autel, devant la statue de saint 



Camiiiic, évêques. Ces quatre petites châsses se trouvent dans la collection du prince 
Sditykofr, à Paris. 

' La grande châsse en ivoire du trésor, mesurant deux pieds et demi (près de 73 
centimètres) contenait les reliques de saint Jérôme et de ses compagnons qui périrent 
en martyrs près de Cologne , et les restes d'une des onze mille Vierges. Nous croyons 
que c'est cette châsse qu'on portait dans les processions. 

' Buste en or du saint, orné de pierres précieuses. En 1372, le chapitre de Saint- 
Servais lit don à l'empereur CJiarles IV, pendant sa présence à Maestricht, d'une partie de 
la tête du saint. 

' On désignait souvent les reliquaires par le nom de leurs donateurs. 

* Une partie du bras de saint Thomas apôtre, envoyée de la Palestine à l'église de 
Saint-Servais , par Godefreid de B(niillon. 

' Iti'llc monslraiice, en style ogival. 

" Tria jucalia reliquiarum ciim suis pulvinarihus. 

' On désignait ainsi la clôture du ciiœur avec l'autel de Saint-Servais ([ui faisait face 
à la grande nef. 

' Siib cinupiinalo; . 



— 39 — 

Servais. On y place les cierges, entre autres trois bougies dans la lanterne, 
dont une aux premières vêpres , les deux autres aux matines , à la messe 
et aux secondes vêpres. 

A la fête de saint Mathieu apôtre, le célébrant porte à l'autel la mon- 
strance, contenant les reliques de saint Mathieu, de sainte Agnès et de 
saint Nicolas. 

Le jour de la fête de sainte Thècle, on perpétue le souvenir de la destruc- 
tiott de la ville de Liège '. ^ ' ''■' 

OCTOBRE. 

A la fête de saint Denis, et à celle de saint Géréon, on porte la tablette 
carrée dorée dans laquelle se trouvent les reliques de saint Denis, de saint 
Germain et de sainte Aldegonde. 

A la fête de saint Géréon, on porte la grande tablette, contenant les 
reliques de ce saint. 

A la fête de saint Amand, on porte la tête de ce saint ^. 

A celle des apôtres Simon et Jude, on porte ' les reliques de ces saints 
et celles de saint Laurent. Quand les reliques se trouvent sur l'autel aux 
fêtes triples , on y place des chandeliers en argent pour les honorer. 

NOVEMBRE. 

A la fête de la Toussaint, on porte les reliques de saint Pierre et d'autres 
apôtres martyrs, de saint Nicolas évêque, et de sainte Agnès. A la fête 
de saint Martin, confesseur, le doyen porte \e jocale de M. Robinus, dans 
lequel se trouve une dent de saint Martin. 

A la fête de saint Liévin martyr, on porte la tête de ce saint. 

A la fête de sainte Cécile vierge, on porte la monstrance de sainte 
Agnès, contenant des reliques de sainte Cécile. 

A la fête de sainte Catherine, on porte la petite tablette à quatre pieds, 
dans laquelle se trouve de l'huile que distillait le corps de cette sainte. 



' Serait-ce le souvenir du fameux sac de la ville de Liège par Charles le Téiiiéraii o 
cil Ur.8? » 

* Portrait en buste du saint. 
' On portait les reliques processionnellenient. 



— 40 — 

A l;i fi'li' lie ^liiiî Aiidn'' , on porte la gnimle monstrance, conloiiant dos 
i(^lii|li(N (lu ^;iiiii ; 

.\ la l'i'tt' (le sainte Barbe, la grande tablette dorée qui contient des 
reliques de cette sainte; 

A la fête de saint Nicolas, la monstrance contenant une dent et un doigt 
du saint. 

A la fête de la Conception de la Vierge , la statue * en argent, contenant 
de son lait ; 

A la fête de saint Thomas apôtre, le brasTiu saint. 

A la Noël on découvre la châsse. A la grand'messe, le doyen porte la 
monstrance dans laquelle il y a du sang de Notre-Seigneur. 

Le diacre porte celle renfermant une partie des cheveux de la Vierge. 
A cette fête on chante les secondes messes au nieuw werk ', où l'on place 
des vierges. 

A la fête de saint Etienne ', le célébrant porte la monstrance de saint 
Pierre, dans laquelle il y a des reliques du saint. 

A la fête de Saint-Jean-Baptiste, on porte des reliques du saint. 

' statuette en argent travaillée ou repousséc. 

' Ailleurs on désigne cet endroit en latin. 

' Les premières reliques furent apportées en Occident en -ilfi, par Orose , qui revint 
de Jérusalem. Orose déposa ces reliques (de saint Étieime) dans l'île de Majorque , à 
l'église de la ville de Malion. On les apporta à Uzale, en Afrique, où Évode, évêque de 
cette ville, les reçut. 

l'n chirurgien , nommé Concordius , s'étant rompu le pied , fut guéri par sa foi en 
saint Etienne. Ilvint rendre grâces de ce bienfait à l'église des martyrs Félix et Gennade, 
près d'Uzale , où il laissa son bâton de voyage. L'évèque Évode trans|»orta de cette église 
vers Uzale du sang de saint Etienne , dans une fiole. 

L'évèque assis sur un char, accompagné des fidèles en procession , chantant des 
psaumes et portant des cierges , lient les reliques sur ses genoux. Les reliques furent 
déposées dans l'église , sous l'abside , c'est-à-dire dans le sanctuaire , et mises sur le 
trône de l'évèque, couvertes d'une draperie. On mit ensuite les reliques sur un petit 
reposoir, dans un lieu fermé, où il y avait des portes, et une petite fenêtre par où on 
faisait toucher les linges qui guérissaient les maladies. On mit devant la mémoire de saint 
Etienne un voile donné par un inconnu , où était peint le saint , portant sur ses épaules 
une croix , de la pointe de laquelle il frappait la porte de la ville et en chassait un 
dragim. Crite peinture dans une église est reniarqu:ible. Flki uv, llisloirc de l'Edlise. 
l. V, p. .Mii. 



— 41 — 

JANVIER. 

A la fête de la Circoncision, le doyen porte la monstrance contenant du 
sang de Notre-Seigneur. 

A la fête des Innocents, les enfants de chœur [achohres), fêtent ce jour. 
Les gardiens reçoivent du Recteur des écoles un sexlale devin de Gulzen '. 

A l'Epiphanie, on se sert pour la messe de l'ancien ornement en di-ap 
d'or ^ de M. Vaken. Ce même jour on expose le tableau de la Nativité ù:' 
Notre-Seigneur avec les Piois Mages, qui y restent jusqu'à la Purification. 

A la fête de sainte Agnès vierge , l'ofticiant porte la monstrance 
contenant la mâchoire de la sainte et des reliques de saint Nicolas. 

A la fête de saint Vincent martyr, on porte la grande tablette avec les 
reliques du saint. 

A la fête de saint Paul, le célébrant porte la monstrance contenant des 
reliques du saint. 

A la fête de saint Charlemagne idem. 

FÉVRIER. 

A la fête de saint Biaise martyr, on porte la nouvelle grande monstrance 
avec les reliques du saint. 

A la fête de sainte Agathe vierge, le chantre porte la chappe avec 
l'agrafe ornée de la figure de la sainte. On porte la grande tablette avec 
les reliques de la sainte. 

A la fêle des saints évêques de Maestricht, le célébrant porte la tête de 
saint Amand '". 



* Guhen , endroit où le rliapitre avait des vignobles. 

' Depaniio aureo. Nous citerons à ce propos un autre riche ornement, portant la date 
de l-i92, qu'on conserve encore à l'église. C'est une chasuble sur laquelle est représenté 
le CiuTst en croix. Dieu le Père est figuré au-dessus de la tête du Sauveur, les attributs 
des évangélistes sont placés aux extrémités supérieures de la croix, au pied de laquelle se 
trouve la Vierge entourée de soldats qui assistent à pied et à cheval au crucifiement, 
richement costumés. Le tout est délicieusement travaillé à l'aiguille. Sur le devant de la 
chasuble sont représentés des saints sous des baldaquins en style ogival. Ce précieux 
tableau brodé a subi une triste restauration sous le dernier doyen de l'église. 

■^ Portrait en buste du saint. 



— 42 — 

A la i(He de la chaire de saint î^icrre, on porte les reliques de la chaire, 
de la table et de la chaîne du saint apôtre. 

A la fête de saint IMathieu , apùlre on se sert de la chappe avec l'agrafe 
ornée du portrait du saint. Le célébrant porte la petite tablette avec les 
roli(|Ups do saint Mathieu et de la colonne de la passion de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ. 

MARS. 

A la fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, on porte la monstrance 
contenant une partie de ses cheveux. 

AVRIL. 

A la fête des Rameaux, le doyen porte à la procession un jocale du 
seigneur Robinus de Scliwalnien ; le diacre et le sous-diacre, deux jocalia 
avec les coussins, renfermant du bois de la croix de Notre-Seigneur. 

Liber agendoriim. Les gardiens du trésor peuvent assister au service de 
la semaine sainte. Celui qui a la semaine doit être muni des clefs du 
trésor en accompagnant le doyen. 

On doit placer la clef de saint Servais avec l'ange en argent, le matin 
vers quatre heures. Le gardien porte la clef à l'autel pour la bénédiction 
de l'eau. On bénit l'eau en y plongeant la clef *. 

Après l'office le matriculaire descend la tablette ou tableau {tabula) sur 
lequel il est d'usage d'exposer les reliques, et les gardiens déposent le 
(■noplorinm (sic) et nettoient ledit tableau ; ou bien cela se fait le jour 
précédent après l'office de la messe. 

La nuit de la fête de Pâques, le doyen ou le vice-doyen descend dans 
la crypte en chantant à voix basse : Rex fjloriœ. On y fait l'office. Le 
doyen reçoitlacroixdu suaire, il porte le suaire au cou et sort parla porte 
opposée de la crypte pour monter au chœur. Il place la croix sur son pied 
qui se ti'ouve sur le maître-autel, et ensuite prés du tableau de l'autel. 
Ensuite, le gardien reçoit le suaire et le fixe sur le jubé, sous le grand 
crucilix placé devant le chœur, et qu'on appelle le nouvel ouvrage. Le 
suaire y est exposé tout développé. 

' La (ici' en aigciil de saint Servais l'iail imiiét i>ar une slalue ifanyc assise, ciselé 
en aiKenl. 



— 43 — 

Le jour de Pâques, le doyen porte lejocale de saint Jacques ou celui de 
saint André ; le diacre le jocale de saint Simon et de saint Jude apôtres, et 
le sous-diacre le jocale de sainte Marie-Madeleine. 

A la procession, on porte la châsse en ivoire. Le samedi pendant l'octave 
de Pâques, on dépose le suaire déployé devant le chœur et on le place dans 
un coffre qui sert aux ornements du carême. 

A la fête de la lance et des clous, on place les reliques de la sainte 
croix avec leurs coussins qu'on porte ordinairement les jours des Rogations. 

Pour la fête de la vision de saint Servais, on ne découvre pas la châsse 
du saint. A la procession le doyen porte la clef du saint, le diacre la tête 
de saint Arnaud, le sous-diacre le jocale avec les reliques de saint Nicolas. 
On porte aussi la châsse en ivoire. 

On donne à porter au doyen, au vice-doyen ou au célébrant, la grande 
tablette qui n'est pas de forme carrée, renfermant des reliques de saint 
Georges. 

A la fête de saint Marc évangéliste, le gardien prendra au trésor et 
placera au chœur la châsse en bois dans laquelle il y a des reliques de 
plnsieurs saints, qu'on a l'usage de porter les jours des Rogations. Avec la 
châsse, il prend le feretrum dans lequel la châsse en ivoire est ordinai- 
rement portée. 11 orne la châsse d'un baldaquin brodé d'or *. • 

MAI. 

A la fête de saint Philippe et de saint Jacques , on porte la monstrance 
avec les reliques de ces saints. 

A la fête de l'Invention de la croix, on place près de l'autel trois petiœ 
reliqtdarum Stœ-Cnicis , avec leurs coussins 2. 

On trouvera à la fin de quelle manière on suspend les reliques pour 
l'exposition , et quelles sont celles de ces reliques qu'on expose la veille de 
Saint'Jean dans l'huile. 

Pour cette fête on n'exposera pas la monstrance contenant une partie 

' Les jours des Rogations on allait en procession au faui)Ourg de Wyck , au faubourg 
de Saint-Pierre ; on sortait aussi par la porte dite Linderkruis Poorl. 
'^ Le chanoine , Jean Meen , fit faire trois agrafes de la sainte croix. 



— îl — 

(les clievpux (lu saint, ni les dcii\ aiitivs relitjues, à cause des fêtes triples 
(|ui peuvent arriver. 

Il l'aut remarquer tiu'à l'exposition des reliques, à celle Irte ou d'autres 
seiulilables, on ne place aucun ornement de fête autour de l'autel. Les 
tapis ne sont pas déployés à cause du concours de pèlerins ou de cam- 
pai;iiar(ls. Pour celte fête on porte la coupe icjnihiisi de saint Servais à la 
ciiamhre des gardiens. Les oiri'andes provenant de la coupe sont pour ces 
derniers , et servent à couvrir les frais de l'exposition des reliques. 
En I 49:2, on convint avec les gardiens que les offrandes provenant de la 
coupe seraient jointes aux autres offrandes, et que cba([ue gardien aurait 
un florin d'or du Rhin pour ses frais, résultant de l'exposition des reliques- 

L'an 1564, le dernier jour capitulaire avant la fête de saint Servais, les 
chanoines convinrent en chapitre, que chacun devant être présent à 
lexposition et au replacement des reliques, aura, au lieu d'un tlorio. d'or 
et du gohelel de vin pour les frais , quatre sous de Brabant pour le 
gobelet de vin , et, au lieu d'un florin d'or, les gardiens recevront chez le 
cellerier huit florins de Hornes ou quatre florins pour chacun des garcfiens. 

A la fête de saint Servais, on place sur l'autel un socle pour la tête du 
saint. A la procession, le doyen porte le jocaîe du rév. M. Robinus dans 
lequel il y a deux dents de saint Servais , le diacre le jocale de saint 
André, le sous-diacre le jocale avec une partie des cheveux de la sainte 
Vierge et de saint Jean évangéliste. Deux jours avant la fête de saint 
Servais on prend au trésor, pour l'exposer sur l'autel , le texte des fêtes 
doubles ou des reliques pour les pèlerins , et un des chapelains se tient 
auprès de la statue de saint Servais avec la clef du saint. 

A la fête de l'Ascension, on découvre la châsse de saint Servais. Aux 
vigiles de Pentecôte, on la découvre également. Pour la fête du Saint- 
Sacrement on pose sur l'autel un socle pour la tête de saint Servais. On 
découvre la châsse du saint. Après la messe on fait une procession par la 
ville, le doyen porte le saint Sacrement avec deux gardiens, le diacre le 
liras de saint Tiiomas, la grande raonstrance nouvellement faite, et le sous- 
diacre la monvirance de sainte Marie-Madeleine '. Deux chanoines portent 

' Don (lu i('-v. M. Schw.ilmcn. 



— 45 — 

l;i tète de saint Servais , quatre chapelains les aide et deux chapelains 
portent la châsse en ivoire. 

On achète trois corbeilles de roses ou d'autres fleurs pour le buste de saint 
Servais. Les gardiens prendront leurs précautions pour le dais à porter 
au-dessus du saint Sacrement, qui doit être orné, selon le temps qu'il 
fait, par le gardien des linges. 

A la fête de la translation de saint Servais, on découvre la châsse. A 
la procession le doyen porte la monstrance de saint Jacques ou de saint 
Pierre apôtres. Le diacre porte le bras de saint Thomas, le sous-diacre 
la tête de saint Amand. 

En 1567, les chanoines ordonnèrent que la tête de saint Servais ne 
serait portée processionnellement que deux fois l'année en dehors de la 
sacristie, à la fête de saint Servais et à celle du saint Sacrement, pour 
qu'elle fût moins souvent montrée en public, afin de la tenir en plus grande 
vénération. 

JUIN. 

A la fête de la Trinité, on découvre la châsse de saint Servais : à la fête 
de saint Martin de Tongres, on la découvre également. A la procession qui 
se fait autour du Vrijthof on porte les reliques de la sainte Croix avec 
leurs coussins. 

A la fête de saint Jean Baptiste , on se sert de la chape avec l'agrafe 
ornée du portrait du saint. A la fête de saint Pierre et saint Paul, on 
porte la monstrance contenant une partie de la chaîne de saint Pierre. 

JUILLET. 

A la fête de la ville, le premier dimanche de ce mois , on fait proces- 
sion autour du Vrythof. On porte la tête de saint Servais. Le doyen porte 
la monstrance du rév. M. Robinus , le diacre la tête de saint Amand , 
le sous-diacre la monstrance de sainte Marie-Madeleine. 

Si cette fête tombe dans l'octave de saint Jean, on célèbre le 
Triomphe le jeudi {feria quarto). 

Si la fête de la Visitation de la Vierge arrive un dimanche , on fait 
procession autour du Vrijthof \wi\r la fête de la ville. A la fête de l'octave 
de la Visitation de la Vierge les heures sont célébrées en tout au nouvel 



— 46 — 

ouvrage, roniino il est d'usage, exceplr à l'époque de l'exposiliiHi des 
reliques , paire. i|Li'alors on n'entre ni dans la sacristie, ni au nouvel 
ouvrage. 

Exposition des reliques pendant l'octave de la Visitation de la Vierge. 
Le 9 juillet on expose les reliques pour la première fois (l'exposition so- 
lennelle ou septennale), et pendant l'octave des saints Monulphe et Gon- 
dulphe pour la seconde fois, ce qui eut lieu en 4-480. 

Vers le commencement du mois de juillet, on célèbre le service anni- 
versaire del'écolàtre Guill. de Sainte-Marguerite et du chevalier de Sainte- 
Marguerite. 

A la fête de saint Monulphe et saint Gondulphe, l'officiant, en se ren- 
dant à l'autel pour célébrer la messe, porte la monstrance renfermant des 
reliques de ces deux évêques. 

A la fête de sainte Marie-Madeleine, on porte la monstrance renferiHant 
des reliques de cette sainte. 

A la fête de saint Jacques, apôtre, on porte la monstranecde ce saint. 

On fête la translation de saint Charles, empereur. 

AOUT. 

A la Transfiguration la châsse est découverte. 
• On expose sur l'autel le portrait {faciès) de Notre-Seigneur ', qui se 
trouve dans la chambre. 

A la fête de saint Laurent , on découvre le devant de la châsse , vers 
l'autel ^. A la messe le célébrant porte la monstrance contenant de la 
cervelle de saint Laurent. 

A l'Assomption de la Vierge, la châsse est découverte et on place sur 
l'autel la statue de la Vierge. On fait une procession solennelle sans reliques, 
à cause des cérémonies de ce jour. Pendant l'octave de l'Assomption on 
célèbre les heures au nouvel ouvrage [novum opus). 

' La face du Christ. Tableau attribué à Van Eyck. Il était d'une grande fraîcheur 
(le couleur, on le portait processionnellcnient à certaines fêtes de l'église. A la supjuession 
du chapitre il passa dans le cabinet d'un amateur de tableaux à Heidelberg. 

' Sur ceUe partie de la châsse est figuré Dieu , comme juge au jour dernier. 



NOTICE 

SUR 

LES NÉGOCIATIONS 

QUI ONT EU LIEU ENTRE LES 

Éî ATS- GÉNÉRAUX Eï LE DUC D'A^OU, 

après ia tentative de ce prince de surprendre Anvers 

(1583. — JANVIER A AVRIL); 
PAR 

M. I. L. A. DiEGERICK, 

Membre effectif de l'Académie , professeur à l'Alhéuée royal d'Anvers, etc. 

(Suite voir Tome XlIIe, paye 5.) 

IL 

Nous avons publié , dans le tome XIII'"" des Annales de l'Académie 
d'Archéologie , le commencement d'une notice sur les Négociations qui ont 
eu lieu entre les Etats-Généraux elle due d'ÀJijou, après la tentative de ce 
prince de surprendre la ville d'Anvei^s. Des circonstances indépendantes 
de notre volonté nous ont empêché jusqu'ici de continuer cette notice , 
et ce n'est qu'après un long espace de temps que nous venons enfin tenir 
la promesse que nous avons faite à la fin de l'article précité. Nous 
continuerons donc sans autre préambule. 

Nous avons vu qu'après l'échec qu'il avait éprouvé à Anvers le duc 
d'Anjou s'était retiré à Termonde, cherchant vainement à justifier sa 
conduite. Les États-Généraux pour faire lever le siège d'Eindhoven , ne 
pouvaient se passer des troupes du duc, et le prince d'Orange , trop confiant 
dans les troupes françaises , se présenta le 1 3 février devant les États- 
Généraux et y exhiba une note en cinq articles , qui avait pour but de 
reprendre ou plutôt de continuer les nè.;ociations avec François d'Alencon. 
Voici cette note : 



— 48 — 

» Artiolos sur ijiio}' scnihlc (iiic iMessieiirs los Ktatz poiinunt 
» adviser. • 

« 1" Premierenipiit , revoir losarticles sur (juoy l'on ti'aictera avec S. A. 
pour desassii'Li,ei' la ville d'Entlioven ^, les diminuer ou augmenter, comnie 
il trouvera convenir. 

» 2° De regarder quels gens Messieurs vouldront adjouter aux forces 
de Son Altesse , alin que en temps Ton les poeult advertir, et aussi 
regarder pour avoir de l'argent. 

» 3° De adviser où l'on prendroit des vivres tant pour le camp , que 
pour trois ou quatre jours de vivres pour Son Altesse. 

» A'^ Après , de regarder sur les principaulx articles que l'on debvroit 
proposer à Son Altesse en cas que l'on veult traiter avecq luy; et comme 
désia plusieurs instructions et articles sont conceuz , Messieurs les députez 
les pourront reciiHiillir et en faire ung escript pour l'envoier * toutes 
les villes. 

» 5" De adviser si l'on envolera maintenant quelque ung avecq Mons*" de la 
Val , et qui ; comme aussi sur ceulx quy debvent aller à Bruxelles sur les 
principaux articles ^. » 

Les Etats-Généraux abondèrent dans le sens du prince d'Orange; un 
avant-projet pour reprendre les négociations avec le Duc, fut arrêté et 
communi(iué aux différentes villes ; mais quelques difficultés soulevées 
par Bruxelles et par Anvers suspendirent la décision définitive des 
Etats-Généraux jusqu'au 10 février suivant ^. 

A cette date les Etats-Généraux désignèrent Adolphe de Meetkercke * 
conseilller d'Etat et président du conseil de Flandre ; Alhertus Léoninus, 
chancelier de Gueldre ; Henri de Bloyere ^ , bourgmestre de Bruxelles ; 

i Eiiidl)oven , pctile ville du Brabaut septentrional sur la route de Liège à 
Bois-lc-l)uc. 

î Aux archives d'Vpres. 

3 Lettre d'Erasme Zoetens, député aux États-Généraux, au magistrat de Bruges. 
20 février 1583, aux arcliives d'Ypres. 

* Voyez la notice sur Meetkercke et Léoninus dans la première partie de cet article. 

f> Henri de Bloyere, fut un des partisans les plus zélés du prince d'Orange. 11 jouissait 
d'une grande influence à Bruxelles car en 1577 il o.sa airéter un courrier qui apportait des 



— 49 — 

Maximilieii Van Duvenede, et M''' Guillaume Everaerls , conseiller et 
pensionnaire d'Anvers , pour se rendre auprès du duc , et renouer les 
négociations. Le but de leur mission était surtout d'obtenir des troupes 
pour se porter au secours de la ville d'Eindhoven , et de faire évacuer les 
villes de Termondc , de Vilvorde , de Bergues-St.-Winoc et de Dixmude , 
en offrant en échange, nu duc, la ville de Bruxelles comme résidence à 
certaines conditions. 

Voici l'instruction que les États-Généraux délivrèrent à leurs députés : 

» Instructie van t' giiene de lieeren M'^*' Âdolf van Meedtkercke , 
raedt van Staten ende président van Vlaenderen; ended'heer Albertus 
Leoninus, cancelier van Ghelderland; Jonclieer Hendryc de Bloycre, 
burchnieester van Brussel ; Jonclieer Maximiliaen Van Duvenede ; 
meester Wiellem Everaerts, raedt ende pensionnaris van Ândtwerpen, 
ghedeputeerde van de Générale Staten , tsamen of den meerderen deel 
van lien lieden zullen zyne hoocbeyt aendienen. 

» Ten eersten , zullen de voorscrevene ghedeputeerde doen de behoirelyke 
ende oedtmoediglie recommandatie , ende, met aile de reverencie daertoe 
dienende, excuseren het vertreck van de resolutien, zyne hoocheyt verseke- 
rende dat de Générale Staten hebben hunne uuterste debvoir ghedaen 
omme zyne hoocheyts goede intentie naer te coramene ende de selve zo 
zeer te haestene ende te voorderen als het moghelyc is. 

» SuUen voorts verclaeren dat de voorsc. Staten Generael ghelet 
hebbende op de missive van zyne hoocheyt , van date den V*' february, 
ende de propositie by den heere Grave de Laval ende den heere Van Villers '^ 
verbalic ghedaen ende daernaer by ghescrifte overghegheven , bidden zyne 
hoocheyt seer ootmoedelic datdezelve believe goedt te vindes de poincten 



dépêclies de l'empereur aux États-Généraux et décacheta ces lettres. En 1578 il fut 
député à Gand , de la pari de la commune de Bruxelles, pour faire renouveler le traité 
d'union du Brabant et de la Flandre , de 1339. En 1579 il est un des colonels de la 
bourgeoisie. En 1580 l'archiduc .Mathias le nomme premier échevin , et enfui l'année 
suivante il est promu à la charge de premier bourgmestre , qu'il occupe pendant quatre 
années. (Gachard, torrespondanve. de Guilhmme-le-Tacitiirne. Tome IV.) 
1 Voyez la notice sur le Seigneur de Villers, dans la l"""^ partie de cet article. 
2S XVI 4 



— 50 — 

onde artiriil(Mi iiacrYolulicndp , om daer eiide tciidcii voordtM' L;]iecomnuiiii- 
ceert te worden, op Impe dat de zelve eoniiniiiiicatie zulekeii elVeel zal 
liebbeii als lot ineei'dcren dienst van zyiie liooelicyt emle ^velvae^en ende 
verzekerthcvt van deii laiiden sal Ijcvonden wnrdeii te belioiren. 

') Item, Yorzuecken dat Zyne Hooclieyt believe de stede van Vilvorde ende 
Dendermonde te oiitledeghen van fransche garnisoeneii , ende de selve 
stcden te laeten voorsien met nederlantsclie soldaden , ten contentemente 
van de Staten Gencrael ende respective provincien van Biaband ende 
Vlaenderen, volghende de presentatie by Zyne lluoglieyd ii,hedaen door den 
voorscreven heere Graef van Laval ende Villers. 

« Ende voorts verclaeren dat boewel myne IieeFe de Generaele Staten 
vvel haddeu veiiiopt de leden van Ylaendeien te venvittighen , dat, midts 
ledigbende (b? voors: steden van VilvooiMb' en(b> Denremonde , Syne 
lloocbeyt in iianden zoude gbestelt worden de stadl van l'russêl vogi' syne 
l'esidentie in der manière iiier nae volgiiende, hebbende daertoe aen de 
ghenieente lop wyens adveys znick vvas voorgbeslagben) gbedaen ailen 
moglielieke debvoir dat zy noebtans gbebeelick insisteerden daf Zyne 
Iloogbeyt van gbelycken zonde ydelen ende laeten bezetten met neder- 
lantsclie knecliten ten contentemente van de vier leden van Vlaendren die 
steden van Dixmude ende Wynocxberghen , sullen daeromme verzoucken 
dat Zyne lloocbeyt ghelieve daer inné te condescenderen , ahvaer by dat 
gbebeelic znllen worden gbeweerdl allen mistronwen ende diflidentie, ende 
der ghemeente by consequentie oirzake ghegbeven om liaer in de voordere 
ende principale comniunicatie van ailes te gbcwilli^lier te laeten vinden 
tôt dienst van Zyne Hoocbeyt ende van den lande. 

» Elnde zoo verre van noode is de voorscrevene steden te vei'zien van 
Gonverneiirs ende Supeiinteiuienten , dat de voors: provincien respective 
zullen liebben de denominacie van drie personen , omnie daer unt eenen 
gbecozen te wordene. 

» item, zullen devoorscreven Gouverneursoft Superintendcnten de gar- 
nisocnen ende Magistracten van de voorscrevene steden van Vilvoorde, 
Dendermonde, i)i\mude ende Winocxbergben , Zyns Moocbeyts volck, 
ilicnaers, lioden ende brieven laten vryelic passeeren, zo dicwils ais bel 
van noode wrrdl , inaei' (;n zullen niet liliebouiJeu zvn eenicli crvchsvolek 



— 51 — 

aldiiei' (hier te laeteii passeroii , dan by ordoiinancie van Zync llooclioyt, 
belioirlyc glioparaphcert , eiulo dat alleenlic in zo cleyn giietale als de 
Gouverneurs ende Ma^istraet vau die plaetse goedl vinden zulleu ; dat de 
voorscrevene stedeu ontlcdieht mi\e van inlantsclie knecliten voorsien zynde, 
Zyu Hoocheyt zal outfangen wordoii hinneu de stadt van Brussele op 
conditien naervolghende. 

« Inden eersten , dat Zyne Hoocheyt met die van zynen liove ende 
giievolch , waer af Zyne Hoocheyt zal ghelieven een roile te dresseren ende 
de selve die van Brussel overgheven ; midtsgaders vi'' Zwitsers t'zynder 
guarde ende deffentie van der stadt, zal commen binnen de voors: stadt 
ende aldaer ontfangheu worden , J)ehoudens dat de Staten Generael tôt 
guarde ende deffentie alsboven , ende verzekertheit vander voorscrevene 
steden , znllen noch daer inné legghcn vi'- inlandtsche soldaden , welver- 
staende dat eerst uutghetiocken zal worden het oudt garnisoen. 

)) Item, dat Zyne Hoocheyt binnen de stadt van Brussel niel en zal 
nioghen doen of laeten commen eenicli ander crychsvolck , dan met voor- 
gaende consente van de Staten van Brabant ende leden der stadt van Brussel. 

» Item , dat de voorscrevene stadt van Brussel , ende de voorscrevene 
iidandtsche soldaten suUen eedt doen an zyne hoocheyt van niet te atten- 
teren , doen of laeten attenteren jeghens dezelve zyne hoocheyt , oft die van. 
zynen liove. 

» Item, dat van ghelycken zyn hoocheyt zal eedt doen van niet te atten- 
teren, doen of laeten attenteren in pi'ejuditie van de zelve stad , of hunne 
rechten, privilegien ende vryheden ; noch oock in prejuditie van de ghere- 
formeerde religie, Staten Generaal ende van Brabant. 

" Item, dat ghelycken eedt zullen doen die van zynen huuseende hnve, 
metgaders oock de voorscrevene zwitsers, ende dat de Staten van Brabant 
ende de stadt van Brussel zal daer af ghelevert worden behoorlick bescheet 
onder.de zeghelynghe of signature van de hoofden ende officieren der 
zelver, ende namentlyck oock van voorgaende ende naervolghende poincten 
tonderhouden. 

» Item , dat zyne hoocheyt buuten de capelle van den hove niet en zal 
moglien innoveren, doen noch laeten innoveren nopende d'exercitie van de 
l'oomsche religie. 



— 52 — 

,> Moni, liât (le compaignien niytei'oii, dieiiende op do vaert, zal blyven 
in don di(Misl van de voors. stadt ondcr tbevol van den mai'istrapl, de 
welcke oock zullen eedt doen van niet te attenteren, docn of laoten atten- 
teren teglien zyne lioocheyt. 

)' Item , dat trcckendc /.yne lioocheyt biuiten de voorscreven stadt, t'zy 
in den leglicr ofte elders, dat liy ten versoucken van de Staeten van Brabant 
ot'tc van den leden der voorscrevene stadt , de zelve stadt zal ontledighen 
van de voors. garnisoencn van de zwitsers, ende de zelve stadt zal laeten 
bezetlen met zuleke andere crysclivolck als de voors. Staeten van Brabant 
dat ziillen goedt vinden. 

» Knde tôt meeider verzekertheyt van zyne lioocheyt dat den heere 
aniptman ende eene van de Burchmeesters, met drie of vier andere, ter 
begheerte van zyne hoogheyt, znllen zyne hoocheyt te ghemoete commen, 
medebrynhgende acte van den magistraet, wyden raedt, ende nation, daer 
by zy znllen consenteren ende gheloven zyne lioocheyt biniien Briissel te 
aennemene in der manière alsvoren. 

» Dat zyne hoogheyt zal believen zyn crychsvolck van zwitsers ende 
tVansoysen te schicken naer Eindhove , daer by ghevoiicht znllen worden 
de rnyteren ende andere crychsvolck wesende in Brabant, Ghelderlant, 
Vlaenderen ende elders, ophope dat t' selve crychsvolck tsamen ghevoiicht, 
met de gratie van Godt almachtich, znllen sterck ghenoch zyn van Eind- 
hoven te ontsetten ende nocheeniglie plaetsen op den viant inné te neniene. 

» Ende treckende den legher naer Eindhoven dat den selven sal verzien 
werden van vyvers zo zaen als liet cryclisvulck sal ghecommen syn te 
llynghene. 

» Aldus ghearresteert in de vergaederingln^ van de (leneraele Staten , 
r.\nd\v(i'i)''ii 'b'ii >^'>^ febrnai'v ir)83 ^ 

« (Onderteekent) » 
« M. i)K Hknntn. " 

Ontre celte insfiiiction orficielle, dans laiinelle ini voit jiercer partout 
l.i inrliance des États à l'égard du dur dWiijdU. les (lr)(ul('s reçurent une 
iiivtiuction secrète, dont voici l;i teneur : 

i Alix arcliivi's (l'Ypios. 



— 53 — 

« Secrète iiislructie voor Adolf van Mectkercke , raedt van Statcn 
ende président van Vlaenderen ; lieer Albcrtus Leoninus , cancellier 
van Ghelderlandt; joncklieer Heindryc de Bloyere, borclinieester van 
Brussele; joncklieer Maxiniiliaen van Duvenede, heerevan Duymbeke; 
niecster Willem Everard, raedt ende pensionnaris der stadt van 
Antwerpen ; ghedeputeerde van de Staten Generael , van t'guene sy 
znllen tsamen of den meerderen deel van hemlieden , indien des noodt 
zy, Zyne Hooclieyt aendienen. 

(( In den eersten , of Zyne Hooclieyt eenighe zwariclieyt vouwende van 
eenighe steden te ydelen , ende met nederlandsclie knechten , ten conten- 
tenientc van den Staten ende respective provincien , te laeten besetten 
voor ende aleer liy sal liebben naerder verzekeringhe , ende dat liy binnen 
de stadt van Brussele zonder eenighe diOiculteyt zal onttaen worden , 
tghene voorseyt es glieeffectueert hebbende, zuUen de voors. ghedeputeerde 
Zyne Hooclieyt voor naerder verzekertheit moghen presenteren vyf of zes 
ostagiers van eenighe ghequalilieerde ende notabk^ persoonen der voors. 
stadt, tzy van den magistraten ofte buyten andere lieden derzelve. 

» De vvelcke liun binnen der stede van Denremonde zullen vynden ende 
Zyne Hoocheyt volghen ter tyt toe dese binnen de voors. stadt van Brussele 
zal zyn ontfanghen , volghende d'articulen van hunne opene instructie. 

M Ende alzo by de gheconcipieerde instructie den voors. ghedeputeerden 
ghegheven om Zyne Hooclieyt aen te ghevene, onder andere poincten 
ende articlen Zyne Hoocheyt aensocht wordt, dat treckende der fransche 
garnisoenen uuyt Denremonde ende Vilvoorde , ooc zoude ghedient zyn le 
treckene de fransche garnisoenen wesende in de steden van Dixniude ende 
Berglies-S*-Winocx , ende dat Zyne voors. Hoocheyt daer inné zwaericheyt 
zoude moghen maken , ten opsiene dat by de voorgaende missiven van de 
Staten aen Zyne Hoocheyt ghescreven alleeiielic versocht waeren de resti- 
tutie van de steden van Denremonde ende Yilvoorden , so zal myne voors, 
heeren de ghedeputeerde believen Zyne Hoocheyt aen te geven dat tvoor- 
gaende scryven van de Staten alleenelic een concept es gheweist, ende in 
ettecte eene hope waer duere men zoude moghen commen in verecninghc 
ende reconciliatie met Zviie Hoochevt. 



— 54 — 

.. Maor (le v.ixkc î;lionpcii(l zyiulc de provincieii endo !;homeeiitoii Yamicr 
^lodoii, helilKMi dio van Bnigglie, Vpre en van dfn Vrvon, i-pprestMitcronde 
do dric loden van Vlaendoron, goet ghevonden bovcn de vonrgaende 
stedeii van Denremonde ende Vilvoorden , ooc te verzouckeuc de ruyniinglie 
van de soldatcn vvescnde te Dixmude ende Berghc-S'-Winocq , ende dat 
nnyt rnnsideratie dat de gliemeenten van dien qiiartieren daer zulcke 
niiddcli'ii [(' L;lie\villiger zullen verstaen tôt die volcumnien vereenynglie 
ende reconciliatie met Zyne Hooclicyt, want ghelyck de steden van 
Oenrcmonde ende Vilvoorde dienen rcspectivelie die van Ghendt, Andlwer- 
pen ende andere circonvoisine plaetsen, zo dienen ooc de voors. steden 
van Dixnnide ende Berglie de voors. van Brugglie , Ypre ende Vrye. 

» Anderssins, ende by fauttc van dien, alzo de steden van deii we^-t- 
quartiere hemlieden diier de restitiitie van Denremonde ende Vilvoorde niet 
en ziillen laeten dyncken ghebeneficeert tzyne , es te beduchten daf zy te 
((nalycker vallen sullen in eenighe voorder handclinghe ende vob:onimen 
trcoiiciliatic met Zyne Hoocheyt; daer ter contrarie Zyne Hoocbeyl libe- 
ralick scbeedende of rnyrnende de voors. ste{bMi van l)i.\nuide ende Bergbe, 
zal de gbemeente van den westquartiei'o eenc vaste imprcssie dan nenien 
van zyne goedc affectie ende goetwiliicheyt, ende dat zyne intcnlie es 
dese reconciliatie aentegaen met een goeden liberaien ende gbedelibercer- 
ileii \\ille. 

« Knde niet te min zo verre dit provisioneel tractaet dner mi(bb'lc van 
het verziieck van de restitutie van de voors. steden van Dixmude ende 
l^ergben zoude achter blyven, zo zullen de voors. gbedeputeerde uaei' 
dnyterste debvoir daer inné by bemlieden te doene, zoo verre alst andersins 
niet wezen en mach, eyndelinglie resilieren ende afgaen van de petitie van 
(1er slede van P>ei'glie, ende vastelic insisteren in de restitutie ende 
(intledinghc van der stadt van Dixmude, verdaerrcnde zulck liet uyterste 
te zyne daertoe de voors. van Ypercn ende van den Yryen zouden connen 
ciiudesrrndercii , "bcwerct z\ andersins iiiieen uiiddelen en zouden weten 
uni contentement te glievene buere respective i;lienu'enteii ^. » 

1 .\u\ airliiM's irViui'-. 



Munis (le ces iiisli'iictioiis, les dépiitcs se reiKliieul le lemli'iiiaiii à 
Tcrmoiide et furent rceus par le due d'Anjou le 21 levriei'. Celui-ci 
paraissait assez disposé à accepter l'offre des Etats-Généraux , mais ceux 
de son conseil se montrèrent excessivement parchiaulx et ha près. Après 
de longs pourparlers, et grâce surtout à l'intervention du duc de Mont- 
pensier *, du comte de Laval et du Seigneur de Villers, le duc, malgré 
son conseil , promit enfin d'accepter les propositions des Etats-Généraux et 
les députés espérèrent d'obtenir, le lendemain , la signature du prince. 

Voici en quels termes les députés rendent compte aux États-Généraux 
du résultat de leur première entrevue avec le due d'Anjou : 

« Messeigneurs , nous avons cejourd'huy tant communiqué et traicté 
avecquc son Alteze, laquelle avons trouvé fort raysonnable et entièrement 
enclin aux conditions par vous proposés , nonobstant quelques difficultés 
au contraire ; mais ceulx qui sont du conseil se sont monstre fort par- 
chiaulx et liapres; et néantmoings par l'ayde de Dieu et assistance de 
ÎVlonseignur le Ducq de Montpcnsier, conte de Laval , Seigneur de Villers 
et aultres , avons tant faict que Son Alteze , non obstant les opinions con- 
traires , en est condescendu; et espérons que aurons demain au malin 
sa signature. Bien entendu que pour le secours de Eindlioven accélerei' 
et faire entrer les Swytsers en la ville de Bruxelles, Son Alteze nous a 
déclaré avoir besoing d'argent jusques à dix-mille escus , qui font trente- 
mille llorins, moyennant lesquelz il vousasseure de mestre en carapaignc 
ungne bonne armée, laquelle avecq les françois du pays, seront entièi'e- 
ment bastant non seulement pour Icdict secours, mais aussy pour défaire 
l'ennemy. Et comme la chose est de telle importance comme vos Sei- 
gneuries seavent , tant pour led' secours et ce qui en despend , comme 
aussy pour donner satisfaction à Son Alteze et à ses gens de guerre, et 
mesnie pour éviter plus grand dommaige a ces povres villageois , vous 
supplions qu'il plaise à vos Seigneuries d'y prendre le regard qu'il con- 
vient et surtout pourveoir , selon ce qu'il convient, pour la conservation 

1 François de Bourbon, dm" do Moiilpeiisier, [uinco du sang de Franre. Il coinniandail 
les Irnnpes du duc irAnjou , on Flandre, et. était acconipagiié du maiéchal de Biron. 1! 
avait fortement désap|irouv(', le projet du due d'Anjou de surprendre Anvers. 



— se- 
rt seiu'ctc du pays, et mesnips pour rvilor los incommoiiitc/. iiidicibli^ 
qui snut à craindre par le rclanlemont dudicl secours. Et surtout prions 
que les vivres soyent incontinent envoyez. Nous rendrons paine que Son 
Aile/.e fera marcher ses i;ens vers llinghene, l'orchem et Mariakercke et 
delà plus avant à Eindlioven , dont demain pourrons envoyer plus grande 
cerliorilé , surche, Messeii;ncurs, après voz humbles recommandations a 
vo/ bonnes grâces supplions Dieu le créateur vous conserver à sa digne 
protection. 

» De Teud(Miiionde le \xj de i'ebvrier lôSLi ^. 

)) De Vos Seigneuries, 

» linmbles serviteuis. 
Adoli'iie de Meetkehcke 
.Albeutis Leomm's • 

everaert v.vx duve^nepe. 
(Suscriptiou) 

A îMesseigneurs 
Messcig'' les Estats-géuéraulx 
des provinches unies, 
r»p''' le xxij t'eb'"'' après les ix iieures. 

I,a négociation, comme on le voit, avait lait un p;is ; il ne s'agissait 
plus que d'une (|nestiou d'argent , des sommes uéccssaii'es pour V(dei' an 
-accours d'Eindhoven et pour fournir des vivres à l'armée. Les Etats ne per- 
(liicnl ])i\> i]c temps et dés le lendemain (^23 février) ils adi'essèrent aux 
divers États des provinces et aux villes, d(?s dépèches pour les engager 
à faire lever immédiatement leur ([uote-pait dans les sommes accordées 
au duc pour les besoins de l'armée -. 

Le duc avait promis; mais il n'avait pas encore signé le nouvel accord ; 
on connaissait rincoiislance de son cai'actére , la mobilité de ses volontés 
et sa faiblesse. Et en ell'ct , après cette longue conféi'cnce, ses conseillers 
parviiu'cnl à jclci' rirri'snlulion dans son esprit. Le lendemain loi(|ii'' 

I .\ll\ Hirllivcs il ^|Mrs. 

AiiN ;mliivi'< (t'V|iies. 



— 5? -- 

les députés se présentéi'eiil pour la sigiialiirc de l'accord coiisciiti la veille, 
ils lie purent être admis en la présence du prince, mais celui-ci leur lit 
remettre par écrit quelques nouvelles observations , qui portaient surtout 
sur l'insuffisance du nonilire de six cents suisses destinés à lui servir de 
'^imh à Rruxelles etc. Le duc était malade ce jour là : soit que son 
indisposition lut réelle, soit que ses conseillers, connaissant sa versatilité, 
craiyiiassent de le mettre de nouveau en relation avec les députés , il no 
parut point ce jour là, et on négocia par écrit. 

Ces détails nous sont fournis par une lettre adressée le lendemain ("28 
février) par Van Meetkercke aux députés des États de Flandre. En voici 
un extrait : 11 leur dit (jue , connaissant la légèreté du prince, il n'a 
pas voulu leur écrire plus tôt parce qu'il s'attendait plus ou moins à un 
revirement : « Merckende dat zyne goede intentie zeere lichtelyck ver- 
» andert ende overgliestelt moclite werden by eeniglie van zynen raede. 
;) Twelcke wy oock met eflectie eensdeels gliisteren ende lieden gliewaere 
» zyn glieworden , midts dat zyne hoocheydt ons in gheschrift overghe- 
» gheven heeft zekere zwaricbeden ende diffîculteiten , daer op wy oock 
» scriftelyck verandwoordt hebhen tôt meerder verclarynglie van zyne 
» ende onse intentie. Âls sedert heeft zyne lioocheyt zeere cranck glie- 
« vveest ende medecyne ghenomen , zoo dat wy gheene audientie ghehadt 
)> en liebben , dan alleenelyck van eeniglie van zyne ghedeputeerde van 
» de welcke wy ghenoucli konneii vcrnemeu dat zyne hoocbeyt zeer 
X willich is totten accorde ende restitutie van de steden van Dender- 
» inonde , Yilvoorde, Dixmude, ende Wiuocx-Berglieu te verstaene. Maer 
" al de zwaricheyt valt daer op dat zyne hoocheyt ende zynen raedt 
)» acliten dat de \V zwitsers te cleene verzekertlieit es voor zynen persoon 
» ende tôt bewaernesse der stadt Brnssele die, men verstaet, willich is, 
» meerder garnisoen van zwitsers in te nemeiie ; zonderlinghe dat ooc in 
» de zelve stede gheduerende deze oorloghe gheleghen liebben ineer dan 
» ij"' mannen zoo te voet als te perde, daer nochtans gheen prince van 
» lande in en was ; ende daer omme eeniglie zouden beter vynden dat 
» zyne hoocheyt terstondt zyne année metten voetvolcke ende peerdc , 
" ligghende in Braband , (llieldiv ende Vlaendren schicte ten secourse 
» van Kindhoven , ende liiimeii niiddelen tvdt oorde gbave omme te 



— 58 — 

. vil( |p (l(> st/Mioii van Vilvunidc, Dixmiide eiido Winocxbcrglie blyvcndc 

» Zyiir Iloni^hint alliier , iiistede van te ghacn naer Briisscle, om dat 

» nicii (le Zwitsers , die men van elcanderen niet wel scheedon en 

" can , sonde mogiien gliesaeniclyc employeren in den Icgliere, tweickr 

» ouck niet glieschieden en can ten zy dat nien hem lieden providerc 

" van outrent xxx'" gnldenen ofte nieerdere somme, daer of mynlieerc 

» de staten liy liaere lirieven van gliisteren ons hope glieglieven lieh- 

» ben. -Middeler tyt zonde men menghen ghereedscliap maeken onime 

" Zyne llooclieyt toi Brusscle te doen trecken , en de voort , waeil 

» noodt, alhier simiil et semel tractieren op zyne weder annemynghe, 

» veiiossinglic van ghevanghenen , stuck van Dnnckercke ende anden; 

« poincten ten principale , daerop alsnn ons dynckt de zaeke alleene ende 

" principalyc te rustene, etc. i « 

l'ne antre diinciilté surgit : Les Élals-tiénéraux avaient proposé au duc 
la ville de Bruxelles comme résidence, en échange des villes de Termonde, 
Vilvorde, Dixmude et Bergen-St-NYinoc ; mais quand cette proposition 
fut connue à Bruxelles, le peuple s'en émut, devint menaçant, et ne 
voulut , en aucune manière , consentir à recevoir le duc d'Anjou. Les Etats- 
(iénéraux se trouvèrent ainsi eux-mêmes dans l'impossibilité de tenir leurs 
promesses, ce qui ne contribua pas peu à ralentir les négociations et à 
mécontenter le duc d'Anjou qui, depuis quelque temps, avait déjà subi 
tant d'humiliations. 

Le "Hj du même mois le duc chai'gea de nouveau le comte de Laval , 
les Seig''* Des Pruneaux 2 et de P'onspertuys de se rendre à l'assemblée des 
Etats-Généraux , et d'y proposer en son nom l'évacuation des villes <le 
Vilvoi'de et de Termonde. Il proposait en outre de se retirer à Dixuinde 
jusqu'à ce que toutes les diilicultés fussent entièrement applanics, et 
d'envoyer immédiatement son armée au secours d'Eindhoreu , ou ailleurs , 
si on le jugeait convenable, pourvu toutesfois (ju'on lui fournit les vivres 
nécessaires. 

Voici la déclaration (|ue 1('> députés du prince présentèrent aux États- 
Ciéiiéraiix le lendemain ^7 février. 

' .\ii\ Hiihivos (i'Y|irc's. 

' Hiiilir i|r Smliics, Sci.y'' Dns l'runi'aiix, atiibas^iid'iii liii iliic il'.Viijnu aux Pays-Bas. 



— 59 — 

« Lorsciu'il fut mis on avant à Vilvorde ([iiel([ues articles do la purl de 
Messieurs les États Généraulx, Son Alteze eiist ferme confiance que bien 
lost il se resoiildrait iing bon accord , pour à quoy parvenir vinrent Messieurs 
leurs députez à Termonde avecq articles par lesquels ils olïraient à son 
Alteze de lui délaisser la ville de Bruxelles pour demeure avecq i;arnison 
de Suysses, et aultres conditions contenues en l'instruction dressée pour cest 
eiïect. Sad''^ Alteze accepta et condescendit facillement ausd''^'^ oIVres , et 
lurent envoyez avecq lesd'* députez pour accélérer la conclusion et aggréa- 
tion d'icelles, les S"'* de Fonspertuys et de Yillers, quy pour toute responcc 
rapportèrent une simple lettre desd'^ Estatz par laquelle ilz mandaient 
n'avoir peu faire condescendre le peuple à ce party, mais qu'en rendant les 
villes de Tenremonde et Vilvorde, dont il n'avait esté faict aiilcune mention, 
ilz espcroient faire agréer tout le reste du contenu auxd'^ articles. Et 
combien que ceste remise et lonpeur, avec ce que lesd'* Estats n'avoyent 
renvoyé aulcun desd'* députez pour traicter de cest affaire, donnast à Son 
Alteze occasion d'en moins espérer qu'il n'avoit pensé . il voulust pour 
faire cognoistre davantaige sa droicte et sincère intention pi'ier Monsg-'' de 
Laval et le Seig'' de Yillers de prendre la charge de ceste négociation , et 
donna pouvoir aud' S'" de Laviil de traicter absolutement de toutes choses 
avec([ lesd's S'' des Estatz, tout aussy que sy luy mesmes en personne y 
cust esté , acceptant les conditions portées par lad' lettre , quy estoit sa 
demeure à Bruxelles, restituant les villes de Tenremonde et Vilvorde, 
demeurans quant au reste les articles premiers en leur force et vertu. 
Moyennant ce Son Alteze esperoyt qu'il ny auroit plus nulle longueur ny 
diniculté et que par le brief retour dud' S'' de Laval tous différents seroient 
terminez. Toutefois il est advenu que pour avoir responce qu'il a demeuré 
dix sept jours entiers aud* Anvers, et enfin sont venuz lesd'* députez avecq 
luy, quy, tant s'en fault qu'ilz ayent appoi'té quelque résolution de ceste 
affaire qu'ilz sont entrez en termes du tout esloingnez de là , sy plains de 
difficultez et desadvantageuses conditions qu'il n'y a nulle apparence y 
entrer. 

» Surquoy après avoir esté ([uati'c à cincij jours en conférence , cherchant 
Son Alteze piartous moyens les meilleurs expédiments pour parvenir alad'*^ 
réconciliation, de luy tant désirée, comme ses offres et patience le 



— 60 — 

tlnnoiislioiil, a faict prier IcsiV" drpntpz par Messeigneurs de Montpensier, 
Maresclial de lîiroii , i et aiiltres Seig''^ du ('oiiscil de proposer et l'aire deiix- 
iiieiiie^ (|ii('l(ine nuvei-tiire raisoniialde : ce qu'ayans remis à Son Alteze et 
iceile supplié trrs-humhleiiient de déclarer ce (|iril désire leur a faict 
l'ouveiture et ollre quy ensuyt : 

« Oîie Son Alteze s'asclieniinera pai' lieux seurs et convenables à la 
qualité (le sa personne, et dont les passaiges luy seront ouverts, en la ville 
de Dixniude, où il séjournera jusquesà ce que tous différons soient vuidez 
et déteiminez tant avecq lesd'« députez qu'avecq Messieurs des Estatz, quy 
se pourront commodément approcher pour y donner plus d'avancement. 

" (Jue son armée à l'instant mesme, du lieu où elle est à présent, sera 
employée au secours d'Eindhoven ou aultre tel endroict qu'il sera advisé 
poui' le mieulx, en Iburnissant les vivres et argent nécessaire à iceile pour 
la faire marcher. 

» One les prisonniers et meubles dont est faict mention en tous les 
articles précédents seront restituez. Et en ce faisant Son Alteze tirera les 
gai'uisons franchoises hors des villes de Tenremonde et Yilvorde pour y être 
mis de naturelz du pays, avecq gouverneurs aggréables aux Estatz et 
à la province telz que bon leur semblera. 

» Cependant il sera fuurny vivres pour lad'' armée , dés demain , (!t y 
sera continué de jour en jour en telle quantité qu'accordera le S"" Despru- 
neaux quy a la charge et superintendance d'iceulx. 

') l'aicl à Tenremonde le wvj'' febvi'ier 1581]. 

)i Exhibé aux Estats généraulx des 

pi'ovinces unies par Messieurs le (lomte 

DE L.vvAL , les S'** Dksimu NK.vrx et 

FoNPERTUYS cexxvij de fcbvrier 1583. » 

» (Signé.) M. DK Hennin ^ » 

' .\rtiianil dr (iiinlaull, Seig'' il lianiii lic liiroii , clicvalit r des ordres du mi, maréchal 
de Kraiici', rlr. !1 avait ('ti' cnvoyi' par ilciiii III dans los Pays-Bas au secours du duc 
d".\iijiiii. Il lui lui' d'iiM i(iii|i de canon en lôlt'i à Mpi'inai ru CJianipagne , en vonlant 
rTiMinailiv ci'ltr plaer ddiil il taisait le siè;;e. 

- .\m\ ari'liivi's (rV|iii'--, 



— 61 — 

Le 27 et 28 février les Etats-Généraux déliliérèiTtit siif la nouvelle 
propositiun du duc d'Aujuu : les séaiiees furent agitées, orai^eiises ; les 
États-Généraux ne purent accorder au duc la ville de Divniude comme 
résidence , sans le consentement préalable des Etats de Elandre , comme 
ils n'avaient pu accorder la ville de Bruxelles sans le consentement des 
États de Brabant. D'un autre côté les troupes françaises étaient sans vivres. 
Le duc demandait une décision prompte ; il avait ordonné au comte de 
Laval de quitter Anvers si les États ne se prononçaient pas immédiatement, 
déclarant , qu'à son grand regret , les États le forceraient à traiter avec 
l'ennemi, puisqu'ils ne cherchaient, par le? longueurs, qu'à taire périr son 
armée par la famine et pai' la peste. i 

Les États-Généraux soumirent donc à ceux de Flandre la proposition 
d'accorder provisoirement, au duc d'Anjou, la ville de Dixnuide comme 
résidence (!'' mars) , mais comme la réponse ne put arriver assez à temps 
pour l'impatience du duc, celui-ci commencha fort à s'ennuyer des Jungiteiirs, 
et adressa le 3 mars aux États-Généraux la lettre suivante : 

« Messieurs , ayant reçu la lettre que vous m'avez escripte , je vous ay 
desputé votre courrier, et pour responce je vous diray qu'avecq les longueurs 
qui commenchent fort à m'ennwjer , jespérais qu'à tout le moins vous 
satisferriez à l'envoy des vivres que voz députez m'avoient promis , où 
ne voyant guère d'apparence , il semble que ce soit pour me réduire en 
nécessité, ce qui ne peult apporter beaucoup de faveur en voz négociations. 



4 « Zyne liuoclicyt lieefl den grave van Laval onlboden , dat zoo verre de 

staten iiiet gheresolveeit en zyn niorglien (2 mars) ende hem dieu dach noch lalen 
weten liunlieden resolutie, dat liy wederom keeren zoiide ende de staten wel expresselirk 
angheven, dat, tzynder leetwezen, zy lieni oorzake glieven zullen van te Iracteren metten 
vijcmden, glieemerct dat hy anders gheene conjecture nemen en can uuyt deze langhe 
tardiviteyt van resolutie , dan dat de staten zoucken al zyn volck te doen vergane van 
liongere, ende laeten afsterven van peste ende andere miserien, te wyle zy zynen legiien; 
middelder tyt nyet en voersien van vivres , protesterende daeronnne wel expresselic dat 
aen hem niet en liechl dat raen de gheconcipieerde leconciliatie niet en voordert , niaer 
wel an de staten, dewelcke hehooirden naerder inteziene de periclen daer zy by faulte 
van accorde ai)parent zyn inné te vailene. » — Extrait d'une lettre d'Érasme Zoetens, 
député aux Etats généraux, aux magistrats de Bruges, datée dWnvers, 1'' mars 1583. 
— Aux archives d'Ypres. 



— 0.2 — 

Vous avez assez recogiieu quelle est ma volunté et comment je me suis 
reiii^v a tous les partis (jiie m'ont este présentez. J(^ vous prie ([ue nous y 
mettions une lin, ne povans noz alVaii'es de tous eolez que empirer par tant 
(le (lilays , et le pays mal assisté des Ibrces (jne j'ay en main; je vous 
lais juger si le delVault s'en peut attribuer à moy , qui n'ay aultre 
intention que de veoir ung' bnnetasseurérestablissement, pour l'ailvanche- 
numl duquel je m'employerai de tout mon pouvoir. Ce que je vous prie, 
embrasser aussy de votre part , selon l'espérance ((ue vous m'en donnez , 
et cependant m'envoyer les vivres nécessaires à la nouri'iture de nmn 
arnu'e. Attendant la résolution que m'apporteront mon cousin , Mous'' de 
Laval et les Seig''" Despruneaux et Fonpertuis, je prieray Dieu, Messieurs, 
qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. A Termonde le iij'' de mai's 158o.i " 

» V'''' alTeclionné atiiy. » 

» FrAN(JOVS. )' 

(Siiscripiionj. 
>( A Messieurs les Fstats généraux des 
provinces unies des Pays-Bas. » 
« Ilp'' le iiij'' dud' mois 1581». » 

Cependant arriva la réponse des Etats de Flandre, et les États-Généraux 
donnèrent la réponse suivante aux |)ropositions du duc d'Anjou. 

» Les Estats généraulx des proviucus unies des Pays-Bas ayans veu et 
entendu les poinctz et articles prins par la résolution de Son Altcze le xxvj 
de ce mois de tehvrier, en la ville (Je Tenremonde, et oy le rapport de leurs 
députez retournez dmU. Tcnreumnde, ensemble ce qu'il a pieu à Son Alteze 
taire proposer ausd'^ Estalz par les Seig''^ Conte de Laval , des Pruneaux 
et Fonpertuys, déclarent (ju'ilz eussent bien esjteré ((ue son Âteze eusse esté 
servie des'eslargir davantaige pour jdus taid assoupir les diflkultez esvenues; 
iu'antnu)ings pour éviter ultérieure longueur et approcher sy près qu'il est 
jwssible à l'intention de Son Alteze, sans taire long récit de ce qui a esté 
traicté os comnuinications précédentes , supplient qu'il plaise à s(»n Alteze 

1 Aux arrlii\fs (l'Yinfs. 



— 63 — 

l'aire inconlinont marrlior los suisses et aiiUres u,ens de yiierrt; vers 
Hyngheiie et Boi'iiem pour se joindre avecq les aiiltres gens de gaierre et 
conjoinctement procéder aulx secours de Eindlioven et aultres exploicts 
contre le commun enneniy , à quoi lesd'** Estatz présentent furnir 

ungue foiz, en argent, la somme de ', et pour vivres 

la quantité de . par cliascun jour, consentent 

(juc Son Alteze passera seurement et librement jusques à la ville de Di.v- 
mude , en donnant hostagiers qualiliez et saflisans es mains desd''' 
Estatz , que , sitost lad'' Alteze sera entrée en lail" ville de Dixmude, 
seront retirées les garnisons fransoyses lioi's la ville de Vilvorde et 
Termonde , et y remises aultres garnisons du pays agréables aux d'" 
Estatz; et commandera Sa d'*^ Alteze bien sérieusement aux garnisons 
fransoyses estant en la ville de S'-Winocx-Berghen , d'en sortir pour y 
mectre des aultres aussi agréables aulx Estats ; quoy faict seront rendu à 
Son Alteze les d'* ostagiers avecq les prisonniers franchois encoires déte- 
nuz en la ville d'Anvers, en payant les gratuitez par eulx promis. Mais 
en cas qu'il soit plus agréable à Son Alteze de tenir sa résidence en la 
ville de Bruxelles , ou à S'-Winocx-Berghes , lesd'^ Estats promectent le 
choix à Sa d'*^ Alteze d'aller résider en lad"' ville de Bruxelles avecq xv^', 
suisses, ou aud' S*-Winocx-Berghes , avecq telle garnison qu'il plairat à 
icelle, moyennant qu'il rendra oultre les aultres villes susdites lad^*" ville de 
Dixmude devant que lesd''" ostagiers retourneront, comme a esté dict au 
regard de la reddition des aultres villes. Suppliant d'advantaige qu'il 
plaise à Son Alteze pour ester tout soupçon et donner plus grand conten- 
tement à la commune, de remectre la religion reformée par touttes 
lesd'p» villes, comme elle a esté devant ce changement 2. » 

En même temps les Etats-Généraux envoyèrent au duc une nouvelle 
légation char-ée de continuer les négociations, elle se composait d'Adolphe 
de Meetkercke , ElLertus Léoninus, Henri de Bloyere , bourgmestre de 
Bruxelles , Henri Couweghem conseiller et pensionnaire de la même ville, 
et Guillaume Everaerts, pensionnaire d'Anvers. Le 5 mars ces di'pntés 

t Ll-s nombres sniU restés en lilaiii-. 
- Aux airliives trYpres. 



— 64 — 

roçiiiTiit leur coiiimission et leiu' iiistruclioii ol partireiil avec le coniU' 
(le Laval et les Stù^neiiis îles Prunaiix et de Foiispertuis , pour se rendre 
auprès du duc d'AnjdU. 

Voici eu i[uels teruies les Etats-Généraux infornièreut le Duc de l'arrivée 
de ces députés. 

" Monseigneni" , 

>' Kucore que Messeig''" le Comte de Laval et les Seig''« des Prunaux 
et Kouspertuis ari'iverout iilus tard que Y*"'' Alteze n'a désiré, la supplions 
lie ne le prendre de mauvaise part , c(mHue ne procédant de vostre i'aulle, 
mais parla difliculté de l'alVaire; et avons si bien besoigné, (jue des- 
peclions avecq restes noz députez aveci{ si raisonnables articles et condi- 
tions , ((uesperons V'"" Alteze en recevra contentement ; prions très-hum- 
blement de les vouloirs croire , et qu'il plaise V'*^ Alteze s'y acconftuoder 
comme jusques ores elle a monstre d'en avoir la bonne volonté. Et nous 
leleraus a ce qu'Icelle entendra d'iceux plus amplement luy baiserons en 
toute révérence les mains, supplians le créateur, 

'I Monseigneur, d'augmenter la grandeur de V'" Alteze, avecq le bien 
et repos de ces pays. d'Anvers ce V jour de mars 158;} ^. 

» De V'" Alteze, 

» Très-humbles Serviteurs. 
» Les Estats-Ciénéraux des piovinces unies des Pays-Bas , 
" Par ondonnance desd"* Estats, 
M. I)k Henmx. >: 
(Suscription) 
" A Son Alteze, 

Le Seig'" de Duymbeke , Maximilien van Duvenede , ayant été remplacé 
dans cette légation par Henri île (lonweghem, conseiller et pensionnaire 
de P)ruxelles, les Etats délivivrent à leurs députés une nouvelle com- 
mission et une nouvelle inslruction. Voici ces deux pièces diplomatiques: 

' Aii\ ai'fliivt's irVpres. 



— 65 — 

« Commission pour les députez. » 

» Les États-Généraux des provinces unies des Pays-Bas , scavoir 
faisons que avons coramiz et déportez , commectons et déportons par cestes 
les Seig'' Messire Adolf de Meetkercke, conseiller du conseil d'Estat, 
président de Flandre; Messire Elbcrtus Leoninus, chancellier de Gueldres; 
le S"' Henry de Bloyer, Bourgmestre de la ville de Bruxelles; M''^ Henry 
Couweghem , conseiller et pensionnaire d'icelle ville; M''® Guiliaume 
Everaerts, aussy conseiller pensionnaire de la ville d'Anvers; pour 
ensemble ou la pluspart d'iceulx en nostre nom se trouver par devers son 
alteze , et avec Icelle besoigner, traicter et conclure sur certains poinctz 
et articles concernant la résidence de sad''' alteze dans la ville de Bruxelles, 
et la vuydange des garnisons francoises hors des villes de Vilvorde , Denre- 
monde, Dixmude et Bergues-St-Wynox , en conformité de l'instruction 
que leur avons donnée ajourd'huy ; promectons de tenir ferme et stable 
tout ce que par lesd**'* députez en ce que dessus sera besoigné , faict et 
conclu , sans y contrevenir en manière quelconque. En témoing de ce avons 
faict cacheter cestes de nostre cachet et soussigner par nostre greffier. 
Faict en la. ville d'Anvers ce V*^ jour de mars 1583. » 

« Par ordonnance desd'* Estatz , » 
« M. DE Hennin. » 

Voici l'instruction délivrée aux députés : 

« Instruction pour vous , Messire Adolf de Meetkercke , conseiller 
d'Estat et Président de Flandres; Messire Elbertus Leoninus, 
chancellier de Gueldres ; S"' Henry de Bloyer, Bourgmestre de la 
ville de Bruxelles; M"" Henry de Couweghem, conseiller et pen- 
sionnaire de lad'e ville ; M'"'' Guillaume Everaerts , conseiller et 
pensionnaire de la ville d'Anvers , de ce que de la part des Estats- 
Généraulx aurez à traicter par ensemble ou la pluspart de vous 
avec Son Alteze. » 

» En pi'cmier lieu, que les Estats-Généraulx des provinces unies ihv. 
Pays-Bas , considérantz les grand/, inconvctiiciilz qui s'augmentent de joui 

23 XVl f» 



— GG — 

à aullrt' liai' la loii^iii'iti ilr la nVoliitidii cl accon] avc('(| Son Alt(3/.e , au 
reiçani tics deux lieux de sa résidence , asscavoir Bruxelles ou Dixnuide, 
et la restilutiitn des villes occupées par les garnisons franchoiscs , et vivres 
pour l'armée de sad"^ Alte/e , ne désirant rien plus que de niectre ung 
asseuré fondement d'une lionne réconciliation avecq Sad'« Alteze, et, 
sans ultérieur délay, accoi'der et mectre préparatoirement en exécution 
tout ce qui convient à la fin que dessus. 

» Et comme Son Alteze es communications précédentes a insisté pour 
avoir la ville de Bruxelles pour sa résidence, et que le dilferent est 
demeuré seullement sur le nombi'e des Suysses quy auroient à entrer en 
lad"= ville avecq Son Alteze , direz que lesd'^ Estatz ont accordé de recevoir 
Son Alteze avecq sa suyte domesticque, non seulement avecq six cents 
Suysses, ains avecq quinze cens, ou deux mille, pour sa seureté; supplions 
que Son Alteze soit servye, suivant ses précédents offres, après la sortie 
de la garnison quy y est , se transporter en lad*« ville avecq lesd'^ Sfiysses, 
retirant incontinent à sa sortie les garnisons franchoises hors des villes de 
Vilvoorde et Denremonde, et, cincq ou six jours après l'entrée;, aud^ 
Bruxelles, les garnisons de Dixmude et Berghes-S*-Wynocx , en confor- 
mité desd''^* offres, et y laisser entrer gouverneurs et aultres garnisons 
agréables aux Estatz et à la province telz que bon leur semblera. 

» Davantaige, pour oster toutte diindcnce, Son Alteze, ceulx de sa 
suyte et les Suysses, promectront solemncllement de ne rien attenter 
contre Testât de ces pays, la ville de Bruxelles, manans et habitans 
d'icelle, et spécialement contre la religion réformée, ny d'empescher le 
guet et guarde par les bourgeois accoustumé ; comme réciproquement le 
magistrat colonnelz et capitaines de la ville jureront de ne rien attenter 
contre la personne de Sad^« Alteze, ceulx de sa suyte , ny desd'* Suysses. 

» Après la restitution desd''^'' quatre villes seront incontinent relaxez et 
restituez les prisonniers détcnnz on Anvers, parmi paiant les gratuitez j.'i 
promises. 

» Ce que lesd'* Estatz trouvent pins convenables tant ponr donner 
cfnitcntcnicnt an peuple ([ue à l'aison qu'il y a beaucoup pins grandes 
Cfimniodilez pour la court et Estatz au(U Bruxelles, siège royal et ancienne 
résidence des princes, que à Dixnuule lieu fort mal basly ésloigné et 



— 67 — 

incommodipiix pour la résidence d'iiiig tel prince que ponr traicter avecq 
les Estatz. 

» Bien entendu que devant la rendition desd^''^ villes, l'Amman, 
Bourgmestre et aultres notables de lad'<^ ville de Bruxelles viendront aude- 
vant de Son Alteze jusques à Deniemonde pour l'accompaigner à l'entrée 
susdite. 

» Si avant que Sad"' Alteze maintient cela n'estre souffisant, vous 
présenterez vous mesmes de l'accompaigner aussy aud^ Bruxelles. 

» Pour la rendition de Dixmude et Berghes-St-Winocx , qui se fera 
sept ou huit jours après l'entrée de Son Alteze en la ville de Bruxelles, 
demanderez hostaiges de Sad'" Alteze, nommément lesd' Seig'" de Byron, 
conte de la Rocliepot \ Seig^-s de Drou et de Brigneu, ou aultres souffis- 
sans, au contentement desd*» Estatz, quy se rendront à lad^c sortie de 
Denremonde es mains du gouverneur quy y sera envoie de la part desd'» 
Estatz. 

« Et sera permys l'exercice de la religion romaine en la chapelle de la 
court et en l'église paroichale de Coudenbergh , demeurans tous aultres 
lieux pour l'exercice de la religion réformée. • 

» Davantaige, pour plus grande asseurance de Son Alteze, lesd'^ Estatz 
ont promis et promectent par cestes en bonne foy de ne riens attenter ou 
laisser attenter contre Son Alteze ou les siens, toutes et quantesfois qu'il 
plaira k Son Alteze se retirer de lad^e ville là part où luy plaira ; mais, au 
contraire, qu'ilz donneront libre passaige à Icelle avecq nombre compétent 
de gens pour sa garde et suyte, sans en faire ou laisser faire aucun 
obstacle ou empeschement. 

» Et pour ce qu'il y pourroit tomber dispute sur le nombre desd*^ gens 
de guerre et suyte de Son Alteze, ensemble sur la manière de passer les 
villes, l'on accordera à Son Altesse jusques au nombre de mille soldatz ; 
bien entendu que passans les villes on les fera passer fil à fil la discrétion 
des chefs et magistrats d'icelles villes. 

i Antoine de Silli , comte de la. Rocbepot. Il avait été rliargé plusieurs fois par le 
duc d'Anjou de missions diplomatiques près des États-Généraux. Ce fut lui qui donna 
le signal lors de la tentative de surprendre Anvers. Il fit semblant d'avoir reçu un rouji 
de pied de cheval et se laissa tonilier : Jambe rompue élail le mot d'ordre convenu. 



— 68 — 

» Item, iilaira à Son Altt'zc laiie iiiairlier \e reste de son armée jusques 
à llYnt^hene et Bonihem pour estre employée contre l'ennemy commun 
aYec(| les forces du pays ; à quelle fin on pourvoiera de vivres et autres 
choses nécessaires. 

» Comme le secours d'Eindhove requiert accélération , et que rien plus 
n'est requis pour l'honneur de Son Alteze que en faire quelque démonstra- 
tion (le sa bonne volonté , insisterez que incontinent l'armée de Son Alteze 
marche avecq le reste des Suysses. 

» En quel événement on laissera suyvre vyvres et vivandiers pour la 
nécessité de l'armée , et la somme de xxx mille florins pour les accom- 
moder de leurs nécessitez sera furny par les Estatz ; et par provision , en 
attendant la restitution susdite, s' envoleront vivres pour trois jours, endeans 
lesquelz demanderez à Son Alteze sa finale résolution sur l'acceptation ou 
refus de ce que dessus ; lequel terme les Estaz entendent vous Bstre^limité. 

» Le surplus des poincts et articîes , restans encores à vuyder d'ugne 
part et d'aultre , seront à la première opportunité traictez et resoluz à 
Bruxelles. 

» Faict et arresté en l'assemblée des Estatz Généraulx le v"^ jour de 
mars 1583 *. » 

« Par ordonnance desd'^ Seigneurs 
Estatz. » 

« M. DE Hennin. » 

Munis de leurs instructions les députés partirent ce jour môme, 
arrivèrent à Termonde, ver* les six heures du soir, et furent reçus par 
le duc d'Anjou , avant son souper, en présence du duc de Montpensier, 
du comte de Laval , desSeig. des Pruneaux, Fonpertuis, Bellièvre, Brou 
et plusieurs autres. 

Après que les députés des États-Généraux eurent fait connaître leurs 
propositions nouvelles, le conseil du duc se réunit; la conférence dura 
jusque tard dans la soirée : le lendemain, de grand matin , le conseil se 

1 .\iix .iixliivcs (rVpiTs. 



- 61) — 

réunit de nouveau, et les députés apprirent avec étonnement que le prince 
avait encore changé d'idée ! Ce n'était plus ni à Dixmude, ni à Bruxelles 
qu'il voulait se fixer, mais à M'alines. 11 voulait se raetti^e à la tête de son 
armée, rendre quelque service signalé au pays pour reprendre son ancienne 
réputation etc. *. 

Le 5 au soir, une nombreuse députation envoyée par la ville de Bruxelles, 
arriva à Termonde ; elle reçut audience le 6 au matin et supplia le duc de 
choisir la ville de Bruxelles pour résidence. Cette circonstance donna de 
l'espoir au députés des Etats-Généraux , mais en vain ^ ; le duc insista 
pour obtenir la ville de Malines, à laquelle il renonça bientôt après 
pour demander celle de Dunkerque. 

Cette nouvelle tergiversation du prince rendait inutile les pouvoirs 
accordés aux députés des Etats-Généraux. Il leur falut donc de nouvelles 
instructions, comme nous le verrons dans la suite de cet article. 

Un fait que nous devons signaler avant de terminer cette partie, c'est 
que le roi de France lui-même intervint pour réconcilier son frère, le 
duc d'Anjou, avec les Etats-Généraux. Il leur envoya à cette effet Pompone 
de Belliévre 5, son conseiller d'État, qui déjà avait été chargé plusieurs 
fois de mission diplomatiques aux Pays-Bas. Quoique ce Seigneur n'arriva 
à Anvers que le 2 mars, la lettre de Henri III, qui l'accréditait près des 
Etats-Généraux, est datée du 10 février. La voici : 

» Très chiers et bons amys. Depeschons par delà le Seig. de Belliévre, 

* « Zyne hoocheyt zoiide liever hem met lutte! volcx te Meelielen vynden dan te 
Brussel, om zyne armée te mogtien imployeren teghen den vyandt, ende alzoo toi 
nutte van den landen eenighe goeden dienst doen ende wederomme goede reputatie 
daer mede te winnen. Lettre de Meetkerche aux Etats-Généraux , du 6 mars 1S8o, 
aux archives d'Ypres. 

2 Lettre de Meetkercke aux Etats-Généraux , du 6 mars 1583. Aux archives 
d'Ypres. 

5 Pompone de Belliévre , chancelier de France et seig. de Grignon , né à Lyon en 
1529. Successivement conseiller au Sénat de Chambéry, surintendant des finances, 
président du parlement de Paris , ambassadeur des rois Charles IX , Henri III , et 
Henri IV, chez les Frisons, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, et en Italie. 
Henri IV le nomma chancelier en 1599. Il quitta les sceaux en 1605 et mourut en 1607 
âgé de soixante -dix-imit ans. (Voyez MoaÉRi). 



— 70 — 

rnnseillor do notic conseil piivi' cld'l^slal, nous liiy avons donné diart^e 
expresse de vous taire entendre aalciines choses de notre part, (lesi|uclles 
nous vous prions le croire et y adjouster Iby comme l'erie/ à nostre pi'opie 
personne. Suppliant le créateur qu'il vous ait , très cliiers et bon> amys 
en sa saincteet digne garde. Escriptà Paris le X^jour de février 1583 *. » 

(Signé) « Hemry. » 

(Contresigné) « Boulart. » 
(Suscription.) 

« A noz très chiers et bons amyz les gens des Estatz de Brabant 
Flandres et aultres provinces des Pays-Bas joinctes et unies 
ensemble. « 
Rp'» le ij mars 1583. » 

En exécution de la mission dont il était chargé, de Bellièvre se jn'ésenta 
le 3 mars devant les États-Généraux et leur tint le discours suivant qu'il 
leur remit ensuite par écrit, signé de sa main : 

« Messieurs. » 

« Le changement advenus depuis quelque temps ença en ceste bonne 
ville d'Anvers n'a point changé la bonne volonté et affection que je vous ay 
cy devant promise, quyestla cause (|ue suyvant le commandement du Roy, 
mon maistre, vostre bon amy, j'ay de rechief entrepris ce voyage par devers 
vous, que je prie Dieu vous estre , et à nous tous, aussy généreux comme 
mon intention est droite , loyalle , et du tout tendue au bien commun des 
deux Estatz. 

» Messieurs, ce que je vous diray en premier lieu de la part dud' Seig*" 
Roy, est, que lui ayant esté par moy rapportées les honnestes offres à voz 
bonnes volontez en son endroict, dont vous me chargeastes à mon partement 
de Gand , Sa Majesté les a acceptées avecq ung singulier contentement et 
avecq une ferme resolution d'y correspondre par tous vrais et sincères 
offices d'amitié, que je vous puis asseurer ([u'il a esté faict de son costé, 
tellement, Messieurs, que h^ mallieur icy adveneu l'a plus contristé que 
chose qui ce soit présenté durant le temps de son régne. La charge que 

< Aux archives d'Yiires. 



led' Seig"" m'a donnée n'est point d'accuser en ce lieu ou excuser le faict 
d'aulcun, désirant Sa Majesté (comme il est bien raisonnable avant que de 
s'en resouldre) en estre plus certainement et bien à la vérité informée; si 
l'offence procède du costé de ses subjectz vous cognoistrez tousiours com- 
bien telles clioses luy desplaisent, et combien elle en a le coeur aliéné. 
Et toutes fois, Messieurs, sad'e Majesté m'a commandé de vous représen- 
ter, qu'estant Monseigneur son frère sorty de son royaulme pour venir en 
voz provinces , pour le désir qu'elle a eu d'entretenir avecq vous toute 
bonne amitié et voisinance , vous a ouvert et communiqué toutes les hon- 
nestes commoditez qu'un voisin peult demander de l'aultre, a souffert à 
l'occasion de voz guerres de très grandes incommoditez , pertes et dom- 
maiges , vous a aimé et chery aultant et plus que voisin et amy qu'elle aye. 
Ce que vous ne prendrez pas (s'il vous plaist) , comme ayant esté dict par 
mov pour vouloir entrer en aulcune occasion de reproches, mais l'amitié 
que led.^ Seig'" Pioy continue de vous porter me permet de vous dire qu'es- 
tans mon d^ Seigneur, son frère unicque, et jusques à présent son héritier 
présomptif, la conservation et prospérité duquel il affectionne et désire 
comme la sienne propre , Sa Majesté ne peult sinon grandement se com- 
mouvoir des incommoditez qu'iceulx son frère a este constrainct de suppor- 
ter depuis ce dernier divorce et troubles survenus parniy vous. Vous jugez 
par vos prudences ce que peult l'affection fraternelle, et ce que le debvoir 
requiert entre bons frères ; on ne peult doubter que le dict Seign'" Roy 
n'employé tout ce que Dieu luy a donné de moyens pour l'assurance et pour 
la réputation de mon d* Seig'. Sad'^ Majesté a aussy le soing et le pense- 
ment tel que doibt avoir un bon et saige prince de la vie et conservation 
de plusieurs vaillans hommes de sa nation, qui sont icy venuz de bonne foy 
pour s'eraploier en voz affaires. Si vous avez eu quelque soubzçon et indi- 
gnation contre aulcuns d'eulx , on scait assez que la pluspart est du tout 
exempte de ceste imputation. Ce que la fureur des armes a voulu emporter 
ne se peult plus réparer par vos plaintes , mais il ne se peult trouver 
raisonnable que n'ayans , quant au général , soit de vostre part, soit de 
la nostre , aulcune juste occasion et moins (comme j'estime) do volunté 
d'entreprendre les uns contre les autres ; ce néantmoings plusieurs parti- 
culiers innocens souffrent tous la même rigueur qui se pourrait attendre 



70 

quand la s'upi'i'' soroit ouverte. Vous me permettrez , s'il vous plaist , de 
(lire une cliose, (|ue la vengeance du passé ne peult ester trouvée que bien 
fort grande , et que nous ne pourrions pis faire, de part ne d'aultre, que de 
continuer l'offense ; m'estant souventes fois estonné, se traictant de recon- 
ciliation entre personnes si saiges et qu'ont tant de vertu et de valeur, 
comme il n'a esté faict plus d'acte d'amitié pour reviver et rafermir une 
bonne et sincère intelligence , et comme l'on n'a plus considéré les grands 
maulx et préjudice irréparable que la longueur apportait nécessairement 
et à l'une et à l'aultre des parties. » 

» Messieurs, je vous ay dictes ces choses en général pour n'avoir encores 
secu à la vérité dont procède toute la source de ce mal, qui est commun et 
à vous et à nous ; me référant d'en traicter et conférer avecq vous plus 
amplement lorsque j'aurai eu ce bien d'ouyr sur ce et avoir la bonne volunté 
et commandement de mon d* Seigneur, lequel avecq voz bons congé et 
permission, je désire de veoir au plus tost que faire se pourra, vous priant 
tous et conjurant par la charité de vostre patrie de vous disposer à recevoir 
en ce faict les plus modérez conseils, et de y vouloir aussy apporter de vous- 
mesmes les moyens et expédions que nous attendons et de voz bontez et de 
voz prudences ; comme pareillement de ma part je vous promecteray. Mes- 
sieurs , de ne y obraecter chose qui soit en mon pouvoir, et de me y 
employer de bonne foy avecq le mesme zèle et affection que je ferois s'il 
s'agissait de conserver ma propre vie. 

« Sur quoy, Messieurs, je finiray ce propos après vous avoir offert 
suyvant la charge que j'en ay, et en l'occasion qui se présente, et es 
aultres occurences qui vous concerneront, la favorable assistance et amitié 
de sa dicte Majesté, i » 

(Signé). « Bellièvre. » 

Après cette ouverture , de Bellièvre se retira à Termonde , près du duc 
d'Anjou, où, au témoignage de Meetkerkes, il ne cessa , ainsi que le 
Maréchal de Biron, de lui donner les meilleurs conseils. 

(La fin à une autre livraison.) 



1 Aux archives d'Ypres. 

8 Lellre de Meetkerckc aux Etatu ijénéraicx du 6 mars i-'î83 ; aux archives d'Ypres. 



73 — 



LA MORT D'UN BON ROI. 



La mort vient d'enlever le roi modèle des souverains : Ferdinand fl , 
roi des Deux-Siciles , est décédé, à un âge peu avancé, le 2!2 mai 1859. 
C'est une perte immense, qui jette la consternation et la douleur dans le 
royaume qu'il a gouverné avec tant de sagesse. Jamais roi n'a plus mérité 
d'être aimé de ses sujets , au bonheur desquels Ferdinand II vouait tous 
les instants de sa vie ; jamais roi n'a plus dignement représenté la monarchie ; 
jamais roi n'a plus généreusement encouragé les sciences et les arts. Aussi 
cette perte sera déplorée par tous les gens éclairés et bien pensants. 

L'Académie d'Archéologie, dont Sa Majesté distinguait les travaux, prend 
une part sincère à cet événement douloureux , et elle ne peut manquer de 
consacrer dans ses Annales quelques lignes à la mémoire de ce prince chéri 
et si justement regretté. 

Le roi Ferdinand II était un exemple de piété chrétienne. Le journal 
officiel de Naples nous apprend que lorsque, le 12 avril dernier, il reçut 
le saint viatique ordonné par les médecins , Sa Majesté était enfermée dés 
le point du jour avec son confesseur, et à huit heures du matin le saint- 
sacrement sortait en grande pompe de la chapelle de Caserte. Ce fut une 
triste et touchante cérémonie; la reine soutenait la tête du roi, son 
confesseur était à sa droite , ses dix enfants agenouillés en pleurant , entou- 
raient son lit pendant que le prêtre élevait le saint ciboire au-dessus de la 
tête des nombreux assistants. 

Le roi fit signe alors qu'il voulait parler, et prenant un crucifix qui lui 
était présenté par son confesseur, il resta un instant recueilli , puis s'écria : 
« Mon Dieu, protégez ma femme et mes enfants ! Mon Dieu, protégez mon 
» pays et mes peuples! Mon Dieu, protégez mon pauvre peuple! » Laissant 
ensuite échapper le crucifix de ses mains , il contemple et reçoit l'hostie 
sainte. Il était calme, impassible, pendant qu'autour de lui éclataient les 



sanglots. Ses facultés iiitcliccluollcs no l urit point abandonné; il a attendu 
la mort avec cette patience et cette résignation qui caractérisent le véritable 
chrétien dans ses derniers moments. 

La reine , cet ange de bonté , cette femme , si vertueuse , si digne de 
son royal époux, n'a pas voulu le ijuitter un instant : elle n'a cessé de 
veiller sur lui , jour et nuit, avec le plus admirable dévouement. 

Le roi Ferdinand II était franc , loyal , exempt de toute morgue , simple 
dans sa manière de vivre , ayant un excellent cœur, qui lui avait acquis une 
grande popularité, il joignait à ses belles qualités de vastes connaissances 
en plus d'un genre. L'instruction publique, les sciences et les arts l'occu- 
paient beaucoup. 11 aimait les hommes de lettres et les récompensait large- 
ment. Il a honoré d'une grande Itienveillance notre président, M. de 
Kerckliove, auquel il a conféré, paimi d'autres distinctions, le titre 
héréditaire de Comte. ' , 

Voici comment un des plus éminents publicistes français , un écrivain 
consciencieux , apprécie ce monarque dans son excellent et célèbre 
journal : 

« Dieu a rappelé à Lui — dit l'honorable M. Louis Veuillot — l'âme 
» généreuse et chrétienne de Ferdinand, roi des Deux-Siciles.... L'Europe 
» a perdu un homme , un homme fait pour être encore compté dans une 
» époque où cette espèce aurait été nn)ins rare , un homme et un roi ! Et 
» quoiqu'il y ait loin du trône de Naples et de l'histoire de Ferdinand au 
» trône et à l'histoire de Louis XIV , cependant il ne s'en faut pas de 
» beaucoup, peut-être, que l'on puisse dire aujourd'hui ce que l'on disait 
» en Europe lorsque Louis XIV venait de quitter la vie : le Roi est mort. 
» Né dans l'exil, en 1810, pendant le règne de Murât, couronné en 
» 1830, au début du règne de Louis-Philippe, Ferdinand a gouverné 
» près de trente ans. Durant cette longue période, l'une des plus péril- 
» leuses où les trônes se soient vus engagés , il a tenu les rônes sans 
» douter de son droit et sans le laisser entamer, sans douter de son peuple 
» et sans le liahir. Il n'a pas conspiré contre son peuple ni contre lui-même 
" avec la révolution , soit par aveuglement d'esprit, soit par faiblesse de 
» cœur. Des rois de son temps, peu auront mérité cet éloge. Son oncle 
» Louis-Philippe, politi(iiu' admiré, lui conseillait de mollir, délivrer 



— 75 — 

» quelque chose. Il répondit qu'il avait reçu la couronne tout entière, qu'il 
» la laisserait tout entière à son héritier. Il s'est tenu parole. Mali!;ré les 
Il attaques de la révolution , malgré les succès qu'elle a ohtenus ailleurs , 
» malgré les brillantes alliances qu'elle a formées , il a vécu roi , il est 
» mort roi. 

» Il laisse à son héritier légilimt- une couronne intacte, un état pros- 
» père; et le fils de Ferdinand , s'il veut suivre ses maximes , peut résister 
» glorieusement aux ennemis que son père a vaincus. 

i> Le roi Ferdinand devait naturellement mourir dans la disgrâce des 
» hommes de désordre, ne s'étant laissé ni battre, ni tromper par eux. 
» A deux reprises, au début et dans la seconde moitié de son règne, la 
» premièi'e fois cédant peut-être à de généreuses illusions , la seconde 
» fois pour ouvrir une issue au torrent qui menaçait d'emporter les digues, 
» il donna, dans une certaine mesure , ce que l'on appelle des institutions 
» libérales. Comme il ne les avait pas données pour qu'elles servissent 
» contre lui et contre la paix publique, il les reprit dès qu'il vit que la 
» fourberie révolutionnaire en faisait cet usage. Le peuple des Deux-Siciles 
» comprit que l'autorité de son roi lui valait mieux que le joug des fac- 
» tiens ; il prêta main-forte pour maintenir l'intégrité de la couronne. 
» Sous cette couronne il se sentait libre et respecté , défendu contre ces 
» faquins , ces insolents et ces pervers qui , pleins de folie, d'orgueil et 
» d'avidité , se déclarent les juges et les maîtres de leurs concitoyens et 
» veulent à main armée leur imposer des lois étrangères. Lorsque derniè- 
» rement une bande de ces législateurs, partie du Piémont, mais formée 
» en Angleterre , voulut envahir le sol napolitain , les paysans eux-mêmes 
» la mirent en déroute. Ainsi , ce roi qui savait et qui voulait rester roi , 
» chose dès longtemps , en plus d'un pays , passée de coutume , il était en 
» même temps, autre singularité, un roi populaire. Ce que le vrai peuple 
» demande aux rois , c'est d'être de vrais rois 

» Aucun prince de nos jours n'a été plus longuement , plus savamment , 
» plus impudemment calomnié que le roi de Naples. 

« 11 y a huit ou dix ans, un Anglais , un de ces cafards anglais qui vont 
" faire donner l'estrapade à leurs sujets des colonies, et "qui, après une 
)' tournée de philanthropie en Europe, de retour à Londres , dénoncent les 



— 7fi — 

» m('taits et les cru.iutf's des g-oiiv(M'iiciiioiits catholiques ; un do ces verlaciix 

» dont la Grande-Bretagne abonde , prit la direction de la guerre des 

>' pamphlets, contre le roi Ferdinand. Il inventa l'innocent Poërio et ses 

'• innocents compagnons, et leur fameux martyre, et les cachots affreux, 

» et les tortures affreuses , et tout ce que l'on a tant répété. C'était pendant 

» que l'Angleterre faisait ces douces répressions des mécontentements de 

» rionie ; à la veille de ces douces répressions de la révolte des Indes, où 

» des capitaines anglais allaient être félicités par leurs généraux pour avoir 

» fait fusiller, en une seule séance , six cents hommes qui se croyaient 

» couverts par une capitulation. Malgré Corfou , malgré les Indes et malgré 

« l'Irlande, le pamphlet du très-Jwnorable M. Gladstone fut reçu comme 

» la vérité même. Par l'ensemble et par la frénésie des commentaires , le 

» roi Ferdinand , si populaire chez lui , devint le personnage le plus impo- 

» pulaire de l'Europe. • 

» L'Angleterre poussa ferme ; elle y avait son intérêt. Les déclamations 

» contre le roi de Naples en faveur de la liberté et de l'humanité couvrent 

» une vieille entreprise commerciale et politique sur les soufres et les ports 

» de la Sicile. Mais qu'importe à la révolution ! Tant de cris et de clameurs 

» finirent par dominer tout. Le roi de Naples trouva peu de défenseurs 

» dans le monde trompé ou intimidé. Les hommes les plus intéressés à la 

» conservation, c'est-à-dire à l'honneur de la monarchie, abandonnèrent 

« la cause de ce monarque , auquel ils ne pouvaient refuser ni leur estime 

» n.i leur admiration. La révolution l'avait trop pris en haine ; le « Bourbon 

» de Naples » était pestiféré. L'autre jour encore , le jour même où 

» Ferdinand mourait , de misérables bouffons pouvaient impunément se 

» livrer sur son compte à leurs lazzis accoutumés, et qui n'ont pas cessé 

» durant cette agonie de deux mois. Jusqu'à l'heure suprême, ils ont à 

» loisir insulté la double majesté de la coui'onne et de la mort. Le dégoût 

» même étant forcé de se taire, tout s'est tù. 

'> Un roi pourtant n'a pas détourné sa tête , ni sa main , ni laissé ignorer 

>: les sentiments de son cœur. Le Souverain-Pontife , du haut di; son trône 

» environne de tant d ennemis, au fort de la tempête élevant sa voix sainte 

» a prié pour la conservation des jours de Ferdinand. Les desseins de la 

» sagesse divine étaient inébranlables, puisfjue cette prière ne les a pu 



— 77 — 

' rlianger. Pie IX ne demandait pas seulement à Dieu de laisser sur la 
» terre un roi catholique', plein de foi et d'énergiques vertus; il priait 
» pour riiùte généreux qui jadis, avec un dévouement fdial , lui avait 
)» donné asile. Mais si l'auguste mourant a vu que le trône périssable de 
» la terre ne lui serait pas laissé plus longtemps, avec quelle ferme 
» espérance, aux dernières fêtes de Pâques, n'a-t-il pas dû entendre les 
» promesses que le roi des rois , prêt à monter sur le Calvaire , adresse 
» à ceux qui ne l'auront point trahi : « C'est vous qui êtes demeurés 
» fermes dans mes tentations et dans mes maux; c'est pourquoi je vous 
» prépare le royaume, comme mon père me l'a préparé. » 

» La révolution , pressée de voir Ferdinand mourir, a lâché sur lui ses 
» sicaires. Dieu l'a mis à l'abri des sicaires, comme la fidélité de son 
» peuple a mis sa couronne à l'abri des séditieux. Ce n'est pas le poignard 
» d'un assassin qui lui ôte la vie , ce n'est pas une sédition qui lui ôte le 
» trône. 11 meurt entouré de respect, entouré de son armée et de son 
» peuple à genoux , son sceptre à la main , assez ferme encore dans cette 
» main mourante pour qu'aucune audace n'ait entrepris de l'arracher. Et 
» sa mort sera pleurée , et on le portera glorieusement au tombeau de ses 
» pères, et son souvenir protégera les premiers pas de son fds. » 

Le successeur du roi Ferdinand II est un prince rempli d'instruction 
et de bonté, il suivra donc les traces de son auguste père. On nous dit 
de même le plus grand bien de sa royale compagne. Comme tous les autres 
princes et princesses de la maison de Bavière. — Maison exemplaire par 
sa moralité et par ses vertus domestiques — elle a été élevée dans de bons 
principes, elle a reçu une éducation accomplie. 



— 78 — 
LA MOllî DU PRÉSIDENT D'HONNEUR DE L'ACADÉMIE. 

La perte i|iie lAcadémie vient (Ucprouver en la personne de son prési- 
dent d'hoiiueiir, Son Altesse Impériale et Royale Monseigneur l'Archiduc Jean 
d' Autriche, la péntMre d une profonde douleur, qui sera partagée par tons 
ceux qui ont connu cet excellent prince, si vénéré et si universellement 
aimé. 

L'Archiduc Jean était un savant distingué, un pi'oteclenr éclairé des 
lettres, un homme de guerre d'une valeur reconnue, il savait gagner 
tous les cœurs par sa bonté , par sa franchise et sa loyauté , il aimait 
passionnément la science archéologique , ce que prouvent les importantes 
fouilles qu'il fit exécuter sous sa direction en Styrie. Il était président de 
la Société historique et archéologique de Gratz. 

L'archiduc Jean-Baptiste-Joseph-Fabien-Sébastien d'Autriche fest décédé 
à Gratz, le 11 mai 1859 , des suites d'une paralysie des poumons. Né le 
20 janvier 1772, il était le quatrième fils de l'Empereur Léopold II et de 
l'Impératrice IMarie-Louise , fille du roi Charles III d'Espagne. Il *était 
frère de l'Empereur François I*""; du grand-duc de Toscane , Ferdinand III ; 
de l'Archiduc Charles; de l'Archiduc Joseph , ancien palatin de Hongrie; 
de l'Archiduc Renier, ancien vice-roi du royaume huubardo-vénitien , et 
enfin de l'Archiduc Louis , propriétaire du régiment d'infanterie n" 8. Il 
était par conséquent grand-oncle de l'Empereur régnant. 

Felilmaréchal Autrichien, propriétaire du régiment des dragons n" 1 , 
chef du bataillon de grenadiers-sapeurs dn corps du génie Russe, pro- 
priétaire du IG" régiment Prussien d'infanterie, l'Archiduc Jean avait 
occupé pendant quelque temps , en 1848, les fonctions de vicaire-général 
de l'empire. 

L'Archiduc, qui depuis ces événements s'était retiré dans IcTyrol, 
avait é[i()u>é en 1827 , en mariage morganali([ue, IM"'' Anne IMochel , élevée 
au rang de comtesse de Meran, baronne de lîrcudhof. Un seul lils, 
François, né en 1839, lieutenant en premier au régiment d'infanterie 
Auliichicii , giaii(l-d;ic Con>lantin de Russie, est issu de cette union. 



EXTRAIT DES PnOCES-YRUBÂUX 



ET 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE. 



MM. le duc de San-Miguel, président de l'Académie royale d'Histoire 
d'Espagne ; le duc de Piivas, président du Conseil de l'Académie royale 
des Beaux-Arts (Academia de San-Fernando). de Madrid ; de Bermudez 
de Sotomayor, conservateur du cabinet Numismatique , et le commandeur 
Hartzenbusch, premier bibliotbécaire delà Bibliothèque Nationale d'Espagne, 
chargent notre président, M. le comte de Kerckhove, d'exprimer à l'Académie 
leurs remercîments pour les avoir admis parmi ses membres. 

— L'Académie impériale des Sciences de Vienne, la Société Historique 
de Styrie , l'Institut de France , la Société royale des Sciences de Saxe et 
plusieurs autres Compagnies savantes remercient l'Académie pour l'envoi 
de ses publications. 

— Le congrès Scientifique de France adresse à l'Académie le programme 
de sa session qui s'ouvrira à Limoges, le 12 septembre 1859. 

— L'Académie royale des Sciences d'Espagne , l'Institut impérial des 
Sciences, Lettres et Arts de Lombardie et d'autres sociétés scientifiques 
font parvenir à l'Académie les programmes des prix qu'ils mettent au 
concours. 

— M. le comte de Kerckhove, président, annonce la mort de l'illustre 
Alexandre de Humboldt, membre honoraire de l'Académie depuis sa 
fondation 

Humboldt était la plus grande célébrité scientifique de l'époque. Nous 
n'essayerons pas de rendre à cette belle et immense mémoire l'hommage 
qui lui est dû, et nous n'essayerons encore moins de rappeler ses titres à 



— 80 — 

l'immort;ilit('' ; litres ([ui fout ilc ce douloureux évéuenienl un deuil pour 
le monde savant. Il suffira de dire : Ilumboldt n'existe plus!... Les 
sciences ont perdu cette gloire unique qui n'est plus anjourdhui qu'un 
souvenir, mais un souvenir qui sera en vénération jusqu'à la dernière 
postérité. 

— M. le Président annonce également la mort de M. Alexandre de 
Richter, ministre plénipotentiaire de l'empereur de Russie en Relgique, 
membre honoraire de l'Académie; la mort du docteur Théodore Neumann, 
secrétaire-perpétuel de la Société des sciences de la Haute-Lusace , membre 
correspondant de l'Académie , l'un des écrivains les plus érudits d'Alle- 
magne, et la mort de M Alex. Hermand, membre correspondant de l'Aca- 
démie, l'un des fondateurs de la Société des Antiquaires de la Morinie , 
qui a laissé après lui d'excellents travaux, d'honorables souvenirs et de 
nombreux regrets. 

— M. le Président annonce ensuite la mort du célèbre artiste Espagnol 
de Madrazo, premier peintre de la reine Isabelle II, directeur du musée 
royal de peinture et de l'Académie supérieure des beaux-arts (Académie 
royale de San Fernando) à Madrid, admis récemment au nombre des 
membre honoraires de notre Académie, décédé le 8 mai dernier. 

M. de Madrazo avait une réputation européenne ; il était un des 
meilleures coloristes de nos jours. Nous l'avons souvent entendu citer, 
par beaucoup de connaisseurs des beaux-arts, comme le premier portraitiste 
de l'époque , et ceux qui ont vu , dans les palais royaux et dans les prin- 
cipaux cabinets d'Espagne, le grand nombre de magnifiques et admirables 
portraits exécutés par cet éminent artiste sont parfaitement d'accord à le 
regarder comme tel. 

M. de Madrazo était non-seulement un peintre de premier talent, mais 
c'était en même temps un homme de lettres de mérite et un 
excellent professeur. Sa mort est une perte immense pour l'enseignement 
des beaux-arts en P'spagne, qui sous sa direction coniniençaient à se 
relever. 

M. df! Madrazo joignait à son beau talent un caractère très-loyal et très- 
oiiligeaiil. M. de Kcrckhove, présideutde rAcadémie, pondant son séjour à 
.Madi'id, a eu occasion de s"eiu'oiiv;iini're. 



— 81 — 

Voici hi lettre ((lU! M. de Madrazo écrivit à notre président an snjet de 
son admission comme membre honoraire deTAcadéniie ; 

« Madrid, le 10 janvier 1859. 

» A monsieur le comte de Kcrckhove , président de l'Académie d'Archéologie 
» de Belgique. 

» Monsieur le comte , 

» La distinction que sur votre bienveillante proposition a daigné m'ac- 
» corder l'Afiadémie d'Archéologie de Belgique en m'inscrivant au nombre 
j) de ses membres honoraires , dont je viens de recevoir le diplôme , me 
» flatte au plus haut point et me prouve que par rapport au domaine des 
» sciences et des arts , l'esprit de nationalité exclusif et jaloux n'a plus 
» d'empire dans cette belle contrée qui fut jadis un des plus riches fleurons 
» de la couronne de Charles-Quint. 

» La Belgique et l'Espagne sont sous tous les rapports étroitement unies 
)i jusqu'à la lin du XYII^ siècle, et même à l'époque de leur séparation 
j) politique intimement liées par le commerce de leurs plus brillants génies, 
» se rencontrent de nouveau aujourd'hui dans la voie large et paisible de 
« la restauration intellectuelle dont les recherches archéologiques con- 
i> stituent l'un des plus puissants moyens. 

» Je suis heureux, monsieur le comte, de me trouver associé dans cette 
« grande œuvre aux travaux de l'illustre académie que vous avez fondée : 
» je serais fier aussi de pouvoir contribuer au progrès de votre tâche. 
j> Malheureusement mon âge assez avancé ne me permettra guère que 
» d'applaudir à vos succès; mais, si votre indulgence aidant, il me prenait 
)) de temps à antre le désir de vous faire part de quelque idi'e utile 
» accomplie dans le pays que j'habite, croyez que je ne manquerai pas à 
» l'honneur de correspondre avec cette savante corporation au sein de 
» laquelle je me trouve si gracieusement appelé. 

» Veuillez , monsieur le comte , remercier bien de ma part tous mes 

23 XVI 6 



— 82 — 

» dignes confrères , et ;ii;réoz rassiiraïuc de la liante ((nisiilrralioii et de 
- l'estime sincère de 

» Votre très-lmmble serviteur et directeur de l'acadéniie des 
»i beaux-arts. 

(Signé) José de Madkazo. » 

— M. le secrétaire fait part de la perte que l'Académie vient d'éprnnver 
dans la personne de l'un de ses plus savants membres correspondants, 
M. Dumont, ancien architecte-dessinateur de la Commission royale des 
monuments. 

Lorsque la mort est venue frapper M. Dumont, il était dans toute la 
vii^ueur du talent et la force de l'âge; il n'avait que quarante-sept ans, il 
pouvait encore aspirer à de nombreux et brillants succès. Cependant la 
carrière de M. Dumont a été bien remplie. Travailleur infatigaWe et 
consciencieux , artiste plein de feu et d'imagination , il laisse après lui des 
ouvrages qu'on cite à plus d'un titre comme des modèles d'ordonnance et 
de goût. M. Dumont était ce qu'on appelle un artiste fécond. Il unissait à 
une grande facilité de conception, une véritable supériorité de talent pour 
les détails; il possédait, à un haut degré , on peut le dire, les qualités qui 
font les vrais artistes, 

M. Dumont a construit beaucoup d'édifices publics, et le Quartier 
Léopold , cette merveille de notre capitale , lui doit une partie de ses plus 
beaux hôtels. Il excellait surtout dans le genre gothique. Sous ce rapport, 
en elTet , il a donné les preuves les plus incontestables de la souplesse de 
son grand talent. 

L'église gothique de Saint-Boniface à Ixelles a été construite sur les 
plans de M. Dumont, ainsi que les prisons cellulaires du pays. Mais, je 
n'essaierai pas d'ènumérer ici les nombreux travaux que l'on doit à ce 
laiioiicux artiste. Je ne puis que répéter que sa carrière a été bien remplie 
et (|iH' peu d'artistes ont autant travaillé et aussi bien réussi que lui. 

M. Dumont avait été longtemps l'arcliitectc-dessinateur de la Commission 
royale des monuments ; il avait lésigné ces honorables fonctions depuis 
peu de temps, et sa nomination comme membre de ce collège d'artistes eftt 
été assurée s'il avait vécu plus longtemps. 



— 83 — 

M. Dumoiit était chevalier de l'ordre de i.i'opold, commandeur de 
l'ordre de Danebrog de Danemark et chevalier de plusieurs autres ordres. 
Sa mort laisse un grand vide parmi ceux qui l'ont connu et excitera des 
regrets profonds. C'est surtout dans la vie de famille que M. Dumont se 
distinguait par son grand cœur. 11 avait une L; lie âme et tous les nobles 
sentiments lui étaient familiers. 

— M. le comte de Kerckhove fait connaître la mort de l'un de nos plus 
anciens membres honoraires, M. de Givenchy, secrétaire-perpétuel de la 
société des antiquaires de la Morinie, membre de plusieurs sociétés 
savantes , auteur de différentes publications archéologiques d'un éminent 
intérêt. Notre savant confrère M. Henri de Laplane, qui a lu à la société 
des antiquaires de la Morinie et publié une excellente notice sur M. de 
Givenchy, dit , après avoir énuméré les titres de cet homme de mérite et 
de bien à l'estime publique dont il jouissait en France et à l'étranger. — 
« Homme d'intelligence et de cœur, plein de droiture et de modestie, 
» serviable, généreux, loyal, modèle de bon ton, d'amabilité, de cour- 

» toisie tel fut le collègue que nous pleurons et qui semble emporter 

» avec lui dans la tombe le cachet de cette vieille urbanité française dont 
» presque seul ici il paraissait avoir gardé le secret. Au milieu de nos 
» transformations politiques, M. de Givenchy voyait avec peine disparaître, 
» avec les modernes idées, cette politesse exquise, les formes agréables 

» qui, dans la société , distinguent toujours l'homme bien élevé Ces 

» formes, ces manières, ce dévouement, ce cœur, il a été heureux de les 
» retrouver du moins dans sa famille qui , comme lui , jouit d'un si haut 
» degré de l'estime et de la sympathie publiques » 

— Notre célèbre confrère M. deSiebold, membre honoraire de l'Académie, 
nous adresse , en partant pour le Japon , sa lettre d'adieu , que nous nous 
plaisons à reproduire dans nos Annales : 

» C'est dans l'intérêt des sciences ainsi que de l'industrie et du com- 
merce , que j'ai répondu à l'appel lionorable de la Société de commerce 
néerlandaise , d'entreprendre un second voyage au Jcapon. Trente-six ans 
se sont écoulés depuis que j'ai abordé les côtes inhospitalières de l'Empire 
de Nippon , fermées depuis le milieu du XVIl^ siècle à toutes les nations 
Européennes, excepté aux Hollandais, qui, grâce à leur politique purement 



— 84 — 

comniciciale , ont su conserver des relations amicales avec ce peuple , 
le plus civilisé de l'Asie orientale , mais aussi devenu , par des tristes 
expériences , le plus méfiant de notre globe. 

» Les résultats de mes recherches scientifiques et mes nombreuses 
découvertes sont connues pour la plupart et appréciés par le monde savan-t 
et industriel. 

» Cependant ce n'étaient que des fruits cueillis sur un terrain borné 
par des restrictions politi((ues et soigneusement gardé p;ir la méfiance d'un 
gouvernement patriarchal et despotique à la fois. 

» Les temps ont changés depuis ma première visite dans cet empire an 
Lever du Soleil, et j'espère que l'ouverture de ses ports au commerce du 
monde contribuera à favoriser plus qu'auparavant les recherches scientifi- 
ques et à faciliter l'exploitation des richesses du règne de la nature dans 
ce vaste archipel, limitrophe de l'Empire Céleste, et qui s'étend de§ îles 
Philippines jusqu'à l'embouchure de l'Amour. Mais le but de ma seconde 
visite dans ce pays empreint des traces de la civilisation antique de l'Asie 
orientale, ne se borne pas à exploiter les richesses de la nature et de 
l'industrie; ce sont les résultats de mes efibrts foiîs, durant un séjour de 
sept ans chez cette nation intelligente et curieuse, pour y répandre nos 
connaissances; ce sont les progrès de l'école que j'y ai fondée, et dont les 
élèves se distinguent à présent à la tète du développement scientifique 
dans ce vaste empire insulaire mis en rapport avec les nations les plus 
civilisées de notre globe. Cette réussite, ces fruits salubres de mes travaux 
et de mes principes philanthropiques, m'engagent à portera cette nation 
brave et noble, — dont le gouvernement m'a accordé gracieusement la 
permission de revenir, — mes secours, soit pour lui indiquer les matières 
premières, les produits de son pays, propres ta nourrir les sources encore 
peu fertiles pour le commerce avec les étrangers, et pour la mettre à 
même de continuer des relations amicales avec le monde commerçant, qui 
se dirige actuellement vers l'hémisphère boréal de l'Océan pacifiipie, soit 
pour lui aidei- ;"'. consolider et à conserver sa tranquillité séculaire, et son 
indépendance, par le pouvoir de linfluencc intellectuelle — l'émanation 
féconde de l'esprit bumain de notre siècle. 

« Dans cette espérance et encouragé par racciirij llatteur des résultats 



— 85 — 

de mon premier voyage , je m'adresse par cette lettre aux Mécènes qni 
ont bien vonUi protéger mes publications vastes et conteuses, aux académies 
et aux sociétés savantes qui ont daigné m'admettre dans les rangs de leurs 
membres illustres, aux sociétés d'borticulture et d'agriculture qui ont 
honoré de diplômes et de médailles le voyageur botaniste ayant doté leurs 
champs de végétaux nouveaux d'ornement et usuels , et aux corporations 
industreilles et commerciales qui savent apprécier les produits de la 
culture et de l'industrie des Japonais , et qui tâchent de les appliquer à 
leur industrie et en faire partie de leurs spéculations. 

« Je vous adresse donc, Messieurs mes collègues, mes confrères , et 
mes amis," dans l'empressement causé par des préparations indispensables 
pour un voyage aussi lointain et aussi important, que j'entreprends après 
des méditations sérieuses — dans un Age bien avancé , mais réanimé du 
zèle énergique de ma jeunesse — - par ces lignes de remercîment, d'estime 
et de dévouement — un dernier mot d'adieu , des paroles sincères et 
graves, en vous priant, Messieurs, de continuer à me donner des marques 
de votre souvenir bienveillant, et de m'envoyer les fruits de vos travaux, 
rafraîchissant l'esprit dans des pèlerinages fatigants, ainsi que vos 
observations savantes et vos questions curieuses , afin d'en tirer profit , 
durant mon eloignement de vous, et d'être en état de donner des 
éclaircissements réciproques. 

« Quant à quelques parties de mes ouvrages sur le Japon qui ne sont 
pas encore terminées , c'est le dessein principal de mon voyage de les 
compléter, et d'y mettre la dernière main au Japon même , tandis que j'ai 
pris les mesures nécessaires pour que l'iniprcssifui des livraisons supplémen- 
taires soit exécutée durant mon abseiu^e. Il me reste encore à vous 
communiquer. Messieurs, qui saurez apprécier les sentiments paternels, 
la décision que j'ai prise, de me faire accompagner par mon fils aîné, 
càgè de douze ans et demi seulement, pour l'initier au Japon même, h 
l'étude de la langue et de la littérature chinoise-japonaise, pour déposer 
dans son sein mes expériences riches et utiles , et pour témoin de mes 
exploits dans l'intérêt des sciences, de l'industrie et du commerce, pour 
pouvoir rendre compte un jour — si la Providence ne m'accordait pas le 
bonheur de revenir auprès de vous — de mon dévouement pour l'agiandis- 



— 86 — 

senii^iit de nos connaissances et ponr le développement de la civilisation du 
i^enre humain, et de mes efforts pour découvrir de nouvelles sources pour 
le bien-être public. 

i< Stat sua cuiqiie (lies, brève et irr'eparahile tempus omnibus est vitae, 
sed famam et tendcre factis, hoc opus est! » ViRGiL. 

(' Leyde, le 22 mars 1859. Th. Fr. de Siebold. » 

L'Académie a reçu , depuis la dernière livraison de ses Annales , les 
envois suivants : 

1 . De l'Université royale de Christiania , l'ouvrage intitulé : Konge- 
Sqcih't. 

2. De la même, l'ouvrage intitulé : Olaf den Helliges Safja Ned Snorre 
Strulasson. 

3. De la même , une brochure intitulée : Foreniugen til Jiosrke fortids 
min desmerhens Bevaring . 

-4. De la même, une brochure intitulée : Det Oldnorske Siwogs eller 
Norron-asprogets grammatik; par Munch et Unger. 

5. De la même , le traité de Holmboe intitulé : De prisca Re Monetaria 
Norvegia. 

6. De la même, le livre intitulé : Oldnorsk Lœsebog med tilliorende 
glossarium ; par Munch et Unger. 

7. De la même, la brochure de Sophus Bugge sous le titre de Garnie 
No7'ske folkeviser. 

8. De l'Académie impériale des sciences de Vienne, les Sitzungsherichte 
philos.-histor. Classe, Band XXIII Heft 1, 2, 3, 4, et Fontes rerum 
anstriacarum Band XV. 

9. De la Société historique de Styrie , ses publications de l'année 1858. 

10. De l'Académie royale des sciences de Madrid , les tomes I*"", II , III 
et IV de ses mémoires. 

11. De l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, les 
tomes XI , XII et XIII de son Bulletin de la classe historico-philologique. 

12. De l'Institut impérial des sciences, lettres et arts de Lombardie , 
^es publications de l'année 1858. 

13. Delà Société lablonowski de Leipsick, l'ouvrage du docteur Théodore 



— 87 — 

Ilirsch. — Danznjs Humleh-und (jewerbsgescliichte tinter der Herrschaft 
des Deutschen ordens — qu'elle a couronné 

14. De la Société d'histoire naturelle de la Prusse Rhénane et de West- 
|ihalie, ses publications des années 1856, 1857 et 1858. 

15. De la Société royale des sciences de Saxe, Berichte iiher Die 
verhandelungen der philologisch — historische classe; 1857, l et II; 
1858, I. 

16. De la Société des sciences de la Haute-Lusace , les 1«"', 2"!^ et 3" 
livraisons de 1856 et 1857 de son recueil intitulé : Neii.es Lausitzisches 
Magaz-in. 

17. De la Société historique du Haut-Palatinat et de Piatisbonne, 
Achtzehnter Band der gesaimnten verhandlungen tind zehnter Band der 
neuen Jolge. 

18. De la Société historique de la Basse-Bavière , les l''"et ^^''^ livraisons 
du 5'' volume de ses Mémoires. 

10. De la Société historique des cercles de Souabe et de Neubourg, 
son Dreiundzwanzigster Jahres-Bericht fiir dus Jahr 1857 . 

20. De la, Société historique et archéologique d'Ûsterland, le ¥ volume 
de 1858 de ses Mittheilungen. 

21. De la Société archéologique et historique du Duché de Nassau, 
le 2'2 volume de l'ouvrage de Hermann Bar sous le titre de Diplomatische 
geschichte der Abtei Eberbac. 

22. De l'Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de 
Dijon, le tome V'' de ses Mémoires; année 1856. 

23. De la Société pour la conservation des monuments historiques 
d'Alsace, les tomes P'', II^' et lil« de son Bulletin; années 1857, 1858 
et 1859. 

24. De l'Institut archéologique Liégeois la 2'^ livraison du tome III de 
son Bulletin. 

25. De la Société historique d'Utrecht, ?,ei publications de l'année 1858. 

26. De l'Académie royale de médecine de Belgique, les n°.^ 5, 6 et 7 du 
tome II de son Bulletin. 

27. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, les 
cahiers d'avril , de mai et de juin 1859 de son journal de médecine. 



— 88 — 

^8. Delà Société des antiifiKi'nTs (h^^icardio, I(Mi" I de <on llnUelin 
dp l'année 1859. 

:20. De M. (larnier, secrétaire-perpétuel de la Société des antifjnaires 
de Picardie, le Rapport sur les Iravaiix de cette société, pendant Tannée 
1857-1858. 

30, De la Société des anli(|uaiies de l'Ouest, son UuUcini du premier 
trimestre de 1859. 

31. Du Comité flamand de France, les n»* 13 et 14 janvier, février, 
mars et avi'il 1859 de son Bnllelin. 

3:2. De la Société de médecine d'Anvers, les livraisons des mois de 
février, mars et avril 1859 de ses Annales. 

33. De la direction du journal de l'imprimerie et de la librairie en 
Belgique, les n"^ de janvier, de février et de mars 1859. 

34. De la direction du Messager des sciences !ustorifiues,*etc., la 
l""" livraison de Recueil de l'année 1859. 

35. De la Société libre d'émulation de Liège son Annuaire pour 
l'année 1859. 

3G. De l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts 
de Belgique, le n" 3 de son Bulletin du tome VI 1859. 

37. De la Société pour la recherche et la conservation des monuments 
historiques dans le Grand-Duché de Luxembourg, ses Publications de 
l'année 1857. 

38. De la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, le n° 3 de son 
Bulletin de l'année 1859. 

39. Du Bibliophile Belge, le cahier de mai 1859 de son Bulletin. 

■iO. De M. Diegerick, membre effectif de de l'Académie , son ouvrage 
intitulé: Correspondance de Valentin de Pardien , seigneur de La Motte, 
gouverneur de Gravelines, etc. (157i-159i.) 

•il. Du même, son inventaire anahjtique et clironoloijiijue des chartes et 
documents npiutrtenant aux archives de la ville d')'pres. 

i'2. De M. Henri (h\ Laplane, membre correspondant de l'Académie à 
St-Omer, son Ehxjede Louis-Alexandre-César Taljin de (jivenchij. 

13. De M. Kugène van Bemmel, s?i Notice sur rèijlisc Sninte-Certrude 
(I Nivelles. 



— 89 — 

H. De M. Auguste Le Jolis, membre correspondant île l'Académie à 
Cherbourg, sa Notice intitulée: De la tonalité du plain-chant , etc. 

IS. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire de l'Académie à 
Liège , son troisième volume — mars 1859. — • (Causeries de salons. 

46. De M. Ulysse-Capitaine , membre correspondant de l'Académie à 
Liège, sa Notice historique sur la société libre d'émulation de Liège. 

47 De M. Louis de Baecker, membre correspondant de l'Académie 
à Bergues, deux Notices extraites de la Ptcvuede l'art chrétien, dont l'une 
est intitulée : L'art dramatique chrétien dans le nord de la France , et 
l'autre : Le tombeau de la première reine chrétienne du Dcnemark. 

48. Du même, son compte rendu de l'Histoire de la nlle de Montdidier 
par Victor de Beauville. 

49. De M. le vicomte Gustave de Juillac, membre correspondant de 
l'Académie à Toulouse , les deux premières livraisons du recueil intitulé : 
Eglises et châteaux du midi de la France. 

50. De M. le docteur Erlenmeyer, médecin à Berndorf près deCoblentz, 
son Mémoire intitulé : Die gehirnatrophie der Erwachsenen. 

51. Du même, son mémoire intitulé : Die Verhandelungen der Deutschen 
Gesellschaft flir Psgsckiatrie uiid gerichtlirhcn Psychologie. 

52. De M. le docteur Pli. Wirtgen, sa Flore de la province Rhénane et 
de ses environs. 

53. De M. Aguilar, directeur de l'observatoire de Madiid, sa Notice 
intitulée : Anuneio del Eclipse Anular g central que tendra Lugar El 15 
de Marzo de 1858. 

54. De M. le docteur Verga, président de l'Institut impérial de 
Lombardie, sa Notice intitulée : Délie Allucinazioni Gangliari. 

55. De M. Cantu, secrétaire-perpétuel de l'Institut impérial de 
Lombardie, sa Notice intitulée : Délie Lingue Italiche. 

56. De M. Lindenschmit , membre correspondant de l'Académie à 
Mayence, la première livraison de son Recueil intitulé : Die Alterthitmer 
unserer Eeidnischen vorz-eit. 

57. De M. Edouard Van Cauwenberghe , membre correspondant de 
l'Académie à Audenarde, sa Dissertation sur l'origine et l'Etymologic 

25 XVI 7 



90 — 



(l'Atideiianlc , suivie d'un document inédil sur lu ijéuéaUHjie des sires de la 
même ville. 

58. Jhi nii'Uit', sa Notice sur la première foulaine mmunnentale à 
Audenurde. 

.")•.(. De M. l'alibé J. Corblet, membre cunespoiidant de l'Académie à 
Amiens, le ir 5 — mai 1859 — de sa Revue de l'art chrétien. 

OO. l>ii même, Note sur une cloche fondue par M. G. Morel, de Lyon. 

Cil. De M. le chevalier C. Padiglione, de Naples, une Notice intitulée : 
// lihisone hella Ueal (]as(i Di Baviera. 

5'^. De M. de Riedwald , de Vienne, le n" 1 de son Mhietueiue /eitunij 
fur Wi-^r^enschafl. 



SUPPLÉMENT DU TABLEAU GENERAL 



MEMBRES DE L'ACADÉMIE. 



Heiiibre effectif : 

MM. 
HUYTENS (Jules), membre de la Commission (FAntiquités et de la Société royale 
des Beaux-Arts et de la Littérature, etc., à Gaad. 

Ifleiubre lionoraire : 

DIETRICHSTEIN (S. E. le comte Maurice-Joseph-Jean de), conseiller privé 
actuel et chambellan ini|iérial-royal, ancien grand-maître de S. M. l'im- 
pératrice d'Autriche, chevalier de l'ordre de la Toison-d'Or, etc., etc. 

N.-B. — C'est par une erreur typographique que le nom, si cher aux lettres, 
du vénérable comte de Dietrichstein — que l'Académie d'Archéologie s'honore de 
compter parmi ses membres honoraires depuis sa fondation — n'a pas paru dans 
le tableau général. 

C'est à la même erreur qu'il faut attribuer l'omission suivante dans le tableau 
général : 

Heiitbre eorres^pondaiit : 

CAPITAINE (Ulysse), secrétaire de l'Institut archéologique de Liège, membre de 
la Société libre d'Émulation de la même ville, de la Société historique 
et littéraire (b^ Tonrnay, etc. 



GUILLAUME DE U M ARCR, 

SEIGNEUR DE LUiMEY, 

AMIRAL DE LA FLOTTE ET GOUVERNEUR DE HOLLANDE SOUS 
GUILLAUME DE NASSAU , PRINCE d'orANGE , 

(1566 - 157«) 



m, E». MAERTEafS, 

Docteiii- en pliilosopliiii ol, lettres, membre elTectif de l' Académie 



Larévolulion qui, au seizième siècle, souleva les dix-sept provinces unies 
contre la tyrannie de Philippe II est une des plus glorieuses et des plus, 
mémorables de celles qui sont inscrites dans les fastes de l'histoire. Nulle 
part plus d'abnégation et de dévouement chez les chefs , plus d'héroïsme 
chez de simples particuliers dont les noms ne sont pas môme passés à la 
postérité. 

Mais rarement aussi on a vu plus d'horreurs attrister l'humanité : on 
aurait dit que le délire s'était emparé de tous les esprits , catholiques et 
protestants rivalisaient sur le terrain de la cruauté , les représailles san- 
glantes se succédaient, la vengeance assouvie faisait renaître la vengeance. 

Au milieu de ce déchaînement de passions violentes, de l'enivrement 
que semblait donner l'odeur du sang, Guillaume d'Orange apparaît seul 
calme et réellement grand ; pour lui l'intérêt de la patrie, la dignité de 
l'esprit humain à qui répugne la servitude morale de l'intolérance reli- 
gieuse , soit catholique , soit protestante , l'emporte sur les considérations 
plus étroites de partis. Protestant lui-même, il réclame la liberté de 

25 XVI 8 



— 94 — 

culte pour les ('.'itlioliqnos et s'élève contre ceux qui d'opjjrinu's veulent 
devenir oppresseurs. 

Si tant d'animosité avait pénétré les âmes, c est qu'il ne s'aii;issait pas 
seulement de rindépendance politique, du maintien des pi'iviléi,fes, de 
la sauvegarde d'intérêts matériels, mais, chose l'uneste, la guerre avait 
revêtu un caractère religieux et ce caractère même semblait prédominant. 
C'était au nom de la religion outragée que Philippe II et son féroce 
lieutenant, le Duc d'Albe l'aisaienl des Pays-Bas, un immense charnier ; 
c'était aussi au nom de la religion que des bandes de pillards, de vaga- 
bonds, poussés par une main inconnue, se ruaient sur les églises et les 
couvents , enveloppant dans la même ruine les ministres du culte et les 
objets d'art vénérés par les lidéles. Le catholicisme et la réforme s'entre- 
choquaient, se disputaient la place, ne pouvaient vivre côte à côte. Un 
moment on avait eu l'espoir d'être entrés dans une nouvelle ère, c'était 
le i23 août 4500 : effrayée de la révolte qui éclatait sur tous les points, 
effrayée des progrés des sectaires qui s'étaient déjà emparés de plusieurs 
églises où retentissait maintenant la voix de leurs ministres, la gouvernante 
Marguerite de Parme avait déclaré aux comtes d'Egmunt et de Hornes et 
au prince d'Orange, qu'elle suspendait l'inquisition dans ses états , qu'elle 
permettait, dans certaines limites, aux dissidents l'exercice de leur culte. 
Aussitôt les nobles des Pays-P)as , déjà ligués contre la cour d'Espagne , 
avaient lutté de toute leur inlluence et de toutes leurs forces contre les 
iconoclastes. 

Mais les églises rendues au culte catholique, et la tranquillité rétablie, 
Marguerite retracte les concessions que la peur lui avait ariachées et 
s'armant d'un courage et d'une résolution au-dessus de son sexe, elle 
profite de la ib'sunion des piincipaux seigneurs pour rétablir presqu(! 
partout ranci(!n ordre de choses. « Si le bonheur et le repos de nos pro- 
» vinces, si le rétablissement du calliolicisme avaient été la vraie lin de la 
» politi(|ue de Pbiliiqie II, plus (|ue jamais l'occasion s'était pi'ésentée (h; 
» l'atteinilre. Le plus grand tu)mbre des anarchistes avaient quitté le pays, 
). ceux (|ui restaient ne pensaient qu'en tremblant aux scènes d'horreur 
w qui l'avaient désolé et se cachaient devant la puissance de la gouver- 
;> naiite; loin de songer à de nouveaux scandales, à de nouveaux excès, 



— 95 — 

» ils so soraiont hâtés de rentrer dans l'ordre, si le monarque avait voulu 
» sincèrement jeter sur le passé le voile de l'ouhli. Mais àceprix, Philippe II 
» auraitperdu l'objet deses vœux les pluschers : ladestrnction (k:^ privilèges 
» et des Etats-Généraux. Il trouvait bien mieux son compte à envoyer une 
» armée en Belgique et à la traiter en pays conquis. ■• « Philippe II, on ne 
peut plus en douter, était fanatiquement attaché à la religion de ses ancêtres, 
nous ne disons donc pas que, pour lui, le rétablissement du catholicisme 
dans nos provinces ne fut qu'un prétexte, mais <à coup sûr ce n'était pas le 
seul but de sa politique. Comme son père, il se proposait d'annihiler 
l'esprit remuant des Belges, d'achever l'ouvrage des ducs de Bourgogne et 
d'établir chez nous le despotisme royal comme l'entendaient les Espagnols, 
les Italiens, les Français méridionaux et tous ceux qui avaient hérité cet 
esprit de servilisme des peuples soumis aux Bomains. 

Cependant le duc d'Albe, à la tète d'une armée aguerrie, marclie sur ! i 
Fîclgique; la terreur le précède, des nobles, des commerçants, des ouvriers 
se hâtent de fuir par milliers leur patrie et de transporter à l'étranger leur 
or et leur industrie. A peine arrivé, le nouveau gouverneur inaugure une 
époque sanglante dans nos annales, par l'emprisonnement et le supplice de 
tous ceux qui pouvaient lui inspirer de l'ombrage. L'inquisition d'Espagne, 
à la demande de Philippe II, avait fulminé contre les habitants des Pays- 
Bas une sentence de mort, qui enveloppait également et ceux qni s'étaient 
rendus coupables d'excès contre le clergé ou le culte catholique, et ceux 
qui ne s'y étaient pas opposés; l'arrêt s'étendait également à tons les 
signataires du compromis des nobles. Deux seigneurs catholiques tolérants, 
qui avaient réclamé la liberté de conscience, le départ des troupes Espagnoles 
et la convocation des États-Généi'aux, mais qui depuis les fureurs des 
iconoclastes avaient dans une sorte de découragement abandonné le drapeau 
de l'opposition pour la cause royaliste, avaient payé au prix de leur sang, 
leurs services et leur fidélité quand même à une cause injuste. 

A peine étaient-ils tombés sous la hache du bourreau, qu'on oublia leur 
défection, on ne vit plus que deux martyrs dont la mort avait racheté les 
faiblesses, faiblesses assez excusables chez eux, qui n'avaient pas un 

' Altmeyer. — rue sur(nr::ah' rlu tribuiiiil de saitg , pagps 15 et IG. 



— 96 — 

instant al)an{lonn(; la foi de leurs pères, et qui se voyaient souvent (lépass(^s 
pai' un parti trop pressé d'arriver à son but. A la nouvelle de l'exécution 
illégale de ses deux anciens alliés, le prince d'Orange avait dit : « J'ai la 
» conviction intime qu'un tel forfait ne restera pas impuni ; tous les 
» hommes de Cd'ur qui ont connu ces nobles victimes doivent par action 
» ou conseil aider à les venger *. » 

Guillaume avait dit vrai : un cri de réprobation s'éleva des dix-sept 
provinces; partout éclata avec une passion terrible le sentiment de la 
vengeance, la vengeance elle-même devait enfanter des héros ellrayants, 
terreur de l'humanité dont ils s'étaient cependant constitués les vengeurs. 

Parmi ces hommes dont les crimes doivent en grande partie retomber 
sur ceux qui les ont poussés dans cette voie, aucun ne paraît plus violent 
dans sa haine aux Espagnols, plus implacable dans ses pri^ncipes (jue le 
farouche Guillaume de la Marck, l'amiral des gueux de mer qni par la 
prise de la Briel jeta la base de l'indépendance des Provinces-Unies. 

Guillaume de la Marck, seigneur de Seraing, de Lumey et d'autres 
seigneuries de l'évéché de Liège, appartenait à l'une des plus puissantes 
familles de cette province : sa maison avait fourni deux évé(iues et plu- 
sieurs mambourgs; un de ses ancêtres, dont on lui a souvent ilonné le 
surnom, fut le fameux de la Marck surnommé le Sanglier des Ardenn(!s. 
Par sa mère, Guillaume de la Marck, plus généralement connu sous le 
nom de Lumey, appartenait à une famille noble de la Hollande, aussi 
regardait-il ce comté comme une seconde patrie, Il y avait, du coté de sa 
mère, parenté entre lui et le comte d'Egmont, et il ne l'oublia pas dans 
les vengeances terribles qu'il tira de ceux qui avaient fiit mourir son 
malheureux parent, alors que le lils même de celui-ci, pour une poignée 
d'or, allait lâchement servir les assassins de son glorieux père. 

Quoique la principauté de Liège fût restée indépendante de l'Espagne, 
elle n'était [las étrangère aux soutlVances (>l aux luttes des provinces 
voisines. L'hérésie s'y était glissée à la suite des prédicateurs Luthériens et 
Calvinistes, et, vers le milieu du seizième siècle, y avait fait déjà des 
prosélytes nombreux. Guillaume et ses frères paraissent avoir été des 

' Archives de la Miiisiin d'Oraïujc, Idiiic III, pap;»' 245. 



— 97 — 

[ii'cniicrs qui ombrassiM'ent la nouvelle relii^'ion , et ce pourrait bien être 
l'opposition au catholicisme au moins autant que l'amour de sa patrie qui 
le mit au nombre des si!i;nataires du compromis. Il eut du moins le courage 
de persévérer dans la lutte, alors que la frayeur et la désespérance eurent 
notablement affaibli , si non dissous, la ligue des nobles. On le voit avec 
un petit nombre d'autres se grouper à Vianen autour de Brederode, 
l'assister de son bras et de sa fortune dans l'opposition armée de celui-ci 
à la gouvernante '. 

Le prince d'Orange qui , à l'approche du duc d'Albe , s'était retiré en 
Allemagne , était parvenu , à force de courage et de persévérance , à sur- 
monter les obstacles qui Tempèchaient de voler au secours de sa patrie. 
Tout semblait l'y convier; les proscriptions, les confiscations de biens, 
l'échafaud qui s'élevait sur tous les points du pays, en un mot, la plus 
affreuse tyrannie lui permettait de se présenter armé sur le sol des 
Pays-Bas, non comme rebelle à son roi , mais comme vengeur de la patrie 
opprimée par le duc d'Albe. C'était avec autant de raison que d'habileté , 
que l'illustre réfugié avait écrit sur ses drapeaux : « pour la loi , pour le 
peuple , pour le roi » ; en effet ce n'était pas h celui-ci qu'il se préparait à 
faire la guerre mais au satrape cruel sur lequel il pouvait faire peser la 
responsabilité de tout le sang versé. 

Le centre des armements du prince d'Orange était à Dillenbourg ; c'est 
là que venaient le rejoindre les vaillants confédérés qu'avaient épargnés 
les premières luttes; Lumey était parmi eux, son nom et ses richesses 
devaient en faire un précieux auxiliaire. Il avait amené avec lui une 
troupe nombreuse de Liégeois, sectaires ardents, qui tous, comme lui, 
avaient juré de se laisser pousser les ongles , la barbe et les cheveux , 
jusqu'à ce que la mort des comtes d'Egmont et de Hornes fût vengée. 
Lumey avait encore une autre mort à venger , c'était celle de son frère : 
celui-ci, auquel quelques historiens donnent le nom de Guillaume, ci- 
devant chanoine tréfoncier de Liège , avait soutenu avec le seigneur de 
Villiers le premier combat pour la cause de la liberté ; l'issue de ce combat 



Stuada, de Dello BcUjuo , livie VI. 



— m — 

avait t'U' malhciiiciist', liallii^ smis les iiiiirs de Dallii'iii . ! un lui cxéciité 
à Bnixolles, l'aiitie à Maestriclit '. 

Ia' ({iiicoiiis (lu seigneur Liégeois devait sourire il'aiitant |iliis au prince 
d'Orange, (jue l'intention de celui-ci était de pénétrer dans les Pays-Bas 
par la principauté de Liège, de gagner cette piovince à sa cause, et 
d'iililcnir pai' ce (lél)ul hrillant, le soulèvement de tonte la Belgique '2. 
L'épée et surtout rinlluence de rilluslre réfugié Liégeois pouvaient lui être 
d'un grand secours dans cette entrepi'ise. 

La crainte (|u"inspirait le ducdAlbe, le peu de confiance qu'on avait 
dans la réussite de la révolution, et surtout l'habileté du prince-évèque 
furent des obstacles contre lesquels vinrent échouer toutes les tentatives 
de (iuillaunie. 

Luniey commandait un corps d'armée dans cette expédition dirigée 
contre son propre pays, mais les chroniques se taisent sur îa pai't exacte 
qu'il y prit. Tandis (jue 1 armée orangiste assiégeait la ville de l^iége , 
défendue avec un courage opiniâtre, il se tenaitxampé dans les environs de 
Huy, et rien ne prouve qu'il ait réellement tiré le glaive contre ses 
concitoyens, lla-reus rapporte que de la Marck avait faite entrer quelques- 
uns de ses soldats Liégeois dans la ville assiégée, avec mission de la 
soulever contre le gouverm^ment et d'y ranimer lepaili du prince d'Orange. 
Son rôle se borna-t-il à user ainsi de son inlluence, et fut-il tr(q) prudent 
pour exposer aux hasards d'une entre])i"ise peu favorisée, des richesses 
si utiles au parti (ju'il avait embrasssé? Il est vrai (jue s'il y eut calcul il ne 
lui servit pas beaucoup , car, la même année , la cour féodale de la principauté 
de Liège pi'ononça contre Lumey conliscalion de tous ses biens de famille, 
parce qu'il portait les armes contre la religion catholique. Mais plus tard , 
quamJ il revint habiter le pays où il était né, la coui' impériale, connue 
nous le verrons, cas.sa l'arirt de conliscalion et lui rendit ce dont on 
l'avait déjxinillé au profit de l'évi'que et de son chapitre. 

lî'cîsl à celle époque (|ue icmonlenl les premières accusations de cruauté 



' Le i>i(ilcslaiilisnic dniis les /ijm/.s tir l.iiiilitturtj l't d'oiilre Miusc , par GllAKLES 
Rahi,enhk(',ii. Iîcvih' lriiiir>ti'ji'il(' , iiii/,i('iiii' miIiiiih'. 

* Tiib'iuitiiK .Ilsik, /<'.s /V/)/.s-/j(/,s si)u-\ Pl>iln>in' II, tiniH I, |Mi;i' 308-30'.). 



— 99 — 

portées contre Liimey : on rapporte f|iril prit iiii jour un pauvre moine, 
fait prisonnier sur un bateau qui descendait la Meuse , le lia à la queue 
de son cheval, le traîna ainsi à travers les champs , les forêts , jusque 
sous les murs de Huy où il lui donna le coup de grâce. Quelques historiens 
disent qu'il livra au feu le monastère des dames du Val-Notre-Dame, 
d'autres au contraire tel que Chapuys, prétendent que les dames de ce 
monastère furent traitées gracieusement. Le pillage et l'incendie d'autres 
couvents lui sont également attribués. Us est difficile aujourd'hui de 
décider si ces faits sont faux ou vrais ou énormément exagérés , et si 
les excès commis par des soldats, le plus souvent dans la misère la plus 
complète, n'ont pas été imputés au chef, comme on l'a fait pour le prince 
d'Orange lui-même. Toujours est-il que la restitution de ses biens faite 
à de la Marck serait un ûiit incompréhensible eu présence de tant de 
crimes s'ils avaient été avérés. D'un autre côté, comme c'était au nom 
de la religion catholique que les Espagnols versaient tant de sang , Lumey, 
partisan fanatique de la réforme, enveloppait, dans la même haine, on 
ne peut le nier, et les oppresseurs du pays et les ministres de leur religion. 
Si donc lui-même ne s'est pas conduit en soudard ivre de sang, il est très- 
probable qu'il ait, par une certaine passivité, encouragé ces représailles 
barbares d'un parti contre l'autre. Du reste nous présenterons plus tard 
ce qu'il dit lui-même pour sa justification, non pas dans ces circonstances 
mais dans d'autres analogues. 

De 1568 à 1570, l'existence de Lumey nous est inconnue. Se 
réfugia-t-il avec les exilés Liégeois à Sedan où régnait un prince protestant 
de la maison de la Marck ou suivit-il le prince d'Orange en France? 
Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'en 1570 que le nom de Lumey devient 
historique. A cette époque, ce nom s'est tout à coup répandu sur le littoral 
de la Hollande où il inspire l'effroi à tous les partisans de l'Espagne. 
Guillaume de la Marck parcourait alors les mers , à la tête des gueux , 
la plus étrange et la plus héroïque réunion d'hommes qui se soient levés 
pour défendre une cause. 

Quelques mots sur ces défenseurs de la liberté dans les Pays-Bas : le 
malheur semblait attaché au prince d'Orange, son frère Louis avait été 
battu à Jemmingen , lui-même avait échoué dans ses entreprises contre 



— 100 — 

révrclu' (le l^ii'm'; fil Fanic, il avait subi les revers dis IIiil;u('ii(iIs, à .laniac 
et à Monteontoiir. Déjà pour acquitter les Irais de ses ariuenuMits, il 
avait été ohlii<é de vendre jusqu'à ses joyaux. Tout autre eut été déciuiragé, 
mais lui, lidéle à sa devise, sœvis immotvs in imdis , restait inébranlable 
dans ses projets; il se préparait même à renouveler la lutte avec de 
nouvelles forces , mais en attendant il se gardait bien de laisser ses ennemis 
en repos. Suivant les conseils de l'amiral Coliguy, il avait agrandi son 
plan d'attaque jus(ju'à porter la guerre sur les eaux de la Manche et de 
la mer du Nord. 

Depuis des siècles, les Flamands, les Zélanilais, les Hollandais et les 
Frisons avaient de hai'dis marins qui allVoiitaient les dangers de l'Océan 
piiur l'aire du butin sur l'ennemi ou pour proléger le commerce. Cette 
marine, pro|)riété des villes ou de quelques particuliers, avait pris un 
grand développement après les premièi'cs défaites de ceux qui, sou:^Je nom 
d(^ gueux, avaient commencé la lutte contre l'Espagne. Des nobles, des 
artisans, des laboureurs, des commerçants, avaient fui leur patrie; 
les uns s'étaient établis à l'étranger, mais d'autres , poussés par la 
vengeance et aussi par le besoin, s'étaient livrés avec ardeur aie piraterie. 
Quelques nobles, signataires du compromis, de riches négociants 
é(|iiipèrenl à leurs frais des vaisseaux qui mesurai(>nt de cin([uante 
à cent tonneaux, et armés de six à vingt canons. Leur jiicmier 
lieu de réunion fut Embden, dans la Frise-Orientale , puis successi- 
vement dilférents ports du sud de l'Angleterre. C'est dans ces lieux 
que venaient accourir, de toutes les parties des Pays- l'as, ceux que 
révoltait la domination espagnole. Bientôt l'on vit, sous le nom de gueux 
de nu-r, des hommes échappés aux batailles, d'autres à (|ui riu(|iiisilion 
avait enlevé père, mère, femme mi ciilaiit^, tous bouillant de colère, la 
haine ou le désespoir au cœur, parcourir, en pirates, la Manclie, la mer du 
Nord, l'Escaut et le Vlie, attaquant cl coulant bas les vaisseaux Espagimls, 
et ne respectant pas loujoui's les droits tU)> neulies. Il fallait attacher ces 
hommes à wne autorité supn'me, ré;.;ulariser leursellorts divisés jus(|u'ici , 
utiliM'rlesi'icbes butins (|ui l'iaiciit le [il us souvent gaspillé.v eu orgies brùtab'>; 
c'est ce (pie comprit riuilbunne. l'rolilaiil de son litre d(! souverain de la 
pi incipaulé de Aassiii, il dclivia en son iiiuii des commissions aux chefs 



— 101 — 

des gueux de mer, et s'entendit avec eux pour le partage du butin. De plus 
il choisit parmi eux un amiral en chef de toute la flotte, et préluda ainsi à 
l'organisation d'une marine nationale, qui devait devenir l'auxiliaire le plus 
redoutable de la révolte des Pays-Bas. Chose remarquable et trop ignorée ! 
Ce fut la Belgique qui fournit les premiers amiraux de cette marine nais- 
sante, appelée plus tard à de si brillantes destinées. Le choix que le prince 
d'Orange fit successivement, pour commander sa flotte, des deux seigneurs 
de Bergues , appartenant à la noblesse du Hainaut, de Gilain de Fiennes, 
seigneur de Lumbres , de Guillaume de la Marck et plus tard du fameux 
Boisot, seigneur Bruxellois, peut nous donner une idée du nombre et de 
l'importance des réfugiés Belges qui sacrifiaient leur fortune et leur sang 
pour une cause dont leur patrie devait plus tard se séparer. 

Cette charge d'amiral en chef n'était confiée qu'à ceux qui , par leurs 
richesses, leur naissance et leur bravoure, avaient un ascendant marqué 
sur des hommes à qui répugnait la discipline, et qui jusqu'alors s'étaient 
abandonnés à toute la violence de leurs passions. 

En 1572, le commandement des gueux de mer, réunis sur les côtes de 
l'Angleterre, appartenait au seigneur delà Marck. 11 avait remplacé de 
Fiennes qui se trouvait probablement , à cette époque , à la Bochelle avec 
le comte Louis de Nassau. On ne trouve point dans Bor la lettre ordinaire 
par laquelle le prince conférait cette dignité. Ne pourrait-on pas admettre, 
(ju'en l'absence de leur amiral, les gueux ont placé Lumey à.leur tète, 
lui reconnaissant l'intrépidité, l'énergie, et aussi le nom et la fortune 
nécessaires pour occuper cette place. Quoique dépouillé de son patrimoine, 
il devait avoir de nombreuses ressources, car plus tard il prétendit dans sa 
défense avoir armé et complètement équipé, à ses frais , les vaisseaux avec 
lesquels il entra en HoUatide. Son nom devait trouver une grande popula- 
rité : nous avons vu qu'il appartenait à la fois à la noblesse de Liège et à 
celle de .Hollande. Sous lui, la flotte des gueux s'accrut d'une manière 
remarquable. Parmi ceux qui vinrent se ranger sous les ordres du nouvel 
amiral , deux hommes, qui devaient rendre les plus grands services à la 
cause nationale, méritent d'être signalés : Guillaume de Trelong de Blois 
et .lacob De Uyk d'Amsterdam. Le premier avait équipé à Embden un 
navire de 10 canons; l'équipage avait reçu le l»apt('me du feu, avant 



— 102 — 

(l'avoir rejoint la flntte stationnée en Angleterre; car, arrêtés dans les 
glaces du Ziiiderzee, tout près des côtes, ils durent soutenir un véritable 
siège contre les soldats espagnols, envoyés par Bossu, gouverneur espagnol 
de la Hollande. De Ryk était un riche négociant qui, forcé de quitter sa 
ville natale et dépouillé de ses biens, alla s'établira Dantzig, y amassa 
bientôt de quoi armer un vaisseau, obtint une lettre de marque du prince 
d'Orange et vint s'unir aux hardis corsaires de la mer du Nord. S'il faut 
en croire Hooft , De Ryk aurait fait souvent entendre aux autres capitaines 
des gueux qu'il était temps de cesser ces petites expéditions d'écumeurs, 
indignes d'hommes de leur importance et qu'il fallait enfin frapper un 
coup qui servit à la délivrance de la patrie *. L'idée de De Ryk ne tarda 
pas à être réalisée. La reine d'Angleterre, comprenant de quelle importance 
serait pour son pays l'indépendance de nos provinces, avait jusqu'alors 
favorisé d'une manière assez ouverte les entreprises des réfugiés* des Pays- 
Bas. Tout-à-coup elle parut changer de politique et ordonna à Lumey et 
aux gueux d'évacuer ses ports. Elle n'avait osé refuser cette satisfaction à 
Philippe II dont elle craignait la puissance, mais elle ne laissa pas d'aider,, 
en secret, à la révoluion qui sapait la puissance de son rival , et l'on vit 
maintefois des soldats anglais combattre, dans la Néerlande, sous les 
drapeaux des gueux. 

Depuis longtemps Guillaume d'Orang-e cherchait à se rendre maître 
d'une des villes des provinces occidentales, qui pût servir de ceutre 
d'action àl'armée qu'il se proposait de faire entrer dans le pays. Retiré en Alle- 
magne , il entretenait une correspondance secrète avec ses partisans dans 
les Pays-Bas septentrionaux , se tenait au courant des événements et de 
l'état des esprits et, suivant qu'il jugeait l'occasion opportune, il essayait, 
par le moyen des gueux, de soulever telle ville ou de s'emparer de telle 
autre. Jusqu'au moment où de la Marck quitta l'Angleterre, avec quarante 
vaisseaux, toutes ces tentatives avaient échoué. C'était à un Liégeois qu'il 
appartenait d'arborer le premier le drapeau île la liberté sur les remparts 
d'une ville des Pays-Bas , et de donner enlin aux insurgés , non le signaf 



• P. C. IIOOIT, Nedcilamlsrhr Inshinrii . VI 1)0(1, ii;i;;o -i-i'.l. 



— 103 — 

du combat mais celui de la victoire. Jamais le moment n'avait été plus 
favorable : sans s'inquiéter des privilèges de nos pères, le duc d'Albe avait 
voulu établir un nouveau système d'impôts. Il avait frappé le commence 
d'une contribution permanente de dix deniers par cent sur la vente des 
meubles, et de cinq deniers par cent sur la vente des immeubles. Ces deux 
impôts rencontrèrent une opposition générale : les états des diverses pro- 
vinces s'y opposaient , et les intérêts menacés achevèrent le mécontentement 
porté déjà à un si haut degré par l'inquisition , le maintien des troupes 
Espagnoles et tant d'autres mesures vexatoires. 

Ce fut le 30 mars de l'année 1572 que la flotte des gueux quitta 
l'Angleterre ; le 3 avril , vers le soir, elle se trouvait près de l'embouchure 
de la Meuse, en face de la forteresse de Briel, dans l'île de Vorn. La 
plupart des historiens Néerlandais prétendent que les gueux s'étaient mis 
en nier, dans l'intention de faire du butin et que le vent les avait poussés 
vers l'embouchure de la Meuse. Suivant d'autres, l'attaque de la Briel 
serait au contraire la réalisation d'un plan mûrement délibéré, et auquel 
Elisabeth ne serait pas restée entièrement étrangère. Les cin^onstances 
dans lesquelles le fait s'est présenté semblent devoir faire admettre cette 
hypothèse. Au moment où les gueux se présentèrent devant la Briel, la 
garnison était allée forcer les bourgeois d'Utrecht à payer les nouvelles 
contributions. Luniey et son lieutenant ïrelong, dont le père avait occupé 
un emploi dans la magistrature de celte ville, avaient des intelligences 
dans la place. A l'apparition de la flotte , un batelier nommé Koppestok , 
quitte la côte, vient à bord, se présente à ïrelong, puis retourne 
dans la ville avec l'anneau de ce capitaine. Le batelier vint jeter 
la terreur dans les esprits et paralyser ainsi toute défense, en annon- 
rant partout que le nombre des ennemis s'élevait jusqu'à cinq mille, 
tandis qu'ils n'étaient que cinq cents. 11 avait été chargé d'engager 
les magistrats à entrer en négociation avec l'amiral, qui ne se proposait 
que de délivrer la ville de l'impôt du dixième denier, et de la protéger 
contre la tyrannie du duc d'Albe. Tandis que Koppestok faisait connaître 
au Conseil les intentions de ceux qui l'avaient envoyé, Lumey et Trelong 
s'avançaient vers la ville avec une poignée de soldats liégeois , flamands et 
hollandais. La réponse des magistiats lardant trop longtemps , les gueux 



— 104 — 

commencèrent l'attaque, et, au bout de (|uel(jues heures, entrèrent dans la 
place par deux portes opposées. 

Maîtres de la ville, les soldats de Lumey épargnèrent les bourgeois, 
mais ils se jetèrent avec fureur sur les églises et les couvents qu'ils livrèrent 
au pillage. La première ardeur passée, Lumey semble avoir reculé devant 
la difficulté de conserver sa conquête, de la détendre, avec si peu de forces, 
contre les troupes espagnoles, qu'il devait s'attendre à voir arriver de toutes 
parts. Trelong et De Ryk firent heureusement valoir l'importance de la 
place, dont le port présentait un refuge à la flotte chassée des ports anglais, 
et l'utilité qu'il y avait pour le prince d'Orange, de trouver, en arrivant 
dans les Pays-Bas , une ville forte où il pût hardiment se retirer. De la 
Marck se rallia bientôt à l'opinion de ses frères d'armes , et tous ensembles 
prirent l'énergique résolution de défendre la Briel jusqu'à la dernière 
extrémité. Aussitôt on transporte sur les remparts l'artillerie des vaisseaux, 
la population semble tout-à-coup considérer ces hommes rudes et intré- 
pides comme des libérateurs. Tous de concert travaillent aux fortificaiions, 
les femmes mômes déchirent leurs vêtements pour en faire des mèches de 
canons et d'arquebuses, L'amiral, qui n'avait voulu abandonner la ville que 
par défiance de ses forces, écrit immédiatement à Guillaume d'Orange pour 
le prier de lui envoyer des secours. Il appelle les émigrés autour de lui , 
envoie partout des émissaires pour leur faire connaître qu'il y a enfin un 
coin de leur patrie où ils peuvent aborder sans crainte du tyran , cause de 
leur expatriation. Celui-ci cependant, tout en cachant son dépit, comprenait 
l'importance de la conquête faitepar les gueux. 11 voyait la faute qu'il avait 
commise en dégarnissant les places maritimes pour concentrer ses troupes 
dans l'intérieur. Lorsque la nouvelle de la prise de la Briel lui parvint , 
il se préparait à tirer une sanglante vengeance des Bruxellois, qui les 
|)remiers avaient refusé de payer le dixième denier. Ajournant ses projets, 
il ne songea plus qu'à anéantir l'ennemi dont la présence devait soulever 
les provinces septentrionales. Mais déjà le gouverneur espagnol Bossu 
l'avait devancé ; d'après ses oi'drcs, huit compagnies s'étaient réunies à 
Maerlandsluys, en face du f(U't de la Briel ; les troupes fureul passées dans 
des bateaux sur le rivage de l'île de Voni et, commaiulèes par Bossu 
lui-même, elles marchèrent sur la ville rebelle. Le gouverneur ne s'était pas 



— 105 — 

muni d'artillerie, car il avait la convictinn que Rriel se rendrait aux premières 
sommations. Mais il ne connaissait pas l'énergie des soldats de Lumey. Ceux- 
ci, cachés dans les jardins qui entouraient la ville, accueillirent les Espagnols 
par une vive arquelmsade , tandis qu'un charpentier brisant une écluse , à 
coups de hache, ouvrait une voie aux eaux qui inondèrent tous les environs. 
Pendant ce temps Trelong, à la tète de quelques hommes déterminés, allait 
incendier et couler bas, les bateaux qui avaient amené les Espagnols. Bossu 
perdit la moitié de ses troupes , le reste échappé avec peine à l'inondation et 
au feu des remparts, parvint, dans le plus malheureux état, sous les murs 
de Dordrecht. C'était la première d'une série de détaites qui devaient faire 
perdre aux soldats espagnolsle prestige de leur réputation d'invincibles, qu'ils 
avaient tant de fois méritée. 

Quelques jours après cette victoire, le chef des gueux réunit les habi- 
tants de l'île de Vorn et leur dicta le serment qu'il imposa plus tard aux 
autres villes de la Hollande. "• Ils s'obligeaient à reconnaître le prince 
d'Orange comme Stadhouder du roi, à lui être fidèles en cette qualité, et à 
défendre l'île contre tous les efforts du duc d'Albe. Ainsi la révolte ne 
paraissait pas, à en juger par les termes, dirigée contre le roi, au contraire 
elle se faisait en son nom contre celui qu'il avait revêtu d'un pouvoir illimité 
sur ses sujets. Les plus hardis auraient reculé devant l'idée de porter les 
armes, d'une manière ouverte, contre le pouvoir royal, tant le principe de 
l'autorité politique était encore fortement empreint dans les esprits, quand 
déjà l'autorité religieuse perdait son empire. 

Le succès obtenu par Lumey se répandit dans tous les Pays-Bas et y fut 
accueilli avec allégresse. La population, si longtemps engourdie dans ses 
souffrances, semblait se réveiller au milieu des chants satiriques et des 
caricatures mordantes, qu'on répandait sur celui qui naguère faisait dresser 
sa statue superbe dans la citadelle d'Anvers. De toutes parts, des provinces 
méridionales comme des provinces septentrionales, on accourait à la 
Briel pour renforcer les rangs des vaillants défenseurs de la liberté. 
Malheureusement pour le succès de la cause du prince d'Orange, il y avait 



< Quand nous disons Hollande, il s'agit toujours de l'ancien comté de Hollande 
anjourd'lini divisé en deux provinces : Hollande septenlrionale et Hollande méridionale. 



— lOG — 

panni ces soldats de la lihorté trnp do ij;ons à ravidité desquels le bris^aiidage 
souriait plus que les succès les plus i;iorieux. 

Quatre mois s'écoulèrent depuis la prise de la Briel jusqu'à la 
première convocation des états de Hollande à Dordrecht, où l'on 
devait formuler et consacrer solennellement la révolution. Pendant ce 
temps, la plupart des villes de la Hollande, de la Zélande et de la Frise 
chassèrent leurs garnisons et se déclarèrent pour Guillaume d'Orange. 
Flessingue en Zélande et Enkhuyzen sur le littoral du Zuiderzee étaient 
devenus deux nouveaux centres d'action. Le prince d'Orange tout en main- 
tenant Lumey à Briel , avait nommé dans chacune de ces deux villes un 
lieutenant-général , chargé de la conduite de la guerre et de l'administra- 
tion de la contrée qui lui était assignée. Un événement de la plus haute 
importance favorisa les efforts des luitenants du prince d'Orange , ce fut 
la prise de Mons, le 15 mai, par Louis de Nassau à la tète d'un^ petite 
armée de Huguenots, enrôlés avec le concours de Coligny et l'autorisation 
de Charles IX lui-même. Le duc d'Albe avait déjà réuni une arméç pour 
aller dompter les provinces septentrionales , mais changeant d'idée à la 
suite de cet événement, qui lui montrait l'accord existant entre les Nassaus 
et la cour de France , il porta toutes ses forces vers le Hainaut et réserva 
pour plus tard la soumission des Hollandais et des Zélandais. Grâce à ce 
plan , les idées révolutionnaires se propagèrent avec la rapidité de l'in- 
cendie dans les provinces insurgées, et l'on put s'y préparer en sécurité 
à la résistance qu'on devait faire plus tard aux attaques des Espagnols. 

Le rôle de Lumey avait changé depuis qu'il avait pris la résolution de 
conserver et de défendre sa conquête. 11 laissa le commandement de la flotte 
à son lieutenant Barthel-Entes , se contenta d'en diriger les opérations, 
et mit tous ses soins à fortifier et à sauvegarder la position qu'il avait 
prise. On ne peut lui dénier dans l'origine de la guerre une prudence 
et une habileté qui semblent souvent en opposition avec la fougue de 
caractère dont on l'accuse. Il avait écrit immédiatement après la prise 
de la Briel , à Guillaume d'Orange pour lui demander des secours, 
mais le Stadhouder ne pouvait que promettre. Peut-être donna-t-il alors 
à Lumey le titre de lieutenant-général en Hollande, nomination dont on 
trouve la copie dans Bor, sans iiulication de date. Lumey n'oublia pas la 



— 107 — 

haute responsabilité qui pesait sur lui; il n'eut garde de quitter Briel , 
car il se déliait des habitants , et cependant il prit une large part dans 
le développement que prenait le parti orangiste. 

Les Pays-Bas avaient les yeux fixés sur ce coin de terre où flottaient 
les drapeaux allégoriques des gueux et l'étendard des de la Marck ; on 
savait que là campaient des soldats qui avaient repoussé la première infan- 
terie de l'époque, et de toutes parts on venait réclamer leur concours pour 
continuer le mouvement qu'ils avaient si bien commencé. Mais leur chef 
avait compris qu'il fallait avant tout un boulevard et qu'il serait très- 
imprudent de disséminer ses forces, aussi, tout en encourageant le mou- 
vement insurrectutionnel par l'envoi d'émissaires habiles, il tenait ses 
forces réunies, prêtes à résister, s'il le fallait, à un coup demain. Cependant 
il envoyait parfois des secours dans les villes révoltées, mais c'étaient des 
avanturiers qui se présentaient journellement à lui, ou des bandes d'ico- 
noclastes encore couverts des vêtements de leurs victimes, prêtres ou 
statues, tombés sous leurs coups. 11 mettait quelques centaines de ces 
hommes, le plus souvent sans armes, sous le commandement d'un de 
ses officiers et la ville qui avait réclamé de l'aide devait les nourrir et les 
équiper. Quoique l'autorité de Lumey se bornât à la Hollande, ce fut lui 
et son agent le seigneur Van Kuyk , qui emportèrent Flessingue et la ville 
de Veere dans le courant de la révolution. 

Voici à l'occasion de ces deux villes deux faits qui semblent donner à 
de la Mark des qualités qu'on lui a souvent refusées. Le capitaine De Ryk 
qui avait été envoyé en Angleterre pour convertir en munitions quelque 
riche butin fait par les gueux de mer sur les Espagnols, faisait voile vers 
la Briel avec trois vaisseaux montés par cinq cents exilés, lorsqu'il 
rencontra plusieurs barques chargées d'hommes et de femmes qui fuyaient 
Flessingue. Cette ville venait de chasser la garnison Espagnole , mais elle 
était menacée d'une vengeance éclatante par la garnison de Middelbourg, 
et se trouvait incapable de résister à une attaque sérieuse. De là, la 
panique qui s'emparait de quelques esprits. Telle était le conliance qu'in- 
spiraient les gueux de mer , qu'à la vue de leur pavillon , les émigrés 
craintifs sentent renaître leur ardeur, ils se pressent autour de De Ryk , 
le supplient de retourner avec eux dans leur ville natale pour y achever la 



— 108 — 

rôvoliilion conimeiirci!. Do Uyk nisislc à leurs priôros, ot |)oiirqiioi? 
parce (juc, (lit lloot't fini rapporte cette histoire, le capitaine n'osait pas 
s'écarter de la mission qne lui avait confiée Lumey , si inflexible quand 
il s'agissait de discipline militaire. Ce ne fut qu'après bien des supplica- 
tions, après l'avoir menacé de la responsabilité des conséquences de son 
refus, que les réfugiés parvinrent à entraîner De Ryk vers Flessingue. De 
Flpssin;j,ue, où il ralfermit la révolution , il se dirigea sur le Veere où 
doux partis étaient aux prises, celui de la liberté et celui du duc d'Albe. 
Le premier allait avoir le dessous, car Middelbourg avait envoyé une 
partie de ses soldats contre les rebelles. Le capitaine des gueux se présenta 
à propos pour assurer la victoire aux orangistes. Ce succès était dû à 
une désobéissance, à une infraction ta la discipline; le rigide lieutenant- 
général ne put cependant pardonner à son officier d'avoir outrepasse ses 
ordres. Il voulut faire arrêter le coupable, mais le prince d'Onange plus 
facile à excuser une faute qui avait été si utile à son parti, promut le capi- 
taine au grade d'amiral. 

Cette anecdote semblerait prouver assez que Lumey attachait beaucoup 
d'importance h la discipline militaire , pour autant , peut-être , qu'il ne 
s'agissait de nuire directement au culte catholique. Un autre fait , montre 
qu'il ne manquait pas non plus dans certaines occasions d'habileté politii[ue. 
Deux pécheurs de cette même ville de Veere , pendant qu'elle était encore 
attachée à l'Espagne , avaient été faits prisonniers dans les eaux de la 
Briel. Le lieutenant du prince les fit relâcher et leur accorda en outre 
le droit de se livrer à leur industrie sans payer d'imposition. Cette même 
franchise fût accordée aux autres pêcheurs de la Veere. C'était se gagner 
d'un coup une partie notable de la population de cette ville, qui ne 
pouvait s'empêcher de comparer la générosité des partisans du 
prince d'Orange à la cupidité vexatoire du duc d'Albe. Ce furent ces 
mêmes pêcheurs, devenus partisans dévoués des guoux , (jui commencèrent 
à la Veere la révolution que De Uyk vint achever qnobjiio temps après. 

Ainsi Liimoy avait incontostablonionl d'aulres (jualités qu'une rage 
aveugle contre le catholicisme. 11 serait imililo do vouloir le juslilier sur 
ce point ; il est dans son camp ce que lo (\ur d'AIbo osl dans le sien, 
le type do l'intolérance religieuse ; partout où pénétraient ses soldats. 



— 109 — 

le clorp.v, ninlLi,!v los conditions anxquellps lo plus souvent les villes se 
l'endaieiit, était livré à des supplices atTreux, soit sur les lieux, soit à la 
Kriel, sous les yeux nièrnes de l'iniplacable Liégeois. 

Nous passons bien des événements qui contribuèrent à rendre l'année 
157:2, une des époijucs les plus mémorables de l'histoire des Pays-Bas, pour 
arriver à la premièie convocation des États de Hollande où l'on eut enfin à 
s'occuper de la nouvelle position que les événements accomplis avaient faite 
au pays. 

La défection de tant de villes, les avantages éclatants remportés par les 
gueux de mer, qui venaient encore d'anéantir la magnifique flotte avec 
laquelle Medina-Cœli voguait vers nos provinces, la haine qui éclatait de 
toutes parts contre le duc d'Albe, le besoin qu'il avait d'argent et l'impos- 
sibilité où il était de faire lever l'impôt du dixième denier, firent songerie 
gouverneur Espagnol à revenir à une ancienne combinaison financière, déjà 
approuvée en 1569 par les états : la contribution annuelle de deux millions 
de florins. 

En conséquence il ordonna aux différents gouverneurs de provinces de 
réunir les Etats, afin de leur proposer de payer les deux millions de l'année 
courante. Bossu reçut les mêmes ordres ; les exécuta-t-il dans la Hollande, 
où peu de villes lui restaient fidèles? Le duc d'Âlbe avait fixé la convocation 
au 15 juillet, elle devait avoir lieu à La Haye, encore au pouvoir de ses 
soldats. Ce jour môme, il y eut une réunion des députés des villes de la 
Hollande, mais ce fut à Dordrecht et sous la protection d'un détachement 
de deux cents hommes du commandant de la Briel. 

Cette assemblée fut le premier essai d'une organisation politique de la 
partie des Etats qui s'affranchissait du joug espagnol. 

Le prince d'Orange fut déclaré n'avoir jamais perdu le titre de Stadhouder 
de Hollande, Zélande et Utrecht, que le roi lui avait conféré. En cette 
qualité, il fut chargé de la conduite de la guerre contre le duc d'Albe. Ce 
fut aussi à l'assemblée de Dordrecht, que, sur la proposition de Marnix de 
Sainte Aldegonde, on proclama enfin la liberté des cultes et on imposa 
une tolérance mutuelle aux protestants et aux catholiques. Ces principes 
ne devaient être malheureusement que trop souvent violés au milieu d'une 
population aigrie par de longues souffrances. 

in XVI 9 



— 110 — 

Liimey, qui avait eu dans cette assemblée son représentant à côté de celui 
du Stadhouder et de ceux des villes, se présenta lui-même, après la déci- 
sion des affaires les plus importantes pour faire connaître aux états la pro- 
curation par laquelle le prince le chargeait, en son absence, du gouverne- 
ment de la Hollande et de la conduite de la guerre dans ce pays. Voici le 
résumé de cette pièce, conservée dans les annales de Bor. Les sujet jidèles 
du roi d'Espagne pour échapper à l'esclavage et à l'odieuse tyrannie du duc 
d'Albe, ont pris les armes non contre le roi, mais contre le gouverneur des 
Pays-Bas ; ils ont confié la défense de leurs droits au prince d'Orange. 
Celui-ci se croit obligé de faire tout ce qui dépend de lui pour la réussite 
de la cause à laquelle il s'est dévoué. En conséquence, persuadé du dé- 
vouement, de l'abnégation et des talents militaires de son neveu bien-aimé, 
le comte Guillaume de la Marck, il le nomme son lieutenant-général dans 
la Hollande. En cette qualité de la Marck composera son armée de «lanière 
à concilier le bien-être et la défense du pays; il en nommera les chefs, 
soumettra les places qui reconnaissent encore le duc d'Albe, leur imposera 
le serment de fidélité au roi et à son Stadhouder, le prince d'Orange, contre 
le duc d'Albe et ses complices; maintiendra dans leurs fonctions les magis- 
trats des villes qui se soumettront, et accordera également sa protection 
aux catholiques et aux protestants. Lumey était chargé de veiller à ce que 
les revenus de la couronne et de toutes les communes fussent perçus fidè- 
lement; il lui était aussi expressément enjoint de faire conserver, avec 
soin, les livres, cahiers, registres et tous les papiers déposés dans les 
greffes, les archives ou chez les officiers civils. Puis le prince revenait 
encore sur un point qu'il n'avait fait qu'efileurer, il recommandait vivement 
à son lieutenant de se garder de toute violence contre les catholiques et 
leurs prêtres, de s'opposer au pillage des églises et des couvents et de punir 
sévèrement toute infraction h ces défenses. La fin de cette pièce établit les 
j-apports qui devaient exister entre le gouverneur de la Hollande et ceux des 
autres provinces; ils devaient se tenir mutuellement au courant de leurs 
opérations et se prêter tout l'appui possible. Les différents points que nous 
venons de parcourir se trouvaient encore longuement développés dans des 
instructions, en dix huit articles, qui furent également lues aux députés. 
Après celte lecture. Lumey jura de se conformer aux ordres du prince, les 



— 111 — 

membres des états le reronmirent en sa qualité Je gouverneur et lui pro- 
mirent, personnellement, le respect et l'obéissance voulus. Cependant le 
comte de la Marck prétendit plus tard, que déjà alors éclata contre lui 
le mauvais vouloir des états: il leur avait demandé, dit-il dans sa défense, 
six mille écus pour continuer la guerre avec avantage ; on hésita long- 
temps et avant que tous furent d'accord , un des membres était passé 
à l'ennemi avec la caisse qui contenait vingt-quatre mille florins. 

A partir de l'assemblée de Dordrecht, le rôle de Lumey devint plus 
actif: pour se livrer avec plus d'ardeur à la mission qu'on lui avait confiée, 
il se fit remplacer, dans l'île de Vorn, parle plus distingué de ses officiers, 
le fameux Trelong. 

La fougue du Liégeois et l'intolérance de ses idées l'emportèrent mal- 
heureusement trop loin, il négligea souvent de se conformer aux prescrip- 
tions si humaines et si sages du Stadhouder. Plus souvent encore il laissa 
impunis les crimes de ses farouches satellites, ses gardes de corps Liégeois, 
qui, dévoués à leur chef, avaient abandonné comme lui les luttes sur mer, 
depuis que d'autres voies étaient ouvertes à leur courage. 

Cependant le duc d'Albe craignant de voir Guillaume d'Orange, qui 
s'avançait de l'Allemagne avec une nouvelle armée, unir ses forces à celles 
de Louis de Nassau, pressait le siège de Mous et avait appelé à lui pour en 
finir plus vite, les garnisons de Piotterdani, de Delfshaven et de Delft. Le 
lieutenantdu Stadhouder profite du départ destroupesEspagnoles pour péné- 
trer dans les villes qu'elles avaient quittées et les lier à la cause orangiste. 
Il s'empare aussi de Schiedam et de La Haye et entre en triomphe à 
Leyde où son écusson remplaça, à l'hôtel de ville, celui du duc d'Albe. 

Ainsi grâces à des circonstances qui détournaient le duc d'Albe de ces 
contrées , la Hollande et la Zélande voyaient se consolider de jour en jour 
leur indépendance. Le nom du seigneur Liégeois y était devenu très 
populaire ; on le considérait comme un des ennemis les plus redoutables 
du duc d'Albe, et comme tel il avait sa place dans les chants satyriques, 
les pamphlets, les caricatures mêmes, qui de toutes part venaient frapper 
l'oppresseur des Pays-Bas. Dans une de ces productions dues au gros 
esprit de nos ancêtres, on avait représenté Lumey s'approchant , par 
derrière , de son ennemi , et , d'une main , lui plaçant sur le nez d'énormes 



— 112 — 

liinetlcs (,illiisi((ii à l;i IJricl ; <'ii |];iiii;iiiil Hril sii^iiitic liniclfcs), t;m(lis (|ii('. 
do l'autre, il lui met iiii mors dans la lioiiclic ^ 

Malgré les succès doLumey, la principale ville de la Hollande ne 
s'était pas encore soumise aux décisions de l'assenihlée de Dordreclit, 
c'était Amsterdam. Cité puissante par sa situation , sur un bras du 
Zuiderzee, par sa population nombreuse et par ses richesses, elle était 
un danger pei'manent pour la cause de la liberté. Déjà on avait songé à 
ruiner son commerce en bloquant ses ports , mais une Hotte P^spai^nole 
croisait dans le Zuiderzee, et la ville même avait (|uel(|ues vaisseaux (pii 
pouvaient lutter avec avantage contre ceux des i;iu'ux de mer. Ce])endaiit 
les liabitants d'Amsterdam n'étaient pas tellement soumis aux volontés de 
l'Kspagnol, (ju'ils eussent perdu tout sentiment d'iiidéj)endance, au 
contraire, ils avaient l'ésisté à l'élMblissenuMit du dixième denier, et 
s'étaient toujours opposés à recevoir chez eux une garnison éh'angére. 
Ces précédents et divers bruits sur la formation d'un parti national 
puissant dans la ville, autorisaient assez le représentant du prince à croire 
qu'Amsterdam n'attendait que la présence d'une armée pour suivre 
l'exemple des autres villes Hollandaises, Profitant du pouvoir dont il 
était revêtu, il fait réunir de nouv(?au les états à Ilaarlem, leur propose une 
expédition contre Amsterdam et demaiule, dans ce but, quatorze mille 
ilorins. On les lui promit ainsi (|ue toutes les munitions (pi'il fallait pour 
un siège de cette importanre. 

Lumey vint prendre position dans le couvent de Calluiyseii, près de la 
ville l'oyaliste; douze canons (ju'il avait amenés sont placés en batterie, 
et un trompette est envoyé vers les remparts, avec des lettres des états, 
pour sonuuer les habitants de se joindre à la cause commune. Mais le 
nu^ssager est accueilli à coups de feu, on refuse même de lire ses dépèches. 
CeptMidant Uossu venait de jeter dans la place quatre compagnies de soldats 
Wallons; ils font deux sorties vigoureuses contre les travaux des 
assiégeants et chaque fois ils sont repoussés avec perte. Malgré ce premier 
succès, Lunu'v perdit l'espoir de voir se soulever Amsterdam, comme 
il l'avail cru. Les états ne lui envoyaient . pas les secours promis; 

* Sthada, (le Ih'lh) lîehjiri), liv. VII. 



— 113 — 

)ln'()iii';it^(', il lève le siège et se l'elire après avoir brfilé les faiiboiirgs. 

LVxpédilioii (rAnistenhiiii paiait avoir été la première cause de 
disseiitiiiieiit entre les états et le comte de la Marck. Celui-ci en attribuait 
la non-réussite au manque de parole de ceux qui lui avaient promis de 
lardent et des munitions et qui l'avaient laissé dans un dénuement complet. 
Les autres, au contraire, prétendaient que c'était la réputation d'into- 
lérance qu'avait Lumey, et la sauvage cruauté de ses soldats, qui avaient 
empêché les habitants d'Amsterdam d'ouvrir leurs portes aux partisans du 
Stadhouder. Cette accusation pouvait avoir quelque fondement : la 
population d'Amsterdam était à cette époque, et longtemps après, 
éminemment catholique; elle devait donc être peu portée pour un 
mouvement en faveur des assiégeants, dont le chef, au mépris de la 
parole jurée, maltraitait le plus souvent le clergé catholique dans les 
villes qui se rendaient. Lui-même ne put citer dans sa défende qu'une 
circonstance où il se conforma, sur ce point, aux sages prescriptions du 
Stadhouder, qui ne cessait de le rappeler à une conduite plus modérée, 
ce fut lors de la prise de Schoonhoven : ses soldats avaient maltraité 
d'une manière affreuse les prêtres catholiques, Lumey fit recherche)' les 
coupables et, cette fois, la mort fut la juste punition de leurs crimes. 

La position du parti orangiste était devenue tout à coup des plus 
critiques : la sainte Barthélémy avait changé les dispositions de la cour 
de France , et ce revirement privait les défenseurs de Mons de tout secours 
d'hommes et d'argent. La ville tomba au pouvoir des Espagnols et 
Guillaume qui était venu au secours de son frère, à la tête d'une armée 
composée en majeure partie d'Allemands, fut forcé de licencier ses soldats, 
qu'il ne pouvait plus payer. Alors il n'eut plus qu'une idée, se dévouer 
au salut des provinces qui l'avaient mis à leur tête et venir partager 
en Hollande les périls des héroïques bataves. Cette résolution s'ac- 
cordait avec le vœu général de ce comté. L'administration de la 
justice avait besoin d'y être réorganisée, aux désordres de la guerre 
s'ajoutaient les excès d'une soldatesque en délire, les troupes de Lumey et 
ceux de Sonoy, gouverneur du Walcrland, autorisés par l'exemple de 
leurs chefs, faisaient presrpie regretter la tyrannie Espagnole. 

La présence du Stadhouder rétablit momentanément la traïuiuillité; 



— 114 — 

chefs et soldats leiureiit Tordre de respecter les propriétés et les personnes. 
Nous avons vu (|ue Lumey lui-mèiiie semblait être entré dans une nouvelle 
voie, mais il devait eu sortir bientôt, lidèle à son opiniâtreté l'anatique. 

Cependant un orage terrible s'approchait de la Hollande: don Frédéric, 
le lils du duc d'Albe, après avoir soumis toutes les villes de la Flandre et 
du Brabant qui s'étaient déclarées contre son père, venait de s'emparer le 
:2i novembre de la ville de Zutphen , dans la Gueidre. Violant les con- 
ditions de la reddition , les Espagnols se jetèrent sur les malheureux 
habitants de celte place et en firent une boucherie horrible. La nouvelle 
de ces massacres jeta le découragement dans toutes les villes de la (iueldre, 
le comte Vanden Bergh, qui y commandait, prit honteusement la fuite et le 
drapeau abhorré de l'Espagne remplaça partout les couleurs du prince. 

La Hollande est envahie à son tour, Naarden subit le sort de Zutphen, 
ses habitants sont égorgés jusiiue sur les marches des autels. Ma's, cette 
fois, un cri de vengeance répond aux cris des victimes. Loin de se 
décourager comme leurs voisins , les Hollandais et les Zélandais samblent 
reprendre une nouvelle ardeur, les catholiques s'unissent aux protestants, 
car ils n'étaient point épargnés dans cette tuerie : le soudard Espagnol, 
quand une de ses victimes lui disait : « épargnez-moi, je suis catholique, » 
lui répondait froidement : « tant mieux pour votre àme *, » et il achevait 
impitoyablement son co-religionnaire. C'était dans cette union des catho- 
liques et des protestants que gisait tout l'espoir du prince d'Orange et de 
ses amis. Malheureusement ils étaient mal secondés, Lumey surtout, à 
qui répugnait le système de tolérance adopté parles états, semblait tout- 
à-coup redoubler de fureur contre ses adversaires religieux. Les Français, 
dit Hugo Grotius, qui se trouvaient assez nombreux dans son armée, 
entreleuaient chez lui, les idées de violence contre un parti dont ils avaient 
eu tant àsouIVrir chez eux. Les meurti'es de don Frédéric s'étaient d'ailleurs 
ajoutés à ceux de son père; le sang répandu à Ilots sur le sol néerlandais 
semblait donner le vertige à ce caractère ardent. C'est sous l'impression 
de ces sentiment que le faiouche Liégeois commit une de ces actions qu'on 
ne peut qu'expliquer sans pouvoir les justifier, un crime qui devait attirer 

' JoHA.N Barlette, de Grondifijijing , etr. 230. 



— 115 — 

(■(tiilre lui l'indignation de tous les hommes de bien à qiielqii'opinon qu'ils 
a|ipai't.inssent. Voici le l'ait tel qu'il est rapporté par un des écrivains pro- 
testants les plus favorables au comte*. «Cornélius Musius, septuagénaire et 
littérateur distingué, dirigeait le couvent de sainte Agathe à Delft. La 
modération de ses principes et ses hautes connaissances le rendaient cher 
au prince d'Orange , qui l'admettait même souvent à sa table. Il avait été 
sévèrement défendu au clergé d'entretenir des relations avec l'ennemi , Mu- 
sius, comme les autres, avait promis de se conformera cette loi. Quelle fut 
la surprise du prince d'Orange , quand il apprit un jour que son protégé était 
en fuite, depuis le matin, vers l'armée espagnole qui occupait La Haye. 
Lumey, qui était près de Guillaume , lui propose aussitôt de se mettre à la 
poursuite du fugitif et de le ramener. Le prince consentit et vers le soir le 
malheureux vieillard tombe au pouvoir du gouverneur de la Hollande. 
Il fut transpoité à Leyde et mis entre les mains d'une commission composée 
de deux commissaires de Lumey, de son aumônier et de son grand prévôt, 
commission qui devait immédiatement juger le pauvre fugitif. » Il est 
curieux de voir comment l'historien protestant que nous suivons dans le récit 
de cet incident , insiste sur ce semblantde justice pour justifier la conduite 
du trop zélé Lumey. C'est lui qui donne à cette commission, toujours 
attachée ta la personne de Guillawne de la Marck, le titre pompeux de conseil 
de guerre, puis il fait remarquer que la condamnation à mort qui frappa 
Musius fut portée par ce tribunal et non par le comte. L'ancien gueux de 
mer craignait de se voir enlever sa victime , et , dans cette crainte , il pressa 
le dénouement de ce drame. Les portes de Delft avaient été fermées, par 
son ordre, devant un messager du prince d'Orange, qui venait réclamer 
Musius. Le même soir, eurent lieu l'arrestation, l'application de la torture, 
le jugement, et l'exécution du directeur de Ste-Agathe. Cette justice 
expéditive , cet autre tribunal de sang qui accompagnait partout Lumey, ne 
semble-t-il pas une atroce parodie de ce qui se faisait près du duc d'Albe. 
La mort du prêtre catholique Musius souleva la colère des états et 
du prince d'Orange. Mais il fallait user de prudence, de la Marck avait 
ses partisans, la populace partageait ses principes, et on était arrivé à un 

' .\ui;.\DT, Ahjenwcne Gesrliiedenis, rtc. 



— 116 — 

monifiU (lillicilc m'i le coiipalilc |i.'tiivait reiuli'c do ti'ès yi'ands services 
coiiinie liomnie de yucne. 

Les Espagnols, aprrs la chute de Naai'den , avaient investi Ilaarleni. 
Celte ville pi-ivée de tout secours extérieui'soutint peiidantsept mois le siège* 
d'une armée de plus de 80,000 hommes. Plusieuis fois le prince d'Orange 
tâcha mais inutilement dedcbloijuer le place ou d'eu ravitailler la garnison, 
le plus souvent les Espagnols étaient prévenus de l'arrivée de leurs ennemis 
et les surprenaient dans des embuscades. Tel fut le sort de Lnmey qui , 
dés les premiers jours du siège, fut envoyé au secoui's de la ville investie. 
Cependant, dans cette circonstance, la conduite du lieutenant du pi'ince 
d'Orange, comme soldat, fut irrépiocliahle, et s'il échoua, il se montia, 
comme toujours, intrépide et vaillant. Le comte Liégeois avait été charge 
de convoyer vers Haarlem cent chariots chargés de vivies et de muni- 
tions; les troupes ([u'il commandait se composaient de six compagnies 
d'infanterie, de six cornettes de cavalerie et de six pièces de campagne. 
Un paysan prévint les Espagnols de l'arrivée des Orangistes, et Don 
Frédéric marcha à leni' renconti'e à la tète de forces supèi'ieures en 
nombre. A la faveur d'un brouillard é|)ai^, le (ils du duc d'Albe surprend 
les Hollandais à une lieue de Ilaarlem, il fond sur eux, sans leur donner 
le temps de se mettre en bataille. Cependant cin(|n;inte cavaliers Hollandais 
se précipitent vaillamnu'nt sur les Espagnols, mais ils sont repoussés sur 
l'infanterie où ils mettent le desordre. Lue paniijue s'empare des esprits, 
les porte-étendai'ds veulent en vain aia'i'ter la fuite, queli|ues-uns s'enve- 
loppent le cùjps dans les plis de leurs drapeaux et préfèrent attendre la 
mort à leur poste plutôt que de fuir honteusement. Le nom d'un seul de 
ces hommes héroïques a passé jusqu'à nous, c'est celui d'un Flamand, 
Jacques Martens, fils du président de la cour de Gand *. 

Lumey, par son exemple, encourageait tant de bravoure , mais ce fut 
en vain. Le désordre avait pénétré dans les rangs, les phalanges Espagnoles 
balayaient tout devant elles, et bientôt il ne resta sur le champ de 
bataille que le commandant de l'expédition, seul avec sa vaillante garde 
Liégeoise. Il se défendit comme un lion, un cheval lut tué sous lui, 

' Ariapt. Algrtncrnr Cesilnnlcuis , ih. 



— 117 — 

mais la position était désespérée, il fallut se retirer. Don Frédéric souilla 
son triomphe en faisant mourir ses prisonniers dans des sourt'raïu'es 
atroces, et Lumey n'eut garde de ne pas user de représailles sur douze 
Espagnols qui étaient tombés entre ses mains. 

On dirait que les états de Hollande avaient attendu l'issue de l'expédition 
de Haarlem, pour sévir entin contre celui auquel on reprochait tant de 
violence. Voici quelle circonstance leui' en fournit l'occasion : Bartel Entens, 
lieutenant du comte, poussait à faire répandre dans le peuple des bruits 
injurieux pour les membres des états : les soldats, prétendait-il, ne 
recevaient pas de solde , ils manquaient de vivres , la direction des affaires 
était aux mains de quehiues traîtres. Bartel et son supérieur immédiat 
Lumey furent appelés à Delft , devant le Stadhouder. Bartel ne retracta 
guère ses paroles et se montra tellement emporté contre ses supérieurs 
qu'on voulut s'assurer de sa personne. Alors le comte Liégeois, épousant 
la querelle de son campagnon d'armes , tenta de le faire sortir de la ville, 
en dépit des ordres formels des états. Ennemi de toute division dans 
son parti , le prince d'Orange voulut s'interposer entre les membres des 
états et ses deux soldats, mais tous se montrèrent intraitables, et les plus 
faibles furent sacrifiés. Le 5 du mois de janvier, les cloches de Delft appe- 
lèrent la garde urbaine sous les armes, et, sur l'ordre du bourgmestre 
catholique Huigjanszoon, les deux officiers du prince d'Orange furent 
arrêtés. 

Aussitôt arrivent de toutes parts des accusations contre Lumey, il est 
transféré de Delft à Gouda , tandis que Bartel , après une courte détention , 
est rendu à la liberté. On lui ôte, par ordre du prince, la charge de 
gouverneur de la Hollande , on casse toutes les commissions délivrées en 
son nom. Mais le gouvernement de la république naissante était bien 
faible pour pouvoir agir avec vigueur contre un homme dont la popularité 
était si fortement enracinée dans le parti protestant exalté. On crut 
devoir prendre toutes les précautions contre lui : ses soldats furent 
écartés, ceux qui étaient préposés à sa garde reçurent double solde. 
Puis effrayé des sympathies que le prisonnier rencontre dans la populace, 
on le relàdie; plus tard on le réincarcère de nouveau pour le iv'làcher 
Hucore, !'t toujours san^ s'inquuHer d'aucune forme régulière de justice. 



— 118 — 

Cependant les griefs ne manquaient pas contre cet homme emporté dans 
ses opinions et qui semblait nuire à la cause de l'indépendance nationale 
au moins autant qu'il y servait. Dès que le comte Liéi^eois s'était vu 
arrêté, il avait exigé que les états lui communiquassent l'acte d'accusation 
auquel il avait à repondre. 

11 y répondit en eft'et, et de manière à embarraser beaucoup ses 
adversaires. En l'absence de principes bien établis, et en présence d'une 
organisation aussi imparfaite que celle de la justice d'alors, sa justification 
parut assez complète pour qu'on se vît forcé de le mettre en liberté. L'acte 
d'accusation des états et la réponse de Lumey se trouvent rapportés dans 
Bor. La dernière pièce l'emporte évidemment sur la première ; en la 
parcouront on est frappé de l'esprit ferme et logique de son auteur. C'est 
en même temps, une critique de la conduite des états pendant la guerre; 
une justification de tous les actes qu'on reprochait à l'ex-gouverneur de la 
Hollande ; enfin , c'est une protestation énergique du prisonnier contre le 
déni de justice et les mauvais traitemens dont il prétend avoirtàsepl.'îindre. 

Examinons rapidement ces trois parties du mémoire justificatif de Lumey, 
et nous aurons une idée assez juste du caractère et des principes exclusifs 
de l'ancien amiral des gueux de mer. 

Nous avons vu que déjà lors de l'expédition d'Amsterdam , Lumey se 
plaignait des états, ici, il ne garde plus déménagements et les accuse 
formellement d'être composés d'hommes vendus au duc d'Albe, dont 
l'insigne mauvaise foi a fait échouer plus d'nne entreprise. Tantôt, dit-il, 
ils retiennent la solde des troupes, tantôt ils ne fournissent pas les sommes 
qu'exigent la levée et l'équipement de nouvelles forces. Ils ont conservé 
dans leurs charges des fonctionnaires et des magistrats dont les opinions 
royalistes étaient connues de tous. On a négligé- de prendre des mesures 
énergiques contre ceux qui, (juittant leur patrie, vont rejoindre l'ennemi 
avec toutes leurs richesses. Des membres mêmes des états se sont rendus 
coupables de cette trahison. Voilà les griefs que de la Marck élevait contre 
ceux mêmes qui le mettaient en accusation. A cette conduite il iqipose la 
sienne. Cette seconde partie du mémoire respire nneconvicliou bien forte 
de son inuocence, cette conviction, il la puisait dans l'allachenient fanatique 
qu'il |Mirl;iil ;iu cultr' rêluruir, iliuis si li.'iinc coutrerKspagucrl Ircalholicisnic 



— 119 — 

et surtout dans les idées d'intolérance qui régnaient généralement alors. 

H est curieux cependant de le voir nier des faits qui ne répugnent 
nullement à ses sentiments et qu'il ose proposer comme remèdes dans la 
situation critique où on se trouvait. Il a suivi, prétend-il, toutes les 
instructions du prince d'Orange. Si des excès déplorables ont désolé le 
pays , c'est qu'ils sont inséparables de la guerre , ils ont eu lieu partout où 
les mêmes circonstances se sont produites. 

Les points principaux de l'accusation portée contre Lumey étaient : sa 
conduite odieuse à l'égard du clergé romain , les proscriptions et les 
meurtres des catholiques, l'incendie et le pillage des églises et des cou- 
vents, tous crimes ordonnés ou tolérés par lui. 

Voici comment l'accusé se défend : 

« S'il y en a qui ont été forcés de quitter le pays, cela n'a été qu'après 
M que l'hypocrisie et la trahison des catholiques se furent manifestées dans 
» les massacres de la Ste-Barthélemy , de Mons et de Malines. » A ce 
propos, il rappelle les défections des catholiques qui, dans certaines 
villes, malgré le serment qu'ils avaient prêté, s étaient rendus aux 
Espagnols dès que ceux-ci s'étaient présentés devant les murs. Aussi 
n'hésite-t-il pas à jeter la responsabilité de tant de violence sur les 
victimes elles-mêmes. Pour lui, il avait le droit et l'obligation de tout 
faire pour sauver la contrée qu'on lui avait confiée. Cependant il n'a pas 
généralement usé de ce droit, il s'est parfois montré d'une modération 
qu'il déclare en opposition avec ses principes. Du reste , les églises ont 
été le plus souvent saccagées par les bourgeois eux-mêmes ou par des 
soldats que ceux-ci excitaient. Il reconnaît cependant qu'il n'a jamais sévi 
contre les auteurs de tels actes, et pourquoi? C'est qu'ils ne lui parais- 
saient nullement coupables. D'après lui, l'erreur et la vérité ne doivent 
point vivre côte à côte , catholicisme ou protestantisme , une seule de ces 
religions doit avoir ses temples et vivre au grand jour. 

Mais quoiqu'il ait applaudi à des actes hostiles au culte catholique, il 
n'a jamais permis, prétend-il, les violences sur les personnes ou la 
violation du domicile des citoyens. Si des couvents ont été brûlés, des 
moines ou des prêtres mis à mort, c'est qu'ils étaient convaincus d'intel- 
ligence avec l'ennemi , c'est qu'ils trahissaient la cause nationale, on ne 



— 120 — 

faisait donc qu'applitfuer contre eux les lois de la guerre. C'est ainsi qu'il 
veut justifier le nunirtre du prieur de Ste-Agatlie : Musius, écrit-il, 
avait été parjure, il avait juré de ne point quitter Delft, et il fuit avec ses 
trésors vers l'ennemi, pour exécuter les projets coupables qu'il avait 
médités contre sa patrie. Si dans les exécutions on n'a pas toujours eu 
égard aux formalités de la justice, c'est dit l'auteur du mémoire, que les 
lois de la guerre l'en dispensaient , puis(iue les coupables étaient pris en 
flagrant délit. 

Les Espagnols, continue-t-il, eu ont-ils agi autrement avec leurs nom- 
breuses victimes, ont-ils eu égard aux exigences de la procédure pour 
faire mourir les comtes d'Egmont, de Hornes et tant d'autres gentils 
hommes des Pays-Bas? se sont-ils inquiétés de la justice, eux qui ont 
livré aux plus cruelles souffrances tant de milliers d'hommes.' « Et pour 
)> terminer, » dit-il, « nous-mêmes ne sommes-nous pas, sans avoir été 
» condamné régulièrement, soumis à l'outrage et aux mauvais traite- 
» ments. » Cette idée lui sert de transition à la protestation violente 
qu'il fait contre ses ennemis : lui, qui, après Dieu, a été la première 
cause de l'indépendance des provinces du nord , lui , qui a sacrifié son 
sang et ses biens pour la cause commune, lui, que ses ennemis mêmes 
doivent reconnaître avoir bien mérité de la patrie, on le tient enfermé 
comme uu criminel , il est traité par les siens comme le duc d'Albe même 
ne le ferait pas s'il tombait entre ses mains. On n'a nul égard pour ses 
services, pour le rang qu'il occupe, on livre même à la torture ses servi- 
teurs lidèles pour en obtenir un témoignage contre leur maître. La fin de 
cette longue défense est une menace véhéuKnite de s'adresser à tous les 
princes protestants de l'Europe si on tarde à lui faire justice. 

Ou peut juger de l'elfet pruiluit par ce langage ferme et hardi; cette 
logi(lue iinphuable devait singulièrement plaire au peuple qu'exaspérait 
jiarfois la conduite des Hollandais royalistes. Lumey fut rendu à la liberté, 
les accusations portées contre lui restaient sans suite, mais il n'était point 
satisfait : toujours plus pénétré de l'injustice dont il était victime, il 
voulait qu'on poursuivit son pr'ocès ou (ju'on lui rendît les titi'es dont on 
l'avait dépouillé. Il semblait (•onlinuer d(ïs relations avec ses anciens 
soldats \\all(in>, ri uu'ww (mi pn'triKlail l'iivoir cntcudu se vanter (|u'il 



— 121 — 

avait à sa disposition 8,000 lioiiimes et 80 vaisseaux, et qu'avec ces 
forces il ferait at-ir les états comme il l 'entendait. Ces propos éveillent 
l'inquiétude de l'autorité; de nouveau l'ex-gouverneur de Hollande est 
emprisonné, mais on ne tarde pas à favoriser son évasion. 

Il arrive à Rotterdam, où il comptait beaucoup d'amis, et là, loin de 
se tenir caché et de faire oublier ses torts, il redouble de violence, fait 
lire par un notaire, devant le peuple assemblé, une protestation contre la 
conduite de ses ennemis à son égard , et fait même afficher cet écrit aux 
portes des églises. La populace fanatique murmure , la bible lui fournit des 
allusions ; de la Marck est comparé à David , les membres des états aux 
ennemis du prophète. 

Cet entraînement du parti exalté pour l'ennemi de toute modération 
était plein de dangers pour la révolution : Lumey apparaissait au peuple 
comme le rival du prince d'Orange, il prenait même, dit-on , le titre de 
comte de Hollande; sa soumission au Stadhouder était douteuse et il se 
prétendait le véritable auteur du mouvement qui avait séparé les provinces 
du nord du reste de la monarchie Espagnole. Fatigués de lutter contre 
cet homme énergique et indomptable, se défiant de ceux à qui on confiait 
sa garde , le prince et les états permirent enfin à Lumey de quitter le pays 
où il avait fait tant de bruit. 

Différentes versions se trouvent ici en présence : Les habitants de 
Rotterdam, d'après les uns, auraient refusé de livrer de la Marck aux 
agents de l'autorité qui voulaient l'emprisonner de nouveau, et ûivorisèrent 
sa fuite. D'autres prétendent que Lumey fut contraint à s'éloigner; 
d'autres encore, que lui-même réclama du gouvernement de pouvoir 
retourner dans le pays de Liège et qu'on lui accorda sa demande, après 
lui avoir fait promettre, par écrit, qu'il ne se vengerait pas sur les 
Hollandais de tout ce qu'il avait souffert chez eux. 

Sauf cette promesse qui ne pouvait pas avoir grande importance pour 
un homme qui avait manqué souvent à sa parole, la dernière version 
paraît la plus probable ; elle s'accorda le mieux avec la présence de Lumey 
dans l'armée des états , le veille de la bataille de Gembloux. 

Avant son départ, le comte Liégeois sentit le besoin de faire une nouvelh; 
protestation : il cita solennellement ses détracteurs à venir soutenir 



— 122 — 

localement leurs accusations devant la cour de justice de l'empereur 
d'Allemagne dont il dépendait comme comte du saint empire. Étrange 
rapprochement ! Guillaume de la Marck dut quitter la Hollande à peu près 
vers l'époque où le duc d'Albe quitta la Belgique ; les sentiments que ces 
deux hommes laissèrent dans les cœurs honnêtes, devaient présenter de 
l'analogie. 

Cependant personne ne répondit à l'appel de Lumey, ses ennemis ne se 
présentèrent pas à Aix-la-Chapelle pour soutenir les accusations portées 
contre lui , et par décision du tribunal auquel il s'était adressé , il fut 
rétabli dans son honneur , dans ses prérogatives de gentilhomme et dans 
ses biens patrimoniaux ^. 

Ce fut à Seraing que l'ancien lieutenant du prince d'Orange s'établit 
d'abord , il y vécut quatre ans ne s'occupant que de loin de^ la cause à 
laquelle il s'était dévoué. Une fois il semble sortir de cette espèce d'îipathie 
où l'avaient jeté les revers de sa carrière, ce fut en 1578 : les états des 
dix-sept provinces avaient déclaré la guerre au nouveau gouverneur Espagnol 
Don Juan qui , après avoir d'abord accepté la pacification de Gand , avait 
enfin levé le masque et se présentait comme le restaurateur de tous les abus 
qu'on avait momentanément écartés. Les anciens services de Lumey n'étaient 
pas encore oubliés , on connaissait le courage et la fougue des soldats 
Wallons que nul mieux que lui ne pouvait commander. Les états firent 
appel à son dévouement , et il futchargé de lever et de conduire à l'armée 
des confédérés un régiment d'infanterie Wallonne. Lumey accepta; le 
désir de combattre les Espagnols, ses anciens ennemis, lui fit oublier 
sans doute de vieilles rancunes personnelles. 

Il se trouvait dans l'armée nationale la veille de la bataille de Gembloux, 
quand tout à coup il abandonne les 2500 hommes qu'il commandait et se 
retire à Liège. Que s'était-il donc passé? Quelques auteurs avancent que 
c'était le manque d'union et d'unité de vue des généraux qui lui firent 
prendre cette résolution. La chronique de Hollande de Le Petit donne une 
raison meilleure et plus conforme au caractère de notre Calviniste opiniâtre. 
Le bruit s'était tout à coup répandu dans l'armée des états que l'archiduc 

' Vervov. Gedenhweerâiqlip (jpiirliiedenix/ien , 5 — 6. 



— 123 — 

Mathias, prince catholique d'Allemagne, avait été reconnu gouverneur- 
général des Pays-Bas , et que le prince d'Orange venait de lui prêter serment 
comme son lieutenant général. Cette nomination d'un gouverneur catholique 
exigée par les provinces méridionales , devait singulièrement déplaire aux 
confédérés protestants , elle devait déplaire surtout h de la Marck qui devait 
y voir la continuation de cette politique d'accomoderaent qu'il avait tant 
blâmée en Hollande. Il ne fut point le seul à quitter l'armée, d'autres officiers 
prirent le même parti , tandis que le commandant en chef, le comte de 
Lalaing, se trouvait en ce moment ta Bruxelles, aux noces du seigneur de 
Bersel. Don Juan profita de la malheureuse situation de l'armée des États, 
il lança contre elle ses vieilles bandes aguerries et au bout de quelques 
heures de combat la défaite des HoUando-Belges fut complète. 

Cependant le comte de la Marck, pour s'assurer le payement des frais 
que lui avait coûté la levée deson régiment, et dont on tardait à l'indemni- 
ser, s'était emparé de la petite ville de Hertsegenrade et du village de 
Heerle dans le Limbourg. A cette nouvelle, les états s'inquiètent, on répand 
le bruit que Lumey a embrassé le parti de Don Juan, la garnison de 
Maestricht est chargée d'embaucher les troupes du créancier des états. 
Vervov raconte que dés la pointe du jour, les soldats orangistes s'appro- 
chèrent du lieu où se tenait le régiment du comte, et qu'ils crièrent à haute 
voix à ceux qui étaient toujours leurs frères : « que faites vous ici, soldats, 
K votre colonel est un fripon, il vous fera passer dans le camp des ennemis 
» de votre pays. «Les soldats de Lumey allèrent rapporter ces paroles à leur 
chef et lui en demandèrent l'explication. Blessé dans son honneur par la 
conduite étrange de ses alliés, le comte quitta entièrement le parti du 
prince d'Orange et se retira à Liège dans une maison qu'il avait près 
de l'église St-Martin. 

Frédéric Vervov qui rapporte les derniers détails de la vie de Lumey et 
qui servait dans le régiment dont il a été parlé, suivit à Liège son maître, 
dont il était devenu l'ami. Voici comment il raconte la fin de notre héros: 

« Le seigneur de Monceau et sa femme, sœur de Georges de Lalaing, 
comte deRenneberg, logés à Liège chez leur oncle le chanoine de Renneberg, 
vinrent diner un jour chez le comte de la Marck. Quelques temps après, 
le chanoine invita à son tour Lumey à un repas. Le soir, de retour chez lui, 



— 124 — 

le coiiitt' so pl;iii^'nit à Vervov do tl mil ours atroces : il i^.tait empoisoiim^. Au 
iTiiliou (lo SOS sduIVranoes liUmoy dit à son ami : « dôjà une lois j'ai été 
oinpdisoiiiié, mais jamais jo no me suis trouvé aussi mal (qu'aujourd'hui, 
si jo meurs, vous pei'di'oz un excellent ami. » 

Le l""'" du mois de mai, l'an 1578, après sept jours de souffrances, 
Guillaume de la Marck mourut entre les bras de Vervov. Ce chroniqueur est 
très sobre de détails, il semble que par respect ou crainte de personnes 
haut placées il n'ose point dire tout ce qu'il sait. Lui-même lit faire l'au- 
topsie du cadavre ; les médecins constatèrent que le foie était déchiré et que 
le comte était mort empoisonné. Son frère, Philippe de la Marck, chanoine 
<à Strasbourg, fit transporter les restes du fougoueux hérétique à Lummey, 
dans le caveau où reposaient ses ancêtres. 

Mon savant ami , M. Diegerick , a attiré mon attention sur les 
rapports qui s'étaient établis entre l'ennemi le plus acharné du*catholi- 
cisme, et les de Monceau , connus pour leur dévouement au roi. M. Die- 
gerick m'a fait remarquer, que ce fut cette même baronne de ^lonceau 
qui plus tard engagea son frère Georges de Lalaing à trahir le parti des 
États-généraux et à embrasser la cause de l'Espagnol. Aurait-elle, l'habile 
intrigante, voulu profiter de la désunion entre Lumey et les Etats-géné- 
raux pour l'entraîner à servii- le roi. Mais nous sommes réduits à des 
conjectures, nul témoignage des contemporains ne nous permet d'avancer 
une opinion positive sur la fin de l'ancien amiral des gueux de mer. 

La nouvelle de la mort de Lumey se répandit en Hollande et y éveilla 
d'anciens ressentiments. Les chroniqueurs protestants eux-mêmes, pour 
rendre la mémoire de cet homme intolérant plus odieuse, prétendirent 
qu'il était mort de la morsure d'un chien enragé. Ils voulaient ainsi mettre 
sa fin en rappoi't avec les crimes qu'ils lui reprochaient. 

Voici répitaphc flamande que le biographe Ilalma prétendait se trouver 
sur le tombeau de Guillaume de la Marck , comme si celui-ci avait été 
enterré en Hollande : 

DE r.FiAVK VAN DER MARCK LU-.T IN MT C.HAF P.EGRAVEN , 

IIY ZWELGDE MENSCHEN RLOED, GKL'WEL, AI. S EEN RAVEN , 

UY 1S CESTORVEN VAN EEN DOI.LE HONOE REET 

'T CAAT WKI. \1.S D' EENE IIùNO die DOL IS D' ANDER EET. 



- 12.-) — 

J'ai t'té tenté de réunir lès principaux faits do la vie de cet homme 
étrange, qui, aune certaine époque, nous rappelle les Carausius, les 
Civilis, les Bodwognat dans leurs luttes contre la domination romaine. 
Mais, il faut le dire, ce n'est pas l'amour de la patrie qui est son princi- 
pal mobile, c'est le fanatisme relii^ieux. Pour lui comme pour le duc 
d'Albe, point de conciliation entre deux principes opposés, la réforme ou 
le catholicisme, point de milieu ! 

Cette intolérance, que l'on accepta cependant plus tard , ne pouvait 
plaire alors en Hollande où régnaientdes idées plus modérées. De la Marck 
encourut la haine des deux partis à la fois, et de la cette unanimité des 
chroniqueurs catholiques et protestants à accumuler contre lui les crimes 
les plus épouvantables. Longtemps on a accueilli avec trop de crédulité 
sur Lumey, des récits de cruauté et de violence inouie, mais, d'un autre 
côté, des écrivains protestants modernes à l'esprit aussi étroit que ceux 
qui de nos jours osent justifier Philippe II et son bourreau, ont eu tort de 
vouloir le présenter sous un jour trop favorable. Sacrifiant h des principes 
exclusifs et faux, il devait, emporté par un caractère ardent, descendre, 
sans s'en douter peut-être, jusqu'au crime. 

Pour moi , ce qui m'a le plus frappé dans ces recherches , ce n'est pas, 
je l'avoue, le côté philosophique de la question, mais quelque chose 
d'un tout autre ordre : C'est la demi obscurité qui enveloppe de toutes 
parts l'histoire de Lumey, c'est le côté romanesque et mystérieux qui 
domine chez lui, depuis son apparition dans l'armée du prince d'Orange, 
jusqu'au moment où il vient mourir dans la demeure de ses pères d'une 
mort violente et mystérieuse. Quelle est celte main cachée qui verse deux 
fois le poison à l'ennemi le plus acharné de Rome? Faut-il ajouter cette 
mort à celles des victimes si nombreuses de la vile politique espagnole 
qui ne reculait pas devant le poison et le poignard frappant dans l'ombre, 
pour se débarrasser de ceux qui inquiétaient le pouvoir? Cette mort n'est- 
elle pas la fin d'un drame dont les différentes parties sont les différents 
revers qu'essuya cet homme? 

Il me semble que l'existence de Lumey serait un sujet fécond pour celui 
qui voudrait l'introduire dans un roman historique, bâti sur cette époque 
de notre histoire. Tout en conservant la vérité historique, si souvent 

■>5 XVl 10 



— 126 — 

\'\o\h p;ir Ips romanriors, tout en mettant en Inmière le vrai raractère du 
combat i^lorieux qne soutinrent nos pères pour la cause de la lilierté de 
conscience, l'écrivain habile pourrait largement sacrilier à rimagination , 
condition nécessaire du roman, et produire ainsi une œuvre littéraire et 
nationale à la fois. 



COMMUNICATIONS 

DE 

M. le Baron de FIERLANT . 

Consi-illPi à l;i (^.oiir dp (^.ass.ilidii ,]•■ B Igiciiii". mi^mliio loi r.'>p(iiii1;Mil de l'A. :ii|pnili!. 

Lettre miressée à Monsieur A. G. B. Schaiief; , conservateur du Miia-e 
d'Ariniires et d'Aiiliiiiiiléf; à lirii.reUes , le 2'i août )<95o. 

Monsieur, 

Parmi les pièces intéressantes qui composent les Analectes que vous 
publiez dans les Annales de l'Acadé^nie d' Archéologie de Belfjique , se 
trouve, pag. 4-8 et suiv., année 1854, l'inventaire du mobilier des ducs de 
Brabant à Louvain. 

La traduction de cette pièce présentant des lacunes, j'ai l'honneur. 
Monsieur, de vous communiquer quelques conjectures afin de parvenir à 
les combler ; ces observations pourraient, si vous les jugez assez raisonnables 
et fondées , servir en quelque sorte de complément à cette pièce qui nous 
représente si bien la simplicité de l'ameublement des anciennes résidences 
de nos souverains. 

Pag". 49, ligne 3 autaer-staen. Ne faut-il pas lire «î/faer-s^ee/f, pierre 

d'autel (altare portatile)? Fallùt-il main- 
tenir autaer-staen, je traduirais ce mot 
par devant d'autel (antependium). 
Id. ligne 15 ry-cleedereu. N'est-ce pas zy-cleederen , rideaux 

qu'on avait coutume de pendre aux deux 
cotés de l'autel , ainsi qu'il est encore 
d'usage dans certaines églises, par exeniple 
dans celle île .Moiitaigu et lieux voisins? 



— 128 — 

Page49, ligne V.KiK'c^^chchnidi'Iarr. Ne faut-il pas traduire cette locution 

par chandelier servant de reHipiaire ou 
avec reliijuaire? [Paix ou Pisiti pour 
boîte à reliques). 

1(1. ligne 2U , h] anche ne. Ne pourrait-on pas lire hJackene ou 

blaeckene, rez-de-cliaussi^e — ^plain-pied? 
(Consultez Kiliaen , v° hlack.) Compa- 
rez la rubrique suivante : ce mot hlanc- 
kene pourrait aussi designer la tour ou 
partie du château connue sous cette 
dénomination , et où se trouvait l'ap- 
partement. 

Id. ligne 29, met carden. De laine ou avec laine. , 

Page 52, ligne 6, huecsken. Ne conviendrait-il pas de 'traduire 

ce mot par coffret ou holfe, au lieu de le 
traduire par petit livre, et lire i^eut-ètre 
huesken , connue à la ligne G-7 même 
page? 

Page 53, ligne 15, met carden. Garni de laine ou avec laine. 

Page 54, ligne 26, / yuerve. Une javeline, ou bois, ou manche de 

javeline , ou de lance. 

Page 55, ligne 1-4, hulpeijsere. Pilon de ter. 

Page 56, ligne 9,3, censen. Porte-lumières ou suspensions— la 

partie de l'ameublement de la chapelle, 
page 49, ligne 11, me paraît donner 
lieu à cette interprétation. 
Vous soumettant, quoique avec hésitation ces remarques, j'ai l'honnour 

de vous prier, Monsieur, d'agréer l'expression de mes sentiments distingués. 

Pj'>" DK FlKKLANT. 



— 129 — 

Oriroi (le Pliilippe IV accorde à la demande des relinieuses de l'hôpital de 
Tnrnhoiit * ; aux pus de pouinm- aliéner le droit d'épave , qui leur avait 
été concédé par Jean II , Duc de Lothier et de Brahant. 

Philips bv de gratien Goedts coninck van Castillien , van Arragon , van 
Léon, vanBeyden-Sirillien, van Ghenisalem, van Portugael, van Navarre, 
van Grenade, van Toleten, van Valencien, van Gallicien , van Mallorken, 
van Sivillien, van Sardanien, van Cnrduba, van Corsicque, van Miircie, 
van Jaen , van Alagarbe , van Algesire , van Gibaltar, van de Eylanden 
van Canarien en Yndyen soo orientale aïs occidentale , van de Eylanden 
ende vasten eerden der zee Oceane, Eertshertoge van Oistenryck, van 
Bourgognien, van Lotliryck, van Brabant, van Lirabourg, van Luxembourg, 
van Gelre ende van Milanen, grave van Habsbourg, van Ylaenderen , van 
Arthois , van Bourgoignien , van Thirol Palsgrave ende van Henegouwe , 
van HoUandt, van Zeelant, van Namen ende van Zutphen , prince van 
Swave , marckgrave des heilighen Byckx van Boomen, heere van 
Vrieslandt , van Salin , van Mechelen , van de stadt , steden ende landen 
van Uytrecht, Overyssele ende Groeningen ende dominateur in Asien en 
Afriken , allen dengenen die dese onse letteren sullen sien oft hooren lesen 
Saluyt. Doen te weten dat wy ontvangen hebben die supplicatie van de 
moeder ende andere conventualen van gastliuyse der vryheyt vanTurnhout, 

' Jean II, Duc de Lothier et de Brabant, fonda un hospice (xenodorhium) dans sa ville 
et seigneurie de Turnhout. — En 1338 Marie, sa petite-fdie, augmenta sa dotation. — 
Le 26 août 1605, demande fut adressée à qui de droit afin que cet hospice fût converti 
en hôpital. En 1608 l'évèque d'Anvers, Mirœus, admit cette transformation, mais elle 
ne M accomplie qu'en 1611 d'après un avis favorable émis l'année précédente par le 
magistrat de la ville et franchise de Turnhout. Jean Malderus occupant alors le siège 
épiscopal , Jes religieuses de l'hôpital de Lierre , qui suivaient la règle de S'-Augusiin , 
y furent appelées pour soigner les malades; leur nombre s'accrut au point qu'en 1635 
on put les envoyer à Breda à la demande du magistrat de cette ville, avec mission d'v 
fonder un hôpital, mais deux années ajirès elles durent retourner à Turnhout, à la suite 
de la prise de la ville par le prince d'Orange. 

Consultez Latomus , Corsendoncn , \). 63.\xfi Gorcvu , Beschnjviiig van Turnlioul, 
p. iO, 163, et sv. De R.^m, Sijnopsis monitmentomm , Ep. Antv. p. 50 et 337. 
Le Roy, Notitia Mairhionatus S. R. Impcr., p. 393. 



- 130 — 

inhniiHpiiflc il.it sy r^rodlt'lyckx woidni nvcrvallcti vaii siecke persooiipn dio 
welcko ingevolne van luiniit' pnttessie by luiii iiKieteti t-eassisteerd worden 
eiide nnchtans met te wel versien en syri van niiddclen oni dcn voorscreven 
last teonderstaeii niits in de teyenwoordigeconjuncture des tyts aile ding'eii 
seer (lier is ende uyet teL;enstaende het selve niet en mach aen^esien woi'den 
als die siecken eigeiincx niede te helpen syn gelycker wys die supplianten 
het selve ooek nyet aeiisien niaer ondertnssclien hevonden dat sy perseve- 
reien in liunnen i;oeden yvere genoodsaekt soude vvesen het godshuys teii 
arliteren te stellen daer donr grnnte inronvenienten soude rysen jae 
geseliaej)en wesen dat arme hiyden die weleke in groote quantiteyt aldaer 
conenreren niet en soude connen gesolageert worden , daer omme sy 
supplianten te raede gegaen hebben, persoonen aen de weloke den staet 
van het gasthuys kennelyck is, ende bevondcn hebben dat onder diesobere 
niiddelen daer mede het gasthuys begift is bedraegende alleenlylî honderd 
Philippen jaerlyekx voor seven religieusen, eenige syn die weleke vercocht 
synd(> prollitabelyker soude wesen naenientlyck 't recht van den vondt van 
vcrloien ende vagante beesten als ossen , peerden , scliapen , verekens, bien 
en diergelycke hinnen den bedryve van Turiihont, ende van aile die vi'ybe- 
dfii (loi'pen ende plaetsen daerby gelegen binnen de liiniten van dry niylen 
(d't ineer van Turnhout van weleke beesten die waeraelitige proprietarissen 
niet vindlbaer en syn aen hun gegundt, ende gegeven by wylen hooger 
rneniorien herloglie Jan van Lotliryck ende van Brabant ende daer naer 
geconlirmeert, blyckende by de privilegien daer van synde, daer van 
die supplianten jaerlyckx niaer en prulliteron acbtbien, negenthien, 
twintich, een en twinticb, twee en twinticb soniwylen wat nieer ende 
soniwylen min guldens, ende in toeconiende tyden alnoch soovele nyet 
en snllen prolliteren, door dyen eenige dorpen tegenwoirdelyck res- 
soileren ondei' 's Hertogenbossche , ende eenige door dien leenbeeren 
ani luiii worden afgenonien , of wel ter oorsaecke van 't voorsereven redit 
aen imn nnH'yelycblieyt woi'dt aengcdacn (Mid(! oversnickx geraden gevonden 
hebben dat het voorsci'even recht j)ublickelyck soude worden vereneht 
den nu'esti'n daer voor biedeiide, ende die pennin;;eii daervan |)rocederende 
ter >rlv('n iiatneren aengelegl oiidal i\n] innecduie van bel voorsereven 
-aslliiiv-r lii.c; iliioi ^iiiidc vcnneerderd W(n'den lot soul.iLicnient van de 



— 131 — 

arme Iiiyden , tôt onderlioiult vaii de welcke het voorscreven gasthiiys is 
gesticlit, (loch alsoo het selvc aoii huii niet, en is gepermitteert soo haeden 
sy oitffloedelyck. oni onse opeiie brieven van octroi daertoe dienende. Soo 
eest dat wy die redenen voorscreven aengemerckt , ende hier op gehadt 
ierst d'advies soo van de wethouderen der poort ende vryheyt van Turnhoiit, 
als van den administrateur van onse bosschen ende goeden in 't selve 
quartier geneygt wesende ter beden ende supplicatien der voorscreve 
siipplianten , hebben die selve gegundt , geoctroyeert ende geaiithoriseert , 
gunnen , octroyeren ende aiithoriseren , hiin gevende oirlof ende consent 
vuyt onser sonderlinger gratien by desen , dat sy den voorscreven vondt 
publieckelyk binnen der vryheyt van Turnhout siillen mogen vercoopen , 
op conditie dat de penningen daer van comende oft procederende snllen 
worden aengelegt ten selven natuere tôt soulagement van de arme luyden . 
Ende den coopère oft coopers daer inné te doen of laeten goeden ende 
erven soo dat behoort , de welcke pnbliecke vercoopinge , goedenisse ende 
erfenisse wy van alsnu voor aldan hebben geauthoriseert hy desen niet 
tegenstaende eenige costuymen ter contrarien , de welke wy voor redenen 
hier voren verhaeit ende andere ons moverende hebben voor desen reyse 
vuyt onzer rechten, wetentheyt ende princelycke macht gederoge.ert ende 
derogeren, ontbieden daer omrae ende bevelen onsen lieven ende getroiiwen 
cancellier ende andere lieden van onsen raede in Brabant, ende aile andere 
onse rechteren, justicieren, officieren, ondersaeten, en hunnestedehouderen 
dyen dat aengaen sal mogen dat sy in den voorscreven supplianten doen 
laeten ende gedoogen van dese octroy oirlof consent ende authorisatie in 
der vuegen ende manieren als voren mitsgaders den cooper oft coopers 
van 't recht van den voorscreven vondt rustelyk, vredelyck ende volco- 
melyk genieten endegebruycken, want ons alsoo gelieft, ende des oirconden 
soo hebben wy onsen zegel hier aen doen hangen , gegeven binnen onso 
stadt van Brnsele, twee en twintich dagen in de maent van april int' jaer 
ons lieeren duizend zessehondert twee en deitig van onse rycken 't weU'sste. 

Paraphé Bois\' 

Sur le pli : 

By den Coninck , 
P. Mastelyn. 



— 133 — 

l'I (tti ilos : oc\\i\\c v;ui Coiiiiuk uni hy t ('I;^^tluiys liiniicii Tiiriilioiil te 
nioi^hen vercoopon t ri'clil van voiiill 't sv Gas.tluiys tuobeliooren. 

Original sur jmrchemin. 



CaUOLI UllMl ImPERAIUIUS TeSTAMEiNTLM ^. 

CaBScir eram, Theatinus ^ ero. Da robur et arma 
Petro, nt sit C;psar qui Theatinus erat. 

Imperii tibi, IValer, ^ onus. Tibi régna, Philippe* 
Fiii, subjectis acre jugurn et gemitus, 

Militi* impielas dolus hinc, atque inde rapina 
Sint, cadaver humo, linquo aniniain siiperis. 



Quelques mots cunceriiuitt l'introduction de la culture du pin et du sapin 
aux environs de Turnhoul. 

Quoique l'on puisse dire en quelque sorte que le pin et le sapin croissent 
naturellement dans toutes les contrées de l'Europe ^, l'introduction de la 
culture régulière de cette essence de bois dans la Campine, comme produits 
forestiers, ne semble dater que du XVII" siècle ; une pierre tumulaire que 

< Tiré d'un mss. contemporain (sur la môme feuille se trouve un poëme dédié à 
Paul IV, sipé Hier. Amatlli). 

2 Paul IV (Jean-Pierre Garaffa) ^fut archevêque de Tlieate. — 11 mciiara des foudres 
ecclésiastiques Cliarles V qui w. s'opposa pas avec assez de zèle aux Lutiiérieus , et 
institua avec Si -Gaétan de Tliiennes les Tliéatins qui tirèrent leur nojn de son arche- 
vr'clié de Tiieate. 

3 Ferdinand 1. 

■* l'Iiilijipc 11. V. Bulletin delà Commission d'histoire. T. 1, 2'' série, page 73 et 97. 
^ Manuel île l'aihorisle et ilu forestier, jutr M. de PoEDF.uii;, au.\ articles /»m et 
sapin — supji éniiMit à ce! niivrai^r par \c iihmmc aul(,'nr — mêmes articles. 



— 133 — 

l'on voit encoi'L' aujoiird'liiii dans l'église dn village de Vosselaer, près de 
Tui'iilioiit, se rapporte à cette culture; voici l'inscription qu'elle porte : 

HIER LEIT BEGRAEVEN DEN EERSAEMEN 

AURIAMIS GYS BOSHUER DIE DEN 

EERSTEX MASTEN BOOM GESAEYT HEEFT 

IN HET GROOTEN HOUT BOS 

STERFT DEN 8 OCTOBER 1676 

ENDE 

MARGAREET MERTENS STERFT DEN 

20 MEERT 1675 

EN 

GYS STERFT DEN I" 

DECEMBER ANNO 1712. 
BID VOOR DE ZIELEN. 

On sait que le Grootenhout Bosch, situé partie sous la commune de 
Vosselaer, partie sous la commune voisine de Gierle, actuellement propriété de 
M. le comte Amorie de Mérode, était autrefois une dépendance de la 
seigneurie de Turnliout , alors dans le domaine de la famille du prince 
d'Orange en la personne de la princesse douairière de Frédéric-Henri de 
Nassau , Amélie de Solms * , qui occupait le château pendant une partie 
du XVII'^ siècle. 

MiR/EUS dans ses Opcra diploinafica '^ et Hoynck van Papendrecht dans 
ses Analecta ^ rapportent qu'Henri de Nassau, qui décéda en 1538, avait 
fait venir des pins ou sapins de la Norwége, qu'il en fit planter im petit 
])ois près de Breda , ainsi qu'un autre dans ses propriétés situées près de 
Diest. 

D'un autre coté les comptes du quartier de Turnhout mentionnent, au 

' Acte de donation par Pliilippe IV dr UU6. — Dans le Roy, Notitia Marrliiouatus 
Sacii Romani Imperii , jiag. 397. 

- Hnnriciis Nassovins iiiii decessil iri38, sylvnlani piopc Bredani ex pinis Norvegi» 
arboribus et alteiam (uope Disfheiniuni planlavil. Mir^ecs, Opéra diplomatica , t. 1, 
pag. 219. 

= Toinus -2^"', iiaite l%pag. 398. 



— 13t. — 

U'uioigiiage du rapport de la sitiialiori administrative d« cette ville, fait 
par leci)llége des bourgmestre et éclieviiis le loetobre 1858 ^, qu en février 
l()r)8 plusieurs eliarges de sapin (niaste boomen utgedaen liggende) furent 
cherchées à Ginneken, village situé aux portes de Breda, [lar ordre de son 
altesse. 

Ne peut-on pas conclure de tout ceci que la culture des sapins, (juoi- 
que introduite dans C(!rtaines localités dès le commencement du XVI'" siècle, 
s'était peu étendue dans la (^ampine, où l'on ne propagea aloi's celte culture 
que par la transplantation, et que ce ne fut que sous l'administration 
d'Adrien Gysou de son temps qu'on fit un premier essai pour la reproduc- 
tion du sapin par le serais , essai qui a été si fertile en résultats que les 
sapinières couvrent actuellement une ijrande partie des terrains, ancienne- 
ment vagues, de la Gampine? 

Inutile aliu's de Vive gemegt au lieu de ncafieijt sur la pierre tumulaire 
de l'église de Vosselaer, ainsi que quelques personnes prétendent devoir le 
faii'c; et de supposer que les arbres cliei'chés h Breda étaient pit)pres, à 
l'exclusion de ceux de ménu^ essence croissant dans les environs, à être 
sciés et employés aux charpentes, et destinés aux réparations du château: 
ce qui est peu vraisemblable, puisque l'on n'avait oncoi'e pu expérimenter 
les qualités plus ou moins favorables aux constructions de quelque impor- 
tance et d'une durée en harmonie avec celle que l'on devait attacher à l'exis- 
tence d'un manoir seigneurial. — Aussi ne lit-on pas dans les comptes 
cités que l'on a transporté de Breda, des arbres coupés (afgekapt), mais bien 
arbres déplantés (utgedaen); une autre circonstance encore fait supposer 
que ces arbres étaient destinés à la transplantation : en même temps et 
avec eux on transportait une charge de framboisiers et autres arbustes. ^ 

* Pag. 64 t;t 92. 

' Voici les tenues des articles ilii riimpti' tels fin'ils sont rapiinrlés dans l'exposé 
administratif : 

Item gegeveii in l'eliinarii 1658 aen vyl' karren ^'eeie^'en lui r.iniickeii , loi liet lialen 
vau inasie boomen iihicdaen ligL;einle loen 1er lyd in liel niasi liosrli de somme van 
dertifli guidons. 

In de selve maenl nog betaell aen twee karren masiboomen ende eene karre framboisen, 
ende ander jilanlsoen afgesonden dour ordre van bare voors. Iioocbeil by Jaii Scliuer- 
maris de som \an aehlien t;nldens. 



— 135 — 

Ajoutons ;i cela que la litne de lévrier est généralement mise à profit par 
les agronomes pour la plantation des arbres et arbustes. 

Le texte même de l'inscription funéraire nous fournit une nouvelle 
observation en ce sens. 

Pour indiquer que ce fut Gys qui le premier scia du bois de sapin 
provenant de la forêt de Grootenhout , on se serait exprimé dans les 
termes suivants : die den eersten maslen boom van heï (jrootenhoiits bos 
ijcsaciid hcefl , et non in heï groolenliouls bos, le lieu étant indifférent 
pour l'opération du sciage. x\joutons enfin que c'est plutôt que le sciage, le 
repeuplement et la plantation des arbres qui rentrent dans les attributions 
d'un régisseur (boshiiër). 



lùiijyn'inles de deux sceaux du cabinet d'antiquités appurteuant à Monsieur 
Van GeucclUtn, président du tribunal de première instance à Turnhout. 





Inscriptions : 

•5' iiriiçoîbsE mor — altu monnstrrii i Ijcrrtnls. 

•S- ^oiifsc (prioriss(r) mur nliii moiinstéii i Ijfiitiils. 



Os sceaux sont donc ceux de la prienrcMlii couvent de St-Joaii, situé 
\n'v> de la ville d'Ilerentlials ; Gua.vi.vvk, Antrerpia pag.30,vol. Il, édition 
in-fol. de 1708, en parle en ces termes... « Herenthalium porta superior 



— 136 — 

spcctaliat liitMocoiniiiiiiiiim a'iiiriila saiicti .loaiiiiis. » — il'. 1:21 i'm!. \n-i° 
(le KWO.) 

DuGan(_;k, dans son (ilossairr, an mot " liicroconiinni -> dit: « in Actissancto- 
ruMi, lelti'uai'ii. « Tom. 11 p. T);^'.) « niale progerontoconiinm » (hospice de 
vieillards) ; mais h la page citée on trouve en note : « Hierocomia quasi iste 
curanttir qui sacro morbo I^p^ vocrw laborant. » — Cette maladie 
ériiptive était connue sous le nom de feu de St. -Antoine ; 

Dans le passa^je de Grvmaye, cité ci-dessus, il Faut entendre par 
« hierocomium , » Léproserie — ainsi que le prouve la déclaration faite 
le 1:2 mars 1787, En exécution de l'ordonnance du 20 juin 1787, où il 
est porté sous la désignation suivante : « Godtshuys van St.-Jan ten 
Lazarye te Herenthals » comme ayant un revenu de 380 fl. 12 s. 1. La 
premièi'e colonne du tableau porte cette mention : « Men weet van geen 
titel en men mynt gefondeerd te zyn door de stad, » Arcli. de l'État, 
Chambres des comptes , supp. 63i (n" 130 du registre). 

Les sceaux prouvent que cette Léproserie était desservie autrefitis par 
des religieuses, sous la direction d'une prieure. 



F A M I L L E 



LE BIDART DE TIIllMATDE 

ET LE r.llEVALIEn 

ALPBO^'SE-FERDIMl DE LE BIDARÎ DE THCMIDE. 

PUBLICISTE, LITTEUATEIJR , MINÉRALOGISTE, NUMISMATE; DOCTEl'R EN DROIT; PRÉSIDENT 
DU CONSEIL DE SALUBRITÉ PUBLIQUE DE LA PROVINCE DE LIEGE ; CONSEILLER PROVINCIAL 
DU HAINAUT; colonel en CHEF DES (JUATKE LEGIONS DE LA GARDE CIVIQUE DE LIEGE; 
MEMBRE DE LA PLUPART DES SOCIETES SAVANTES DE L' EUROPE; COMMANDEUR, OFFICIEP. 
ET CHEVALIER DE PLUSIEURS ordres; CONSEILLER DE L'aCADÉMIE D'aRCHEOLOGIE DE 

BELGIQUE DEPUIS SA FONDATION. ' 



E. ]>E GîiATIC^Y. 



—c-Ca. «ÎXf» »3r>- 



La famille de Le Bidart de Tluiniaide est originaii'e de France, où elle 
était déjà reconnue comme noble an quatorzième siècle. La branche ainée 
portait le titre de comte, et la branche cadette celui de chevalier, comme 
dans la plupart des maisons titrées. 

Le chef de la branche cadette , chevalier André de Le Bidart de Thumaide, 
quitta la France en 1531 et alla se fixer en Belgique par suite de son 
mariage avec iM"<^ Barbe de Brumagne. Ses descendants ont continué à 
habiter la Belgique. 

Cette famille porte pour AiHMomiES : — d'argent à la fasce d'azur, 
chargée de deux sautoirs d'or, accompagnée en pointe d'un chaudron de 

' L'Académie — ayant décidé de publier dans ses Annales les notices généalogique» et 
biographiques qui lui parviendront concernant ses membres effectifs , correspondants ou 
honoraires — a reçu avec intérêt cette notice sur M. le chevalier Alphonse-Ferdinand 
de Le Bidarl de Thumaide, l'un des hommes les plus honorables de Belgique , dans le(piel 
l'Académie a eu occasion de reconnaître un savant distingué et un beau caractère. 
(Note (lu Conaei} d'ndministrntion de rAcadhnic./ 



— 138 — 

sdJilc diinhlc ifor, rt-rii limliré il' iinr ronronne de comte; cimiku : deu.i* 
demi-vnis contournés , chur^jés. de la fasce de lécu , celui à dextre d'azur et 
celui à senestre d'or; srpPOiiTS : deux lions au naturel, lampassés île 
iji/i'iiles , la tète contournée , tenant ehacnn une bannière aux armes de l'èeu. 
iNoiis allons t'aire connaître sa lilialion en Bela^ique, puisée dans Ips 
(lociimonts les plus authentiques. 

I. Le chevalier André de Le Bidart de Thumaide avait épousé, en L"))!! , 
Barlie de BruniaL;ne, dont il eut : 1" Nicolas de Le lîidart, ipii snii ; 
:2" Thomas de Le Bidart; o" Jeanne, épouse de Guillaume de Baré iii> 
Comogne, l'un des bisaïeuls de Martin de Chaumont, marquis de la 
lialaisière; et i" Marie, épouse de Côme de Nuremberg, trisaïeul maternel 
de Henri-Joseph de Ponty, gentilhomnn^ des Etats de Namur, créé baron 

en nno. 

La famille de Brumagne portait : — d'or en jointe , a la hure île sanglier 
de sable , et d'azur en tète, à deux fleurs de lijs d'or. 

II. Le chevalier Nicolas de Le Bidart de Thumaide épousa Marie* de La 
Vall(''e, qui portait : — d'or à la fasce de ijueules , chargée de deux jleurs 
de Igs d'ai^gent. — Ils laissèi'enl trois enfants : 1" André de Le Bidart, 
(|ui suit; 2" Marguerite, qui épousa Antoine de Nassogne; et 3" Barbe, 
(|ui épousa Jean de Guéi'in. 

III. Le chevalier André de Le Bidart de Thumaide épousa Barbe de 
La Boche, qui portait : — l'écn écarlelé en croix; /"'■ et 4''- ■uartiers, 
de gueules à quatre losanges d'or l'un sur l'autre ; ^^ et ,?'', d'argent au 
lion marcliant de gueules. — Ils ne laissèrent qu'un fils , qui suit. 

IV. Le chevalier Jacques de Le Bidart de Thumaide, né le i" juillet 
1():23, épousa Marie de Closse, (jui avait pour armoiries : — d'azur à la 
fasce d'or, surmontée de deux fleurs de Igs d'or, et, en pointe , une colombe 
aussi d'or. — Ils eurent trois enfants : 1" Pierre de Le Bidart, ((ui fut 
abbé des monastères d'IIasticre et de Waulsoi't, sous le nom de doni 
Lambert, il était né le 11 septembre 1()53; :2" Jacques, qui suit; et 
3" Barbe, qui épousa Jean du Bos, conimissaire d'arlillerie au service 
de Sa Majesté Très-Chrétienne. 

V. Le chevalier Jacques de Le l'idarl de Tluimaide, né \c '.W mai Ht.")'.), 
épousa .\nne~.\!arie de .\éli:>, duil il laissa : I" Jcaii-Francois, qui suit : 



— 139 — 

i2" Marip-Dimiflonnôo, qui ('poiisa Honri-Danifl dp Sonrdeval; rt 3" Anne- 
Marie, qui épousa Anibroisc de Lohbet, seii^neur de Wanlin. Les armoiries 
de la lamille de Nélis étaient : — d'nrfient an chevron d'aïur, ftccompit(jnp 
en tèle de deux hermineu de mhle , et en jininfe d'une rjerhe de hié de 
fiinojile. 

VI. Le chevalier .lean-Franrois de Le r>idart de Tluimaide, né en 169:2, 
épousa le 28 juillet 1725, Marie-Catherine-Antoinette de Galiot de 
Genouilhac, d'une ancienne maison de France, qui portait: d'azur parsemé 
de fleurs de lys d'or, et chargé d'un lion d'or, armé et lampaué de gueules. 
— Cette maison a produit : 1" Messire de Galiot de Genouilhac, seigneur 
de Brussac, grand-maître de l'artillerie du roi François I^""; 2" Son Émi- 
nence Ptolémée de Galiot, cardinal-archevêque de Siprute; et 3" Son 
Éminence Antoine-Marie de Galiot, cardinal-évéque de Pérouse. — Ils 
laissèrent de ce mariage : 1° Pierre-Jacques-François , qui suit ; 2" François ; 
et 3" Ernestine, morts tous deux en célibat. 

VIL Le chevalier Pierre-Jacques-François de Le Bidart de Thumaide , 
né le 27 avril 1720, était conseiller d'État et conseiller de cour au service 
de Sa Majesté l'empereur d'Autriche. Il avait épousé, le 28 mai 1771 , 
Marie-Ânne-Josèphe-Dorothée du Pont de Hocquet, fille d'Alexis et de 
Marie-Anne-Josèphe de Bourgeois d'Aimeries. La famille du Pont de 
Hocquet, qui portait : — d'argent à trois tètes de taureau de gueule'i > 
était connue dans le Hainaut dés l'année lilrl. Elle a fourni plusieurs 
bons officiers aux armées espagnoles, quatre échevins et un mayeur à la 
ville de Mons. L'un des ancêtres maternels, messire Louis de Bourgeois 
d'Aimeries, était un des seize principaux chevaliers de la suite de Cliarles- 
le-Téméraire. Le 2 mars 1476, il commandait l'aile gauche de l'année 
de ce prince <à la bataille de Granson contre les Suisses, et il y fut tué à 
la tête de ses troupes. Il n'y eut de ce mariage qu'un fils, qui suit. 

VIII. Le chevalier François-Joseph de Le Bidart de Thumaide, né à 
Namur le 21 mai 1773, fut successivement président du canton de Qwe- 
vaucamps , et membre du conseil général du département de Jemmapes 
sous l'Fmpire, chevalier de plusieurs ordres, membre de l'Ordre équestre, 
des États provinciaux du Hainaut, membre des États-Généraux du royaume 
des Pays-Bas, décédé le 21 mars 1830. Il avait épousé, le 10 janvier 1800^ 



— UO — 

.liilio-Frann)isp-Mario-Anne-(ii)islaiiie, haronno de Stassart, virf>mtPsso 
(le NdiinioiU , née à Malines le :23 juin 1772, déeédée le 30 avril I83<S, 
lille (le .larqnes-Josepli-Augnstin, baron de Stassart, vicomte de Noirmont, 
conseiller au grand conseil de Malines, puis président an conseil de Namnr, 
et de Barbe-Scliolastique, baronne de Maillen. La famille de Stassart avait 
pour armoiries : — d'or à une tête et col de taureau de sable, au chef d'fr, 
chitrtjc d'un aigle naissant de sable, lavjjué de gueules. — De ce mariage 
sont nés : 4° Virginie-Dorothée , née le 21 décembre 1800 , mariée à 
llenri-Errembault du iMaisnil ; 2" Alphonse-Ferdinand , qui suit ; 3" Clo- 
tilde-Gharlotte-Joséphine-Ghislaine, née le 28 août 1807, mariée h Jean- 
François-Joseph-Édouard , baron de Spandl de Lherse ; i" Léocadie- 
llenriotte-Ghislaine , née le 15 octobre 1808, épouse de Victor-Albert de 
Pierpont de Wanlin. 

IX. Le chevalier Alphonse-Ferdinand de Le Rtdart de Thum-Ape , né 
à Xamur le 9 octobre 1805, Publiciste , — Littérateur, — Minéralogi-te 
et Numismate, — Docteur en droit , — Président du Conseil de Salubrité 
publique de la province de Liège, — Conseiller provincial du Hainaut, — 
Colonel en chef des f[uatre Légions de la Garde civique de Liège , — 
Membre de la plupart des Sociétés savantes de l'Europe, — Commandeur, 
Officier et Chevalier de plusieurs ordres , est marié , depuis le \^'' octobre 
18i0, à Adrienne-Margucvite-Eugéme Di'mont de PiOUSSeau , issue d'une 
ancienne famille patricienne de Liège, qui porte : — A'azitr au chef d'or , 
et à un brochet d'argent placé en fasce , ■ — dont plusieurs ancêtres ont 
occupé des charges élevées sous les princes de Liège. (Voir le Recueil 
héraldique de Loyens ; Liège 1720.) 

Deux enfants sont nés de ce mariage : 1" Alice-Josèphine-Julie de Le 
F'idart de Thumaide, née à Liège le 21 février 18 i4; 2" Arthur-Gnstave- 
Alphonsc, qui suit : 

X. Le chevalier Ailhur-Gustave-Alphonse de Le Ridart de Thumaide, 
né à Lié^c le i octolire 1817 V 

' Il ri'Millr ifiiii ;i(lc ;iiillii'iitu|iir ilii 11 fi'viicr l'HCi, i|iic tiinli's li's |iii''C('s i'('l,Tliv{'S 
à CKltt; gf^iit-aln^ie uni et/' vérifiées et approiivôcs pur MM. C. linydacls de Zillaert , 
ronseilier cl pniiiipr nii d'armes de S. M. rEnipeii'iir dWiiliiilic ; de Hesilin, roi d'armes 
pour l;i |iiovim'i' ilc N;iiiinr, et (i. A. K;iIhii;i lir l'ansseii, ilil Laliiiiiaii , roi d'amies de 



— 141 — 

Le rhevalier Aliihome-Fevdhiaml de Lp: Bidart de ThuMaide, (hef 
actuel de la branche cadette , coinmeiH'a de bonne heure ses études, et , 
au sortir de l'École Militaire , il fut nommé officier au 7'' régiment de 
hussards. Mais, à cette époque, rien ne faisait présager le moindi'e avan- 
cement dans cette carrière ; il résolut de la quitter et de linir ses études 
à l'Université de Liège, alin d'entrer dans la magistrature, où plusieurs 
de ses ancêtres avaient occupé de hautes fonctions. 

Reçu docteur en droit, avec grande distinction , le 20 février 1829, — 
avocat à la Cour supérienre de justice de Liège, le 2 mars suivant; il fut 
nommé premier substitut-procureur du roi de première classe à Liège, le 
4 octobre 1832. Les études militaires que M. de Le Bidart avait faites, le 
mirent à même de rendre d'autres services. Il fut successivement: — 
officier dans la garde communale de Liège ; — colonel de la légion du sud 
de la garde urbaine de la même ville ; — adjudant-général chef d'état- 
major de ladite garde; puis, colonel de la ¥ légion de la garde civique ; 
— et enfin, le 18 mars 1848, il fut nommé colonel en chef des quatre 
légions de la garde civique de Liège, ainsi que des corps spéciaux de 
cavalerie, d'artillerie et des chasseurs-éclaireurs. Dans ces divers grades , 
il a rendu des services dévoués , désintéressés , constatés par les déclara- 
tions de ses chefs et des principales autorités de la ville. Le commandant- 
général de la garde urbaine liégeoise les reconnaissait (à la date du l'''' mars 
1831) , dans les termes suivants : 

i( \o D'aljord chef de poste à la caserne des Écoliers, il repoussa de nombreuses 
tentatives de pillage, sut conserver le matériel immense que Tartillerie holhuidaise 

Flandre. A la suite de cette vérification, un diplôme du reconnaissance d'ancienne noblesse 
fut octroyé par l'Empereur Joseph II, le 3 avril 1786. Les anciennes armoiries y sont 
peintes et décrites, telles qu'elles ont toujours existé dans la famille, depuis le rpiator- 
zicnie siècle. L'on y fait mention « des dii;nités distinguées dont cette famille a été 
» revêtu dans l'état ecclésiastique , ainsi que des eni|)lois et charges honorables qu'elle 
» a occupés tant dans le civil que dans le militaire. « Cette généalogie produite de 
nouveau, en 1816, au Conseil suprême de noblesse du royaume des Fays-Bas, a été 
véritiée et approuvée par ce Conseil et déposée dans ses archives, ainsi que cela est 
attesté par une lettre oflicielle de M. C. Chais, son secrétaire. C'est alors que le cheva- 
lier François-Joseph de Le Bidart de Thuraaide fut nommé membre de l'Ordre Equestre , 
par diplôme du 26 avril 1816 (ii" 135). 

25 XVI 41 



— 11.2 — 

V nv;iit laissé , el Ifi reiiiil iiilacl à .M. Uainlcliii , ciimiriaiidaiil PartiHorie île h 
i^arilf iirltaiiu!. Ces allaqin's st; reimiivelorcnl iiciiilant rcspacc. d'un jiMir e( »riine 
nuit, tant par la me des Éc(dioi"s que par le liras de rivière de Harlxtu. M. de Le 
Bidart les repoussa toutes , et , quoique grièvement hlessê au bras gauche , il ne 
se retira qu'à TOTrivëe de M. Dandeliu, porteur d'un ordre supérieur, qui enjoignait 
de le ineltre en possession de la caserne d'artillerie. 

1) 2" Dans la nuit du 6 an 7 septembre ÏH'AO , étant chef de poste de la garde 
eomimmale à l'Ilàlel-de-ville , il aperçut, vers minuit, un signal de quelques 
l'usées parties de la citadelle : les révélations d'une estafette, arrêtée près de là, ne 
laissèrent aucun doute sur des projets de sortie contre la ville. Aussitôt, il réunit 
quelques gardes communaux, et se rendit avec eux aux abords de la citadelle, tant 
du ciMé du Péry , que de Sainte-Walburge, jusqu'aux, palissades de la porte d'entrée 
du fort, pour repousser les Hollandais. Après une ronde de plusieurs heures, il ne 
revini à son poste que quand il eut la certitude que les projets de l'ennemi étaient 
avortés. 

» 3" Dans la nuit du 10 au 11 septemtu'e 1830, chef de poste de l'^ptel-de- 
ville , il rassembla les gardes communaux sous sou commandement , et se joignit 
au petit nombre de volontaires qui, sous les ordres de M. Edouard Vercken, se 
portèrent, vers une heure du matin, et pendant le reste de la nuit, surja roule 
deTongres, pour s'opposer au renfort que la 13^ division liollandaise envoyait 
à la citadelle de Liège. 

4" Élu successivement, et toujours à rimanimité, capitaine adjudant-major 
et commandant de la 4^; légion de la garde urbaine, il organisa cette légion sur 
un pied plus uniforme, plus régulier, et y ajouta deux compagnies. 

» 5o Capitaine commandant une des deux compagnies d'avant-garde dans 
l'expédition de volontaires qui , du dix-sept au vingt-huit octobre 1830, et sous 
les ordres de MM. de Derlaymont et Edouard Vercken , tenta de s'emparer de 
Maestricht par surprise , puis en forma le prcmit^ blocus. La présence de ces 
deux compagnies , toujours campées à une forte demi-lieue en avant, même de 
la cavalerie, mit fin aux fréquentes excursions de la garnison qu'elles repous- 
sèrent; rassura les populations envirounanUîs et encouragea successivement les 
villages de Sbeeren-Elderen, Genoets-KIderen , Kall-Mlieer, llerderi'ii et autres, 
à se déclarer pcnir la révolution et à arln>rer les couleiu's belges. 

» ()<• Nommé adjudant-général , chef d'état-major de la garde urbaine , il se 
livra sans relâche au travail lent et [lénible qu'exigeait rorganisalion déOnilive de 
cette garde, sans cesser cependant d'en commander la i" légion. 

» 7" L'un des chefs de rex]»édition qui, le "21 nov(!mbre 1830, se dirigea 
de nouveau sur Maestricht, lit de nombreuses reconnaissances autour de cette 
ville pour l'emplac/Mneut des batteries de siège , et descendit en ))lein midi dans 
la |ilaine de Wyck , Justine près des glacis, en arborant le drapeau national, fait 
d'ai'uies (pii le plai;;i , |!,'ii(l,iiil près d'une lieui'c , à un quurt de porlée de canoii 



— 143 — 

(le la forteresse , et pour lequel M. de Le Bidart fut nominativement cité dans 
plusieurs journaux. 

)) Enfin , il n'a cessé de prendre part à toutes les expéditions qui lui furent 
proposées, et souvent il entretenait à ses frais une partie des volontaires qui 
l'accompagnaient. » 

Dix ans après, le 12 décembre 1840, M. de Le Bidart n'avait pas cessé 
de rendre des services. Le colonel en chef de la garde civique de Liège , 
ayant donné sa démission , lui envoya le certificat suivant : 

« J'aime à déclarer que M. le chevalier de Le Bidart de Thmaide , colonel, 
» commandant la quatrième légion de la garde civique de cette ville, a con- 
» stamment fait le service attribué à sa haute position dans la garde , avec intel- 
» ligence et dévouement. 

» M. de Le Bidart, que je considère à bien juste titre comme l'un de nos 
)) officiers les plus distingués, a beaucoup contribué à l'organisation et au 
» maintien de la garde civique à Liège , et je suis heureux de pouvoir lui en 
» exprimer ici toute ma reconnaissance. 

» Fait à l'état-major central delà garde civique à Liège , ce 12 décembre 18i0. 

» Le colonel en chef, Vercken aîné. « 

Le 18 mars 1848, M. le colonel de Le Bidart ayant été nommé colonel 
en clief , reçut de Monsieur le baron de Macar, gouverneur de Liéiie , la 
lettre suivante : 

« Liège, le 26 mars 1818. 
» Monsieur le Colonel , 

» Le bourgmestre de la ville de Liège m'a rendu compte de la nouvelle preuve 
» de dévouement que vous donnez à votre patrie en acceptant les fonctions 
Il importantes et aussi difficiles qu'honorables de commandant en chef de la garde 
Il civique de Liège. Pour ma part , je m'en suis félicité , parce que je sais que vous 
Il réunissez aux connaissances et à l'intelligence qu'exige la réorganisation de 
)i cette force citoyenne , cette volonté forte et décidée de remplir tous vos devoirs. » 

M. le gouverneur ne fut pas déçu dans son attente. Par son aptitude, 
son expérience, sa fermeté et son dévouement, M. le colonel en chef de 
Le Bidart n'ayant pas tai^dé à mettre la garde civique de Liège en état de 
résister aux mouvements que l'on projetait , et qui pouvaient mettre en 



• — 144 — 

poril l'œuvre de 1830, eu leiKiit coniplo à M.Piemit, lioiirgnipstro de 
la ville de Liège, qui lui ii'pondit : 

« Liôge, k- -22 avril 18iN. 
M Monsieur le Colonel en chef, 

» J'ai reçu votre lettre du 15 de ce mois, par laquelle vous me rendez compte 
(les résultats des opérations auxquelles vous avez dû vous livrer pour par\ cuir à 
réorganiser la garde civique. 

» Je suis heureux , monsieur le Colonel , de pouvoir vous exprimer comhien ces 
résultats me semblent satisfaisants, grâce au zèle et au dévouement que vous avez 
apportés dans la tâche difficile qui vous a été confiée, et que vous avez acceptée 
avec un si louable empressement. » 

M. le chevalier de Le Bidart de Thumaide , qui s'est fait un nom dans 
les sciences, possède une fort belle bibliothèque , une collection de médailles 
très-intéressantes et un cabinet de minéralogie très-complet. Il a consacré 
ses veilles et son expérience à la production d'ouvrages estimés* Il est 
auteur des publications suivantes : 

1° Dissertation sur les traités publics, les aUiances et les traités de 
paix (1 vol. in-4o, 1829). 

2° Des vices de la législation pénale belge (1 vol. in-8<', 1842); ouvrage 
couronné par la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du 
Hainaut. 

3" Réforme de la procédure criminelle et correctionnelle en Belgique 
(1 vol. in-S", 1843); ouvrage couronné par la même compagnie savante. 

— La Société des Amis de la Paix universelle , dont le siège est à 
Londres, a décerné deux médailles à l'auteur de ces deux ouvrages pour 
les adoucissements qu'il propose aux peines, et pour ses modifications aux 
formes de la procédure. 

A" Des améliorations que réclame la législation pharmaceutique belge 
(1 vol. in-8o, 1844); ouvrage couronné par le Cercle Médico-Chimique 
JKT Pharmaceutique de Liège. 

5° Précis de l'histoire de la pharmacie (1 vol. in-8o, 1845). 

6* Aniiatrshistorique>> et généalogiques des familles ^e/çes qui ont rendu 



— 145 — 

des services à l'Empire d'Autriche jusqu'à l.i révolution brabançonne 
(2 vol. in-8«, 1848). 

7» Mes impressions de voyage , sous le rapjort des sciences naturelles 
(2 vol. in-S", 1850); ouvrage couronné par I'âcadémie royale des 
Sciences naturelles d'Espagne. 

8° Rapport sur les travaux de la Société d'Emulation de Liège, de 
1842 à 1850 (1 vol. in-8o, 1851). 

9° Mélanges de Littérature et d'Histoire (2 vol. in-8°, 1854). 

Ces divers ouvrages ont valu h leur auteur plusieurs médailles acadé- 
miques, et son affiliation h la plupart des compagnies savantes des diverses 
contrées de l'Europe. L'énumération de ces titres serait si étendue, que sa 
longueur même est un obstacle à cette curieuse citation. M. le chevalier 
de Le Bidart de Thumaide est président du Conseil de salubrité publique 
de la province de Liège; conseiller et membre d'un grand nombre 
d'académies, conseiller provincial du Hainaut. 

Ses services lui ont mérité des distinctions honorifiques. 11 est comman- 
deur de première classe de l'Ordre de Saint-Georges de Naples; — 
commandeur de l'Ordre chapitrai d'ancienne noblesse des Quatre-Empereurs 
d'Allemagne; — officier de l'Ordre du Lion-de-Zaehringen de Bade et de 
l'Ordre du Mérite du Lion-de-Holstein ; — chevalier des Ordres de 
Léopold de Belgique et du Sauveur de Grèce; décoré de la médaille d'or de 
première classe pour actes de courage, pour avoir, au péril de ses jours, 
sauvé la vie à plusieurs personnes dans un violent incendie. 

Par lettres patentes du 20 décembre 1840, le souverain Pontife lui a 
conféré le titre de comte, transmissible à tous ses descendants. 

M. le chevalier de Le Bidart de Thumaide, par application de la loi du 
27 mai 1856, relative aux citoyens qui ont pris part aux combats de 1830, 
compte actuellement (en 1858), blessures et campagnes comprises, 
quarante années de bons et loyaux services rendus à sa patrie. 

La famille de Le Bidart de Thumaide est alliée aux familles suivantes : 

De Brumagne, — de La Roche, — de Nélis, — de Galiot de Genouilhac, 
— de Bourgeois d'Aimeries , — de La Forge , — de Zomherg de Ciply , — 
de la Vallée , — haron de Stassart de Noirmont , — Marquis de Maillen 



— 146 — 

d'Oheij , — Imron du FiiiUbarré de Fumai , — de Pieriiont de Wallin , — 
baron de Spandl de Lhene , — ErremhauU du Maisnil , — vicomle de Daré 
de Comoyne , — chevalier du Clélij de Witterzée , — marquis de Colins 
de Quéverchin , — chevalier de Chaudelot, — baron de Carlier d'Yves , — 
comte de Colins de Tarsienne, — comte de VHIérjas de Saint-Pierre, — 
baron de Woclmont de Brnmagne, — de Cartier de Marchiennes, — baron 
de Pontij, — baron dePiiteiirsde Budingen, — baron de Bernard de Faucon- 
val, — baron de Woelmont d'Hambraine , etc., etc. 



MON SÉJOUR A FLORENCE. 



SOUVENIRS HISTORIQUES 



Ch. J. van DEN NEST, piètie, 

Conseiller de l'Académie. 

(Suite, voir paye 'âiO, XV^ volume.) 



Jeudi 19 Mars. 

Si parmi les cités les plus belles de l'Italie, la ville de Florence se 
distingue par le luxe de ses églises et de ses chapelles dont quelques- 
unes ont déjà fait l'objet de notre admiration , elle l'emporte encore 
sur ses nobles rivales par la somptuosité de ses palais dont toutes les salles 
du Palazzo Vecchio nous ont déjà laissé entrevoir la prodigieuse magnifi- 
cence. Au nombre de ces monuments qui environnent, de tant d'éclat, 
le renom artistique de cette grande et remarquable cité, apparaît l'immense 
palais Pitti dans toute la majesté de sa construction gigantesque, 
dans tout le prestige de sa royale splendeur. Érigé en l-i40 sur les 
plans du fameux architecte Brunelleschi et aux frais du riche négociant 
tlorentin Luca Pitti , il dut , aux vicissitudes mêmes que subit la 
fortune de son opulent propriétaire , de parvenir à un degré d'extension 
et de faste qui l'a rendu un des plus superbes palais et des plus riches 
musées de Tltalie. En elïet, Luca Pitti, fougueux adversaire des Médicis 
à qui ses trésors portaient ombrage et dont il jalousait à son tour le pou- 
voir, s'était mis à la tète d'un parti anarchique et avait tramé le renver- 



— 148 — 

sèment de la famille princière qui était devenue le seul obstacle à ses 
projets d'usurpation. Justement alarmés des tentatives révolutionnaires d'un 
pareil conspiré, les Médicis ne se firent pas faute de mettre en œuvre tout 
ce qui put les déjouer et s'y prirent avec tant d'habileté et de persistance, 
que le conspirateur ne tarda pas à tomber entre leurs mains. On devine 
les suites de ce revirement. Le palais Pitti devint la propriété des Médicis 
et reçut bientôt de tels embellissements qu'il ne fut pas jugé indigne de 
servir désormais de lieu de séjour aux Grands-Ducs de la Toscane. 

L'extérieur de ce palais révèle une nudité de structure qui, jointe à 
l'aspect massif de la construction, donne à tout l'édilice cet air majestueux 
et grave, bien supérieur au charme d'une architecture légère et pittoresque. 
La partie de la façade qui s'étend du rez-de-chaussée jusqu'au premier 
étage, se présente surtout sous ce dehors lourd et gigantesque qui^caracté- 
rise les proportions générales du monument. De longues lignes raides et 
uniformes, des couches de pierres granitiques superposées avec une symétrie 
désagréable et pesante, absence du pittoresque, tendance vers le" colossal 
— tel est l'aspect que présente le soubassement sur lequel s'asseient les 
deux étages de l'édifice. La construction de ceux-ci, quelque massive qu'elle 
soit, déroge cependant à la lourdeur un peu informe du socle sur lequel 
ils se dressent avec une majesté qui ne manque pas, d'élégance. Quant à ces 
étages, la façade en est percée par une série inposante et large de vingt-trois 
fenêtres cintrées qui , à l'égal des autres parties de l'édifice, manquent, 
elles aussi, de toute espèce d'ornement. Elles ouvrent nues, tristes et soli- 
taires sur un large balcon qui domine la place et n'est peut-être beau que 
parce que le grand Pie Vil, ceint de la tiare, y donna un jour sa béné- 
diction à la population florentine prosternée sur la place. 

La cour intérieure de ce palais est magnifique et d'une ordonnance qu'on 
peut considérer comme étant un des meilleurs projets que Brunelleschi ait 
jamais réalisés. De chaque côté de l'enceinte se déroule une galerie à 
colonnades érigée dans un style imposant et tout-à-fait conforme à celui 
des bâtiments auxquels elle se relie. En face de l'entrée principale qui, 
comme nous l'avons dit, s'ouvre au milieu de l'édifice, s'élève une 
terrasse gracieuse servant, en quelque sorte, de piédestal à une superbe 
statue qui représente Moïse et (\\\o le ciseau d'un artiste célèbre tailla dans 



— 149 — 

le porphyre. On y voit encore le simulacre parfaitement bien imité d'nne 
pittoresque caverne, ilu fait erocailleux de laquelle jaillit une fontaine dont 
les eaux transparentes, retombant en cascade, lavent le tlauc de rocliers 
aussi artistement sculptés que s'ils fussent une sauvage et poétique produc- 
tion de la nature. 

La collection des tableaux que renferme ce palais est une des plus belles 
qui existe et étale, le long d'une série de quatorze salles vastes et splendides, 
ce que la peinture a produit de plus sublime dans toutes les écoles, aux 
plus brillantes époques de leur existence. On n'y rencontre donc que des 
noms qui, à l'égal de celui de Rubens, do Raphaël, de Michel-Ange, de 
Carrachio , du Titien , sont environnés de tout l'éclat d'une gloire incon- 
testée et l'on n'y admire ces maîtres que dans leurs chefs-d'œuvre les 
plus vénérés. Le nombre de ces productions d'élite s'y élève à cinq-cents. 
Une soixantaine en furent dirigées sur Paris à l'époque de la révolution do 
1789 et reintégrées, en 1815, dans les galeries du palais florentin qu'ils 
n'auraient jamais dii quitter. 

Dans la grand'salle du rez-de-chaussée on remarque des frescjues d'une 
exécution aussi grandiose que l'ordonnance même de la somptueuse enceinte 
où elles se trouvent placées. Elles représentent les principaux événements 
de la vie de Lorenzo di Medicis et sont dues au pinceau de San Giovanni, 
peintre renommé du XVII® siècle. Une salle attenante renferme des statues 
modernes qui témoignent de beaucoup de mérite et prouvent que la sculpture 
italienne a repris, depuis l'apparition de Canova, la voie aux saines 
traditions que le contagieux exemple de Bernini lui avait fait jadis quitter. 

Un escalier, d'une grande beauté, mène le visiteur au premier étage où 
se trouve la célèbre galerie de tableaux dont nous venons de parler. Sur 
des tables en mosaïque d'immense valeur, sont déposées des listes imprimées 
énonçant la nomenclature des tableaux e.xposés et des artistes, au pinceau 
desquels l'exécution en est due. 

Il nous fut donné de visiter plusieurs fois ce magnifique musée. 
Néanmoins on comprend qu'il doit nous être impossible de fournir au 
lecteur une description détaillée des sublimités que nous fûmes à même 
d'y admirer, et qu'il nous faut nous borner à ne faire mention que des 
toiles les plus belles et qui nous ont spécialement impressionnés. Nous 



— 150 — 

citerons donc en première ligne : V Assomption de In sainte Vimie , par 
Andréa del Sarto , univre éniineiit qui se distingue par la rare énei'gie de 
l'expression et i|iii soutient noblement le renom de son auteur, le plus 
grand peintre de l'École llorentine et le plus habile coloriste qui ait manié 
le pinceau, depuis la Renaissance; — Une marine de Salvator Rosa, 
passant , à juste titre , pour une des meilleurs toiles de cet artiste, amateur 
passionné de la peinture aux effets lugubres et sauvages ; — La sainte 
Yierjie avec l'Enfant Jésus assis sur ses (jenonx et saint Jean qui se trouve 
à ses cotés , pai- Raphaël , œuvre capitale dont il serait inutile trexposer 
les mérites après les milte imitations qui en ont été faites de toutes les 
manières; — Le Pape Léon X ayant à ses côtés deux cardinaux, autre 
chef-d'œuvre de Raphaël qui ne le cède en rien au précédent, pour la 
perfection du coloris et la rare pureté du dessin. 

Au nombre des portraits célèbres que peignit le Titien et que possède ce 
musée, se distingue surtout celui du cardinal Ilippolyte de Médicis. Cette 
toile révèle une connaissance si profonde du clair-obscur et de la* distri- 
bution des lumières, qu'elle passe, avec raison , pour une des meilleures 
qu'ait produites ce grand peintre. En dehors de ces ouvrages, ou y admire 
encore : un tableau de Carlo Dolei, représentant le Sauveur au jardin des 
olives et qui a fait le renom de cet illustre artiste. C'est en elfet une 
production de maître qui brille surtout par la fraîcheur du coloris et par la 
rare délicatesse des nuances ; — La sainte Vierge assise sur un trône et 
environnée de saints ainsi qu'un tableau représentant saint Marc — deux 
ouvrages qui sont regardés pour être les plus beaux (|u'ait produits le 
pinceau si distingué de Fra Bartolommeo, religieux do l'ordre des Frères 
Prêcheurs. Ils se caractérisent, en effet, par une grande noblesse de style, 
par l'éclat du coloris, l'élégance des draperies et une habileté consommée 
dans la distribution des groupes ; — Le marttjre de saint Afiathe par 
Sebastiano dol Pionibo, production grandiose illustrée par l'admiration que 
Michel-Ange lui avait vouée; — V Hospitalité de saint Julien de Cristoforo 
Allori, tableau saisissant qui porte ce cachet de perfection que l'on retrouve 
d'ailleurs sur tous les ouvrages de ce grand artiste , malgré le fâcheux 
travers qu'il avait de g;Uer souvent ce qu'il produisait de mieux par des 
tentatives d'améliorations inopportunes et des retouches hors de saison ; — 



— 151 — 

Judith abattant la tète d'Holofcrne , tableau superbe où le même maîtfe 
semble s'être surpassé. Cette toile coulirme, sous tous les rapports, la haute 
idée que la postérité s'est formée du taleut de cet artiste de géuie qui passe, 
avec raison, pour un des plus grands peintres de son époque. Il possède 
en effet une science profonde du clair-obscur dont il emploie les teintes, 
sans jamais tomber dans l'exagération tout en restant vigoureux et vrai. 
Ensuite, il a à lui son coloris qui, pour l'énergie des contrastes, n'est 
peut-èti-e comparable qu'à celui de Rembrandt ; — Saint Pierre marchant 
sur les flots, par Cigoli, œuvre éminent qui nous montre le talent expressif 
de cet artiste sous une phase nouvelle; — Moïse saiwé , toile de Giorgio 
Barbarelli où l'on retrouve ce coloris fort et brillant qu'il a su mettre en 
vigueur dans l'école vénitienne et dont son illustre élève, S&bastiano del 
Piombo s'est servi avec un si éclatant succès. ■ — La Madeleine de 
Dominicino; — L'Adam et Eve pleurant la mort d'Ahel, du Titien; — 
Y Immaculée Conception de Luca Giordano ; — Une Sainte Famille de 
Bronzino sont des toiles qui révèlent une supériorité réelle et qui valent aux 
maîtres qui les ont peintes un titre de plus à la vénération de la postérité. 
Quelque remarquables que soient cependant ces productions , l'éclat en 
est éclipsé par le fameux tableau de Michel-Ange qui représente les trois 
Parques et qu'on estime être le chef-d'œuvre le plus médité et le plus 
réussi de ce génie transcendant. Pvien en effet ne saurait donner une idée 
de l'audace de dessin et de la force d'expression qui caractérisent cette 
toile , exécutée d'ailleurs avec un fini parfait. Il est certain que des qua- 
lités si éminentes et qui ne sont telles que parce que , visant à des con- 
trastes suprêmes , elles produisent des ell'ets techniques que nul ou peu 
d'autres ont réussi à obtenir — il est certain , disons-nous, que ces qualités 
n'engendreront pas de production faite pour charmer la foule et pour être 
d'un bien agréable aspect. Aussi , les trois Parques de Buonarotti ne sont 
pas une œuvre du genre de celles qui captivent les regards et qui excitent, 
du premier coup d'œil, l'admiration du spectateur. Elle a cela de commun 
avec les ouvrages des esprits 'supérieurs qui rompent avec les traditions 
existantes et qui , armés de leurs études, de leur méditation , de leur 
pensée profonde , se fraient des voies nouvelles, à la conquête d'idées ou 
de choses qui étaient échappées jusqu'alors à des investigations vulgaires. 



— 152 — 

Les résultats de leurs travaux ne sont pas toujours compris et, ilaus 
j'iiifériorité où l'on se trouve vis-à-vis de leur grandeur , on se méprend 
souvent sur la valeur réelle de leur intelligence et on confond leurs 
qualités et leurs défauts. Sans appliquer cette observation au pied de h 
lettre à l'œuvre de Michel-Ange, nous en concluons que la critique s'est 
trompée en y trouvant des sujets à reproche là où, à tout bien prendre, il 
ne fallait qu'admirer 

Mentionnons encore les portraits de Paul Véronese, de Tînloretti , de 
Guido Reni, ouvrages éminents bien dignes de perpétuer la gloire des 
maîtres illustres au pinceau desquels ils sont dûs. 

L'École flamande y est représentée par les plus brillantes productions 
de ses plus célèbres artistes. C'est assez dire qu'elle l'est d'une nranière 
admirable et qu'en rivalisant , dans ce riche musée, avec ses nobleg émules, 
les chances de la lutte ne tournent pas toujours à l'avantage de ceux-ci. 
En effet , nous le répétons , on y retrouve Rubens , Van Dyck , Jordaens , 
Van Huysum , Rembrant, Ruysdael , Backhuyzen , Frans Franck, Brcugel, 
Susterman et tant d'autres artistes de premier ordre, dans ce qu'ils ont 
peint de plus beau , de plus parfait. Parmi les œuvres éminentes dont se 
compose cette superbe collection , nous citerons : Deux portniits par 
Antoine Van Dyck représentant, l'un, le Cardinal Bentivoglio ■ — l'autre 
le roi d'Anfjleterre Charles I"' et son épouse Henriette de France ; — deux 
toiles i'v^m'a.nt la. Sainte Famille ; un tableau représentant les sw7es (/e la 
guerre par Rubens , ainsi qu'un autre chef-d'œuvre du prince de l'École 
flamande où il a esquissé son portrait et celui de son frère Philippe, de 
Hugues de Groot et de notre fameux philologue Juste Lipse. Quant aux 
autres toiles, dignes des maîtres renommés qui en sont les auteurs, elles 
ont toujours concouru avec les œuvres des deux grands peintres que nous 
venons de citer, à assurer à cette brillante collection une supériorité qui , 
jusqu'à ce jour, ne s'est pas démentie. 

La journée touchait à sa fin lorsque nous quittâmes ces riches galeries , 
émerveillés de la beauté exceptionnelle des œuvres d'art que nous y avions 
passés en revue , et fatigués de Faltcntion constante que l'analyse con- 
sciencieuse nous en avait coûtée. Nous crûmes donc devoir interrompre , 
pour ce jour là , nos investig-ations studieuses à l'intérieur de cet admirable 



— 153 - 

palais et nous nous résolûmes à profiter pour le lendemain de l'autorisation 
que nous avions reçue de visiter en tlrlai! les somptuosités artistiques qu'il 
nous restait à y admirer encore. 



Veiniredi , 20 Mars. 

En dehors de sa magnifique galerie de tableaux , le palais Pitti possède 
une bibliothèque qui renferme 80,000 ouvrages imprimés et 1,500 
manuscrits — vastes trésors de la science qui s'y étalent aux regards dans 
une suite de salles, toutes également spacieuses et admirablement décorées. 
Le luxe qui embellit l'intérieur de ces appartements immenses, quelque 
splendide qu'il soit, s'éclipse cependant devant la somptuosité des reliures 
qui ornent tous les livres de cette remarquable collection. Et il n'y a rien 
d'étonnant à ce qu'il en soit ainsi, puisque le Grand-Duc régnant Léopold II 
consacre annuellement, à l'entretien de la bibliothèque, la somme considé- 
rable de 24,000 francs. 

Grâce à la permission spéciale qui nous en avait été donnée, nous fûmes 
à même de visiter cette collection dans toutes ses parties et de reconnaître 
ainsi toute la justesse des pompeux éloges qui nous en avaient été faits. 
Parmi les ouvrages imprimés, on y rencontre : des éditions de tous les 
classiques grecs et latins; — une collection complète des Yariorum éditée 
en trois formats diflerents, ainsi qu'une autre édition du même ouvrage 
publiée ad usuin Delphini ; — la collection entière et intacte de tous les 
Elzevirs existants : ensemble bibliographique d'une rareté unique et d'une 
immense richesse ; — ■ tous les ouvrages publiés par les membres de la célèbre 
Académie Délia Cinisca; — un choix exquis et complet des éditions les 
plus remarquables de tout ce qu'il s'est jamais publié de livres sur la 
topographie de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique; — une série innom- 
brable d'œuvres précieuses tant au point de vue de leur importance technique 
qu'à celui de leur exécution matérielle et traitant, dans la plupart des 
langues connues , de tout ce qui fait l'objet de la science humaine. Nous y 
avons admiré aussi une foule d'ouvrages qui , écrits dans l'idiome itealien , 
datent tous du XV'' siècle et forment un ensemble d'une con--idérable 



— 151. — 

valeur. Parmi ces antiques éditions il s'en trouve ilont il n'existe (|n nu 
seul exemplaire et (jui, comme produits typoi^raplii(|ues, se distinguent 
par la lieauté hors-ligne de leur exécution vraiment monumentale. 

Au nombre des manuscrits qui tous sont écrits en italien et possèdent 
une importance archéologique irrécusable, nous avons remarqué : Un petit 
livret en parchemin, composé de cent et une pages, qui a appartenu à 
Torquato Tasso et dont le chantre de la Gerusaicmme libernta a paru se 
servir jadis comme d'un mémorandum où il annotait ses inspirations et ses 
vers. Nous l'avons feuilleté et nous avons trouvé bien authentiquenieiit 
écrites de sa main, quelques pièces de poésie, des stances, des quatrains, 
des sonnets. Toutes ces compositions portent les traces d'un travail soigne 
et consciencieux , à en juger par les innombrables ratures qu'on y remarque 
et qui tourmentent les phrases au point de les rendre illisibles à l'œil le 
mieux exercé. Tel sonnet de l'illustre poète s'y trouve recopié jusqu'à trois 
fois ; tel autre, parlant sur le même sujet, a été travaillé de quatre manières 
ditférentes ; — les manuscrits de Marchiavel qui y sont déposés dans six 
boîtes confectionnées en forme d'in-folios. Ces documents se composent du 
texte manuscrit de ses ouvrages, de sa correspondance intime, de ses 
rédactions diplomatiques; — quinze volumes in folio renfermant, outre les 
manuscrits de Galilée, la collection, certes, fort intéressante de tout ce 
qu'il s'est jamais pul)lié, pendant la vie de ce grand homme, d'écrits hostiles 
à ses systèmes — écrits dont la j)lupart portent en marge des notes justifi- 
catives tracées de sa main. Toutes les rédactions de Galilée sont iaites avec 
beaucoup d'aisance et ne sont pas dépourvues de style. La lettre coulée en 
est claire, limpide, de facile lecture, et elle contraste singulièrement avec 
l'aspect presque indéchiffrable de l'écriture grêle et menue de Marchiavel 
et des manuscrites de Torquato, dont la lettre massive et d'ailleurs bien 
formée s'embrouille dans les variantes ou disparaît sous les raturée ; — 
deux lettres de Lorenzo di Medicis, les œuvres de Benvenuto Cellini, et un 
roman du moyen-âge, écrit en prose italienne et illustré sur chacune de 
ses pages, de fort beaux dessins faits à la plume En dehors de ces ma- 
nuscrits précieux, cette riche collection renferme une foule d'autres docu- 
ments de la plus haute importance prov(!nant des archives de l'ancienne 
républi(iue floreiiline. 



— 155 — 

Après avoir visité celte remar([iiabie bibliothèque, nous lYirnes introduits 
ilans le musée des ciselures — ^ vastes salles d'exposition éblouissantes d'or, 
d'argent, de pierreries , où le génie combiné de Benvenuto Cellini, de 
Jean de Bologne et de leurs plus illustres élèves a opéré des prodiges. 
Parmi les objets d'art précieux qui s'y trouvent étalés , nous avons admiré : 
Un grand plat d'argent et une aiguière du même métal , ciselés par 
Cellini et représentant VEnlèvemeni de Proserpine ; — une statue de Saint 
Jean , exécutée en or massif par Giovanni di Bologna ; — cinquante-quatre 
plats en vermeil ornés de ciselures et de bas-reliefs , et confectionnés 
par Benvenuto Cellini et ses élèves ; — quatre bocaux en or incrustés en 
émail et montés en pierreries : travail admirable de délicatesse et de 
goût que le ciseleur précité exécuta par ordre de Cosme I'' ; — des calices , 
àes crucifix, des ostensoirs , datant du treizième, du quatorzième et du 
quinzième siècle; — un calvaire en bronze représentant le crucifiement 
du Sauveur, chef-d'œuvre du ciseau de Jean de Bologne qui s'y est 
surpassé en modelant la sublime figure de l'Honime-Dieu élevé sur la 
Croix ; — un ijrand plat en lapislazzuli aux rebords ornés de perles 
fines; — une érection en croix , chef-d'œuvre de statuaire à proportions 
réduites, dont il nous est impossible de décrire les admirables détails. 
Le Sauveur, la sainte Vierge et saint Jean 'y sont représentés par des 
statuettes en porphyre. Au pied du Calvaire, le ciseau du sculpteur a 
évoqué les différents épisodes de la Passion en figurines taillées dans le 
corail avec une perfection étonnante. Toutes ces images sont rehaussées 
de topazes, d'agathes, de jaspe égyptien, des perles les plus fines , des 
pierres les plus précieuses. Au milieu de la pièce se dresse une statuette , 
représentant la Mère aux sept douleurs. Cette figure, sculptée dans le 
corail, est d'un travail incroyable de délicatesse et de fini ; — l'Enfant Jésus, 
taillé en marbre calcédonien et reposant dans une crèche sculptée en 
cristal de roche; — une collection de deux cent soixante-dix médailles 
sur lesquelles sont peints en miniature les portraits de tous les membres 
de la famille des Médicis et des grands hommes qui en furent les contem- 
porains ; — un groupe composé d'une statuette en marbre blanc repré- 
sentant saint Sébastien lié à un arbre sculpté dans le corail : superbe 
production due au ciseau de Michel-Ange qui nous y révèle une nouvelle 



— 13G — 

aptitude (le son universel v^î'me; — deux vafies en argent, à décors ciselés, 
représentant la puissance de l'empire autrichien et qui lurent exécutés 
à Buda, en 1700. 

Dans les dépendances du palais Pitti se ti'ouve un jardin qu'on connaît 
à Florence sous la dénoniiualion de Uoholi , et qui, à des jours déterminés, 
y est ouvert au public. Ce beau parc présente des endroits de promenade 
fort agréables et l'arrangement en fait honneur à l'iiabileté de l'architecte 
Buontalenti sur les dessins duquel il fut disposé et embelli. Les perspectives 
y sont en effet ménagées d'une manière très pittoiesques et l'artiste a 
tiré un parti très-sage des ondulations qu'y piésente le terrain, pour 
rompre l'uniformité des alignements et pour faire surgir, dans les profondeurs 
des taillis, les charmantes surprises de la décoration agreste. Mais ce qui 
ajoute surtout aux attraits de cette pittoresque enceinte, c'est la présence 
des citronniers, des cèdres, des lauriers, de cette vègétatioiT qui ne 
s'acclimate que sous le ciel des contrées méi'idionales et dont le feuillage 
toujours vert a le doux privilège d'évoquer les charmes de l'été dans la 
morne tristesse de la saison des frimats. De distance en distance, l'œil du 
promeneur voit surgir dans les massifs touffus des ornements de sculpture 
du meilleur effet. Les statues qui s'y trouvent datent d'une époque où 
l'art était en décadence et, si elles ne proclament pas hautement les 
mérites des artistes qui en furent les auteurs, elles concourent du moins, 
d'une manière satisfaisante , à embellir ce séjour champêtre où leur seul 
aspect fait naître la grâce et la variété. Parmi ces statues, il y en a cependant 
au sujet desquelles nous ferons nos réserves et qui, en contribuant à 
l'ornementation du jardin, le font d'une manière grandiose et digne de l'ai't 
dont elles sont les chefs-d'amvre. Ces statues sont : Un A^ep/îme surgissant 
au milieu d'un bassin , par Naceroni ; — Apollon et Cércs , parBardinelli; 
■ — un groupe colossal de Jean de Bologne représentant le Ganije ,\eMI , et 
VE II pli ni II' et réputé un des plus beaux ouvrages de ce grand et fécoiul 
artiste — ainsi que les deux stulucs que Michel-Ange avait sculptées pour 
le tombeau du Pap(^ .Iules 11 et dont nous avons déjà parlé. 

Des bailleurs de ce jardin le spectaliîur jouit d'un beau coup-d'aMl. 
Knfouie dans la plaine, au milieu de ses bocages et de ses vergers, entouiée 
de sa chaîne de montagnes aux lianes arrondis et boisés, la ville de 



— 157 — 

Florence est là , étendant au loin les charmes de son panorama et fesant 
détacher les faîtes de ses églises et de ses palais sur le bleu si pur de l'Italie* 
Au pied de la colline, YArno déroule ses ondes qui , en serpentant vers le 
fond du paysage , vont se perdre dans les forêts lointaines , pendant que le 
palais Pitti se dressant dans le voisinage apparaît, au milieu de cette 
soUitude, dans toute la majesté de son aspect austère et de sa gigantesque 
grandeur. 



25 XYI 12 



EXTUAIT DES IMiOCES-VEUBAUX 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE- 



L'empereur du Brésil, le roi de Bavière et le grand-duc de Hesse — 
auxquels l'Académie continue à faire hommage de ses travaux , , — la 
remercient de ses dernières publications, que ces souverains ont daigné 
agréer avec beaucoup de bienveillance. 

— • MM. Huytens et le professeur Ed. Maertens, nommés récemment 
membres effectifs, remercient l'Académie pour leur admission. 

— MM. de Assas et de Goicoechea, de l'Académie royale d'histoire 
d'Espagne, remercient pour leur admission comme membres correspondants. 

— L'Académie royale des sciences, lettres et beaux-arts de Belgique 
adresse à l'Académie son programme de concours pour 1860. 

— La société royale d'horticulture des Pays-Bas fait parvenir son 
programme de sa vingtième exposition, qui aura lieu à Rotterdam du 13 
au 16 avril 1860. 

— La société française d'archéologie pour la conservation et la descrip- 
tion des monuments invite l'Académie d'assister an congrès archéologique 
— 26^ session — qu'elle tiendra à Strasbourg, le 22 août 1859. 

— M. le comte de Kerckhove , président de l'Académie, annonce la 
mort de l'illustre prince de Metternich, membre honoraire, décédé le 
11 juin dernier à son hôtel à Vienne. 

Voici quelques détails biographiques sur cet homme si justement célèbre : 



— 159 — 

Le prince Clément-Winceslas-Lothaire de Metternicli-Winnebourg, 
duc de Portella , comte de Koeniriiîswart , etc. , etc. , grand d'Espagne de 
première classe , conseiller intime actuel et chambellan, était né le 15 mai 
1775, à Coblentz. Sa famille était originaire du bord du Rhin, dans le 
pays de Juliers. Le père du prince, comte Georges de Metternich, était né 
à Coblentz, en 17-46. Il fut longtemps envoyé extraordinaire près les cours 
électorales du Rhin , fut nommé commissaire pour le couronnement de 
l'empereur Léopold II, en 1790; en 1791, il devint ministre dirigeant 
dans les Pays-Ras , sous le duc Albert de Saxe-Teschen et l'archiduchesse 
Christine. Au congrès de Rastadt, il était le principal commissaire autri- 
chien , et en 1810, il remplaça momentanément son fils comme ministre 
des affaires étrangères d'Autriche. Il mourut le 11 août 1848. 

Le prince Clément entra, à l'âge de 15 ans , à l'université de Strasbourg, 
dirigée alors par le célèbre publiciste de Kock. 11 se trouva sur les bancs de 
l'université avec un jeune homme devenu depuis célèbre, Benjamin 
Constant. Une certaine intimité unit les deux jeunes élèves. Après avoir 
achevé ses études, le comte, devenu prince de Metternich, entra à 21 ans 
dans la diplomatie comme secrétaire au congrès de Rastadt ; il accompagna 
ensuite le comte de Stadion dans ses missions à Berlin et en Russie et fut 
nommé en 1800 ambassadeur à Paris; il eut de grands succès dans le 
monde par ses manières élégantes, ses immenses connaissances, son esprit 
vif et délicat, sa parole facile. Il était bien vu à la cour des Tuileries. 

La guerre déclarée par l'Autriche à la Bavière lorsque Napoléon 
était occupé de l'expédition d'Espagne changea contre lui les dispositions 
de Bonaparte. M. de Metternich reçut l'ordre de quitter la France. Un 
capitaine de gendarmerie accompagna la chaise de poste de l'ambassadeur 
jusqu'à la frontière. Après la bataille de Wagram, le comte de Stadion, qui 
jusqu'alors avait dirigé les affaires sous l'influence du système anglais , 
dut se retirer du cabinet. L'empereur François le remplaça au poste de 
ministre des affaires étrangères par le comte de Metternich, qui fut envoyé 
comme plénipîitentiaii'e ainsi que le comte de Bubna, partisan de la paix, 
auprès de Napoléon. Le résultat des conférences fut le traité de Vienne de 
1809. M. de Metternich prit , à la suite de ce traité, le titre de chancelier 
d état et la direction de$ affaires étrangères. 



— 160 — 

L'union — niallieureuse sous plus d'un rapport — de rarcliiduchesse Ma- 
rie Louise a\ec Napoléon l'ut préparée et accomplie par les soins du prince de 
Metternich. Après la campagne de Russie et les batailles de Lutzen et de 
Bautzen, M. de Metternich se présenta comme médiateur armé et prépara 
l'armistice de Plesswitz définitivement réglé à Neumark. 11 se rendit à 
Dresde auprès de Napoléon pour répondre aux ouvertures qui avaient été 
faites à l'Autriche. Là eut lieu la célèbre entrevue si connue dans 
le monde. Après l'insuccès des conférence s de Prague, M. de Metternich 
annonça que l'Autriche s'unissait à la coalition. Au congrès de Vienne, en 
i814, M. de Metternich exerça une influence marquée. Il avait alors 41 ans. 
Depuis cette époque jusqu'en 18i8, M. de Metternich dirigea exclusivement 
la politique de l'Autriche. 

En 184-8 il quitta Vienne lors de l'insurrection et se réfugia en Angleterre, 
qu'il quitta bientôt après pour Bruxelles, où il passa quel(|ues mois; il 
occupait l'hôtel de M. de Bcriot, rue de l'Observatoire, à St-Josse-ten- 
Noode. Pendant le ministère du prince de Schwaitzenberg, le prince de 
Metternich retourna en Autriche, où il a continuellement résidé jusqu'à sa 
mort. Il s'était marié en 1795 à la princesse de Kaunitz, qu'il perdit en 
18!25; il épousa, en 18:27, la jeune comtesse de Beilstein, qui mourut en 
1829. En 1830 il se remaria à la comtesse de Zichy-Ferraris, qui mourut 
en 1854. Il laisse trois fils et quatre filles. Le prince Piichard, fils aîné du 
deuxième lit, après avoir été secrétaire de légation, est aujourd'hui eiivové 
extraordinaire et ministre plénipotentiaire près les cours de Saxe royale 
et ducale. 

M. de Metternich a été comblé de dignités et de faveurs par les souve- 
rains. Affable dans la vie privée, il aimait à se reposer des fatigues de son 
vaste ministère dans des conversations qui étaient encore des éludes, parce 
qu'il écoutait; il était avide de tout connaître, de tout savoir et de tout 
lire. Quand le chancelier avait devant lui un esprit médiocre, sa conversa- 
tion se transformait en plaisanteries, en calembours, en mystifications ; il 
excellait surtout dans l'art de donner le change sur ses projets réels. En 
face d'une habileté aussi haute que la sienne, il se tenait sur ses gardes, 
échangeait sa supériorité. 

Il est resté ministre tout-puissant pendant Ircutc-iieiir ans. 11 était un 



— 161 — 

des plus grands diplomates du siècle et un savant distingué. L'Académie 
impériale des sciences de Vienne et plusieurs autres compagnies scientifiques 
le comptaient parmi leurs membres. 



— L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de ses Annales, les 
envois suivants : 

i. De la Société Archéologique de l'Orléanais, les n°* 31 et 32 de son 
Bulletin. — Année 1858. 

2. De la Société scientifique et littéraire duLimbourg, la \^^^ livraison 
du tome IV de son Bulletin. 

3. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les n°* 8 et 9 du 
tome II de son Bulletin. 

4. De la direction du journal Belge de l'Architecture, la 2^ livraison 
de la 8^ année. 

5. De M. l'Abbé Corblet, membre correspondant à Amiens, les n"-' 6 
et 7 — juin et juillet 1859 — de sa Bévue de l'art chrétien. 

6. Du même une Notice intitulée : A-t-on réservé le précieux sang dans les 
siècles primitifs et au moyen-âge. — Extrait de la Bévue de l'art chrétien. — 

7. De la Rédaction du journal de l'Imprimerie et de la librairie en 
Belgique, les n»' 4 et 5 de 1859. 

8. De la Société des arts et sciences du Brabant septentrional, ses 
Mémoires de l'année 1858. 

9. De MM. H. Q. Janssen et J. H. Van Dale, membres correspondants, 
les 1*^, 2*^, 3"^ et 4° livraisons de 1858 de leur recueil intitulé : Bydragen 
voor de oudheidkimde en geschiedenis , etc. 

10. De la Société archéologique de Naniur, la 1^ livraison du tome VI 
de ses Annales. 

11. De la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, le 
cahier de juillet 1859 de son Journal. 

12. De la Société historique de la Basse-Bavière, les 1^ et2<' livraisons 
du Vl*^ volume de ses Mémoires. 

13. De rAcadéniie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de 
Belgique, les n"^ 5 et (i du Tome 7 de 1859 de ses Bulletins. 



— IG'Z — 

1-4. De la Société impériale archéologi(|iie du midi de la France , la 
5« livraison du Tome VII de ses Mémoires. 

15. De M. le chevalier du Vivier de Streel , curé de St-Jean à Liège , 
membre correspondant , sa brochure intitulée : Quelques données antiques 
sur le quartier de l'Ile de la ville de Liège. 

16. De M. le docteur Janssen , conservateur du musée d'antiquités de 
Leyde, membre correspondant, deux Notices en Hollandais, l'une sur les 
inscriptions étrusques, et l'autre sur la collection d'autographes de feu 
Henri Cainiegieter. 

17. De M. le président de l'Académie , la carte du théâtre de la guerre 
d'Italie. 

18. De M. J. Van der Maelen , une Notice intitulée : Essai sur les 
armoiries des souverains et Etals de V Europe, expliquées par les «traditions 
légendaires et historiques. ■ — • Extrait d'un recueil périodique. 

49. Du bibliophile belge, le l]'' cahier — juillet 1859 — de son Bulletin. 

20. Du Pi. Père Terwecoren , plusieurs nouvelles livi'aisons de son 
recueil intitulé : Collection de précis historiques. 

21. De M. Angillis, pharmacien à Ypres, sa Dissertation sur le sang de 
bœuf. 

22. Du même, son Mémoire sur les fleurs du Braijera Anthelmintica. 

23. Du comité flamand de P'rance, le n" 15 — mai et juin 1859 — de 
son Bulletin. 

24. De la direction du recueil intitulé : thc Atlantis, publié par des 
membres de l'université d'Irlande, le n° IV. — Juillet 1859. 

25. L'Académie reçoit les quatre premières feuilles du tome I*^ du 
Bulletin de la société paléontologique de Belgique, fondée à Anvers, le l'''" 
mai 1858, et qui, établie sous la direction d'hommes de mérite et remplis 
de zèle, ne peut manquer d'atteindre son noble but. V.clU) nouvelle com- 
pagnie savante a pour président M. le docteur A. llytteiiioeven, chirurgien 
en cbefde l'hôpitiil civil d'Anvers, cl pituisccièliiirc i\l. Iv de Wael. 



SUITF, AU TABLEAU CKNERAL 



MEMBRES DE L'ACADÉMIE, 



CONTENU AU TOME XV® DES ANNALES. 



Iflembre eflectif t 

MAERTENS (Edouard), docteur en philosophie et lettres, professeur à l'Athénée 
royal d'Anvers, etc. 

Jfleiiibre correspondant : 

BOUCHER DE CRÈVECŒUR DE PERTHES (Jaques), président de la Société 
impériale d'émulation d'Abbeville , chevalier de Malte et de la Légion 
d'honneur, membre de la société des antiquaires du Nord, d'archéologie 
d'Angleterre, de numismatique de Londres, de géologie de Vienne (Au- 
triche) et des georgofiles de Florence, etc. 



DE L'INFLUENCE DE LA RELIGION 



L'EMPLOI DES MAINS, 



P. LANSENS, 

Meinbri^ lorrc^poiiflant de l'Académip. 

» La religion des anciens Gaulois est la partie 
» de notre histoire la plus ignorée et peut-être 
» la plus importante et la plus curieuse. » 

LK R. P. DoM'", Religien.r Bé7iédictin 
de la congrégation de St-Matu: 

Pendant que les hommes étaient encore dans les langes de la barbarie, 
ils reconnaissaient déjà l'existence d'un Être invisible, immense et créateur 
de l'univers, qui n'est susceptible d'aucune figure et qui ne peut être 
enfermé dans aucun lieu. Ils tombèrent h genoux et adorèrent partout ce grand 
Être. Or, ce culte rendu à l'Être créateur et conservateur de toutes choses, 
était trop sublime, trop abstrait pour faire naître une idée de la divinité 
dans la faible conception des masses. Les plus ingénieux voulant rendre 
leur sublime doctrine plus intuitive personnifièrent symboliquement cet 
Être; ils Lui prêtèrent différents attributs qu'ils représentèrent aussi 
allégoriquement aux sens, et qui devenaient ainsi les objets d'un culte 
public. Ceux qui le dirigeaient, fixèrent certains dogmes et une morale en 
action en rapport avec eux. Ces différentes divinités eurent bientôt des 
prêtres, qui leur offrirent des sacrifices et qui furent les dépositaires de la 
doctrine. Ils faisaient une théologie, où ils distinguèrent les actions des 
hommes en bonnes ou mauvaises. Dès lors il n'y avait plus d'œuvres indif- 
férentes; pas même la main qui doit agir pour faire les actions. Les 

23 XVI 15 



— 160 — 

dootriii'^ fie rctte moiale païenne avaient de Inmne lienre indiqué le côté de 
dignité de riionime, et la main dont les sacrilieateurs devaient se servir 
dans l'exereice de leurs fonctions religieuses. La théologie des adorateurs 
des mythes Scandinaves avait adopté la main fianche pour faire les oiTrandes 
et agir dans les sacrifices ; c'était la main de dignité, la seule propre ;\ faire 
une œuvre méritoire devant les divinités adorées. L'emploi de cette main 
entra avec la civilisation religieuse dans la vie civile. 

La connaissance des dogmes de nos ancêtres, les objets de leur culte, la 
nature de leurs offrandes, les circonstances des sacrifices, les descriptions 
des cérémonies religieuses, leurs superstitions, les mœurs et les usages 
de ces générations passées ne sont certainement pas sans intérêt pour nous. 

Toutefois nos savants négligent un peu la recherche de cette antiquité 
morale, dont on retrouve encore des débris mutilés dans lés mo'urs du 
bas peuple. Ils préfèrent se livrer avec zèle et ardeur à la recherche des 
antiquités physiques qui frappent les sens ; les uns se plaisent à faire la 
description de nos anciens édifices publics : tels que les basiliques et les 
hôtels de ville ; d'autres pul)lient des chartes de franchises de nos com- 
munes; d'autres encore s'occupent de l'explication des pierres tuniulaires 
et à fouiller les tumulus, tant romains que germaniques dans le but d'y 
trouver des antiquités, dignes d'occuper leur sagace connaissance ; d'autres 
enfin recherchent avec grande avidité d anciennes médailles. Certes, tous 
ces savants laborieux paient un gros tribut à l'histoire générale du pays : 
car tous ces restes précieux sont aussi des témoins irrécusables du senti- 
ment religieux, du génie, de la civili; alion et de la richesse de nos ancêtres. 
Malgré toutes leurs investigations, des monuments immatériels assez 
majestueux échappent à la vue pénétrante de ces écrivains. Opendant le 
temps avec son niarlean destructeur les frappe à coups redoublés, et encore 
quelques coups ils pourrcnit disparaître à jamais! 

Inquiété des menaces de l'inexorable temps, nous avons nons-nu'mes sauvé 
queliiiies fragments des monuments moraux de sa faulx. Nous nous propo- 
sons maintenant de percer le voile qui couvre l'origine de l'autiiiue usage de 
nous servir <!(• la main di'oite, dans nos actions pieuses et. dans celles de la 
vie civile. Mai^ avant de démontrer et de développer cette antiquité, nous 
clov(.lîl^ ayir lationnenenieiit cii l'ai aiil voirfiiie le>< idelàlre<, nos ancêtres, 



— IGT — 

se servaient dans toutes les circonstances solennelles de la main gauche. 
Voilà ce que nous tâcherons de démontrer par les anciennes sagas, qui 
font la description des sacrifices ; par les solennités religieuses ; par la 
pratique de la médecine , exercée par les prêtres et par les devins , 
ainsi que par des statues. Le développement de cette démonstration fera 
la première partie de cet écrit. 



L EMPLOI DE LA MAIN GAUCHE. 

L'on sait que les anciens habitants d'une grande région de l'Europe, 
adoraient autrefois Odin ou Esits. Ces deux divinités imaginées leur 
tenaient lieu de Mither ou Milhras, * divinité des orientaux, que les 
disciples de Zoroastre '■^ considéraient comme le créateur et le conservateur 
de toutes choses. Les Perses le tenaient pour le dieu suprême qui 
commande à un grand nombre de Mythes inférieurs. 

Le soleil était son eiubléme et le feu son image. Le caillou et le briquet 
étaient aussi déifiés, parce qu'ils servent à se procurer du feu. 

Ce culte, tel qu'il était en Orient, ne resta pas toujours dans son unité 
primitive ; en émigrant , il se partagea bientôt en plusieurs branches dont 
les rits étaient différents, et dont les idoles, objets d'adoration, avaient 

' Mithri ou MHhir est un mot persan qui veut dire dans l'antique langue des Perses, 
Roi de toutes choses (Saliger, Emendat. Temp., iib. 6, pag. 588) Invictus est un 
épithittim qu'on lui attribuait. 

* Ar'.iSTOTE fait dériver ce nom de Zdcos, pur, et de Astron, astre. D'autres donnent à 
ce nom la signifiation d'astre vivant. Il obtint ce nom, parce que ses sectateurs le crurent 
enlevé tout vivant au ciel , et mis au rang des dieux. Une tradition assez singulière sur 
ce patriarche des magiciens semblerait assigner une antiquité très-reculée à la découverte 
de l'électricité. Zoroastre était, dit-on, fort adonné à la contemplation des astres, dont 
la magie lui avait appris à faire jaillir des étincelles. Enfin une de ces étincelles, dirigée 
par le démon tomba sur lui et le consuma. On sait que des savants modernes ont eu le 
même sort , sans que le diable s'en soit mêlé. 



— 168 — 

d'autres dénominations; mais \e Ibnd. restait le même : les mythes Scandina- 
ves, que les Belges septentrionauxadoraient et les idoles des Druides, adora- 
teurs d'Esus, restaient absolument sur le même piédestal. Le principe de 
l'un et de l'autre culte était le calorique, représenté parlesoleil,^ qui anime 
les trois règnes de la nature. Cet astre était adoré par les Scandinaves sous 
le nom à'Odm (tUoîlûlî) , l'un de leurs rois, qu'ils représentèrent aux 
sens par un guerrier couronné. On lui avait donné la terre , sous la 
dénomination de Frigga , pour épouse. De cette union allégorique naît 
le fluide électrique , que l'on avait personnifié par une idole nommée 
Thor ; divinité qu'on faisait présider aux orages et diriger le tonnerre 2. 
Ce mythe avait un marteau (illiôlncr), comme emblème de sa puissance. 

Voilà la sainte trilogie du culte d'0(/r/(, introduit en Belgique par des 
colons saxons , teutons et Scandinaves 5. Ces divinités en enfantfii^ent un 
grand nombre d'autres et établirent ainsi le polythéisme en cette contrée. 

Odin et les divinités lui subordonnées étaient adorés dans des vastes forêts 
in castum nemiis, dit Tacite, lieux appelés dans la langue de nos ancêtres 
Ijjûroou j^fûrno. Là, ils avaient des sanctuaires tUîl)l)U0 d'une forme 
ronde, ombragés de quelques gros chênes (Cuttîl), arbres consacrés à 
0dm. Ce lieu sacré était dans un cercle ceint d'un large fossé ou d'une 
haie vive. Dans ce lieu, spécialement dédié à l'une ou l'autre divinité, 
était, du côté de l'est, un autel. Cet autel était de pierre, soit carré 
parfait, soit carré long, sur lequel les symboles de la divinité qu'on y 
adorait étaient grossièrement gravés. Il était creux par en haut pour 
recevoir le sang des victimes. Assez prés de l'autel se trouvait une 
lampe, image du soleil, des briquets et des cailloux '*, une table 

' Quelques savants prétendent que le soleil a été aJoré dans une grande partie de 
l'Europe. Ils fondent leur opinion sur la racine qui se trouve dans le mot qui exprime 
la même idée dans les langues des régions où cet astre aurait été un objet de culte. 

En effet, la racine du mot soleil se montre en latin dans le mot ml; en allemand, en 
hollandais et en flamand dans celui de wn ; l'astre du joiu' s'a[)pelle en danois sole ou 
soele ; en pollonais slonce ; m dalmaticn et bohémien sliiiice. 

* Le tonnerre s'appelle encore en langue suédoise 'SIjoràûii. 

' Voir ma Colonisatioti des Flandres, publié'c dans les Annales de l'Académie d'Archéo- 
logie de Belgique (1830.) 

* Les adorateurs A'Odin et A'PJsus entreiriiaicnt un feu éternel (Pcrpetiii ignés) dans 
Jeurs sanctuaires, (Polv, Ilist. solin., cap. "I"!). 



— 169 — 

pour déposer les offrandes, l'acerra contenant toutes sortes d'aromates, les in- 
struments servant à égorger les victimes {secespita) et un chaudron qui con- 
tenait l'eau lustrale, avec laquelle on aspergeait ceux qui prirent part aux sa- 
crifices. On employa ensuite ce vase sacré pour faire bouillir une partie 
des victimes. Les offrandes consistaient ordinairement en des chevaux, du 
bétail (i^û); des gâteaux, des boissons, mais surtout de l'hydromel *. 

Les sacrifices des païens, nos ancêtres, étaient de trois sortes; savoir : 
1° pour rendre grâce aux immortels pour des bienfaits reçus; 2° les 
expiatoires, et 3° pour demander quelques faveurs h Odin ou à d'autres 
divinités. Il y avait dans l'enceinte sacrée vers l'Occident des bancs circu- 
laires destinés à ceux qui venaient faire des offrandes, ou simplement 
pour assister aux sacrifices 2. 

Les hommes y étaient séparés des femmes : les premiers se trouvaient, 
comme les plus dignes , du côté gauche de l'idole représentée sur l'autel , 
et le beau sexe occupa le côté droit du iUtl)l)Ud. 

Le sacrificateur (Ipluûôtrort,) les victimaires (jBloîimûn) et les autres 
personnes consacrées au service des immortels , ainsi que le peuple assistant 
aux sacrifices devaient avoir la figure tournée vers l'est. Cette position 
était prescrite par la liturgie du culte à'Odin ^, parce que, ainsi placé, on 
avait devant soi le soleil levant, considéré comme étant l'unité à laquelle 
toutes les autres divinités se rapportaient ■*, et la main gauche indiquait 
le point septentrional ou le pôle arctique , que les idolâtres vénéraient 
beaucoup ; parce qu'il paraît toujours aux habitants de notre zone ^. Les 
astronomes ou devins soutenaient qu'ils devaient se placer de cette manière 
pour prendre les augures ^ et agir de la main gauche. 

Placé avec la figure vers l'est, ou le point où le soleil paraît se lever, la 
main gauche indiquait la patrie à'Odin, qui était en très-grande vénération 



' La saga d'Ynglinga, G. 41. 
- Heimskringla, g. 16 et n. 
' Heimskringla, G. 16 et 17. 
* Saga de Gunnlaiig Ormstunga. 
' Denis d'Halic, I. 2, C. 2. 

^ Lœva prospéra esthnuntiir, qnoniani lœva parle inundi ortus est. Pi.iN. 1. "2, G. 54, 
Varron , GicÉRON , Festls ot piiisieuis antres anciens disent la même chose. 



— 170 — 

parmi ses adorateurs. Cette main indicatrire de la contrée de prédilection, 
de terre piétciidiie sainte, était la main de dii^iiité, la seule dont on piU 
se servir pour déposeï' les offrandes, pour é;;orger les victimes dan> les 
sacrifices, ainsi que dans les sciences prétendues divines et dans toules les 
œuvres qui se rapportaient au culte rendu aux divinités Scandinaves '. 

Quand le moment solennel de faire un sacrifice annuel ou circonstanciel 
était venu, le sacrificateur, vêtu de salont^ue robe blanche, rayée de pourpre, 
de soi te que les raies allaient successivement de part et d'autre ^ ; les 
devins et arusiiices, à peu près dans le inèine costume; les victimaires et 
ses aides, nus an-de.-sus de la ceinture, ainsi que les vierges au bouclier, 
consacrées à Odin (ôkolîUllor) "' parées de leur robe de fi'te, parurent à 
l'autel. Lescouteaux, les cuillères et tous les ustensiles desacrificebrillentaux 
yeux , on dépose les offrandes sur le trépied , les victimes sont emmenées ; 
les chevaux hennissent, les taureaux beuglent, les vaches mugissent et 
les agneaux bêlent; ces cris, tantôt alternatifs, tantôt mêlés, font retentir 
le iUil)l)Uô. 

Fendant que ce bruit se fait entendre au loin , le sacrificateur asperge 
le peuple, qui reste tout armé'*' sur les bancs qui lui sont destinés. 
L'officiant de retour devant l'autel fait un toar h gauche , ainsi que les 
antres personnes consacrées au service des dieux, pour montrer leur im- 
mense puissance. Ensuite il murmure une courte prière pour invoquer Odin 
ou une autre divinité. Le peuple est revêtu de son meilleur Mastruca ^, 
dans un rccucilleinent pieux, il fait aussi un tour également à gauche^: 
après cet acte de dévotion , les uns suivent de leurs yeux les actions 
du prêtre et des devins; les autres regardent les victimes avec compas- 
sion et d'autres encore désirent le commencement du banquet saint. 

Cette invocation terminée, le victimaire se saisit des instruments sacrés 

' T.U-.ITK (6). 

* In modum organi ulrinque descrescentibus virgulis purpureis. Scliol. Juvena. 

' Ces vi(;rges ne pouvaient se marier ; il était dangereux de les aimer ou d'en être 
aimé. (Voyez les Citants sur Sigur et Brijnitild.) 

* Mel.\, 1. 3. 

° Vcslis (jennana ex pelliculis feiaiurn : qui eu induuntur (juasi in ferarum 
kahiium tiansformanlur. (Orig. I. 19. C. 23). 

° Lif.Ai.N dit l'xpliciteniciit : IJ vos barharicos ritus moremqne sivistrum , etr. 



— 171 — 

et il frappe les innocentes victimes; le sang en coule en ruisselant dans 
le bassin de l'autel; les devins observent l'écoulement du sang et les 
mouvements des victimes égorgées, et ils en tirent des augures. 

Lorsque le victimaire et ses aides ont respectueusement démembré les 
victimes, le sacrificateur asperge de leur sang les figures des idoles et 
tout le peuple *. Ensuite le prêtre officiant, précédé de devins et de bardes 
qui entonnent des cantiques pour chanter l'immense puissance à'Odin , va 
asperger les miîis extérieurs du tUillluiS du sang des victimes immolées'^. 
Le peuple sort confusément du temple pour le suivre dans cet acte de 
religion. On commence cette procession à gauche , et de cette manière on 
a pendant toute la tournée, la route que le soleil paraît parcourir à sa main 
gauche, considérée comme la plus digne. 

Pendant que ce cortège religieux avance lentement, les cuisiniers 
attachés au service du U3il)!)U6 font bouillir une partie de la chair des 
victimes ^. L'odeur sortant du chaudron saint se répand au loin, caresse 
les organes de l'odorat et fait naître l'appétit. Quand la procession est rentrée 
dans le temple , le prêtre officiant mêle un peu de sang des victimes dans la 
boisson destinée pour le banquet saint '* ; il la bénit, ainsi que les autres 
mets, avec le marteau de Thor; car il était sévèrement défendu de tou- 
cher à rien avant que cette grande action fût accomplie ^. Cette 
bénédiction étant faite, le peuple se dispose pour le banquet saint, sur 
des bancs qui sont à l'entour des murs, le sacrificateur sert des gâteaux 
et du bouilli qui viennent d'être touchés du marteau saint, sous l'invocation 
d'0di7i 6 ; les cornes se remplissent de la boisson sainte ; la première est 
vidée avec grand respecta l'honneur àVdin (ODtIjînôfuU), pour le bonheur 
du pays ; la seconde est bue à l'honneur de Thor et de Frigga (%\]OXBÏll[[), 
pour la paix et la fertilité de la contrée, et enfin, on boit une troisième 
corne pour obtenir la valeur des héros qui ont sacrifié leur vie pour le 

' Geyer. Histoire de Suède, page 47. ' Gever. Hidoire de Suède, page 47. 
' Herod. 4. 61. * Gr. 22. 

" Heimkringla. La saga de Hunhan-le-Bon, G. 16 et 17. ®GR.22.Les adorateurs 
A'Odin buvaient dans des romes. Voir, à ce sujet, Vormius, in disqtds. de aureo 
Cornu, et Th. B.\rtholims de unicornu, cap. 13. En outre, du intînie auteur, Aiil. 
Dan. 1. 1. c. 8. p. 126. 



— 172 — 

bonheur du pays (i3rûQûfuU,)^. Il arriva quelquefois que des bardes chan- 
tèrent alors les vertus des héros. 

Le repas saint étant terminé tout le monde quitte le lUil)I)U6, après avoir 
fait une génuflexion dugénou (/awc/ie devant l'autel teint du sang des victimes 

Dans les années de grande sécheresse ou de grande pluie, ces idolâtres 
sacrifièrent quelquefois une truie en pleine campagne, et firent ensuite 
avec les images de leurs idoles couvertes de linges blancs, qui voltigeaient 
au gré du vent ^ , des processions dans le sens du cours du soleil autour 
de leurs terres pour les rendre fertiles. 

Les adorateurs à'Odin aimaient beaucoup les tours religieux des champs, 
ils en firent souvent mais le plus pompeux était la procession faite à l'honneur 
de la déesse Hertha, regardée comme la terre mère ^, qui, selon leur croyance, 
s'intéresse dans les affaires des mortels et se plait en conséquence de faire 
son séjour avec eux. 

Tacite a fait une description d'une promenade de l'idole de cette déesse : 
« Herlha, est représentée sous la figure d'un char couvert [vehkulum veste 
» contectum), que l'on conservait avec vénération dans un bois sacré (castiim 
» nemus) ^; la divinité qui préside à la fertilisation de la terre, et à ce titre 

' Les adorateurs d'Odin avaient une grande vénération pour les nombres 3 et 6; 
ils y voyaient quelque chose de divin. (Plin. lib. 16, C. -ii.) 

Le nombre 3 n'a pas encore tout à fait perdu son antique vénération. Les adjudications des 
immeubles se font encore dans la partie teutonique delà Belgique en disant : een werf {une fois) , 
anf/prî<;e;/ (deuxième fois), (/erde îwer/' (troisième fois). Dès que le notaire a prononcé derde 
iverftil frappé avec un petit marteau, avec un bâton ou avec une clef,la vente est symboliquement 
conclue et l'adjudication est irrévocable. La même formalité a lieu pour la vente des meubles. 
Les engagements des baux des terres et des maisons sont aussi synallagmatiquement pour 
3, 6 ou 9 ans. Les escamoteurs qu'on trouve dans nos fêtes et kermesses, vil reste de 
devins de l'idolâtrie, font encore leurs tours d'adresse avec leur baguette magique sur le 
commando lïun, deux, trois. 

' Quia hœc Gallorum rusticis consuetudo , simulnrra demonum candido tecta 
velamine, misera per ayros suos circumferre demensa (Sulpicii severi vit S. Martini c. 9.) 

' Hertum, id est, terram matrem coluut , eamque intervenire rébus hominum, 
invehi populis arbitrantur. Tacit. 

* De ^E.MUS , forêt sacrée, est dérivé le nom de nimidi/K, cérémonies que lespaïens 
célébraient dans l'intérieur des bois. Le concile convoqué, en 743, à Leptincs(Leptina') 
par Carlomiin , fils aine de Charles-Martel et présidé par St-lioniface, défendit les 
NiMiDi/E. Leplimes nu Leslinrs, maintenant Estines , était un palais des rois d'A7i- 
strasie, situé sur la chaussée romaine, qui conduisait de Bavai à Maestricht. 



— 173 — 

» honorée de tous les cultivateurs , prenait qiu^lquefois plaisirs à faire une 

» sortie par forme de récréation. 

« Dès que cette divinité bienfaisante eut manifesté ce désir au prêtre , 

» son gardien et interprète de sa volonté, il en fit part au peuple. Cette 

» bonne nouvelle causa une allégresse générale dans toute la contrée. 

« L'heureux moment du départ de l'idole étant arrivé, les génisses, 

» bêtes favorites de cette divinité *, étaient attelées, le convoi saint 

» entouré des affidés se mettait lentement en marche. Une aflluence de 

» monde , accourue de tous côtés, attendait avec impatience l'apparition de 

» l'idole à l'entrée du bois sacré. Enfin l'auguste char paraît, passe 

» majestueusement à travers les adorateurs de la protectice de l'agriculture, 

» qui font, en signe de vénération, un geste de la main gauche. Cependant 

» les génisses avancent à pas lents et une foule compacte suit à distance 

» le convoi divin. Dans tous les lieux que la divinité daigne visiter, 

» tout est fêtes et réjouissances; on met bas les armes et on les enferme. 

» Le terme de la promenade de cette idole était une pièce d'eau que ses 

» prêtres lui avait consacrée. Quand elle y est arrivée, ses ministres l'y 

» plongent et y jettent des offrandes d'or et d'argent. Pendant que les 

» serviteurs iVHertha accomplissent cet acte de religion , les génisses 

» broutent l'herbe verdoyante , lèvent de temps en temps la tête et font 

» entendre des mugissements au loin , et les assistants forment des vœux 

» pour obtenir de la divinité qu'ils adorent une bonne récolte. Cette 

» cérémonie terminée, on ramène l'idole dans le bois sacré, on la replace 

» solennellement sur son autel, on conduit les génisses dans leur magni- 

» fique étable , les prêtres se régalent ensuite de ce que leur cuisine peut 

» fournir de plus exquis, les cultivateurs pleins d'une sainte émotion, 

» s'acheminent vers leurs chaumières, attendant religieusement le fruit 

') de leur dévotion , en désirant le retour de la promenade de leur 

» protectrice 2. 

' La vache était consacrée à la déesse Hertha. Ces quadrupèdes recevaient eu 
plusieurs contrées des honneurs divins. Le culte des vaches est resté longtemps 
debout en Suéde ; le principal objet de culte du roi Eisten ou Ôsten, fils de Herald 
Hildestond,qui vivait au VIII^ siècle, était une vache, dont les mugissements avaient 
inspiré la terreur à ses ennemis. (Geyer. ///.s/, de Suède, p. 47.) 

' T.\ciT. De mor. Germ. — 



— 174 — 

La hine comme miroir du soleil, recevait aussi un culte tout spécial des 
anciens Belges. C'était principalement la nouvelle lune qui était invoquée 
et adorée sous la iigure de Nehalenma. Cette déesse était ordinairement 
représentée assise avec un panier (Calathus) plein de fruits dans son bras 
gauche et un chien à son côté droit. Les fruits étaient l'emblème de 
l'influence qu'on attribuait à la lumière de la lune croissante dans la 
maturation des fruits et des grains reproducteur du régne végétal. Les 
chiens étaient considérés comme les ministres de la déesse Nehaleniria; 
ils réglaient et ordonnaient toutes choses sur la terre ^ . C'était le sixième 
jour de son croissant que toutes les cérémonies de son culte avaient 
lieu 2. Les riches et surtout les navigateurs allaient alors déposer des 
offrandes sur l'autel de Nehalennia, les cultivateurs offraient des fruits de 
la terre et les pauvres, lorsqu'il voyaient pour la première fo^s la nouvelle 
lune, la saluaient par des gestes fréquents de la main (jaiiche. 

Les anciens Belges avaient fait choix de ce jour pour être le commence- 
ment de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles ^. Leur véiiération 
était si grande pour le jour de la nouvelle lune qu'ils lui donnaient un nom 
qui signifiait en langue celtique qui guérit de tous les maux *. 

C'était ce jour-là que les anciens Belges tinrent sous un chêne prés de 
l'autel leurs assemblées; ils auguraient un bon succès de toutes affaires 
entamées alors. 

Le culte que les Gaulois rendaient h Esus et aux divinités subordonnées, 
telles que Camidus, Teranus ^ et d'autres, était de la même essence que 
celui que le peuple Scandinave rendait k Odin ; mais il différait dans 
quelques-uns de ses rites. Ils croyaient que le chêne était le père des 
hommes et le sanctuaire de la divinité suprême, qui se plaisait à y 
séjourner 6. La vénération qu'ils avaient pour cette espèce d'arbres était 

' Porphyre prœp. Evang. 1. 5. c. 13. 

* Sexta luna quae riondum est sui dimidia. (Pun. p. 288). 

" Et ante omnia sexta luna, quae principia mensium, aniioriimqiie his facit, et seculi 
post tricesimum anniim, quia jam viiium abuiide habeat, etiamsi non sit dimidia. 
(Tacite, lib. 16, cap. uit.). 

* Omnia sananteni appeliantes suo vocabulo. (Tacitk , lib. 16, cep. uit.) 

* Ce nom dérive de Taran qui en langue arraorique veut dire tonner. 
' De Lniidi stili. 



si grande qu'ils n'osaient les couper, ni s'en servir pnur le feu, lors 
même qu'ils venaient de tomber par vieillesse *. C'était sous un chêne d'une 
grandeur démesurée, dont l'écorce était blanchie par des siècles d'exis- 
tence, qu'on dressait un Dolmen ^ autel consacré à Esm. Ce sanctuaire 
était construit de manière que le sacrificateur avait le soleil levant en 
face, pendant qu'il exerçait ses saintes fonctions. Les assistants avaient 
également ce point du ciel devant eux II- se faisaient un devoir de 
religion de faire un tour à gauche pendant le sacrifice ^. 

Les chênes ne restaient pas seuls les arbres favoris de cette divinité; mais 
les Gaulois accordèrent aussi les honneurs divins à d'autres espèces d'arbres, 
tels que le pin, l'aubépine * et les ronces. Le culte des arbres a longtemps 
bravé les rayons de l'Évangile, ce qui est prouvé par St-Martin, évêque de 
Tours ^, par le vingt-deuxième canon du concile de Tours, le troisième de 
celui d'Auxerre , le vingtième de celui de Nantes. St-Eloi , évêque de 
Noyon, St-Césaire et plusieurs autres auteurs, même après Charlemagne, 
parlent des arbres sacrés [arbores sacrivosi. 

Les Gaulois avaient également une grande vénération pour les lacs , les 
gouffres, les marais et d'autres pièces d'eau; parce qu'ils croyaient que des 
divinités y séjournaient 6. Les Celtes rendaient aussi un culte à une autre 
divinité, nommé Oesur, h qui ils prêtaient à-neu-près les mêmes attributs qu'à 
Esus. Ce nom est très-significatif : ces ou oed signifie en langue celtique vie, 
vieillesse , siècle, et wr, pris pour our, qu'ils prononçaient ur, veut dire 
homme; ces mots réunis ont le sens de homme des siècles on l'éternel "^ . 

' Le R. P. Do.m'" Helhiio ■ des Gciuhm. T. 1, p. :27S. 

' Lu Uohnen était la pifiie sacrée de Druides. Ce mot répond à l'idée de Petrus des 
Hébreux (Voir (^Mm^x , Monuments celtiques, pag. 356 et 357). 

' In adorundo dexteram ad osculum referimus , totumque corpns circumaginms : 
qvod in tœvum fecisse GalHœ religiosus putant. (Plixe, 1. 28, C 2.) 

* L'uûbépine, était considérée comme le dieu Tlienne des Romains, parce qu'on 
plantail des Itaies de cet arbuste sur la séparation, des propriétés. 

On allait appendre des vœux à cet arbre : înter sentes vota exsolvere. (Concile 

d'Auxerre et ann. Eccl. Franc, an 565 n» 41 ; an 086 n" 8.) 

* Sulp. Vita S^-M'irtini. 

« Le P. Doji"" Reliqion des (Innlois, T. 1, 23. 

' VappeUativum Teutoni(|iie :?iit!)ui est composé de artlj, dur et de ur homme. 
Ce nom signifie homme dur, hunintc raleureux. 



— 176 — 

Les ministres du redoutable Esus s'appelaient Druides ^ et leurs subor- 
donnés Vates, Eithages, Dardes 2 et Editnës, ceux-ci étaient les gardiens 
des autels; leurs fonctions répondaient à celles de nos sacristains. Les Druides 
étaient des philosophes et les docteurs des Gaulois ; ils enseignaient que le 
feu et l'eau ai}sorberaient un jour toutes choses •"> ; ils étaient les juges de la 
nation et usaient de l'excommunication contre les relielles et interdisaient la 
communion de leurs mystères à ceux qui refusaient de se conformer à un 
jugement; c'était la peine la plus grave qu'ils pussent faire portera un Gau- 
lois'*. Les Druides et les subordonnés dans le service à^Esus étaient couronnés 
de feuilles de chêne, habillés de robes blanches rayées de pourpre. Les vête- 
ments d'étoffes blanches étaient défendus aux autres Gaulois ; cependant il 
était permis aux nobles d'avoir des raies de pourpre sur leurs robes ^. 

Il y avait aussi des druidesses ordonnées en trois classes \ la première 
classe consistait en prêtresses, qui devaient garder une éternelle virginité; 
celles-ci réglaient les mystères et les sacrifices des divinités à leur guise, 
et elles jugeaient les différends qui survenaient entre des particfiliers ^. 
Ces fonctions élevées leur donnèrent un grand crédit : à ce point qu'on 
n'entreprenait rien de grand sans les consulter; elles prédisaient aussi l'avenir. 
Les druidesses du deuxième rang desservaient les autels, dont l'approche 
était défendue aux personnes qui n'étaient pas initiées aux mystères du 
culte à'Esus, elles devaient également se soumettre aux lois de conti- 
nence ; cependant , il leur était permis de se marier et de voir leurs 



* Le mot druide dérive du mot Cellico-Briliro derivijdd dont le |iliiriel est derwijddon. 
Derivydd est composé du mot derw, chêne, et de iz ou idi , habitants. Par contraction 
et changement de lettres ou en a fait Druide. Les Gaulois prononçaient en général les dd 
comme s; donc le mot druide, dans toute sa force, veut dire habitant du cliêne. 

* Barde vient du (jallois, au phiriel Bardoni, qui veut dire chantre. La langue gauloise 
avait beaucoup de dérivés de ce mot : entre autres; Bardonneg, (diciitkunst) ; Dardas, 
histoire poétique; Bardonath, l'art d'écrire en vers , et d'autres. Les fonctions Aes bardes 
dans le culte à'Esus étaient de transmcUre l'histoire de la nation à la génération future 
et la devination et tout ce qui s'y rapportait. 

' Strabon, ubi suj). 

* Le P. Dom'" La Bdinion des Gaul. T. I, ji. 53. 

* Virijalis lacent saiiulis (VuKiiL. JEnd 1. 8.) 
» T.\crr. I. 4, c. RI. 



— 177 — 

t^poiix une seule fois par an. Enlin la troisième classe de druidesses 
devaient nettoyer les ustensiles destinés aux sacrifices et faire le gros 
ouvrage près des autels. Elles pouvaient se marier comme d'autres femmes. 

Les offrandes des riches consistaient principalement en victimes hu- 
maines ou en or, qu'ils déposaient sur un trépied, placé près de l'autel et 
que les druides, sous l'invocation à^Esus, jetèrent ensuite dans des pièces 
d'eau sacrées*; en chevaux qu'on jeta dans des gouffres; la classe 
inférieure offrit les prémices des fruits et des pains ^. Lorsque des ver- 
gobrets et des nobles, propriétaires d'esclaves, étaient atteints de quelque 
maladie dangereuse , ou qu'ils étaient dans le fort d'un combat , ils 
immolèrent sur le champ quelques-uns de leurs hommes , ou ils faisaient 
vœu d'en immoler ensuite ^ ; ils avaient la ferme croyance que la vie de 
l'un sauve la vie de l'autre ^. Dans le dernier cas les sacrifices humains 
étaient remis à un jour déterminé. Ils avaient alors lieu avec grande pompe, 
sous le chêne où les grands sacrifices du Gau se faisaient. Puisqu'il fallait 
être riche pour immoler des victimes humaines , les Gaulois de la basse 
classe allaient suspendre des yœux au chêne vénéré pour obtenir leur 
guérison û'Esus. Ces offrandes consistaient ordinairement dans la partie 
malade, gravée grossièrement sur du bois. On suspendait ces petites 
offres , sous l'invocation d'£s?/s ou de quelqu'autre divinité. Après avoir 
accompli cet acte de dévotion, on fit trois , sijç ou neufMs, de gauche le 
tour du chêne en murmurant une prière destinée à cette fin. 

Le chêne était, chez les adorateurs A'Esus, en si haute vénération 
qu'ils tenaient tous ses produits pour des présents des cieux : les glands 
de l'yeuse, qui était spécialement consacré k cette divinité, étaient réputés 
un préservatif contre la peste; hommes, femmes et enfants en portaient 
avec grande dévotion sur eux. Les druides portaient, pendant l'exercice 
de leurs saintes fonctions, des couronnes des feuilles de cet arbre; mais 
ce qu'il y avait de plus précieux , de plus vénéré , de plus salutaire et de 
plus symbolique, parmi les productions du chêne, c'était le gui {vicus); 

* DiODORE, de sicil. lib., pag. 212. 

* DiODORE, de sicil., 1. 5, pag. 212. 
' Cœs., 1. 6. 

* Plutar. De superst. 



— 178 — 

parasite on espèce de mousse très-rare, qui iiail particulièrement sur l(\^ 
vieux chênes. Cette plante bienfaisante se nourrit de la sève des arbres 
où elle est attachée et se reproduit des baies mûries dans le ventre d'un 
oiseau *. Les grives {turdi) et les pigeons ramiers, étant très-friands et 
avides de baies du gui , sont les ministres de la reproduction de cette 
plante salutaire, à laquelle les anciens Bdges et Gaulois attribuaient 
une vertu extraordinaire et surnat'irellc. Ces petites baies contiennent 
une matière glulineuse, qui a la qualité physique de pouvoir unir des objets 
de nature différente. 

Quoiqu'on trouve quelquefois ces baies sur d'antres arbres, c'était le 
gui seul , qui croît sur les chênes, qui était réputé avoir les grandes vertus 
physiques et surnaturelles; parce qu'il avait été nourri par un arbre que 
le druidisme considérait comme divin. Mais, puisque cette plante jnystique 
était très-rare, il fallait quelquefois chercher assez longtemps pour la trou- 
ver. 2 Cette tâche fut confiée àdes initiés dans les mystères de la religion qui 
faisaient connaître leur trouvaille au sacrificateur. (Tétait le sixiènufjour de 
la lune du mois ©iult (Décembre) qui était destiné à cueillir le .gwi. 

Dès que l'aurore borda ce jour l'oi'ient de rouge, le signal de cette grande 
fête fut donné; les croyants en Esiis se revêtent d'habits rayés de pourpre, pren- 
nent leurs armes et vont trouver le cortège saint, qui se met à l'heure fixée 
en marche. Les bardes et les devins marchent les premiers en chantant les 
louanges des immortels ; puis un héraut venait suivi de trois druides, portant 
les choses nécessaires pour un grand sacrifice. Enfin paraissait le chef 
des druides accompagné d'une foule compacte d'adorateurs à'Esus. Parvenu 
sous le chêne nourricier de ce parasite, il fallait prendre possession de 
cet objet de culte. Ce n'était souvent pas facile; parce que c'était ordinai- 
rement un chêne d'une grosseur démesurée qui avait alimenté ce végétal 
précieux. Le sacrificateur, chargé par ministère, de receuillir \e gui, ne 
pouvait l'atteindre sans faire beaucoup d'elTorts. La foule accourue de tout 
le gau, le suivit des yeux dans les efforts redoublés, faits pour le bien-être 

' ffrpc pxl nntura ut niv maturntnm in ventre nrimn non proveniat. Plimi s, 
Hht. lib. Ifi. r.ap. 44.. Di:hamel traite l'opinion de Pline d'erreur. 

• Est autem id rarum admodnni inventu et reperdim ma;,'na reiigione potitur. (Pline, 
Hu^t. lib. 16. r.ap. U.) 



— 179 - 

des crovants, et forma, en récitant des prières, des vœux ponr la bonne 
réussite. Ce grand dignitaire parvenu au lieu où ce parasite se trouvait, 
tourna le visage vers le soleil', murmura une prière pendant qu'il coupa le 
gui de la main gauche, avec une faucille d'or. A mesure qu'il avait recueilli 
une petite poignée de cette mousse vénérée, il laissa descendre très douce- 
ment ce présent de la divinité , que ses subalternes dans le service des 
immortels recevaient avec un soin religieux dans une saie (Sagiim) blanche. 
Ayant recueilli ce que la religion druidique avait de plus vénérable, le 
chef des druides en fit la bénédiction, il en plongea dans l'eau lustrale en 
criant: 

Au gui l'an neuf. 

On fit ensuite un sacrifice de deux taureaux blancs (candidi coloris) et l'on 
prépara un grand festin. Les taureaux qu'on immola n'avaient jamais porté 
\ejoiig; on en lia les cornes pour la première fois. Pendant le sacrifice et la 
bénédiction du gui, les assistants prièrent pour demander l'intercession 
d'Esus ou àeMithras pour rendre le gui salutaire à l'humanité. 

Ce gui était par ses qualités physiques et les vertus mystiques qu'on lui 
attribuait, le symbole du mariage chez les anciens Gaulois. Il est gluant, 
analogie de l'amour des époux; il ne croit et ne vit pas seul, il s'attache 
fortement à d'autres plantes (inalieno vivit, dit Plinej et par là il est l'em- 
bléinede l'état-matrimonial. Le gui se reproduit par des baies mûries dans 
le ventre des oiseaux, c'est une figure de la reproduction du genre humain. 
Les tauranx l'Iancs, pour la première fois sous le joug, sont une allégorie 
bien sensible du joug conjugal, et la couleur blanche de ces victimes, avertit 
les jeunes gens qu'ils doivent apporter en mariage une pureté virginale. 

Le gui a passé, en France, jusques bien avant dans le moyen-âge comme 
symbole de l'union matrimoniale : les enfants et les garçons se répandaient 
dans la campagne , la veille du premier jour de l'an, et allaient de maison 
en maison , en criant : au gui l'an neuf. Ces mots exprimaient figurative- 
nient le souhait que les jeunes i^ens, qui s'y trouvaient, eussent pu se 
marier pendant l'année qui allailconmiencer. Ces souhaits furent ordinaire- 
ment récompensés par quelqui^s pommes , noix ou noisettes, qu'on jetait 
dans la foule, par les fenêtres, et que les garçons ramassèrent avec un 



— 180 — 

tel empressement qu'ils tombèrent souvent les uns sur les autres et S(^ 
battirent pour tenir les étrennes. 

Il tant l)ien que ce symbole fît également partie de la (M'ovance des 
habitants de la partie teutonique de la Belgique actuelle; puis([ue le mot (jin 
se rend en flamand par marrcntakken , et la lexicologie nous fait voir que 
marrcn, en vieux flamand, signilie delencre , alUfiare *, ce verbe, pris au 
figuré, parle à l'esprit et fait connaître le caractère du mot mariage. Le 
mot maridjje même est composé de la racine de marren. 

Les Germains et les Belges septentrionaux vénéraient également le (juï de 
chêne sous la dénomination de (É5utI)Cil, et le jeu enfantin des Gaulois avait 
lieu chezeuxverslaNoël. Les enfants parcouraient aussi les rues; ils frappèrent 
aux portes et fenêtres en criant Gulheil, GiitheiJ. La récompense de ces vœux 
consistait également en quelques fruits ^. Dans certains endrorts de la haute 
Allemagne, cette superstition s'est encore conservée et les habitants sont 
encore aujourd'hui dans l'usage de courir de maison en maison , de ville 
en ville en criant : Guthcil! Gittheil! 

La masse du peuple toujours ignorante et supersticieuse , parce qu'elle 
nourrit son esprit d'idées vagues, d'opinions, de préjugées et d'erreurs 
et n'étant pas initiée dans les secrets de la religion, qui de tout temps ont 
été le domaine exclusif de ses ministres, prit le sens symbolique du gui 
à la lettre et attribuait à ce végétal , cueilli de la main gauche , la vertu 
de contribuer à la reproduction des animaux et même de procurer la 
fécondité à ceux qui étaient stériles. Pour en obtenir les elïets désirés on 
leur administi\iit une dose d'une décoction de gui ; Pline nous assure 
que les femmes pour aider la conception prirent de l'infusion de gui ou 
portaient cette plante desséchée sur elles ^. Les cultivateurs, ayant intérêt 
dans la niiilli|)licalion de leur bétail, tirent creuser des puits d'eau dans 
leurs prés et pâturages où ils jetèrent de ce parasite miiaculeux qui s'y 
dissolvait; ils nourrissaient l'espoir que les vaches et les génisses, qui 
allaient s'y désaltérer, fussent devenues fécondes 4. 

' Vdir L.\.Mi;iu;c.iiT Ti:n Katk, Tmii. 11, pag. 673. 
- Kkysi.ku, Antiq. Geiiii., page. 307. 

'' (joiici'iitum fanninarum (iiljiirarc si oinnino seciiin iiabeanl. I'i.i.mls, iili. ti , 
rap. i. 

* l.e i'i'ii' i)(i.M"' , l!('li(jion (les (jaiilois. 



— 181 — 

Si les superstitieux païens employaient le gui cueilli de la main gatirJie 
pour favoriser la fertilité animale , ils reconnaissaient à d'autres plantes 
la vertu d'empêcher la primogéniture. Mais, comme il s'agissait dans ce cas 
de contrarier la volonté des immortels, ils agirent alors en cachette et contre 
les préceptes religieux, adoptés par les Druides. Il fallait donc employer 
dans ce cas la main droite. De ces sortes de plantes était le Nénuphar ou 
Nymphœa, dans les contrées teutoniques de la Belgique vulgairement 
appelé cfl//eWoew, parce que cette plante croit beaucoup dans les eaux 
stagnantes, appelées autrefois Kallen. 

La prétendue vertu du gui n'était pas restreinte à contribuer à la fécondité 
animale ; mais on donnait à cette plante merveilleuse , cueillie de la main 
gauche , la vertu de guérir toutes sortes de maladies (pmnia sanans) * ; 
d'où probablement son nom de gutheil dérive; l'imbibition du gui était même 
considérée comme un antidote contre le poison le plus actif 2. L'eau 
charmée, le jour de l'an, avec du gui de chêne était regardée comme très- 
eflicace contre le sortilège et contre l'épilepsie : tout le monde en gardait 
dans sa^maison. 

Les druides et les prêtres d'Odin s'appliquaient aussi h la botanique ; 
ils exerçaient l'art de guérir les plaies et ils pratiquaient la médecine, qu'ils 
mettaient en rapport avec la devination ^. Ils mêlaient beaucoup de 
superstitions avec la vertu naturelle des plantes médicales ; car ils croyaient, 
en quelque sorte, que la manière de les cueillir avec l'intervention des 
principes religieux et les cérémonies observées en les cueillant, en faisait 
la vertu principale. 

C'était encore une fois la main gauche qui devait faire ces opérations , 
ou bien si la main droite les faisait, elle devait passer par le côté gauche. 
Pline nous en fournit plusieurs exemples. 

Parmi les plantes les plus précieuses, la verveine tenait la première 
place; les druides en faisaient très-grand cas; parce qu'ils prétendaient 

' Keysler, Antiq. Germ., pag. 307. 

' Plin. Hid. mit. lib. 16, cap. 44.. 

' C'étaient surtout les femmes qui exerçaient l'art de la devination et qui pratiquaient 
la médecine enveloppée de superstitions monstrueuses (Chants sur Sigur Bnjiihild dans 
l'ancioune EddaJ. 

25 XVI 11 



— 182 — 

t|iio rott(' horbc, qiiand on s'en IVottait, chassait la (\è\re. rnnciliait les 
niiinirs et guérissait toutes sortes (le malaflies. Mais pour avoir cette vertu elle 
(levait être cueillie delà main gauche, au moment que la canicule se levait, 
avant que le soleil et la lune l'eussent éclairée de leurs rayons et après qu'ils 
eurent offert à la terre des fèves et du miel en sacrifice d'expiation. Pour 
que la verviene eût toute sa vertu, il fallait creuser la terre autour d^'lle 
avec un couteau qu'on tenait de la main (jauche. Ensuite en faire sécher 
à l'ombre les tiges, les feuilles et les l'acines séparément. Les druides 
tenaient pour sacré la verveine recueillie de cette manière; ils en mirent 
dans l'eau lustrale ; les druides s'en servirent pour balayer les autels, 
et les sectataires d'Of//n et à'Esm en gardaient dans leurs maisons pour 
chasser les mauvais esprits qui s'en approchaient. 

On croyait encore que, si l'on aspergeait de la main gauche la salle où 
l'on mangeait avec un rameau de cette plante, ceux qui étaient placés aux 
endroits, où Teau de la verveine avait été donnée, se sentaient bien plus 
gais_;qne les autres '. 

Les Gaulois se servaient de la verveine pour tirer leur sort et former 
leurs réponses ^. Ils étaient raffolés de cette plante : un rameau de la 
mystérieuse verveine, offert de la main gauche, était le cadeau le plus 
précieux qu'on pût faire à un ami. 

Nos sorciers , restes monstrueux des devins du paganisme, ont perpétué 
la croyance à la vertu mystique de la verveine, et les démouographes 
croient qu'il faut (Hre couronné de verveine pour invoquer les démons ^. 

11 y a une autre herbe, appelée finmoluin, qui naît dans les lieux 
humides, que les druides faisaient cueillir à jeun, de la main gauche, 
et mettre dans des canaux que l'on avait pratiqués pour y laire boire les 
bœufs et les porcs. Ils faisaient accroire aux croyants que cette eau 
était très-salutaire; qu'elle les guérissait infailliblement de leurs maladies '*. 

L'herbe qu'on appelle aelage ^ était bonne contre toutes sortes de 

* PuNE, Ilist. mit., 1. 21, c. M. 

* Punk. Hist. mil., 1. 25, 5, c. 9. 
' Voir plus l:;i6, jiage 191. 

* CnoiiiEU soutient que le ,se/«;ye et le snmolum ilr Pline était la chuvuepeuce et la 
jii/isniillc d'à présiuit. Ilist. du Dauphinc , pag. 9U. 

'^ Pline, Hist. nat., liv. 2i, cil. 



— 18B — 

maux; et la fumée guérissait le mal d'yeiix, mais pour avuir toutes ces 
vertus, il fallait la cueillir sans couteau et de la main droite couverte 
d'une partie de la robe ou sagnm, en la faisant passer du côté (jauclw, 
comme celui qui veut prendre quelque chose à la dérobée. Celui qui la 
cueillait devait être vêtu de blanc et nu-pieds, après les avoir bien 
lavés et après un sacrifice du pain et du vin qu'il devait avoir offert *. 

îl y avait encore un grand nombre d'autres plantes auxquelles les 
druides et les prêtres des mythes Scandinaves attribuaient la vertu médi- 
cale, pourvu qu'elles fussent cueillies, avec certaines cérémonies de la main 
gauche, qui était seule réputée avoir le mérite de faire une bonne œuvre. 

Ce n'était pas seulement dans le sanctuaire et dans la pratique de la 
médecine, confondue avec la devination, dans le recueil des plantes médicales 
qu'il fallait employer la main gauche, mais cet usage était entré dans les 
mœurs sociales, qui ont été basées dans toutes les sectes sur les principes 
religieux. La religion d'Odin et à^Esus prescrivait l'amour du prochain 
et les saints qu'on donnait à quelqu'un étaient un signe qu"on lui voulait 
du bien. 

Puisque saluer quelqu'un c'est lui vouloir du bien , par conséquent les 
anciens Belges et Gaulois faisaient en rencontrant, en trouvant et en quit- 
tant îun ami ou bonne connaissance un tour à gauche pour lui témoigner 
qu'on formait des vœux pour son bien-être. Ensuite ils faisaient un geste 
de la main gauche , accompagné de quelques souhaits ^. Ces souhaits 
étaient de trois sortes : les uns regardaient le bonheur qu'on désirait à 
celui qu'on saluait; les autres regardaient le malheur dont on souhaitait 
qu'il fût garanti, enfin les derniers consistaient à le recommander aux bons 
génies. (AUa sunt, dit Pline, vei^ba impetrantis , alla depiilsoî'is , aliu 
commendationis ^.) 

Voilà certainement assez d'assertions pour convaincre le lecteur que la 
main gauche était la main de prédilection chez les sectateurs d'Odin et d'Esus. 
Cependant nous y reviendrons encore quand nous parlerons des temples, des 

' Pline, Hist. nat., liv. IB, r. H. 
^ Pline, lih. -23 c. 11. 
' Pline, lih. 23, cil. 



— 184 — 

statues et des bas-reliefs. Entretemps nous allons démontrer l'origine de 
l'emploi de la main droite, dans les actions religieuses et dans celles de la 
vie civile. 



IL 



L EMPLOI DE LA MAIN DROITE. 



Nous reprendrons cette matière d'aussi haut que possible. Et pour ne pas 
nous perdre dans les ténèbres de la hauteantiquité, nous ouvrii;ons l'Écriture 
sainte; nous y voyons que Moïse, l'homme inspiré de Dieu, le graîid légis- 
lateur des enfants d'Israël, en prescrivant le cérémonial du culte à rendre 
au Dieu vivant, ordonna l'emploi de la main droite dans les sacrifices et 
dans toutes les actions qui se rapportaient plus ou moins à la religion. L'Ecri- 
ture sainte nous fait voir, pour ainsi dire, sur chaque page, que le côté (koit 
était le côté d'honneur chez les Hébreux, et par conséquent que la main 
droite y était la main de dignité. 

Quand on adressait des vœux à l'Éternel, on laissait pencher un peu la tète 
sur l'épaule droite. Le divin Sauveur du monde a conservé, dans sa céleste 
réforme de la doctrine de Moïse, la prérogative du côté droit. Lui-même a 
laissé pencher la tête sur l'épaule droite , en signe d'adoration de son père 
céleste, quand il mourut pour le salut du genre humain *. 

Les anciens Grecs portaient le respect pour le côté droit plus haut ; ils 
adoraient l'épaule droite ^ ; ils avaient fait un précepte religieux d'adorer 
les dieux en penchant un peu la tête sur l'épaule droite ^. Il suit naturelle- 
ment de ce précepte que la main droite était la main de dignité chez les 
Grecs, la seule qui pût être employée dans toutes les actions qui se faisaient 
dans les cérémonies religieuses. Cette nation civilisée faisait aussi ses saluta- 

' Evang. secund. Joann. cap. 19 v. 30. 

* Athan., Ora^ Contra, Gcritcs n. 9. 

* Théocuit., Idijl. 25. v. 161. 



— 185 — 

tionsen forme de prières, pour attirer sur les personnes pour qui on avait 
des égards, quelques faveurs des immortels: en rencontrant ou en quittant 
un parent ou un ami, on gesticulait de la main droite en récitant quelques 
mots qui se rapportaient au culte des dieux. Enfin la main droite était telle- 
ment en vénération chez les Grecs qu'ils la baisaient en signe d'adoration. 
Celui qui se servait dans les actions de la vie privée de la main gauche pas- 
sait pour mal élevé, pour le rebut du peuple, pour un impie. 

Numa-Pompilius, second roi de Rome, voulant civiliser son peuple et 
le rendre religieux, trouva que la religion des aborigènes était trop licen- 
cieuse pour atteindre ce noble but. 11 prit à tâche de la réformer et de faire 
ainsi une religion nationale. Il sentait fort bien que le changement de religion 
est une chose très-difficile. Pour y réussir il fit accroire au peuple qu'il était 
inspiré d'une nymphe, appelée Egérie, qu'il allait chaque jour consulter dans 
un bois sacré. Il méditait des lois civiles et des lois religieuses en rapport 
entr 'elles. Le peuple ignorant et par conséquent superstitieux reçut avec 
empressement toutes les maximes, qu'il lui prescrivait, parce qu'il les croyait 
émanées de la nymphe Egérie elle-même. 

Le pieux Numa avait une si haute idée de la divinité qu'il ne croyait pas 
qu'on pût la représenter aux sens; en conséquence il défendit expressément 
de la proposer à l'adoration sous la figure d'un homme ou d'un animal '^; mais- 
cette doctrine abstraite n'a jamais eu le résultat que l'ingénieux Numa se 
proposa. 

Quant au cérémonial, que ce grand législateur prescrivit, il y entra quelque 
chose de la liturgie de la religion des Grecs, de celle des Hébreux et de celle 
des Egyptiens. Il adopta également, malgré l'usage existant chez les Sabins 
de se servir de la main gauche, 2 la dignité du côté droit, et fit même un 
précepte de croire que l'épaule droite était consacrée à Mercure, et pour 
cette raison considérée comme sémi-divine. 



' Plutar , in Numa. 

* Cela est prouvé par la mode que cet antique peuple avait adoptée de porter des 
bracelets d'or au bras gauche : les bagues étaient à l'égard des doigts ce que les brace- 
lets étaient à l'égard des bras; par conséquent les Sabins les portaient aux doigts de la 
main gauche. (Sabini aureas armiUas mmjni ponderis bracliio hero habuerunt. 
TiT.-Liv. et Stbabo. I. 4J 



— 180 — 

11 stalit.'i, f|i! t'ti adoianl losdioiix, on (lovait taii'e, en pirouettant, un tour 
entier du cùté droit à la (jaiichc \ et que la main droite devait agir pour 
faire les nlIVandes et les saci'ilices, en outre qu'on devait faire un petit 
geste de la uiaiu .•//■rt//(' en signe d'adoration ^. 

Il faisait consister le mérite des offrandes plus dans la bonne volonté' que 
dans la valeur réelle du don. C'était une dispense accordée k la misère 
qui avait quelque chose de touchant : car, étant aux temples, on voyait 
les pauvres, qui n'avaient rien pour offrir aux dieux, faire une offrande 
aux immortels en donnant, avec émotion, des baisers à la main droite et en 
faire un geste, avec certaines formalités. La même chose se faisait quand 
ils passaient devant la statue de l'une ou de l'autre idole exposée, le long 
des chemins ou dans les champs, à la vénération des passants, tandis que les 
riches y déposèrent ordinairement une offrande, consistant dajis une pièce 
de monnaie, qu'ils mirent dans un tronc destiné à recevoir les dcfns. Ces 
idoles champêtres étaient l'objet d'un culte public, lors desAMBARVALiA. Le 
gros peuple, stiipide et ignorant, qui accompagnait cette procession,^baisait 
continuellement la main droite, et remplissait ainsi son devoir prescrit 
envers les immortels. 

Ces pratiques religieuses avaient exercé une si grande influence sur la 
vie civile des Romains que toute cérémonie, toute action, non seulement 
dans les temples des dieux, mais dans les cercles civilisés, commençait chez 
eux par le côté droit : on plaçait dans les festins et les repas la personne la 
plus digne au côté droit de celui qui donnait le repas ; celui qui était chargé 
de verser à boire installait sa tournée à droite du chef de la table et finis- 
sait à gauche en signe d'adoration et de reconnaissance envers les dieux 
d'avoir laissé croître et mûrir les raisins dont on pressait le nectar des 
mortels. 

Saluer quelqu'un, c'est lui témoigner de l'amitié, c'est un signe qu'on lui 

* .Marcillii?, sur le point d'en venir aux mains avec les Gaulois, se servit de cette 
cérémonie ])i)ur efîacer de l'esprit des soldats Romains, le mauvais augure qu'ils n'auraient 
pas manqué de tirer d'un écart que fit son clieval; car ayant tout-à-coup pirn\ietté, et 
s'iiiclinaut sur-le-champ vers le soleil, commcpourradorer;ilncparut pas à la soldatesque 
que le cheval ciit forcé la main. (Plut, in Marcel.) 

' Plltah. , in Nuuia. 



— 187 ~ 

veut du bien; donc un acte de religion, en conséquence le grand Numa avait 
également prescrit que cette action devait se faire d'un petit et gracieux 
geste de la main droite, accompagnée de quelques mots exprimant le vœu 
que l'on formait pour le bonheur de celui qu'on saluait *. Toutefois les 
Romains, nation guerrière, mettant tout leur bonheur cà vaincre, s'écartaient 
souvent dans leurs saints, de la formule prescrite, en souhaitant de la valeur 
— de la bravoure — à leurs amis. Voilà l'origine de leur vah amice, 
ainsi que de leur quo modo vales ? qu'ils adressaient à la rencontre des 
amis. 

Enfin h main droite s'employait en toute circonstance, et la gauche res- 
tait dans l'inaction ; car celui qui s'en servait, n'importe en quelle circon- 
stance, passait pour un impie, dont la fréquentation devait attirer du mal- 
heur 2. 

Les Romains animés de l'esprit de domination et dirigés par un caractère 
martial, soumirent bien des nations à leur puissance et firent un amalgame 
des attributs de leurs principales divinités avec ceux des dieux adorés àRome. 
Leur but était, en adoptant ces divinités étrangères, d'établirl'unité de religion 
dans tout l'empire. Ils comptaient ajuste titre l'unité des principes religieux 
comme un lien de nationalité plus fort que les armes les mieux îiffilées. 

Ayant fait la conquête de la Gaule et de la Belgique, les Romains s'etfor- 
cèrent d'y faire adopter leurs dieux, leurs mœurs et leurs usages, qui tous 
se rapportaient au culte des immortels. 

Quand leur domination y fut plus ou moins consolidée, ils érigèrent 
des temples dans les municipia et dans les cités de cette nouvelle conquête 
pour l'usage du Prœfcctus qui y exerçait l'autorité au nom de Rome. 
C'étaient ordinairement des édifices très-vastes, trés-splendides , dont les 
murs et les portes étaient ornés de symboles et d'attributs des princi- 
pales divinités romaines. Ces temples étaient d'abord fréquentés par les 
Romains établis dans les pays conquis; mais leur magnificence attira 
bientôt la curieuse attention des indigènes qui allaient les visiter, malgré 
la défense des druides. Ils y entendirent exhalter la puissance incomparable 

' PuiTAH, in Numa. 
* Le père JJo.m ■". 



— 188 — 

des idoles romaines , que les prêtres de ces fausses divinités ne cessaient 
de vanter pour propager ainsi leur culte. 

Tout cela influença sur les adorateurs à'Odin et d'Esus et la religion 
des aborigènes changea peu ta peu de face et fut enfin défigurée, du moins 
quant à l'extérieur. Le premier coup qui fut lancé contre Ttintiquc et 
poétique adoiation , fut l'introduction des statues placées dans les endroits 
qu'on voulait consacrer; soit un ancien |3arO, un iTcruc * ou CûCr» 
soit près d'un gouffre, soit près d'un marais, soit près des chemins qui se 
croissaient, soit le long d'un chemin, soit enfin en plein champs. Cesstatues 
tenaienttoutd'abord lieu de temples. Elles étaient sur un piédestal à découvert 
et servaient d'autel 2. Bientôt on en érigea, à couvert des injures du temps 
par le moyen d'un ouvrage de pierres polies, qui s'élevait en dôme et 
formait un cône, dont la forme servait à nourrir la su'perstjtion des 
Gaulois 5. 

Enfin les Gaulois et les Belges bâtirent des temples pour y sacrifier des 
animaux ; mais les victimes humaines étaient réservées pour être "égorgées 
devant les chênes saciés : ils y faisaient également des offrandes de riches 
dons, et y appendaient, par continuation, des ex-voto pour la guérison de 
leurs maladies ^. 

Parmi les temples qui s'élevèrent dans la Gaule, il y en avait d'un goût 
et d'une construction admirables. Tel était entr'autres celui de Clermont 
en Auvergne, appelé Vasa : le mur de cet édifice public avait trente pieds 
d'épaisseur, il était au dehors revêtu de pierres de taille , et le dedans 
n'était composé que de petites pierres fort déliées et par dessus incrustées 
de marbre, les compartiments, de mosaïque; le pavement était de marbre 
et le toit était couvert de plomb. La forme de ces grands et splendides 
temples était ordinairement octogone : celui deMontmorillon dans le Poitou, 

' iTerne 'Hait un lieu où l'on donnait de l'instruction dans les princiites religieux. 
En effet, nous trouvons encore la racine de jTernc , dans le mot flamand leeren (apprendre.) 
Ces lieux sont l'origine de nos paroisses Leirne, Laere et d'autres dont les noms sont conj- 
posés de Laere; tels que Couche laere, liousselaere et d'autres. 

» GciciiEXON, Hist. Sar., I. I, C. i. 

' Sulp. ser. (liai., I. III. (]. '.I et 10. 

' Grtr.c. Ti'h., Vil. Pat. C. G. coi. 1170. 



— 181) — 

conservé jusqu'à nos jours, nous sert d'une preuve évidente. L'entrée était 
du côté d'occident et l'autel se trouvait au milieu. Les colonnes des grands 
et des petits temples étaient, en imitation des temples romains, ornées des 
symboles, qui se rapportaient aux attributs des différentes idoles, ou repré- 
sentaient des sacrifices. Sur la porte de marbre de l'église Beaujeu, 
ancien temple païen , se trouvait autrefois un victimaire sculpté avec un 
sanglier égorgé, les pieds élevés vers le ciel, sur son épaule (jauche; sur 
un bas-relief de l'église d'Autun, conservé dans le cabinet de curiosité de 
M. Théroux, à Autun, se voit un prince des druides, couronné de feuilles 
de chênes et tenant un sceptre dans la main gauche. Voilà deux nouvelles 
preuves de la dignité du côté gauche et de l'emploi de cette main , dans ces 
figures ciselées dans le marbre, que l'antiquité nous a léguées. A l'entour 
de ces temples se trouvaient des logements pour ceux qui venaient chercher 
un asile garanti contre toute poursuite. 

Les petits temples, bâtis à la campagne avaient ordinairement la 
forme d'un carré long avec l'entrée du côté d'ouest et l'autel vers 
l'orient ; les sexes restaient séparés dans les temples des immortels , comme 
ils avaient été dans le jjJftro , dans les Ccnu et devant le chêne sacré. 

Cette révolution , opérée par les Romains dans les signes extérieurs de 
la religion des anciens Gaulois et Belges, fut accompagnée de la défense 
de sacrifier des victimes humaines. Plusieurs empereurs témoignèrent 
leur désir de voir cesser le coulement du sang humain devant les idoles ; 
mais l'empereur Adrien, voulant porter un coup décisif à cette barbarie 
religieuse, fit un rescrit pour défendre en général et en particulier aux 
druides d'offrir à Milhras des victimes humaines *. 

Les efforts redoublés des Romains pour faire triompher leurs divinités 
sur les mythes du culte d'Odin et lYEsus , et pour faire fructifier chez les 
Gaulois et les Belges leur civilisation, eurent enfin quelques succès. Les 
principaux d'entre ces nations soumises , apprirent la langue des vain- 
queurs, s'allièrent aux familles pratriciennes de Rome '^, adorèrent les 
divinités romaines , et par un contact continuel , ils se formèrent aux 



' EiiSEB., Prœp. Entiuj., 1. IV, c. 17. 

' BuRCHERii, HelijiiDH Roinaiium, Mb. IV, cap. 12. 



— 100 - 

niiKiirs de Rome. En conséquence la main droite sort de son inertie et se 
porte à la bouche en signe d'adoration dans les temples ; de même en pas- 
sant devant les idoles; elle^sticule à la rencontre d'un ami, et l'on pro- 
nonce dune manière martiale, mais d'un accent qui trahit la nation, 
les mots (juo modo vales, en quittant une personne chérie, on dit vale, en 
baisant la main droite en forme de prière pour obtenir des divinités la 
réalisation de ce vœu. 

Pendant que les Romains étaient occupés à faire l'extension du cercle de 
leur domination, et qu'ils faisaient tous leurs efforts pour introduire le culte 
de leurs dieux chez les nations lointaines, soumises à leur pouvoir, 
Jésus-Christ, prêcha sa doctrine en Judée et les rayons de l'Evangile 
pénétrèrent bientôt jusqu'à Rome *. Cette lumière divine tomba sur toutes 
sortes de personnes et la grâce opéra la conversion de quelques-unes d'entre 
elles. Parmi les convertis se trouvaient des soldats. Ces guerriers poTtèrent 
la semence de la vraie foi dans les pays où ils étaient envoyés pour mainte- 
nir l'ordre et empêcher les barbares d'y faire des invasions ; cette seiTience 
y poussa entre les ronces et y fructifia : car l'histoire nous apprend que ces 
hommes d'armes firent des prosélytes dans les légions romaines, en même 
temps que des missionnaires zélés prêchèrent la foi et firent crouler les 
statues des faux dieux , qui ne pouvaient souffrir la lumière éclatante de 
l'Evangile. 

A mesure que la religion du Christ se propagea , les temples païens se 
convertirent en églises chrétiennes 2, et les néophytes s'y rendirent ; les 
sexes y tenaient leur place respective comme ils avaient eue auparavant 
dans le temple, et de cette manière le changement de religion était moins 
sensible. Les emblèmes de l'idolâtrie, qui se trouvaient hors des temples, 
disparurent également : l'aubépine déifiée, fut remplacée, conformément à 
un ordre royal, par une grande croix en bois 5. Les emblèmes àeQuadrivies, 

* St. -Pierre s'établit à Rome vers l'an Xll a|irùs la résiirrcrlion de .J.-C. (St. -LÉO 
in Notai. Apost. Serm. 1.) 

* Cum tpnipla idola Luci. . . in lionorem Dei convcrliintur, lior de illis fil (jiiud 
de hominibun cum ex sncriletiis et itnpiis in verurn religinnem convertunlur, etc. 
(St. Aii^'iistin. Ep. 47 ad Publico). 

' Voir Edict. du mi Childehert , du U janvier ."i^iS. 



— 191 — 

divinités qui présidaient aux chemins à quatre issues; ceux de Divies 
et de Trivies , aux chemins à deux et à trois issues ^, génies très- 
redoutahles, auxquels les Celtes sacrifiaient des chiens noirs en l'honneur 
de la nouvelle lune, furent également combattus et disparurent pour faire 
place à des Christs, élevés en croix ou à de petites chapelles ornées de 
l'image de la Vierge-Mère 2. 

La même chose avait lieu là où se trouvaient des caiicelU (chapelles) érigés 
en plein champs ou dans les bois en l'honneur des divinités rustiques et silva- 
tiques (agrestes et silvaticas), où les païens à des jours fixés se transpor- 
taient avec des bougies, y faisaient des offrandes, y sacrifiaient une truie, 
prononçaient des mots magiques sur du pain, sur des herbes ou des 
ligatures pour les charmer, ils allaient ensuite cacher celles-ci dans un arbre 
ou dans des chemins à deux, trois ou quatre issues^. Ils prétendaient par 
là, non seulement garantir leurs bestiaux de toute contagion et de la mort 
même, mais encore ils croyaient procurer la perte des troupeaux de leurs 
ennemis ^. 

Une partie de cette superstition s'est perpétuée jusqu'à nos jours chez 
beaucoup de campagnards de la Flandre Occidentale. A la fin du siècle der- 
nier vivait à Lichtervelde (FI. Occ.) un fameux devin, nommé Peetje Cools , 
dont nous avons donné la biographie dans le Kunst- en Lelterhlad, de 
1810. La chétive demeure de ce fourbe était dans les bruyères. Quoique 
tout y annonçât la misère, la grande renommée du prétendu docteur 
Cools y attira une masse innombrable de malades, qui venaient chercher 
une guérison miraculeuse dans le désert de Lichtervelde. L'alîluence était 
continuelle lors de l'épizootie de 1794. Des nourrisseurs des bêtes à 
cornes y vinrent alors en foule de tous les points des Flandres, pour y 
chercher un remède efficace contre ce grand fléau, qui désolait le pays. 

Notre devin moderne mêlait les dogmes de la religion catholique avec 
les absurdes superstitions de l'idolâtrie , et fit ainsi une affreuse bigarrure 

* Gruter, [1. 1015, 1. p. 

' Voir lesfapit. du roi Dwjobert lie l'an 630 et ceux de Charlemagne ôe l'an 798 et 
en outre IIincmar. 

•"' Voir S^.-Fausliii , S'-.-Kloi, les ronr.ik's et les captlulaires des ruts, lesaniiens 
Péiiitenlittux ou Rituels des églises. 



- 192 — 

religieiiï^e. Il avait une espèce d'autel , dans le réduit où il recevait ceux 
qui avait recours h lui, il était vêtu comme un prêtre qui dit la messe, 
avec cette différence que notre démonographe se coiffait d'un bonnet en 
forme d'un pain de sucre, tressé de laine, entremêlé de feuilles de verveine; 
il mettait en outre de la verveine sur son autel, et en fit la bénédiction 
par des mots tirés de l'Évangile et en invoquant la puissance de la Sainte 
Trinité. Ensuite il donna de cette herbe bénite à ceux qui venaient implorer 
son secours. Bien souvent il ordonna aux malades d'en porter sur eux. 
Pour faire cesser l'épizootie ou pour être préservé de ce fléau il fallait 
cacher la verveine bénite par notre devin dans les coins des pâturages. 

Notre devin distribua des choses saintes, mais il était ennemi de toute 
simonie , il refusait opiniâtrement tout honoraire , mais il faisait con- 
• tinuellement observer qu'on devait attendre tout secours de Dieu, il 
prescrivait souvent le pèlerinage à Damme, près de Bruges, nétermina 
les ex-voto et ordonna en outre de donner à la première personne, qui lui 
demanderait l'aumône, un certain nombre d'écus, déterminé d'adirés l'ap- 
parence extérieure de l'aisance de celui qui avait recours à son art. 

Or, quand les consultants avaient quitté la demeure de Peetje Cools, à 
quelques pas de là une pauvre femme, habillée en haillons, se présentait 
ordinairement pour lui demander l'aumône. Cette mendiante n'était autre 
que la femme du devin ou sa belle-sœur, qui allaient verser leur recette 
dans le coffre du prétendu docteur. 

Des devins d'une moindre renommée existent encore. Il est de- leur com- 
pétence de faire arrêter le feu des incendies et le sang des personnes qui 
saignent, de tuer les chenilles , d'exterminer ou de renvoyer les rats et 
les souris, de faire revenir les choses enlevées par des malveillants ou 
perdues, etc. etc. 

Les signes extérieurs du paganisme, (|ui se trouvaient près des 
pièces d'eau, où l'on cro-yait séjourner une divinité ^ , disparurent 

* Celte divinité passait pour très-redoutable. On lui avait donné le nom de Neliker dans 
la partie teutonique de la Belgique : on croyait qu'elle envoyait des spectres noirs sur la 
terre. Nous avons lu quel(|ni! part : 

Joue prineipium , 
Sed jore nujrorum lemnrum qui eriiatula lonpii'f. 



— 193 — 

également pour foire place à un emblème de la religion chrétienne. 

Mais comme il était parfoitement impossible de déshabituer ces super- 
stitieux convertis de leurs antiques pèlerinages, l'église agit, à cet égard, 
avec indulgence : elle permit d'aller visiter les anciens lieux vénérés, 
d'y prier et d'y suspendre des vœux pour demander l'intercession de 
quelque saint et surtout celle de la Sainte Vierge *. 

Il était encore bien plus difTicile d'extirper le culte de la nouvelle lune; 
ses racines avaient poussé si profondément chez les Belges d'extraction 
germanique qu'il subsistait encore dans son entier au onzième siècle. On 
prenait surtout à tâche de ne point jeter les fondements d'une maison ni 
de commencer des entreprises de grande conséquence, telles, par exemple, 
que de se marier et d'autres d'un grand intérêt, qu'au temps de la 
nouvelle lune ^. Cette superstition s'est usée à la longue et l'on a enfin 
habitué nos ancêtres à faire le signe de la croix , quand ils virent , pour 
la première fois, la nouvelle lune au lieu de faire des gestes de la main 
gauche. Voilà, le reste du culte rendu à la nouvelle lune, chaussée sur un 
pied chrétien ^. 

Quoique la lune n'est plus l'objet d'un culte, les préjugés de l'influence 
de sa lumière croissante et décroissante sur les semailles des grains et la 
maturation des fruits ne sont pas encore déracinés de l'esprit des cam- 
pagnards : les jardiniers les plus superstitieux, observent encore les 

* Voir Fleury. Ilist. Eccl. tom. II, p. 518. Il ne fait que répéter le conseil de St.- 
Augustin. Voir la note p. 190. 

^ Si observasti novam lunam , ant defectum liinœ . . . Ant novam lunam 

observasti , pro domo, facienda ant conjiigiis sociandis. (Bitrcli. décret., 1. XIX, c. b.) 
^ Pendant que je corrige l'épreuve de cette page , mon cher père , qui est nonagénaire, 
s'approche tout doucement de moi et me récite des rimes, qu'il a apprises de sa grande 
mère , pour dire avec un respect religieux quand on voyait, pour la première fois, la 
nouvelle lune. 
Voici ce reste débile du culte de la lune : 

Een doorn uit myne lianden, 

Een vorm uit myne tanden, 

Ik beveel mijne ziel in Jeuis handen. 

Ce qui veut dire : une épine de mes mains, un vers de mes dents, je recommande 
mon âme à Jésus-Clirist. 



— 104 — 

(iiiïèi'cMilcs phases de cet astre jtour taire leurs semailles et leurs planta- 
tions ! 

Les ordonnances des rois pouvaient bien faire abattre les arbres sacrés et 
faire rejeter les signes extérieurs du paganisme, malselles ne pouvaient 
extirper les superstitions invétérées dans l'esprit des convertis qui les 
transmettaient à leurs descendants. Car, malgré l'absence des symboles de 
leur^ antiques divinités tutélaires, les nouveaux convertis, continuaient 
leurs pèlerinages pour l'obtention de la guérison de leurs maux ^. L'art 
médical se séparait très-lentement de la devination et de la superstition. Le 
peuple sans instruction et toujours avide du merveilleux, affubla d'un 
manteau neuf, ses anciennes idées, concernant la guérison, et cluM'cliait 
du secours contre ses maux, dans les choses les plus bizarres, qui n'ont 
aucune vertu physique. Oiv attribuait une vertu miraculeuse à des 
niaiseries, même au sens des noms des paroisses et à celui des saints mal 
interprétés. Nous avons une infinité de preuves de ce que nous avançons ici. 
Entre mille autres , en voici d'assez curieuses. Le nom de la paroisse de 
Steene (Petra) près d'Ostende, fut interprété du vulgaire par pierre 
(calculs vésicaiix). Cette analogie de nom fit croire que ceux qui étaient 
tourmentés par ce mal auraient pu en être guéris en faisant le pèlerinage de 
Steene, et l'église de cette paroisse recevait bientôt des pèlerins de tous les 
côtés de la Flandre, qui venaient y déposer leurs offrandes 2. La ville 
d'Ypres nourrissait jadis une population ouvrière innombrable dans son sein ; 
elle bâtit, en 1212 , à ses frais, un hôpital , sous le patronage de S'-Jean ^, 
pour y faire soigner les ouvriers malades. Cet hôpital étant sur une énii- 
nence fut nommé Hooge Zieken huis; ces trois mots se fondirent bientôt 
ensemble, et prirent, par contraction, la forme de Iloogezieken ; nom qui 

' J'ai encore vu il y a une dixaine d'anni^es des femmes qui avaient fait le pèlerinage 
d'un iense, restant à deux lieues de leur demeure , pnur être délivré de la fièvre; elles 
avaient fait trois fois le tour de ce cliône vénéré, dans le sens du eerele que le soleil 
paraît déerire; p.'est-à-dire, de (jonche à droite. 

* Nous y avons trouvé une pierre d'une grande grosseur, enchâssée dans iin anneau 
d'argent, offert comme ex-voia à une image de la S'<^ Vierge. 

' Voir mon Alouden staet van Vlaendcren, enz., p. 301. (>et hôpital était situé à 
l'endroit où se trouvent aujourd'hui les liàlimenls d'une grande fin'nio ap|iartenanl aux 
hospices d'Vprcs; c'est-à-dire, a coh' 'If j'éylise actuelle de St. -Jean. 



— 195 — 

fut dans la suite confonJu par le vulgaire avec oo^e-z/e/cen, malades ophthal- 
miques. Ce sens impropre, donne à ce refuge de l'humanité souffrante, 
attirait des pèlerins à l'hôpital de S'-Jean pour y obtenir la guérison de 
l'ophtlialraie ou maladie des yeux. St-Mncluu Tece\n.\t , jusqu'à un demi 
siècle passé, par toute la France, des visites et des olïrandes pour obtenir, 
par son intercession , la guérison des clous et des ulcères *. 

Malgré le grand nombre de siècles qui se sont écoulés , depuis la con- 
version de nos ancêtres, bien des superstitions sont encore restées debout : 
le vulgaire toujours ignorant croit encore que de mauvais esprits viennent 
s'amuser, pendant les nuits obscures , dans les lieux où deux chemins 
se croissent. On a peur d'y passer, parce qu'on a donné à ces prétendus 
esprits le nom de sorcières, qui tourmentent d'une manière surnaturelle 
ceux qui sont assez téméraires de s'y hasarder. L'esprit qu'on croyait 
séjourner dans les gouffres, les fleuves, les rivières et dans d'autres 
pièces d'eau , a reçu, pour le faire abhorrer, la dénomination de démon. 
Voilà l'origine des Waiei^luivels , dont on raconte tant de Sagas, qui font 
encore peur aux superstitieux. 

Fautedeconnaissancesmédicales, on ajoutaitfoiàrexistencedesZ);^?/, dont 
parle S'-Augustin '2, incubes qui se confondaient avec les Pilosi Velus et les 
Panitœde?, Grecs. Les Gaulois et les habitants de la Belgique actuelle croyaient 
à ces incubes, qui tendaient des pièges à la padicitèdes deux sexes; il y avait 
des femmes qui croyaient avoir des enfants de quelques incubes qu'elles 
ne virent pas, mais dont elles sentirent les approches ^. 

Grâce aux lumières de la médecine , et aux progrès qu'on a faits dans la 
connaissance des ressorts qui composent le corps humain , on a reconnu 
que l'incube est une vraie maladie, ( onsistant dans une oppression de 
poitrine si grande qu'on ne peut ni respirer, ni parler. Cette suffocation , 
qui prend en dormant , est causée par une vapeur épaisse et froide, qui 
arrête le cours des esprits animaux, et fait qu'on se sent toutes les parties 
du corps oppressées par un poids, qu'on ne saurait surmonter : les sens ne 
sont point perdus, mais étonnés, endormis et hébétés, aussi bien 

* EusÈBE de Salverte. 

» De civit. lib. 15., Cap. 23, n. I. 

* Ej\ m. s. fiibl. Oxon. upud. Kk^si,! b, antiq. Mlec sept., pag. 211. 



— 196 — 

que l'ontcndement et l'imaginatioii ; ce qui fait croire à ceux qui eu 
sont atteints que quelqu'un vient se ruer sur eux et les sollicite à 
luxure. Nonobstant la vérité de tout cela, l'erreur des païens n'est 
pas encore bien dissipée : car le vulgaire croit, quand ce mal prend à 
quelqu'un, qu'un mauvais esprit à ([ui l'on donne le nom de Marc, est venu 
s'étendre sur lui et le veut suffoquer. L'instruction seule peut détruire ce 
reste scandaleux du paganisme. 

La religion chrétienne, entée sur le judaïsme, prescrivait ainsi que les 
statuts de l'immortel Numa , de se servir de la main droite , comme la 
plus naturelle dans tous ses actes de la religion et les règles de bienséance 
basées sur ses principes, elle considère encore l'emploi de la main (juiu-he 
comme une action incompatible avec ses augustes mystères. 

La chaire de vérité se trouve placée dans les antiques églises, où l'autel 
est vers l'orient, de façon que le prédicateur ait ce lieu vénéré, où le 
fils de Dieu descend des cieux dans l'Eucharistie, à sa main droite. 

L'introduction de l'usage de la main droite fut une chose assez'difficile 
dans les contrées où le druidisme était ancré et dans les pays dont les 
habitants adoraient les mythes Scandinaves. 

Quoiqu'ils se convertissent au christianisme, ils retournèrent constam- 
ment aux vieilles habitudes païennes ; celle de se servir de la main gauche 
revint toujours, et quand ils passaient devant un signe de la nouvelle 
religion, tel qu'un Christ en croix, une image de la Sainte Vierge, etc., 
ils firent une révérence païenne en signe d'adoration *, ce qui contrastait 
avec l'esprit du christianisme. 

Pour détruire l'usage de donner la préférence à la main gauche et de 
faire les révérences à la païenne, et la pratique d'une grande foule de 
superstitions du paganisme déchu , que; les prosélytes pratiquaient 
encore, les ministres de la religion chrétienne prêchaient contre l'emploi 
de la main gauche, qui passait pour un signe d'idolâtrie, ils conseillèrent 
aux néophytes, comme une œuvre pie, de faire le signe de la croix, en 
passant devant un Christ en croix, placé pour faire respecter les limites 



' Sï-Ki.oi; Dr Reclitiide catliolirii- coiiiu'niolioiiis. A trouver dans W sixième toiii. 
tli's uuvrai,'L's de Si. Aut;ii.->liii, p. "ICA). 



— 197 — 

des proprii'tps, ou dans les lieux qu'on croyait fréquentés par des fées, ou 
autres génies redoutés ou respectés des païens ; on désirait que le même 
signe de religion se fît en passant devant une chapelle, ornée d'une 
image de la Sainte Vierge •, usage qui existe encore chez les cam- 
pagnards. 

A force de faire des exhortations dans les prônes, dans les instructions 
paiticuliéres, et des elVorts faits dans les écoles cœnedales , attachées aux 
cathédrales et églises des paroisses, la préférence donnée à la main droite 
devint générale, et le côté droit passa pour le côté de distinction et d'hon- 
neur dans toute la chrétienneté. 

L'emploi de la main droite dans les cérémonies religieuses, est passé 
dans la vie civile et même dans les ouvrages manuels. Celui qui se sert 
de la main fiatiche passe maintenant pour un homme sans dextérité ; cet 
emploi est devenu si méprisé qu'on dit au figuré : c'est un gnucher, pour 
signifier un maladroit, un stupide. 

Le divin sauveur, faisant de la fraternité et de l'égalité des hommes un 
précepte de dogme voulait que ses disciples prononçassent, en s'approchant 
ou en se rencontrant, un mot qui renferme un souhait pour la vie présente 
et la vie future. Lui-même en a donné l'exemple par les mots pax vobis '^. 
Puis la civilité chrétienne a introduit l'usage de se découvrir en saluaint quel- 
qu'un, non en signe d'adoration, mais sans doute par respect pour le corps 
humain, que la religion chrétienne considère comme le temple vivant du 
St-Esprit. Il entre également dans nos règles de civilité de témoigner 
l'amitié et l'affection, qu'on porte à quelqu'un, par un geste gracieux fait de 
la main droite. 

Deux amis en se quittant et se retrouvant après une absence plus ou 
moins prolongée, présentent récipioquementla niain ciroilc, et la serrent avec 
émotion ^. 



' St-Éi.oi ; De Rcctitîule ratliolkœ convfrsaHoiiia. 

* Luc. 10. — En effet, que peut-on souhaiter de plus précieux à un ami que la 
paix avec Dieu, la paix avec soi-même et la paix avec le piochain. 

* Les Français du nioyeu-àge nictlanl de Tixa^éralion dans leurs saints et dissinni- 
lanl des sentiments qu'ils n'avaient pas, transporlèrent toute la société en une 
troupe ciimique : deux ptrsnnni's ipii se C!mn;iissaienl à peine se rencdiilraiciit-cllcv, 

^■i XV! Il 



— 198 — 

P;ir un écart des préceptes (\u Sauveur, la société clirétienne reconnaît 
une différence (le rant;', et les mots de salut se rapportent i^énéralement 
plus au bonheur matériel ijii'à la vie future. Chaque nation ayant son 
caractère dislinclif et SCS intérêts à elle, emploie dans les saints et dans 
les rencontres des expressions qui s'y rapportent. Le Français mettant son 
bonheur dans son maintien et dans son élégance, emploie continuellement son 
portez-vous bien et comment vous portez-vous ^ ; l'Italien, sous l'influence 
de son beau ciel, s'informe du bonheur de son ami par ces mots : 
Come sta; 1 /vllemand , estimant la santé au-dessus de tous les biens 
terrestres , en abordant son ami , prononce ces mots : Wie hefinden sie 
Ihnen ? le Hollandais ne rêvant que navigation , emploie à cet effet , Hoe 
vaart U? et le souhait qu'il adresse à l'ami qu'il quitte est: Vaarwel ; 
l'Anglais dont l'âme est commerce et entreprise, et y trouva son bonheur 
terrestre, accoste son ami par ces paroles : Hoiv do you do; ef enfin le 
Belge , ayant été courbé depuis quelques siècles sous la domination 
étrangère , n'a pas une expression nationale pour souhaiter du bgnheur à 
son ami en le saluant, si ce n'est que le Flamand se sert de son goeden dag, 
dont l'origine pourrait dater du temps de ses fabriques où l'on tâchait , 
par son ardeur pour le travail , de gagner une bonne journée. La même 
chose pourrait se rapporter au débitant, dont le grand débit ou la bonne 
vente faisait sa bonne journée ou goeden dag. 

on les voyait, s'embrasser, jusiju'à s'étouffer, ils se baisèrent réciproi|uenient les mains. 
On voulait réintroduire la vénération que les Romains avaient pour le côté droit. De là 
les baise-mains si fréquents : on en exécuta l'action à chaijue rencontre d'une con- 
naissance. On commençait les lettres par ces mots : Je viens vous baiser les umins. 
(■Du Laure, Hist. de Paris.) 

Les esclaves ou paysans russes ont encore l'habiliide de baiser la main droite 
de leur patron après une absence un peu prolongée : le comte russe, basile Patotzki , 
avec qui j'ai voyagé en juin dernier (1859), en qualité d'intreprête, m'a dit qu'à son 
retour dans ses propriétés plus de 20,000 paysans, se présenteront sur son passage pour 
lui baiser la main droite. 

' Le Français est occupé à changer sa formule de civilité ; au lieu de dire : comment 
vous portez-vous? il commence à dire : comment allez-vous? Est-ce que cela 
provient que depuis que la Francii est sillonnée par des voies ferrées, peu de personnes 
marclienl de pied, et que la faculté de pouvoir marcher passe pour quelque ciiose de 
louable ? 



— 199 — 

Par la chute conipliHe du druidisme et celle du culte rendu aux mythes 
Scandinaves, l'art de s'uénr fut séparé de la prêtrise et de la devination, et 
devint à la longue une profession toute spéciale ; mais à défaut de sciences 
auxiliaires, telles que la physique, la chimie, la zoologie, l'anthropologie, 
la psychologie , la pathologie, la pharmacie et la chirurgie, l'art médical 
continua encore longtemps de reposer sur un tas de vieilles superstitions 
païennes. 

Cependant on y mêlait également la religion chrétienne : le médecin 
borné dans ses connaissances, trouvant un grand nombre de maladies 
dont il ne connaissait point la cause, ni les moyens de les guérir, con- 
seillait, dans son ignorance, au patient d'avoir recours à l'intercession des 
saints, et de grands pèlerinages furent entrepris dans le but d'une guéri- 
son. Le bel art de guérir consistait jusqu'au XIII'' siècle en quelques 
recettes d'Hippocrate , de Galeneus et de l'Arabe Avicenna. Parmi les 
médecins de ces temps-là les Uromantes jouaient le plus grand rôle, 
et leurs recettes se bornaient à quatre, qu'ils appliquaient à toutes 
sortes de maux, en regardant l'urine du patient. Ces remèdes étaient 
le succus rosarum , de Decarthamini , les saignées et les clyslères ou 
lavements. 

La botanique dormant encore profondément dans les langes des super- 
stitions païennes, fit des progrès très-lents ; on faisait jusque bien avant 
dans le moyen âge, consister la principale vertu médicale des plantes 
dans la manière de les cueillir. 

Cependant par l'introduction du christianisme, la main droite a rem- 
placé la main gauche, qui était considérée seule digne de faire une action 
méritoire, sous l'influence du druidisme et des mythes Scandinaves, et de 
donner de la vertu aux plantes. 

Pour donner de la vertu à quelques plantes, les superstitieux croyaient, 
encore longtemps, après la conversion des Belges au christianisme, qu'il 
fallait obseiver le croissant de la lune ; pour d'autres le décroissant du 
même astre et le point d'où soufflait le vent devait être observés; pour 
d'autres encore, celui qui les cueillait, devait être à jeun. Ils étaient dans 
la fausse croyance que ces conditions 'et quelques cérémonies religieuse- 
ment observées, donnaient à quelques-unes des plantes médicales, une 



— 200 — 

vertu miraculeuse et n ême surnaturelle. Le botaniste Dodoneus, qui écri- 
vit son Grand Herharms , au XVI^ siècle , y cite une grande série de 
plantes dont la vertu est telle, qu'elles peuvent empêcher le mal des 
sorciers et sorcières ^. 

Malgré le coup que le concile d'Agde, le premier d'Orléans et plusieurs 
autres ont porté contre les surperstitions païennes, et quoique les devinations 
par le sort aient été défendues par les capitulaires de nos rois (789), le 
torrent de la coutume l'a emporté sur les défenses. Le lecteur judicieux et 
clairvoyant apercevra que la société est encore infectée de superstitions 
païennes. Il en trouvera quelques-unes, défendues par St.-Eloi, nommées 
dans sa liste « De Rectitudine catholicœ conversationis , » dans la chaumière 
du pauvre, dans l'habitation du fermier, dans l'atelier de l'industriel, 
dans la maison du bourgeois et dans les salons du noble. Les antiques 
absurdités exercent encore leur empire dans la vertu médicale des plantes ; 
dans la croyance à l'influence des phases de la lune, et dans celle à la 
puissance surnaturelle des devins et devineresses. Qui n'a pas vu dans nos 
places publiques des devins dans un drôle d'accoutrement appeler les 
personnes dans leur bureau pour dire leur bonne aventure? Dans les grandes 
villes même on trouve parfois des devineresses dans les rues. Pendant un 
séjour assez long, que j'ai fait dans la capitale de la Belgique, j'ai vu une 
diseuse de bonne aventure s'approcher tout doucement d'une grande maison 
et demander à une demoiselle qui se trouvait à l'une des fenêtres si elle ne 
voulait pas connaître ce que la Providence lui destinait! Nulle part, je n'ai 
vu plus de charlatans de tout genre que dans la capitale de la France, dont 
on ne cesse de vanter les progrés dans les sciences ! Que la raison de 
l'homme est lente! 

Puisse les recherches que nous avons faites pour établir l'infÏMence de la 
religion sur l'emploi des mains et les absurdes superstitions païennes, que 
nous avons alléguées à cet égard , éclairer la société , la défaire de ses vieux 
préjugés et enfin la rendre plus chrétienne; nous aurons obtenu la grande 
récompense, à laquelle nous avons visé, en publiant cet écrit ! 

* DoDONEL's, Herharius, pages 42, 77, 121, 202, 222, 223, 371, 380, 47-i, 
513, 610, 759, 1071, 1080, 1112, 1181, 1329, 1462 et 2495. 



Aniui/,.- ih /AcfirWmj, if Arc/iMmt/l , mXlV/'ii 




I 



g 1 \f,:ires 



(inriK iiomam: dk saint skiivais 



UNE 

ANCIENNE CRYPTE ROMANE 



PAR 



M. Alexandre SCHAEPKENS , 

Membre coriesiiMiiil.iiiI do l'AcacIPinii', chevallier (te l'imlre do la 
Ooiiroiiiie de Clièiie, etc. 



Nous avons publié ('ti ISIG , dans le Messuger des Sciences , de Gand , 
une vue de la crypte de l'éi^iise de saint Servais, à Maestricht, en donnant 
le dessin et la description d'un ancien sarcophage qui s'y trouvait ancien- 
nement. Nous venons élucider le dessin de ce monument tant regretté, 
par une courte description qui ajoute quelques détails à ceux qu'en a 
donnés YAnmiaire du Limbourg de l'année 4828. 

Un plan de la crypte, reproduit d'après celui de V Annuaire, 
complétera le souvenir qui nous reste de cette ancienne chapelle souter- 
raine dont les spécimens sont bien rares dans nos contrées. Cependant, 
une partie de l'ensemble existe encore sous le pavé de l'église ; c'est un 
troisième caveau qui contient plusieurs anciens tombeaux et qu'on prétend, 
avec assez de probabilité, avoir été le lieu de sépulture primitive du saint 
tutélaire de l'église. Cette petite crypte basse se trouvait sous l'autel 
dédié à saint Servais, qui fut le seul existant dans l'ancienne église. 
La circonstance que cet autel est placé juste au-dessus du caveau , est de 
nature à y faire chercher le tombeau de l'illustre apôtre de la foi, qui, 
selon Grégoire de Tours, fut enterré près du chemin public. 

La crypte de saint Servais de Maestricht , qui fut démolie < au com- 

' Elle fut démolie en 1811 ; et pour subvenir aux frais de la destruetioii de cet inti'- 
ressant édifice , on lit une collecte qui produisit einii mille francs. 

• (Aimunire de lu province de Lhnbounj, ainii'e l8i.Sj 



— 20:2 — 

niencenit'iit de ce siècle , était décorée de p(>iriliires murales. Ses colonnes 
étaient [leiiitos et leurs chapiteaux étaient dorés; d'autres frai;ments de 
peinture se montrèrent sur les murs, lorsqu'en démolissant on en lit tomber 
la chaux. 

La crypte mesurait en hauteur quatorze pieds, dont huit sous le pavé 
de l'église et six au-dessus '. La voûte se composait de douze carrés, 
et chaque carré était croisé en voiHe d'arête. Du point d'intersection des 
quatre arêtes, pendait un anneau de fer. La maçonnerie des voûtes était 
en pierres brutes. Les chapiteaux avaient des ornements de feuillages et les 
ouvertures ou fenêtres, dont quatre de chaque côté, étaient décorées de marbre 
noir et munies de barres de bronze tournées en torse. Un banc de pierre 
faisait le tour des murailles à l'intérieur. Le pavé était couvert de pierres 
sépulcrales plus larges à la partie supérieure qu'à la partie iq/érieure , 
en forme de sarcophages ; on ne voyait sur celles-ci ni inscriptions ni 
sculpture; mais là où ces pierres manquaient il y en avait de grandeurs et 
de formes différentes , et quelques-unes étaient unies sur le i*evers ou 
du côté retourné qui touchait la terre; elles portaient des figures 
tracées en or, et une inscription en vers latins ayant trait à l'histoire de 
saint Servais. L'état de ces signes ou caractères, effacés en partie par l'hu- 
midité et l'absence de quelques-unes de ces pierres ne permettait pas de 
trouver le sens de ces inscriptions. Extérieurement il y avait quatre entrées, 
deux aux côtés de l'autel de saint Servais placé devant le chreur, et deux 
autres aux côtés du chreur. Au fond de la crypte, vers l'orient, se trouvait 
l'autel qui était en pierre jiume dure, couvert d'une pareille pierre en 
forme de table avec un bord saillant. Sous cette table se voyait une cavité 
quadrangLilaire de la dimension d'un pied et demi. Dans ce vide se trouvait 
une boîte en plomb contenant de grands ossements enveloppés dun suaire 
de toile blanche à bordure rouge. Derrière cette table de l'autel se trouvait 
un socle en pierre de la hauteur d'environ deux pieds, soutenant un 
sarcophage, également ^ en pierre long, de cinq, large de trois et haut de 



* Le pied de Liège a 29 centimèlres 11 millimètres. 

' (>e sarcn))li;i;.,'(' en pitiTc, qui existe eiirore, a également été publié dans le .l/e.s'.tffj/er 
et acmnip^igne la vue de la crypte. 



— 203 — 

quatre ]iinls. Au-flessus de cette cliâsse en pierre on lisait sur une tablette 
en bois : heliq. Mon. Gond. Cand. & Val. * tracé en lettres d'or. 

Le tombeau dit de saint Servais, à côté de l'autel de la grande crypte, 
était en marbre noir et rouge. Il mesuiait en liauteur un pied et demi. 




TOMBEAU EN MARBHE DANS LA CRYPTE DE SAINT SERVAIS. 



On croit que la pierre horizontale qui le couvrait était la même sous laquelle 
le saint fut enterré près du chemin public. Cette pierre était protégée par 
un couvercle en bois, pour que les pèlerins et les dévots n'en pussent 
détacher désormais des morceaux qu'ils gardaient comme des reliques. 
Il y avait un chandelier près ou sur le tombeau , sur lequel on allumait un 
cierge les dimancheset jours de [été. 

En face de l'autel et du tombeau que nous venons de décrire, se trouvait 
une petite crypte recevant le jour par une fenêtre de la grande crypte. 
Elle contenait un grand tombeau au-dessus duquel on lisait sur le mur, 
écrit en lettres noires : hujns al taris 1579, c'était une partie d'une inscription 
tronquée par une arcade en briques trop moderne pour avoir rapport à ce 
monument. Dans la crypte suivante il y avait une niche carrée noircie par 
la fumée d'une lampe qu'on y allumait depuis un temps trés-reculé. 

Quand on enfonça les voûtes de la crypte, il resta une partie du clnetir tle 



* Reliqiii^s dos saints Momilplir , (Inndiilplir , ('amiiilc ri VaU'iiliii. 



— 204 — 

rp;;lise sous IiU[nelle la crypte ne s'étendait pas, toujours plus élovée que le 
pavé de la nef de l'église. En déblayant ce terrain, qui se composait de 
couches de terre de différentes couleurs comme superposées successivement 
pour atteindre le niveau, on n'y trouva que des décombres mêlés d'osse- 
ments d'animaux. Ici encore il y avait deux fondements peu épais faits en 
pierre tendre des carrières des environs de Maestriclit. Ils s'étendaient 
parallèleinent à l'axe de l'église vers l'orient, divisant tout cet espace en trois 
compartiments égaux. Dans celui du milieu, on découvrit sous le pavé du 
cliû'ur un sarcophage en pierre que les ouvriers brisèrent par imprudence, 
et les ossements qu'il contenait furent joints à ceux qui se trouvaient dans 
la crypte. Devant l'abside se trouvait un mur droit, allant d'une tour h 
l'autre. Il avait une largeur de six pieds et portait en partie le maître-autel 
du chœur. On prétend que l'abside et l'autel furent joints postérieurement 
à l'église. Le sanctuaire était anciennement décoré de figures et de fleurs 
en peintures murales qui se montraient, par endroits, là où la chaux s'était 
détachée. On voyait également les traces de deux arcades, une d* chaque 
côté ; elles étaient murées depuis longtemps, et elles avaient les dimensions 
de celles des nefs collatérales de l'église. 

L'autel du chcrur était en pierre jaune dure. La table était d'une pierre 
tiès-lourde et, d'après l'avis des architectes, de la qualité la plus pondé- 
reuse de celles connues dans la ville. Le bord ou moulure supérieure faisait 
partie intégrante de la table, qu'on pouvait enlever. Sous cette pierre ou 
tablette on découvrit une excavation en forme de parallélogramme de la 
longueur de deux pieds et demi et profonde d'un pied et demi. Celte 
ouverture dans le cube de l'autel était fermée par une table en granit. 
Une châsse en plomb, ta peu près des mêmes dimensions, s'y trouvait; son 
couvercle, de même métal, était fermé avec des courroies et des cordes. 
En ouvrant cette châsse, on y trouva quelques grands ossements enveloppés 
d'un linge blanc bordé d'une frange rouge. D'après l'inscription de la 
châsse en cuivre ', ces ossements appartenaient à saint Servais. Cet autel 
avait été agrandi à une époque reculée. La partie postérieure, sur laquelle 

' Vnir la ;.;r;tviiri!ell;Mii'S',Ti|ili{tii de crUi' rliàs^p dans le Timordr l'nii (ni< i('ii,\'^\nndic 
XIII. ti le Mcisuger des Siic.iires liisloiiqucs de (jaml , anin'i' 1849. 



— 205 — 

reposait la châsse de saint Servais, était également de forme cubique, mais 
de trois pieds plus élevée que la table de l'autel. Dans cette partie en retraite 
de l'autel, faite en pierres jointes ensemble, se trouvait un tabernacle en 
bois pour l'ostensoir. Après avoir ôté ce tabernacle on trouva une ouverture 
en carré long de deux pieds et demi. Par cette ouverture on vit que plus 
bas dans le cube il se trouvait une espèce de chapelle voûtée, décorée de 
fleurs et de couronnes peintes. Elle avait probablement servi à contenir des 
reliques '. En démolissant cet autel on trouva entre les jointures des pierres 
des monnaies de petites dimensions, qu'on a prises pour des pièces des 
évèquesdeLiégedu XIII""' siècle. Ces monnaies étaient très minces et por- 
taient le coin seulement d'un côté, on les désignait sous le nom de Draetia. 

Collette ^ donne l'inscription suivante de la lame en cuivre qui couvrait 
l'endroit où se trouvait autrefois l'autel ou tombeau des évoques de 
Maestricht, saints Gondulphe et Monulphe. 

Divis Monnlpho et Gondulpho tiitelarihus. Hic suh momimento terra 
recondita deposita fuere corpora SS. Monniphi et Gondulphi Episcoporum 
tutelarium hujus Ecclesiœ , qiice subseqiientibiis annis ob hmçjnem sanctita- 
tis et miracidorum luceni translata fuere et adjimcta corporibus SS. Va- 
lentini et (Àindidi similiter Episcoporum in altari crijptœ hujus Ecclesiœ 
sancte qniescentum anno MXXXIX a Nithardo Leod. et Gerardo Camera- 
censi Episcopis. 

Sur le bord de la lame en cuivre on lisait d'un coté cette inscription 
qu'on a copiée de l'ancien monument ou autel : 

EXCITUS HAC ARCA MONULPHUS 

AQUIS QUE DICATO 

GOXDULPHUS TemPLO, SE REDIT 

UTERQUE IIlERARCHA. 

De l'autre côté : 

Terra in qua stas sancta est. Solve calceamentlm de 
pedibus tuis.'. exod. 3. 



^ Gi'tte (■iiapi'lle on fiuir niesurail six à S('|it, iiieils. 

"^ Dans son oiivraL'u rnaimscni sur la ville de Maustriclit. 



— 206 — 

On pont conclure de ceci que puisque nos ancêtres ont lionoré le 
tombeau des saints Monulphe et Gondulphe d'un autel , pourquoi ne 
l'auraient-ils pas fait pour saint Servais , le patron de l'église ? Par 
conséquent, le tombeau de saint Servais pouvait se trouver sous l'autel 
dédié à saint Servais et dans la plus petite crypte, par la raison que 
l'autel, dans les plus anciennes églises, se trouvait sw le tombeau du 
martyr ou patron du temple. L'ancien usage qui a existé d'enterrer des 
saints tutélaires ou les grands hommes au milieu de l'église est confirmé 
par le tombeau de saint Lambert ([ui se trouvait à l'entrée du chœur de la 
cathédrale de Liège, et celui de saint Hubert qu'on voyait dans l'église de 
Saint-Pierre , prés de Maestricht , dans une petite crypte semblable à 
celle de saint Servais, 



CURIOSITÉS GÉNÉALOGIQUES 

PAR 

F.-V. GOETHAIiS, 

Conseiller de l'Académie. 

I. 

DU CHASTEL DE BLANGERVAL. 

La partie la plus ancienne de la généalogie de la famille du Chastel de 
Blangerval est due au génie du moine Philipjie d'Assignies. Cette œuvre 
curieuse a été revue et augmentée par le héraut d'armes van Berckel. Nous 
avons cru devoir la respecter, et nous nous sommes bornés à la compléter 
d'après des documents certains. 

I. Elberon, siredeNeufcliastel en Ardennes, dominant un domaine qu'il 
avait reçu de la libéralité de Henri de Luxembourg, comte d'Ardennes, en 
présence de Thierry, évêque de Metz, d'Adalbéron de Luxembourg , prévôt 
de St. -Paulin, à Ti'éves, et de Hugues, seigneur de Villersy. Au haut 
d'une montagne baignée d'une petite rivière qui se jette dans la Meuse 
près de Logny, le sire Elberon fit construire un beau château que les 
habitants de la localité ont appelé le Neuf-chastel ou Neufchastel. Il épousa 
Judith d'Argemj. Il adopta pour armoirie un écu d'argent à un château 
de gueules. 

De ce mariage naquit un fils, qui suit : 

II. Godefroi, sire de Neufchastel, forestier d'Ardennes, fut envoyé vers 
Ogine de Luxembourg, comtesse de Flandre, à l'effet d'obtenir une transac- 
tion au sujet de la terre de Munsdorf qu'elle avait reçue en partage et que 
son frère Théodore de Luxembourg désirait d'avoir (1015). Il épousa dans 



— 208 — 

la ville d'Arras Bertlie de Villcrs, lille unique el héritière de Jean, sire de 
Villers, dit le Preux, laiiuelle lui porta eu mariage les terres de Villers, 
de Neufville, de Marquin, d'Mermavilie et de (fourrières. Godefroi, sire de 
Neufchastcl, est décédé en 1029 et sa feuime en 1035. Leurs restes mor- 
tels furent inhumés dans l'église de l'abbaye d'Aval au Luxembourg. Elle 
portait d'a/Air au chevron dor. 

De ce mariage sont nés deux fils, savoir : 

1" Baudouin , qui suit : 

2» Gilles, sire de Villers , mort en 1079, à l'âge de 81 ans , épousa Béatrix 

de Nielles, lille de Robert, seigneur de Nielles. Ils gisent à l'abbaye 

d'Eslrun. Nous donnons leur postérité ci-a[irès. 

m. Baudouin, comte du Chastel, épousa Herinentrude, ^comtesse de 
Montfort, lille de Renaud, comte de Montfort et de Rekeline de Gfoesbeke. 
Selon les généalogistes il fut créé comte par l'empereur Henri. Il tlorisaient 
en 1059. 

Ils ne laissèrent qu'un fils, savoir : 

IV. Godefroi, comte du Chastel et de Homberg, épousa, Clémence ou 
Erraensinde, comtesse de Longwy, veuve de Conrard , comte de Luxem- 
bourg, 1080. 

De ce mariage naquirent : 

|o Folmar, qui suit : 

2° George du Chastel suivit quelque temps l'empereur Lotbaire II en ses 

guerres, puis se fit moine à l'abbaye de Prum dont il devint abbé; 
3» Helinde DC Chastel, mariée à Gérard, sire de Renecke; 
4° Clémence du Chastel, mariée à Aiberon de Renecke , fils bâtard de (îtiil- 

launie, duc de Brunswyck. 

V. Folmar, comte du Chastel et de Homberg, épousa Clémence de 
Ligniville, fille de Folmar de Ligmville et de Mathilde de Metz, dame de 
Ligniville; laquelle portait un écusson losange d'or et de gueules. 

Ils laissèrent deux enfants, savoir : 

1° Folmar, qui suit : 

2" Hugues, ciunle de Ligniville par inféiiil;ih(iii de reiiqx'n'iir Frédéric eu 
1189, prit les armoiries de sa mère el l'poiisa , h]o. de Dullendarf, lille 



— 209 — 

d'Alfred, landgraf de Diilleiidorf. Ils gisent à Ligniville. Elle portait un 
écusson bandé d'azur et d'argent, de huit pièces, au lion de gueules 
couronné d'or, sur le tout. 
De ce mariage sont nés trois enfants, savoir : 

A. Folmar, comte de Ligniville , seigneur de Romeville, épousa Irène de 

Dommartin. Us sont les auteurs des comtes de Ligniville en Lorraine ; 

B. Conard de Ligniville, seigneur de Ryst, chevalier teutonique, commandeur 

de Boukenhem , noyé au passage du Danube ; 

C. Hugues le ISnir, sire de Vauflans, chef des sept cantons Suisses lors de la 

guerre de Herman , marquis de Baden , épousa Elisabeth , comtesse de 
Manderscheyt, fille de Guillaume , dont une iille , savoir : 

Gerberghe, dame de Vauflans, mariée à Henri, comte de Solms, fils de Henri, 
comte de Solms, et d'Agnès, comtesse de Zeyne, 1289. 

VI. Folmar, comte du Cliastel et de Homberg, épousa Sophie de Man- 
derscheyt, fille de Fulco, 124i2, dont il eut un fils, savoir : 

VII. Henri, comte du Cliastel, de Horaberg et de Metz, épousa Alphie, 
comtesse de Seyne, avec laquelle il donna les dîmes du domaine du Chastel 
à l'abbaye de Saint-Corneille en 1276, où ils ont été inhumés. 

Ils n'ont laissé que deux filles, savoir : 

•1" Alphie, comtesse du Chasiel et de Metz, mariée à Renaud de Lorruim , 
fils de Frédéric, duc de Lorraine. Ils gisent à Metz dans la grande éi^iisc; 

2° Marie, comtesse de Homberg, mariée à Lothaire, comte de Falkenstein. 
Sa sœur aînée hérita du comté de Homberg. 



III. Gilles DU Chastel, sire de Villers, fils de Godefroi , sire de 
Neufchastel , forestier d'Ârdennes, et de Berthe de Villers , reçut en partag;e 
les biens de sa mère, situés en Artois, où il vint se fixer en 1076. Il épousa 
Béatrix (ie Nielles, fille de Robert, seigneur de Nielles, chevalier, laquelle 
portait un écusson de sable à cinq fleurs de lis d'or. Il adopta pour 
armoirie l'écusson de sa mère, d'azur au chevron d'or, brisé d'un franc 
canton d'argent au château de gueules, ce qui se prouve par son scel 
pondu à une charte par laquelle Gérard, évoque d'Arras, donna, du con- 
sentement de Gilles, sire de Villers, à l'abbaye d'Estrun, les dîmes 



— 210 — 

d'Hermaville, en 1078. Il mourut en 1079, âgé de 81 ans et fut enterré 
à l'église (le Villers. Sa femme a été inhumée dans l'église d'Estrun près 
de sa fille. 

Ils ont laissé quatre enfants, savoir : 

1» Foulques, sire de Neufville , se croisa avec ses frères et combattit fort 
vaillamment i la prise de Jérusalem. 11 mourut peu de temps après de ses 
blessures ; 

2" Hugues le Brun , créé chevalier à la prise de Jérusalem par Godcfroi de 
Bouillon , se trouva eucore dans d'aulres entreprises militaires des croi- 
sés contre le calife d'Egypte. De retour en Artois, il retrouva en vie sa 
femme Marie de Nedon qui portait un écusson d'hermines à la bande d'or 
évidée de gueules. Hugues le Brun en mémoire de sa participation à la 
croisade , changea les armoiries adoptées par son père , accompagnant le 
chevron de trois croisettes recroiseltées d'or au pied fichu «t prenant pour 
cimier le château de gueules au lieu du buste armé; * 

3° Baudouin, qui suit : 

4-0 Denise du Chastel, religieuse à Esirun. 

IV. Baudouin DU Ch.\stp:l , Seigneur de Villers, d'Hermaville et de 
Courrières, é^ousii]]M\\i\\ne de Mottenghien, fille de Mainfroi, seigneur 
de Mottenghien et de V\'arliizpl. 11 se croisa avec les seigneurs chrétiens et 
combatit dans les rangs de Robert, comte de Flandre, à la prise de 
Jérusalem. Le roi de Jérusalem Godcfroi de Bouillon le créa chevalier du 
saint sépulcre pour le récompenser de sa belle conduite au milieu de ses 
braves compagnons d'armes. Baudouin, sire de Villers, adopta pour ar- 
moirie un écu d'azur au chevron d'or accompagné de trois croisettes 
recroisettées d'or au pied fichu, et aussi, de même que ses frères, il prit 
pour devise : S'il plaît à Dieu, voulant signifier par ces mots qu'ils 
vaincront les Sarazins avec l'aide de Dieu .Harduine de Mottenghien portait 
un écusson d'argent à la bande fuselée de gueules. 

Us eurent deux garçons, savoir : 

lo Thibaut , qui suit : 

2o P.obert du Cuastel, évèque d'Arras, mort en 1131 , donna à sa Cathédrale 
un grand chandelier de cuivre à sept brançiies pour le service de la grand messe. 
Il fut placé derrière le maître autel. 

V. Tliihaiil F)r (Iii.vstki,, seigneur de Villers, d'IIeriuaville et de Cour- 



— 211 — 

riôres, mort en 1153, épousa Mélisende de Poix, dame de Cheville. Ils 
fondèrent une très-belle chapelle en l'honneur de Notre-Dame dans l'église 
paroissiale de Villers. Cette fondation fut confirmée par Robert du Chastel, 
évêque d'Arras, son frère. Ils gisent dans cette église. Mélisende de Poix 
portait d'argent à la croix ancrée de sable. 
Il a laissé trois enfants légitimes, savoir : 

1'^ Baudouin, qui suit : 

1° Eiberon du Chastel tua son frère bâtard et s'enfuit en Angleterre où il 

embrassa la vie religieuse dans Tabbaye de Westminster; 
3" Alix DU Chastel, mariée à Gervais de Saint-Aubin, chevalier, seigneur 

de Sclialven. 

II laissa aussi un bâtard : 

4° Robert du Chastel, dit à^Urliis. parce qu'il fut capitaine du château d'Urlus 
entre Cens et La Bassée. C'était un capitaine aventureux : il parcourut 
toute la Picardie , de manière que son nom seul suffisait pour répandre 
répouvante et la consternation. Sou frère l'a tué. 

YI. Baudouin du Chastel, seigneur de Villers, d'Herraaville, deCour- 
rières et de Cheville, épousa Eve, tante d'Eustaclie, seigneur de Neufville, 
chevalier, qui contribuagénéreusement à la fondation de l'abbaye du Verger, 
ainsi que Baudouin du Chastel, Guillaume, seigneur de Béthune, et 
Hugues, comte de Saint-Pol, 1197. Sa fenune portait un écusson d'argent 
fretté de gueules. 

De ce mariage naquirent cinq enfants, savoir : 

1" Libert, qui suit : 

2" Gérard du Chastel, seigneur de Cheville et de Courrières, bailli de Cassel, 
épousa Ehsabeth f/e Br//«e« , dame d'Emmerin. Nous donnons leur pos- 
térité ci-après; 

3" Henri DU Chastel, seigneur d'Hcrmaville, épousa Béatrix de Chastillon. 
Nous donnons leur descendance ci-après, 

4° Florence du Ch.vstel, abbesse de Notre-Dame de la Vigne , décédée en 
1226; 

5» Mélinde de Chastel, mariée 1° à Raoul, seigneur d'Inchy, et 2" à 
Antoine de Harres , tué à la prise du château de Kemperlée en Nor- 
mandie. 



212 

VII. Libert nu Chastel, seigneur de Villers, épousa Marie de Boninival. 
Libert, seigneur de Villers; Godefroi, seigneur de Bréda ; Wauthier de 
Bierbais ont figuré dans un acte de cession de l'avouerie de Vivegnies et 
de la pêcherie de Herstal, faite par Jacques de Walcourt, dit de Clermont, 
à Henri I«^ duc de Brabant, 12^3. 

lis n'ont eu qu'un fils : 

.lac(jueiniii DU Chastkl, seignour de Villers, et d'Oppaiii, en partie, du chef 
de sa mère, épousa lilisilde de Palhi, qui purlait un éciissou de gueules 
à la fasce d'iierinines. 



VII. Gérard du Chastel, seigneur de Cheville et de Courrières, était 
fils puiné de Baudouin du Chastel, seigneur de Villers, irHermaville, 
de Courrières et de Cheville. Il fut bailli de Cassel eu 1201 et épousa 
Elisabeth de Brimeu, dame d'Emmerin. 

Ils ont eu trois enfants : » 

1° Baudouin, qui suit : 

2" Gilles du Cu.\stkl , cjrand faucoiuiier de Robert II, comte d'Artois, mort 
à la bataille de (iroeiiiiiglii! en 1302, époiis;i (îertrude de MotU'nijhien . Ils 
gisent dans féglise de Suinl-Berlin à Poperinglie. De ce mariage est née 
une fille, savoir: 

Ritrude DU Chastel, mariée : 1" à Edmond, comte de Snint-Sandumier , ehambellan 
d'Edouard II, roi d'An;,deti'ne; et t" à Robert, dit Herfort, comte de Harwirk. 
Elle est décédée à Londres, l'an 1323. 

3" Alix DU Chastel, mariée à Gilles de Beauvoir, fils de Matthieu de Beauvoir 
et de Jeanne de Bousies. 

VIII. Baudouin du Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, d'Emmerin 
et de Courrières, épousa, en premières noces Yolande rfe. If a W(7//it'w/, fille de 
Philippe; et en secondes noces N. Bebrevielles , décédée en 12'.)7, fille de 
Robert Rebreviettes et d'Ide de Freref. Après la mort de sa seconde 
femme, il se retira dans la forêt de Nieppc, oii il construisit un hermitage 
et lit bâtirunc belle chapelle. M. le professeur Lecouvet le c(uupreud parmi 
les ascendants des comlcsdu Cliaslel de la llowanlric yivj^r Hù de la in»tice 
sur celle siîi^uciirie. 



— 213 



Il eut du premier lit 



i" Jacquemon, qui suit : 

2" Baudouin du Ghastel, seigneur de Chaumesnil, épousa : 1" Élconore de 

Bambeeclte, décédée sans enfants; et 2^ Suzanne de Merlemont. Nous 

donnons sa postérité ci-après; 
3" Olivier du Ghastel fut décapité à Lens pour avoir assassiné Golard 

Grenet, pasteur du dit lieu. Il avait follement dépensé toute sa fortune ; 
40 Rasse du Ghastel, seigneur de Londergliem, épousa Marguerite de Pernes, 

fille de Robert de Pernes et de Marie de Lagnicourt. Nous donnons leur 

descendance ci-après; 
5° Félicité du Ghastel, religieuse au Grand-Bigard lez-Bruxelles, décédée 

en 1300. 
6" Jean du Ghastel, chevalier, seigneur de Thumesnil, d'Emmerin, et de 

Grésecques, châtelain du château de Rupelmonde, épousa Yolande de 

ISoyelles, fille bâtarde de Hugues, seigneur de NoyeUes, et de Marie 

de Pronville. De ce mariage sont nés, savoir : 

A. Isabeau du Ghastel, mariée à Matthieu de Uéthune, seigneur de Locres, mort 

l'an 1348; 

B. Hélène du Ghastel, mariée : 1» à Jean de Mrraumont, bailli d'Hesdin; et 2 à 

Baudouin le Preoost, chevalier, seigneur do Fouligny, mort sans postérité à 

Pecquencourt. Elle se retira au couvent des dames du Vivier, à deux heues d'Arras, 

où elle prit le voile ; 
G. Gillette du Ghastel, mariée à Aiard, seigneur du Vez et de Herren. Ge mariage 

fut cassé pour proximité du sang ; 
D. Giiarlotte du Ghastel, religieuse à l'abbaye des dames du Vivier, à deux lieues 

d'Arras. 

7" Jacques du Ghastel se retira en Angleterre à la suite de Robert d'Artois, 
comte de Beaumont. Il y est décédé en 1339. M. Lecouvet, ibid. p. 95 
confond Jacquemon avec Jacques du Ghastel ; 

8» Lucie DU Ghastel, mariée à Jean de Thoimrs, seigneur de Lacattoire. 

IX. Jacquemon du Ghastel, seigneur de Cheville, gentilhomme de 
Marguerite, comtesse des Flandre, mort avant son père, épousa Marie de 
Lo'jaucourt . La comtesse Marguerite lui accorda plus d'une faveur et lui 
promit, pour toute sa vie, robes d'écuyer tant qu'il serait écuyer, et celles 
de chevalier, ainsi que leti\aitement de chevalier, etavninepour trois chevaux, 
dès qu'il serait promu à ce degré de noblesse ou d'honneur. M. Lecouvet, 
ibid p. 90, le comprend parmi les ancêtres des seigneurs delà Howardrie. 

2.^ XVI its 



- 214 — 

De ce mariage naquit un seul fils, savoir : 

Baudouin du Chastel vendit tout son patrimoine à son cousin Germain 
Arnoud du Chastel, seigneur de Chaumesnil, avant d'embrasser la vie 
religieuse à l'abbaye de Saint-Vaast. Il devint prieur du monastère 
d'Azincourt. 



IX. Baudouin du Chastel, seigneur de Chaumesnil, était fils de Baudouin 
DU Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, d'Emmerin et de Courriéres, 
et d'Yolande de Maldeghem, sa première femme. Il épousa en premières noces 
Eléonore de Bamheecke, décédée sans enfants ; et en secondes noces Suzanne 
de Merlemont, portant un écusson de sable ta la bande d'argent chargée de 
trois merlettes de gueules. Baudouin, seigneur de Chaumesnil, et Suzanne 
de Merlemont achetèrent de Simon de Sacquespée, un bien sisàLignerœul, 
par lettres de 1319. 

Il laissa du second lit : , 

1° Josselin du Chastel, brùlé a l'âge de 12 ans dans la tour de Chaumesnil, 

par des soldats Anglais ; 
2" Arnoud qui suit : 

X. Arnoud du Chastel , seigneur de Chaumesnil et de Cheville, qu'il 
acheta de son cousin germain Baudouin du Chastel , épousa en premières 
noces la fille d'un gentilhomme parisien, originaire du Vermandois; 
en deuxièmes noces Jacqueline de Rolencourt; et en troisièmes noces 
Aldegonde de Montfiorel. 

Il laissa de son second mariage une fille, savoir : 
Marguerite du Chastel, dame de Chaumesnil, se maria avec Jean 
Tournay, dit XEncjlet. 



IX. Basse du Chastel seigneur de Londerghem, du chef de sa mère, était 
fils du Baudouin du Chastel, chevalier, seigneur de Cheville, et d'Yolande 
de Maldeghem, sa première femme. Il épousa Maguerite de Pernes, fille de 
Robert de Pernes et de Marie de Lagniconrt. 

De ce mari.igo sont nés deux garçons, savoir : 



— .215 — 

1» Janneqiiin, qui snil : 

2" Hum nu Chastel, écuyer, seigneur (rEmmerin et de Cresecques, épousa Anne 

de Thouars, tille du seigneur de Morlaigne. Nous donnons leur pustériîé 

ci-après. 

X. Janneqiiin du Chastel, seipeiir de Londerghem et de Courrièrei?, 
épousa Bonne de Veule, qui pointait un écusson de gueules à l'écusson d'ar- 
gent. Il céda par-devant les échevins de la ville de Lens à son cousin tous ses 
droits sur la seigneurie de Courrières. Ils n'eurent qu"un enfant savoir : 

Guillaume du Chastel, seigneur de Cheville, bailli de la ville et de la châtellen ie 
de Lens, puis chambellan de Louis de Maie, comte de Flandre, et de 
Pliilippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, épousa Isabeau de Lens, fille de Gilles 
de Lens, seigneur d'Ennequin. Ils sont décédés sans enfants. 



X. Hum DU Ch.\stel, écuyer, seigneur d'Emmerin et de Cresecques, était 
fils puîné de Rasse du Chastel, seigneur de Londerghem, et de Marguerite 
de Pernes. Il relevalaterrg d'Emmerin en 1357 deGaulus de Luxembourg. 
Il époussa Anne de Thouars, dont le père était seigneur de Mortaigne et 
laissa cinq enfants, savoir : 

l" Colard qui suit : 

2" Pierre ou Chastel, capitaine de trois cents fantassins pour le service de 

Louis de Maie, comte de Flandre, épousa Catherine, tille de Henri, 

seigneur de Hersin lez-Saint-Amand. 
De ce mariage naquit un fils savoir : 

Henri du Chastel , seigneur de Hersin, épousa Françoise Duwe& qui portait un écusson 
vairé d'or et d'azur au franc canton de gueules. Quelques-uns, parmi lesquels le 
héraut d'armes de Launay, ont présumé que les seigneurs du Bleu-Chastel et de 
AVisthout étaient issus du seigneur de Hersin , mais sans fondement. 

3" Anne du Chastel, mariée l» à Guy, seigneur d'Ostrel; 2° cà Jacques 

de Carnin, fils de George ; 
4 Nicole DU Chastel, mariée à Adrien de Sacquespée, fils de Michel de 

Sacquespée et de Jeanne de Mont-Saint-Eloy; 
o» Marie du Chastel, abbesse d'Estrun. 

XI. Colard DU Chastel, chevalier, seigneur d'Emmerin, deThumesnil et 



— 216 — 

de Courriéres en partie , épousa Florence d'Auherchicourt qui lui survécut, 
comme il conste de divers chirographes de 1372, 1380, 1393 et 1394'. 
Dans ce dernier titre elle se qualifie de dame douairière d'Emmerin et de 
veuve de Colard du Chastel. 

De ce mariage sont nés cinq enfants, savoir : 

1" Jean, qui suit : 

2o Florence du Chastel, dite i'Ainerin., mariée à Regnard à'Escaubeke écuyer ; 

3° Constance du Chastel , bénédictine à Avesnes ; 

io Madelaine du Chastel, dame de Thumesnil, mariée à Adrien de Sailly, 

seigneur de Bericourt en Vermandois, mort en 14.07, fils d'Adrien de 

Sailly et de Marie de Wavrin; 
5" Clémence du Chastel, mariée a Jean le Louchet , seigneur de Hingette, 

bailli de La Bassée , fils de Jean le Louchet , seigneur de La Haigrie , et 

de Catherine d'Are. • 

XII. Jean du Chastel, seigneur de Thumesnil, de Courriéres et d'Emme- 
rin, mort à la bataille d'Azincourten 1-415, épousa en premières nocesrtWichelle 
deBrmidenbourg, dont la mère était Catherine Boî</a7i(^; en deuxièmes noces 
Marguerite de la Vichte, fille de Jean de la Vichte et de Marie van 
Halewyn; et en troisièmes noces Madelaine le Preudhormne . 

Il laissa de sa deuxième femme quatre enfants légitimes, savoir : 

1" Jean, qui suit : 

2" Gilles du Chastel, abbé de l'abbaye au Bois, mort en 1458 ; 

3" Gérard du Chastel , chevalier, épousa Jeanne de Lens, dite de Rebecque. 

Nous donnons leur postérité ci-après; 
4.0 Catherine du Chastel, mariée à Baudouin de iîîcamex, seigneur deWagno- 

ville et de Crécy en Boulonois, l'an 1436. 

Il laissa en outre quatre bâtards, savoir : 

5° Thierry DU Chastel, roi de l'Epinette en 1435, épousa Clémence de la 
Rachie, fille de Jean de la Rachie et de Clémence de Croix. Au jeu de 
l'Epinette, il jouta en 1435 parmi ceux de Tournay contre les Brugeois. 
Il brisa d'un filet barré de gueules. 

De ce mariage naquit un fils , savoir : 

Grifîon Di' Chastel , srigneur de Wailly , lieutenant bailli de la forêt de Monnai en 
Hainaiit , épousa Jeanne de Noyelle.t. 



— 217 — 

6t> Guillaume du Chastel épousa Marguerite de Seure, fille deJeanrfe Seure. 

Ils i,nseut à Saint-Sauveur à Lille ; 
"o Charles du Chastel; 
8" Verfain du Chastel jouta avec ses frères Thierry, Guillaume et Charles, au 

jeu de TEpinette en 1435. 

Xlil. Jean du Chastel, chevalipr, seigneur d'Emmerin, de Thuraesnil, 
de Cheville et de Courriéres en partie, épousa Marguerite du Busqidel, dont 
le père était seigneur de Brande. Ils gisent à l'église de Thuraesnil, sous 
une belle pierre ornée de leurs armes et de leurs eifigies. 

En 14-40, Jean du Chastel vendit à V\n\ïi}\)ede Montmoi'enqf, seigneur 
haut-j;isticier de Courriéres, tous les droits qu'il avait sur cette 
seigneurie. 

Il a laissé deux enfants, savoii' : 

1" AiiLoine, qui suit : 

2° Blanche du Chastel , mariée à Hector, seigneur de Quinquenpoix , bailli de 
Thérouanne. Il portait de gueules à six châteaux d'argent 3, 2 et I. 

XIV. Antoine du Chastel, seigneur de Thuraesnil et de Cheville, écuyer 
de la maison de Philippe, archiduc d'Autriche, épousa Béatrix de Ga- 
vrelles, fille héritière de Jacques de Gavrelles, seigneur de Marconvelle, 
et de Sibylle de Caverel. Béatrix de Gavrelles fut la nourrice de François 
d'Autriche, frère aîné de l'archiduc Philippe, dit le Bel. 

De ce mariage naquirent trois enfants , savoir : 

1" Antoine du Chastel, seigneur d'Emmerin, lieutenant des archers de Marie 

de Hongrie , gouvernante des Pays-Bas ; 
2" Jacques, qui suit : 
3" Ferry du Chastel, seigneur de Thumesnil, mort à Saint-Omer en 1568, 

épousa : 1" en 1529 Jeanne de Poix, dame de Doucy; et 2" Jeanne du Prêt. 

Il gît dans Féglise de Sainte-Aldegonde de celte ville. 
De ce mariage naquirent. 

A Charles du Chastel, seigneur de Doucy, capitaine de cavalerie, fait prisonnier 
devant Cambrai en 1591, épousa Adrienne de Belle forrière, tille de Charles; 
B. Marie du Chastel, dame de Thumesnil, mariée à Emery Grebert; 
G. .Jeanne du Chastel, mariée: loàJean de Pitpance, qui combattit à la bataillr de 



— 218 — 

Saint-Quentin avec beaucoup de valeur; et "2" à André de Pieniionl , mort sans 
postérité à Milan en 1573; 
D. Brigitte duChastel, religieuse au couvent des dames nobles à Beaunioiit. 

XV. Jaciiiies du Chastel, seig-neur d'Emmerin, de Marconville, gentil- 
homme de la maison de Chaiies-Ouint et du roi Philippe II, pour lesquels 
il fut employé dans différentes ambassades, grand bailli et châtelain du 
château de Lille durant trente sept ans, mort le 8 juillet 1574, épousa Jeanne 
du Boîs de Fiennes, dame de Bours et de La Vacqiierie lez-Hesdin, décédée 
le 16 décembre 1559, fille de Jean du Bon de Fiennes, seigneur des dits 
lieux, et de Claire de Mièvre, dame de Blangerval, et de La Vacquerie. Ils 
gisent dans l'église des carmes à Lille devant le inaitre-autel. 

De ce mariage naquirent cinq enfants, savoir : 

jo Philippe qui suit : • 

2" Jean du Chastel dit de Bours, seigneur de Bours et d'Emmerin , servit 
quelques années le roi catholique. 11 mourut au siège de Touniay en 1581, 
avec la qualité de colonel d'une compagnie wallonne, son frère Ptiilippe fut 
s(ui légataire universel , 

3° Aladelaine DU Chastel, religieuse puis prieure à la Thieuloye lez-Ârras ; 

i" Anne ou Chastel, religieuse à Gonnay, en Artois ; 

5° Catherine duChastel, dame de La Vacquerie, décédée le 22 janvier 1G08; 
âgée de 70 ans, et inhumée dans l'église de la Thieuloye, se maria, le 18 
février 1555, avec Jean de Hihert , Seigneur de La Motte, de Beaurepaire 
et d'Esprenay, mort en IGU-i et enterré à Lillers. 

XVI. Philippe du Chastel, chevalier, seigneur de Blangerval, de Marcon- 
ville de Piolleghem et de Noyelles, fut reçu en 1552 dans la pagerie du roi 
Philippe 11 qu'il accompagna dans son voyage en Angleterre. Il se trouva à 
la bataille de Saint-Quentin et l'année suivante à celle de Gravelines; puis 
en 1550, il s'embarqua avec le roi poiir l'Espagne. Il fut fait chevalier de 
la propre main de Philippe 11 en 1503. Deretouraux Pays-Bas il fut capitaine 
du cliàl(>au de Lille, conseiller de guerre, gentilhomme de la bouche de 
Philippe 111 en 1574, enlin gouverneur et grand bailli d'Audenarde en 1607, 
épousa Marie de la Salle, darne de Terremaisnil et de Beaurains, décédée en 
16!26 et inhumée à Marquette, fille de Pierre de la Salle, seigneur de 
Terremaisnil, de l'.caniaius, Mnveuville, Mercatel, et de Mcolc Tiirp'in, dite 
de LuxjncviiiirL 



— 219 — 

Il hérita de la terre de Blangerval à la mort de son oncle maternel, et 
puis de celle de Rolleghem, à la mort de Charles de (jvmj, prince de Chimay. 

Conjointement avec sa femme, il donna en IGOO une belle verrière à 
l'église paroissiale de Rolleghem. 

De ce mariage sont nés : 

4" Maximilien, qui suit : 

2" Philippe DU Ghastel, mort le 31 décembre 1636, aux études à Douai; 

3" Charles du Chastel, chevalier, baron d'Ere par achat fait en 1629, seigneur 
de Terreniaisnil, capitaine d'infanterie, gniivernoiu- de la ville d'Arras , 
puis grand bailli du pays d'Alost, mort en 1603, épousa en 1611 
Isabelle ^nc^rea, décédée en 1651 , fille de Jérôme Andréa. Nous avons 
trouvé deux actes de relief que voici : 

« Du 6 août 1627, de Jean Copin, le jeune, comme procureur de messire Charles 
DU CuASTËL, chevalier, seigneur de Termenis, pour relief d'un fef à Rume 
à lui échu par partage à cause de sa femme des biens de feu Jérôme 
André. — Du 23 mars 1629, de messire Charles du Chastel, chevalier, 
seigneur de Termegnies.... pouretà raison de l'achat par lui fait par décret 
et adjugé au grand conseil de Malines qui fut appartenant à Robert de 
Bernemicourt, de la terre et seigneurie d"Ere. » 

Charles du Chastel a laissé deux enfants légitimes, savoir : 

A. Charles du Chastel, mort jeune; 

B. Suzanne-Tl4érèse du Chastel, dame d'Ere et de Terremesnil, se maria avec. Gaiiliej 

van der Gracht , chevalier, seigneur de Hulst et de '^Passchendaele , gentiliiomme 
de la bouche du cardinal-infant, fils de Guillaume van der Gracht et de Made- 
laine de Saint -Venant. 

Il laissa en outre deux bâtards : 

C. Charles du Chastel, lieutenant-colonel; 

D. François du Chastel, sa postérité s'est fixée à Bruxelles. 

4" Jeanne du Chastel, mariée, le 6 juillet 1608, à Sainte-Gudule de Bruxelles, à 
Marc-Antoine, marquis de Malvez-i, comte d'Airolla, seigneur de Santeimo; 

5° Anne du Chastel se maria, par contrat du 9 juillet 1588, à Jacques van 
der Meeren, chevalier ; 

6" Marguerite du Chastel, abbesse de Marquette l'espace de 30 ans, décédée 
à l'âge de 70 ans, le 18 mai 1647 ; 

7" Âdrienne du Chastel, religieuse à Marquette, décédée en 1660; 

8f Philipotte du Chastel, décédée le 31 décembre 1636, mariée à don 
Balthazar Lopei del Arbol , capitaine de cavalerie au service espagnol, 
puis lu^tenant mestre de camp au Pays-Bas. Elle git à Marquette ; 



— ."220 — 

!)" Jacqueline DU Chastei. , décédée à Marquette, le 14 iiiiirs 1636; 
10" Hélène Di: Chastel; 
11" Marie du Chastel; 
12» Catherine DU Chastel. 

XVII. Maximilion du Chastel, chevalier fait en 1615, seigneur de 
Blangerval, de RoUegliem, de Bours, de Pétiioii, colonel d'infanterie en 
1624, gouverneur et grand bailli d'Audenarde, épousa Suzanne Andréa, 
dame de Pétrieu et de Lettenhove, fille de Jérôme Andréa, marchand à 
Anvers, et d'Isabelle Moucheron. 

Ils laissèrent dix enfants, savoir : 

1" Charles DU Chastel, mort jeune et enterré à l'église de St-Pierre, à Gand; 

2" Jérôme-Philippe, qui suit : 

3° Philippe DU Chastel, seigneur de Pétrieu, visita le SaintiSépulcre à 

Jérusalem où il fut fait chevalier. .\ son retour il mourut à Chio le 18 

août 1664; 
4° Pliilipofte DU Chastel, mariée à Antoine Baudtiin, baron de.Vanoville, 

seigneur du Mauville, lez-Douai; 
5" Isabelle-Claire DU Chastel , mariée en 1629 à Jean van der Gracht, 

chevalier , seigneur de Brehaut , capitaine de cavalerie sous le marquis 

de Baden ; 
6" Claire-Éléonore du Chastel, décédé sans enfants, se maria avec Jacques 

à'Oslrel , baron de Fiers, seigneur de Gambligneulle; 
7» Marie du Chastel, religieuse à Marquette ; 
8o Jacqueline-Dorothée du Chastel, religieuse à Doirseele à Gand ; 
9" Jeanne-Françoise du Chastel, religieuse aux dames hospitalières à .\iide- 

narde ; 
10° Madelaine du Chastel, religieuse à Marquette. 

XVIII. Jérôme-Philippe du Chastel , comte de Blangcrval , par lettres 
patentes de Philippe IV, délivrées en 1661, seigneur de Rolleghem, La 
Vacquerie, etc., colonel d'infanterie et conseiller de guerre, gouverneur et 
grand bailli d'Audenarde, épousa en premières noces, en 1660, Louise, 
comtesse de Bellcforrière , décédée en couches de son premier enfant en 
1660, lille d'Alexandre, comXe de Delleforrière, baron de Sailly ; et en 
secondes noces, le 18 mars 1673, Marie Anne Michelle de Gand dite Villain, 
fille fie Philippe (/r f/r/z/^y, i\i[ Villain , mar(iiii> d'ilcm , et de Michclle- 
Fiancnise de Vaifnnt's. 



— 221 — 

Il eut du second lit : 

1° Guillaume François Joseph, qui suit : 

2" Alberic-Âdrien-Fnuiçois du Ciiastel , comte de Pctrieu, seigneur d'Houp- 
liiies et de La Vacquerrie, épousa, le 28 janvier 1706, Marie Ernesline de 
Hoitrliin, fille de Charles Claude de Houchin, seigneur de Longastre, et de 
Béatrix-Jeanne du Chastel de la Howardrie. 

Ils laissèrent cinq enfants, savoir : 

A. Alberic-Albert-François-Joseph du Chastel, comte dePétrieu, seigneur de Beauma- 

noir , épousa en premières noces au mois de mai 1763, Marie-Albertine de 
Lannoy, décédée à Lille, sans enfants , le 29 août 1772, fille de Pierre-Maxi- 
mWxen de Laiiiioy , seigneur deWasnes, comte d'Annapes, et de Marie-Françoise- 
Éléonore d'Aiigeruille; et en secondes noces, à Arras, le 28 décembre 1775, 
Aune de Pons-Henneponi, chanoinesse de Denain, née le 12 décembre 1745, 
décédée sans enfants en 1776, fdie de Claude-Alexandre de Pons, comte de 
Rennepont , capitaine de dragons au régiment de la Suze, et de Marie-Louise 
Chrétienne de Saint- BUinont ; 

B. Maximilien-Joseph-Jérome du Chastel, dit de Petrien, né le 15 novembre 171-i, 

a été reçu gentilhomme au collège de Mazarin,dit des Quatre-Nalions, à Paris ,1e 
12 août 1717; 

C. Isabelle-Eugénie-Charlotte du Chastel, chanoinesse de Moustier, décédée le 27 

mars 1766, âgée de 47 ans ; 

D. Marie-Ernestine-Anne du Chastel de Pétrieu, abbesse du chapitre de Denain, en 

1752; 

E. Philippe-Alexandre-Âlberic du Chastel, comte de Pétrieu, après son frère aîné, 

officier aux gardes wallonnes en Espagne. 
On lit dans la notice sur Howardrie par M. le professeur Lecouvet, page 65 : « Le 
dernier représentant de la maison du Chastel-Blangerval de Pétrieux, qui n'avait 
pas d'héritier direct , et qui servait dans le même régiment que Robert-François- 
Charles-Henri-Marie , comte du Chastel de la Howardrie, né en 1761, offrit 
à ce dernier de l'instituer son légataire universel, à la condition pour lui de 
prendre les armes de du Chastel-Pélrieux. Le comte du Chastel de lu Howardrie 
ne voulut point abandonner son antique blason. » En présence des faits que nous 
venons d'exposer, cette historiette est didicile à comprendre pour toute autre 
pi'rsonne qu'un membre de la famille qui s'est toujours évertuée à introduire dans 
ses fastes tous les événements qui dis'jngent et honorent ses homonymes d'Em- 
nierin et de Biangerval. La généalogie de ceux-ci semble avoir servi de modèle 
à Simon du Chastel, comme nous l'avons déjà insinué. 

XX. Gilbert-François-Joseph du Chastel, comte de Biangerval, seignetir 
de Rollpp;heni, épousa .\nne-Marie-rctroiullc-Mirhelle de Varenncs, fille 



22.2 

de Michel-François de Varennes seigneur d'Houplines, de Beaumanoir, et 
de Piiilipotte-Françoise de Gand, dite Yillain. 

Une fille leur survécut , savoir : 

Marie-Pliilippine-Albériqiie du Chastel, comtesse de Blangerval, se maria par 
contrat passé au château de Werquin, le 26 juillet 1716, avec François- 
Eugène, marquis (TAssignies, fils d'Octave-Eugène, marquis à'Assifjnies, 
avoué de Thérouanne, et de Marie-Florence deMarkais , dame de Werquin. 



VII. Henri du Ch.\stel, seigneur d'Herraaville, troisième fils de Baudouin 
DU Ch.vstel, seigneur de Villers et d'Heraiaville, épousa Béatrix de 
Chaslillon. ' , 

I" Hugues, qui suit : 

2° Folmar du Chastel, chevalier de Rhodes, commandeur de Vaillanpont; 
3» Jeanne du Chastel, mariée à Jacques de Raix, chevalier, seigneur de 
Forgeuiont. 

IX. Hugues du Chastel, chevalier, seigneur de Jesay et de Merigny, 
épousa Honorine de Chavanes, originaire de Bresse, dont : 

1» Gervais du Chastel, abbé de saint Riquier; 

2" Folmar du Chastel, seigneur de Jesay, épousa Alix de Belhencnurt ; 

3" Robert du Chastel, épousa Brelagne-Éléonore deiVarete?///; 

40 Begge du Chastel, mariée à Dragon, seigneur d'Arberg. 



CHOIX D'ÉPITAPHES 



ET 



D'INSCRIPTIONS COMMÉMORATIVES 

SUR MONUMENTS, DALLES ET PIEKRES FUNÉRAIRES EN l'ÉGLISE PAROISSIALE DE 
ST.-PAUL, ANCIENNE ÉGLISE CONVENTUELLE DES DOMINICAINS, A ANVERS; 

fopitfs sur flacc avtc annotations 

COMMUNIQUÉES PAR 

IM. Barthélemj DE PROOST, 

Architecte, membre effectif de l'Académie. 



L'église de S*-Paul à Anvers, ainsi que l'église collégiale de S'-Jacques, 
en la même ville, par le nombre de sculptures, tableaux, boiseries et 
autres objets d'art qu'elles renferment, sont à elles seules des musées. 

Tous les amateurs de5 beaux-arts, aiment h les visiter. Ces églises oniC 
le privilège, non-seulement de captiver l'admiration des artistes; maift 
aussi d'intéresser par le nombre d'inscriptions et d'épitaphes tous les amis 
de la science archéologique. 

Comme le titre de cette notice l'indique je n'occupe aujourd'hui le lecteur 
que des plus intéressantes inscriptions de l'église de S'-Paul. 

En se présentant de face devant le chœur de l'église, à gauche, on lit 
l'épitaphe du monument érigé en l'honneur de S'-Hyacinthe, 

D. 0. M. 

MARl^ DE DECKERE 

FILI.E. D. PETRI 

PASCHALIS DE DECKERE 

EQl'lTIS. 

DOMINI DE MONTELR)NE 

RANST ET MILLEGEM 

COR°!'i!! yiV'^ HOrTAPPEL 

VTTA SIM SCRIPTA 

LIBELLO. 



— 224 — 

Sous le monument que couronne la statue de S'-Dominique, on lit 

l'épitaphe suivante : 

D. 0. M. 

URBAXO DE PARIS 

QUEM URBANITAS IlOMLNIBUS 

PIETAS UEO COMMENDAVIT 

INTEGRITAS 

BRAB : ORDINIB. DEDIT QU^. STOREM 

ET 

ISABl» DE P^YLKENBURG 

PARENTIB. OPTIM SlBl OC SUIS P. C. 

JACOBUS DE PARIS 

EQUES. 

OB. ILLE X JAN. MDCXXXI ^T LXX 

ILLA AIJT. XV MAJI MDGXXXYil. .ET. LXXX. 

IN PAGE QUIESGAXT. 

Plus loin sur l'épitaphe du monument que domine la statue représentant 
S'-Pierre (Dominicain), nous lisons : 

NOB. Di° 

JO. BAPT. DE PARIS 

TOPARGH^. DE VREM-DYCK 

ET NOB. D:f 

ISABELL.4Î PHILIPPE. 

VAN DEN BRUGGEN 

CONJUGIBUS 

Petrus Van R. I. P. B.urscheit F'. 

L'épitaphe qui sert d'appui à la figure du Christ ressuscité, porte l'ins- 
cription suivante : 

CHRiSTO. RESURC. S. 

JOAN. FRANCISCO. CAPELLO 

NOBILI PATRITIO CUSALENSI 

EX ANTIUUIORI B° IN MONFERRATO 

TOPARGII.E IN EYCK. ETC. 

PHILIP. II. REG. HISP. IN BELG» ET GALLIA 

QU.4-: STORI. GRÂLI MILITI/E 

OBllT VI MAII A" MDCXII, /ETAT. LXXXIl. 

ET 

NOB. D. MARL-E BOXHORN 

ÉJUS CONINGI MARITUM SECHT/E 

IDIB. SEPT. A.MD.CXXV. 

Plis P.VRENTIRnS SUIS. 

HOC .MONUMENTU.M POSUIT. 



— 225 — 

Sur la môme épitaphe et dans un cadre inférieur, immédiatement au- 
dessus du tombeau représentant l'évèque Capeilo à genoux devant un prie- 
Dieu, à côté duquel se tient son patron St.-Ambroise qui lui indique un 
texte dans un livre ouvert , on lit : 

F. MARC. AMBROSIUS CAPELLO 

SEPT. EPISCOPUS 

ANTVERPIENSIS i. 

Du même côté de l'évangile sur la façade du soubassement de l'autel, ou 
presbyterium et immédiatement au-dessus de la porte qui conduit au crypte, 
se lit l'inscription suivante : 

LUGE ET FRVCTV 

D. 0. M. 

f MICHAËL OPHOVIUS *. 

ORD. PR.'ED. S. T. D. 

QUEM CONVENTUS HIC 4*» PRIORE 

BELGIUM PROVINCjALEM 

SYLVA DUClS PATRIA VI ANTISTIDE 

VIDIT, SVB. HOC CUPIDE 

JACET 

OBYT A» 1637 -i NOVEMBRIS 

REQUIESCAT IN PACE 

AMEN. 

Sur la façade de l'estrade du côté de l'épître se trouve l'incription 
suivante : 



' Ce tombeau est érigé du côté de l'évangile près du maître-autel, qui s'élève sur une 
estrade qui lui sert de soubassement. 

Marc-Anibroise Capeilo, de Tordre des Dominicains, Vil" Évêque d'Anvers, est mort le 
4 octobre 1676, à l'âge de 75 ans, instituant pour son héritier universel les pauvres 
d'Anvers. 

Il occupa le siège épiscopal d'Anvers pendant 24 années et succéda à Gaspar Nemius, 
ancien curé de Vervicq. 

' Michel Van Ophoven, Évêque de Bois-le-Duc. 



— 226 — 

ICI GIST MESSIRE 

HENRI DE VARICK 

CHL» VICONTE DE BRUXELLES 

SEIG^ DE BOONENDAEL, BAUWEL 

ET OLMEN, DU CONSEIL DE GUERRE 

MARCGRAVE D'ANVERS 

TRÉPASSA L'AN 1641 LE 5 OCTOB-" 

ET 

DAME ANNE DAMANT 

SA COMPAIGNE, DAME DES DITS 

LIEUX, TRÉPASSA, L'AN 1630 

LE 6 DE MAY. 

Le monument du vicomte représente le chevalier priant Dieu à genoux, 
les mains jointes. Sa dame en la même position, occupe le ^"^^ ranff. 

Toujours au chœur et en avant des marches de l'estrade se trouve la 
dalle dont l'inscription suivante, avec lettres de cuivre enchâssées, porte : 

CI GYST TRÉS-NOBLE 

CHL'- MESSIRE JEAN 

DE BEIAR MOURUT 

LE 5 8bre 1634 

ET 

DAME ANNE BUTKENS 

SA FEMME MOURUT 

LE 4. 8bre 1625. 

R. I. P. 

D'autres dalles du chœur portent : 

D. 0. M. 

MONUMENTUM NOBILIS DOMICELL^. 

JOANN^. DINGHENS 

ET SUOREM 



— 227 — 

D. 0. M. 

RUST PLAETSE 

VAN 
FRANCISCUS 

VAN 

FICKEVOORT 

STERF DEN 4 NOVEMBER 1678 

ENDE SYNE MOEDER 

JOUFV. MARGARETA 

VAN DE 

KERCKHOF 

STERF DEN 6 NOVEMBER 

A» 1683 
BIDT VOOR DE SIELEN. 



D. 0. M. 

MONUMENTUM 

D. PETRI DE 

COVRCHELLES 

OBIIT.... JUNII A. 166. 

REQUIESC. 



D. 0. M. 

MONUMENTUM 
LAZARI MARCQUIS ' 
MEDECIN/E DOCTORIS 

ET H^REDUM. 

Une inscription sur une première pierre scellée, au bas du maître-autel, 
nous signale un MARCQUIS de l'ordre des Dominicains. 



* M. le docteur Broeckx traite de cette noble famille dans sa très-intéressante notice 
sur les Illustrations Belges. (Annales de l'Académie d'Arch. de Belgique, vol. I , 
page 69.) 



— 228 — 

NOMINE R""' Dur 

EPISC. ANTVR: PRIMUM 

LAPIDEM. POSUIT 

EXl: P: MA G: PROV. 

GOD: MARCQUIS 

ORD: PP: PRAED: 

A» 1669. 18 MEERT 



Sur l'estrade et devant les marches du maître-autel se trouve l'inscrip- 
tion suivante, taillée dans une dalle de marbre blanc sur laquelle sont 
gravées les armes du défunt : 



(En tête) OUDEN ROURCH 

(Pour divise) Par vertu et les armes 

(Au milieu des enroulements.) 
(à gauche, 8 quartiers.) 

D. 0. M. 

MONUMENTUM 

ILLUSTIS , PERANTIQUE 

HEJiBiEZE AC. NORILISSIME FAMILLE 

GRYSPERRE 'T SERWOUTERS 
LAUWERS 
SCHILDERE 



(à droite, 8 ipiartiers.) 

YTS 

C.\ST1LLI0 
POTTIERS 



Sur un pilier en face de l'autel du St.-Sacrement se trouve le monument 
d'Abraham Melyn , ingénieur. Le beau bas-relief repoussé en cuivre rouge 
et jaune, représente VOffrande des Mages. 

L'épitaphe porte : 



D. 



0. M. 



SEPULTURE VAN ARRAHAM MELYN INGENIEUR 

VAN SYN — MA=EN CAPITEYN VAN 

DE BORGERS STERF DEN XVlt MERT — 

MDCXXXXVl EN CLARA VERMEULEN SYN 

HUYSVROUWE — STERF DEN 8 FER. 1684 ENDE 

MATTH/EUS MELYN SYNEN = RROEDER DIE 

DESE PLAET HEÉFT GEDREVEN — 

STERFT DEN XIX JUNY MDCLIIL BIDT 

VOOR DE ZIELEN. 



229 

Pi'ès (le l'autel de Notre-Dame du Rosaire se lit l'épitaphe suivaute, 
couronnée par la statue en marbre blanc de la Mère affligée, ayant à ses 
côtés deux anges pleureurs ; monument exécuté par P. Van Baurscheit : 

AFFLICTyE MATRI 

ET 

PIJE MEMORLE R. P. ABRAHAMl VAN 

GHEYN QUEM HIG CONVENTUS PRIOREM 

ET SÛLIDÂTIUM SACRATISSIMl ROSARII 

PHEFECTUM HABUIT DIGNISSIMUM 

OBIIT XXI^ OCTOU. A» MDCXCIII 

AMICl EJUSDEM SODALITII 

ZELOSl MAGISTUl 

P. P. ce. 

17 02 

FKi;. IJiVENTOR 

J. P. VAN ET FECIT 

lîAI RSCHEIT. 



2f) XVI i^ 



KNIliAIT DES l'FiOCES-VEFiBAUX 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE, 



— MM. Wattier, bourgmestre de Boussu, et Émilien de Wael, secré- 
taire de la Société Paléontologique de Belgique, remercient l'iîcadémie 
pour leur admission, le premier comme membre eflectif et le second comme 
membre correspondant. 

— L'Académie, voulant donner à M. Joseph Bellemans, membre effectif, 
un témoignage deson estime particulière et en même temps une marque de 
sa gratitude pour les services qu'il a rendus à la compagnie, lui a conféré, 
à l'unanimité, le titre de membre honoraire. 

— Les sociétés académiques de Savoie et de la Haute-Lusace invitent 
l'Académie à leurs séances solennelles de 1859. 

— Plusieurs souverains et compagnies savantes expriment à l'Académie 
leurs remercîments pour les derniers travaux qu'elle leur a fait parvenir. 

— Mademoiselle de Wind fait part à l'Académiedela mort deson père, 
M. Samuel de Wind, président delà Société des sciences de Zélande, vice- 
président de la cour provinciale de justice à Middelbourg, chevalier de l'ordre 
du lion des Pays-Bas. M. de Wind, que notre Académie et plusieui's 
autres compagnies savantes s'honoraient décompter parmi leurs membres, 
était un homme de bien et de grand mérite. Il est décédé, le 10 août dernier, 
à l'âge de 6G ans, et laissant beaucoup de regrets dans le cœur de toutes les 
personnes qui l'ont connu. 



— 231 — 

— M le comte de Kerckhove-Varent, prtSkleiit dé l'Académie, annonce 
la mort de notre excellent et estimable contVéï'e M. Jean-Léonard-Henri 
Ganser, procureur-général près la cour d'appel de Gand, membre honoraire 
de l'Académie, décédé, le 8 novembre 1859, à l'âge de 68 ans, étant 
sincèrement regretté de tous les hommes de bien qui ont eu des relations 
avec lui. 

M. Ganser était un savant historien et un profond jurisconsulte. Il 
exerça les éminentes fonctions de procureur-général, pendant vingt-huit 
ans, en magistrat habile et avec une intégrité exemplaire et le plus 
noble dévouement, il vivait étranger h toute opinion politiqne et à tout 
esprit de parti : la loi, la justice et sa conscience étaient ses seuls guides. 

— L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de ses Annules, les 
envois suivants : 

1. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, les 
cahiers d'août, de septembre, d'octobre et de novembre 1859 de son Journal. 

2. De la Société des antiquaires de l'Ouest, sesZ>*w/fei»?sdu2">Urimestre 
de 1859. 

3. De la Société de médecine d'Anvers, les livraisons de mai, de jnin, 
d'août et de septembre 1859 de ses Annales. 

A. De l'Académie royale de sciences, des lettres et des beaux-arts de 
Belgique, le n" 4 de son Bulletin du tome VI, et le n" 8 de son Bulletin du 
tome Yll de 1859. 

5. De l'Académie royale de médecine de Belgique, les n^^ 10 et 11 de 
son Bulletin du tome II. 

6. De l'Institut archéologique Liégeois, la S"^*' livraison du tome III de 
son Bulletin. 

1. De la Société des antiquaires de Picardie, le n" 2 de son Bulletin 
de l'année 1859. 

8. De la Société archéologique de l'Orléanais, le n" 33 de son Bulletin. 

9. De la Société havraise d'études diverses, le volume de son Recueil des 
pul)licalions des années 1857 et 1858. 

10. De la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des 
ettres et des arts, une brochure intitulée : trois voies romaines du Boulon- 
nais, par M. Cousin, vice-président de la Société. 



— 232 — 

1 1. De la Société savoisienne d'histoire et d'arclk''oloii,ie, le n° i de son 
BuUetin de 1859. 

1:2. De la Société historique d'Utrechl, ses Actes et Mémoires de 1857 
à 1859. 

13. De l'Académie de Stanislas, un bon pour retirer le volume de 1858 
de ses Mémoires. 

14. Du comité flamand de France, le n° 40 — juillet et août 1859 — 
de son DiiUetin. 

15. De l'Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres 
de Toulouse , le tome III — 5" série — de ses Mémoires. 

16. Du Journal de l'Imprimerie et de la Librairie en Belgique, ses 
n»s 6, 7, 8, 9 et 10 de l'année 1859. 

17. De la Société des Sciences, des Arts et des Lettres dû Hagiaut, ses 
Mémoires et ^publications de 1859. 

18. De M. le ministre de la Justice, le ^'^ cahier des yrocès-verhaux des 
séances de la commission royale pour la publication des anciennes lois et 
ordonnances de la Belgique. 

19. De la Direction du Bibliophile Belge, le ¥ cahier du tome XV de 
son Bulletin. 

20. De la Direction du Messager des Sciences historiques de Belgique , 
les 2^ et ^^ livraisons de 1859 de son Recueil. 

21. Du R. P. Terwecoren, les 16% 17« 18% 19% 20« 21" et 22 «^ n«^ de 
son Recueil intitulé : Collection de Précis historiques — 1859. 

22. De la Direction du Journal Belge de l'Architecture, la 12'' livraison 
de ce journal — 1859. 

23. De M. l'Abbé J. Corblet, membre correspondant à Amiens, les n^^ 8 
et 9 d'août, de septembre'et d'octobre 1859, de sa Bévue de l'art chrétien. 

2-4. De M. Borely, professeur d'histoire, membre correspondant au 
Havre, une brochure intitulée: Jacques Dumé et Nicolas Duméd'Aplcmont, 
marins Havrais, chefs d'escadres au XVII" siècle. 

25. Du même, son discours prononcé à la distribution des prix au 
collège du Havre, le 2 août 1859. 

26. De M. Adolphe Malhieu, nicnibre correspondant à Bruxelles, son 
jî 'cueil de poésie — Olla l'mlrida. 



— 233 — 

27. De M. Théophile Lejeune, membre correspondant, sa Notice sur 
les sceaux de hi ville de Binche. 

28. De M. Ulysse Capitaine, membre correspondant à Liège, son Rap- 
port sur l'authenticité des restes mortels du bourgmestre Sébastien de 
Lamelle. 

29. De M. le Baron Alex. Michiels de Kessenich, une brochure sur la 
musique. 

30. De M. de Rode, membre correspondant à Dunkerque, une Notice 
intitulée : Excursion à Douvres. 

31. De M. Wattier, membre effectif à Boussu, son Histoire de la com- 
mune de Boussu depuis son origine jusqu'à nos jours. 

32. Du même, sa brochure intitulée : Les anciejwes archives du 
château de Boussu. 

33. Du même, la généalogie qu'il a publiée des seigneurs de Boussu. 

34. De M. Léopold de Villers, membre correspondant h Mons, une 
brochure sous le titre de Grand escalier de l'église Sainte WaudruàMons. 

35. De M. Ed. Van Cauwenberghe, membre correspondant h Aude- 
narde, sa Notice intitulée : L'ommeganck ou les anciennes cavalcades 
d'Eyne. — Extrait du Messager des Sciences historiques de Belgique. 

36. De M. Arnaud Schaepkens, membre correspondant à Bruxelles, 
une brochure sous le titre de Gouttes de Rosée suivies d'un drame en trois 
actes — Innocence et Repentir — ^ar Amélie Picard. 

37. De M. le professeur Fuss, membre correspondant à Liège, une 
brochure intitulée : Quœstiones theologicœ ratio et fides, Dies creationis 
mosei, beati pauperes spiritu, etc. 



SUPPLEMENT AU TABLEAU GENERAL 



DES 



MEMBRES DE L'ACADÉMIE 



membre elTectîf : 

MM. A. C. WATTIER, notaire et bourgmestre de Boiissii, membre d? plusieurs 
sociétés savantes. 

Membi*e!S correspoudaiita : 

VINCART (r.\bbé), curé à Marilles, ancien membre effectif de rAcadémie,'"etc. 
EMILIEN DE WAEL, secrétaire de la Société paléontologique de Belgique, etc., 
à Eeckeren, province d'Anvers. 

Membre honoraire : 

M. Joseph BELLEMANS, peintre d'histoire, chevalier de l'ordre impérial de la 
Rose du Brésil, etc., à Anvers. 



M. Ph. Van dkr HAErjIEN, membre effectif, cesse de faire partie de l'Académie 
conformément à l'art. 13 du règlement, et il doit être regardé comme 
effacé du tableau. 



NOTICE 



L'ANCIEN COMTE D'EVERGIIEM 



PAR 

Membre effectif de l'Acailéiiiie. 



Le village d'Everghem par son étendue est un des principaux de la 
Flandre, par sa population il est le premier du canton de Gand : situé sur 
la grande route qui mène aux polders belges et hollandais, le passag-e y est 
aussi fréquent et la circulation plus animée que dans maintes villes. 

Une belle et grande place sert de marché ; à l'un des angles se trouve 
une superbe église qui ne déparerait pas certaines capitales. 

Les divers hameaux dépendants d'Everghem, sont plus des villages que 
de simples dépendances : ainsi Belzele, Wipelghem, Elsloo, Doorenzeele 
ont des populations analogues et souvent plus élevées que maint village 
environnant. Généralement, comme le remarque très-bien Sanderus, la 
population d'Everghem est d'une constitution robuste et le peuple labo- 
rieux : autrefois adonné au tissage, il s'est fait cultivateur et bien que 
quelques parties du village ne se composent que de terres très-légères, 
d'anciennes bruyères, il est parvenu à force de soins et de labeur à rivaliser 
avec les villages voisins par la beauté de ses récoltes. 

L'étymologie du village d'Everghem, est des plus simples ; nous ti'ouvons 
ever sanglier et heim demeure. Les armoiries du village viennent confirmer 
ce que nous avançons ; il porte : un sanglier de sable sur un champ d'or. 

25 XVI 13 



— 23G — 

Le romitat ou comté d'Evert^liem, ronionto à une liante anti(|iiité et son 
orii^ine se perd dans les téntMires qui entourent la plupart du temps le 
berceau de nos villages; il se composait des villages de Wondelghem, 
Sleydinghe et des hameaux de Doorenzeele ; on conçoit qu'avec une domi- 
nation aussi puissante le village d'Everghem devait exercer une influence 
notoire dans le comté de Flandre; aussi cité dans presque toutes les 
chartes de l'époque, c'est déjà une place importante dès avant l'acquisi- 
tion qu'en fit l'abbé de St.-Bavon en 1280. Plusieurs actes seigneuriaux 
sont datés du château d'Everghem et témoignent de sa puissante juridiction. 
Depuis sa chute seigneuriale le village d'Everghem, déchu de son ancienne 
splendeur féodale, brille au premier rang parmi les villages de la l^andre, 
et bien ([ue ne commandant plus en maître aux villages voisins, il leur est 
toujoui's supérieur par sa population, et si les deux plus belles perles de 
sa couronne comtale, les villages de SIeydinghe et de Wondelglfem, ne 
relèvent plus de sa juridiction, ils sont néanmoins tenus de venir se faire 
juger à Everghem, lieu de résidence du juge de paix du canton. 

Le village d'Everghem est traversé du nord au sud par l'ancien fossé 
othonien dit le Burgravenstroom, et vulgairement connu sous le nom 
de canal de Cluyze. A peine navigable aujourd'hui ce canal avait autre- 
fois une grande importance et servait de transit aux marchandises qui 
étaient expédiées sur la Hollande : arrivé à Cluyze le canal se dirigeait 
sur Ertvelde, dans sa course il recevait, à Cluyze, la petite rivière nommée 
le canal d'Eecloo ou du cloître, creusé par les ordres du frère Baudouin, 
supérieur du couvent de Waerschoot en 1485. Au même village le 
Brakelier, uni aux eaux du canal de SIeydinghe, se déversait dans son 
sein et grossissait son cours ; de là arrivé à Ertvelde il tournait le village, 
courait en ligne courbe vers le village d'Assenede, arrivait à l'endroit dit 
de sinallc gelande dans le polder de St. -Albert et se jetait, à Philippine , 
dans le bras de l'Escaut dit le Braeckinan. A l'est Everghem touche à 
la Lieve creusée en 1231 par ordre des trente neuf; recommencée en 1251 
sous Marguerite, elle fut achevée en 1339 sous Jacques Van Artevelde. 
Le village longe de même le canal de Gand à Bruges : commencé en 
1379 sous Louis de Malc il était connu alors sous le nom de Zuydleedc 
et ne fut achevé que du teinp< de .Marie-Thérèse en 1758. Au sud coule 



— 237 — 

la Cale jadis la Neden^enne qui, baignant Éverghem, se jette dans le canal 
du Sas à Langerbriig'ghe. Le village avoisine le canal jadis nommé le 
Biirggraver Yhscherije, commencé en 14-61 au Sluiseken à Gand, puis en 
1561 poussé jusqu'à Rooden huysen et ter Donck aux frais du magistrat 
de Gand, et achevé en 1562. 

La première fois que nous trouvons cité le nom d'Éverghem est en 
755. Sanderus nous donne une charte ou missive où il est question du 
village de Herverghe ; puis avec plus de certitude dans la charte de 
Lothaire confirmant les différentes possessions de l'abbaye de St.-Bavon 
en 967: in Everghem eiim ecdesia ; puis, en 1105, Balderic, évêque de 
Tournai, confirme à l'abbaye de St.-Bavon le patronage des églises de 
St. -Sauveur, d'Eckerghem, d'Éverghem et de Ronse « ait are quoqiie de 
Everchem que ecdesla sancti Bavonh per longo tempore tenuerat. » 
Thierri d'Alsace par une charte de 1145 détermine ce décret à l'exemple 
des comtes Robert VII et Gharles-le-Bon et à la prière de l'abbé Everdée 
et de l'avoué Gautier les attributions de l'avouerie de St.-Bavon : insen- 
siblement nous arrivons au XIII'' siècle, époque où l'histoire d'Everghem 
se développe sous la juridiction abbatiale. 

Le village d'Everghem voisin de la puissante et guerrière cité de Gand , 
eut presque toujours à souffrir des guerres que les Gantois soutinrent 
à diverses époques de notre histoire, tantôt contre ses souverains, tantôt 
contre les villes voisines qui, jalouses de son industrie ou fatiguées de son 
joug féodal, cherchèrent soit à abattre son orgueil, soit à briser les 
chaînes qui leur étaient imposées par la métropole. 

Le premier novembre 1388, le village d'Éverghem fut témoin d'un 
combat très-acharné entre les Gantois et les Brugeois; ceux-ci furent 
vaincus et leur chef Jacques Helwyn périt dans le combat. Cette rencontre 
eut lieu à l'endroit dit Langerbrugghe : non contents de cet échec , quel- 
ques semaines plus tard , ils s'approchèrent des murs de la ville ; les 
Gantois acceptèrent le combat, cette nouvelle bataille eut lieu dans la 
plaine nommée Afseheit Kauter, ils y perdirent leur chef, Christien Helwyn, 
frère du précédent. 

Pendant les guerres de religion, Éver-hem, comme toutes les commu- 
lies adjacentes eut beaucoup à souffrir et des vainqueurs et des vaincus; 



— 238 — 

cT'l.iieiil (les Ijriyîindaijes, des coiuscs cuntimiell(>s; sans cesse sur le qiii- 
vive les paysans laissèrent leurs teiTesen jachères pour sauver leurs biens. 
En 1573 le tocsin appela les paysans sous les armes pour repousser les 
gueux qui, enhardis par l'impunilé, faisaient des courses jusque sur le 
territoire de la ville de Gand : voici ce que nous en dit Keuipenare dans 
sa chronique au mois d'octobre 157i. « Desoldalen van Wyckhuis trokken 
» wi-l gewapend ter poorteu uit Gond door Everghem naer Gaprycke om de 
» geuzen hetrooven eu stroopeu te beiettcn ; maer dezegezellen stolon zoo 
» wel, als dcgeuzen, en deden niet veel mindor schade.» Le ^8 avril 1575 
un escadron de cavaliers espagnols s'abattit sur le village d'i''verghem , 
après l'avoir pillé ils forcèrent les paysans à transporter leurs ^bagages et 
leur butin jusqu'aux portes d'Anvers. 

Les troupes des Etats arrivèrent cà. P^lverghem en 1581 et quoiqu'on les 
eut reçues comme des libérateurs, jamais les habitans n'eurent jAus à 
souffrir et n'endurèrent une époque plus désastreuse; tout fuyait à leur 
approche et tâchait de sauver ce qui avait échappé aux rapines des 
Espagnols: ceux qui restèrent furent plus maltraités encore, non-seulement 
on leur prit ce qu'ils possédaient, mais, employés en guise de bétes de 
somme, il n'y eut point de mauvais traitements qu'ils n'eurent à subir. 
Ge fut alors que Lievin de Herde, bailli d'Évergliem, osa s'opposer à leurs 
brigandages, et, au péril de sa vie , leur lut l'ordonnance des États de se 
retirer vers d'autres cantonnements : ceux-ci furieux menacèrent d'incendier 
le village et mirent le feu à quelques maisons; mais soit crainte, soit toute 
autre cause, ils se retirèrent quelques jours après. Bien que dans tous les 
villages environnants on eut déjà prêché le calvinisme, ce ne fut iju'en 
1578 que pour la première fois on vit à Éverghem des disciples de Galvin. 
Les paysans loin de leur faire bon accueil se moquèrent de ces nouveaux 
apôtres et ce ne fût qu'à gi'ande peine qu'ils se sauvèrent sains et saufs 
du village. 

Après cette époque nous tombons dans les généralités, et le village 
d'Everghem suivit et partagea le sort du reste de la Elandre. 

Gomme nor.s venons de le dire plus liant, ce n'est que de l'an 128:2 que 
date la splendeur du village d'Évergliem. L'abbé de St-liavon achète de 
Ua;e de Gavre le Gomté au prix de 1000 livres : déjà auparavant les 



— 239 — 

moines y possédaient des propriétés, de tout temps ils avaient l'adminis- 
tration spirituelle de l'église, les chartes de Lotliaire en 967 en font foi, puis 
la cliarte de l'évéquede Tournai en 1105 ajoute expressément « altare de 
Everchem que ecclesia sancti Bavonis per longo tempore tenuerat. » Nous 
voyons par un acte de l'an 1144 qu'ils étaient déjà propriétaires du sol ; 
en 1170, nouvel agrandissement; en 1196 Rase de Gavre reconnaît que 
la pêcherie d'Everghem qu'il avait regardé comme lui appartenant, est la 
propriété de l'abbaye de St-Bavon, et ordonne en conséquence qu'il leur 
en soit délivré libre possession ; et pour qu'ils ne soient point inquiétés 
dans cette possession par ses successeurs il leur donne une charte de con- 
firmation. En 1306 Michel de Barbancon leur cède la moitié de la haute 
justice qu'il avait au comtat; en 1319 Hugues de Gavre, seigneur de 
Sotteghem , vend h. l'abbé tous ses droits seigneuriaux , et finalement 
Catherine van Maldeghem leur cède tous les droits qu'elle ou que 
ses descendants pouvaient posséder au comté. Cet acte est de l'an 
1333. 

Ils devinrent ainsi maîtres absolus du comté, qu'ils continuèrent à 
posséder jusqu'à la révolution frauçaise. Très-jaloux de leurs droits 
féodaux, les abbés de St.-Bavon et puis les évêques de Gand se firent 
chérir de leurs vassaux , et nous voyons par les tables des impôts qu'ils 
étaient loin de surcharger leurs sujets : il est à remarquer qu'à cette 
époque la juridiction ecclésiastique tentait plutôt à émanciper la population 
qu'à l'enchaîner, et si ces membres du clergé tenaient à leurs droits, du 
moins il est consolant pour l'humanité de pouvoir constater que rarement 
ils en abusèrent. 

Je n'ai pas pu découvrir par qui fut bâti le château d'Everghem. 
C'était un bâtiment massif avec quatre tourelles ; le 2 août 1581 le grand 
bailli de Gand au nom du conseil de Flandre , mit en vente le château 
ainsi que 24 bonniers de terre tenant à celui-ci , mais ne trouvait point 
d'acquéreurs. Le 26 décembre 1583, quelques insurgés s'y étant retirés, 
le grand bailli du pays de Waes le fit bombarder et y entra le lendemain. 
Par suite des guerres le château se trouvait dans un délabrement complet; 
l'évèque de Gand le releva de ses ruines et le restaura magnifiquement. 
En 1795 les biens de l'abbaye ayant été sécularisés on l'offrit en vente, 



— 240 — 

mais sans trouvor (.r.i(([iiéieiii's ; depuis il l'ut acquis par M. Ollevaere son 
prossesseur actuel. 

Nous n'avons rien trouvé qui ait pu nous mettre sur les traces de 
l'origine primitive du comté d'Everghem , ni quand ou comment il entra 
dans la famille des Gavre, ou s'ils en furent les premiers possesseurs : 
tout nous fait présumer que le comtat est entré dans leur famille par 
suite d'un achat fait à une famille illustre du nom d'Everghem qui brilla 
aux croisades. 

Plusieurs seigneurs de ce nom sont successivement cités dans le 
cartulaire de St-Bavon, en 1217 nous rencontrons les frères Egidius et 
Robertus d'Everghem. M. Warnkœnig nous parle d'un WiUchnamcrEver- 
ghem en 1235. En 1379 nous trouvons les noms de Robert et de Thomas 
d'Everghem , chevaliers qui suivaient la bannière de Louis de Maie et qui 
furent tues à Ypres dans un combat contre les chaperons blanc» réunis 
aux tisserands. 

Le village d'Everghem ne garde plus rien de sa haute antiquité ; le 
château est modernisé, et l'ancienne église fut réduite en cendres le 
10 septembre 1783 par le feu du ciel. Cette église très-ancienne était 
composée de trois nefs, ornée d'une flèche et en tout semblable à 
celles d'Ackerghem et de St-Sauveur ; elle renfermait diverses couvres 
artistiques, des tableaux de Van Moorteleet de Liévin Vanden Bossche. Sur 
ses ruines on construisit la nouvelle église qui , bien que très-belle , 
n'atteint point aux proportions de l'ancienne ; elle renferme un superbe 
tableau de Paelinck. 

Depuis quelques années le hameau de Wepelghem avait pris une exten- 
sion si considérable, que les habitants, grâce au concours généreux de M. le 
sénateur Martons-Pelckmans, élevèrent une église tout près de la terre et 
château de Wepelghem. Cette église bien que petite est d'un style 
des plus élégants et donne vue sur l'ancien château de la famille 
Dellafaille. 

Le village d'Everghem renfermait un grand nonibio do liefs: à côté de 
l'église se trouve le château nommé jadis tien Boui'ij , m résidaient les 
écoutèles du village; venaient ensuite les fiefs de Belzeele, Doorezeele, 
Goliulli.sa<icr, Cojiiiciis Damme, Meidenackere, Ëvenlem, Wevelswalme, 



— 2il — 

Ehloo, Abhinsvoorde, Wepelyhem, Ter Woestine, Nederstede, Tasthoute, 
Denher, HmUbanc, Hellewagen, Boucle, Ben Bosch, van de Waele. 



ANNEXES. 



USo I. 

Le ctevalier Raze de Gavre et son épouse Béatrix, dame d'Éverghem, vendent 
à TAbbaje pour la somme de 1200 livres monnaie de Flandre, la haute justice, 
le tonlieu, les hommages, les hommes de fief, les hôtes, tous les serfs sans 
exception, la nomination des échevins, les droits d'échevinage, les rentes, les 
prières ou corvées , les deniers de poursuite , (pourcheaux) et tous les autres 
droits et reJevanches qu'ils possèdent en commun dans les paroisses d'Éverghem, 
Sleydinge, Vondelghem, Meren (Mariakerke), Ekkcrghem, S. Sauveur, et l'Écluse 
placée sur lalleu de TAbliaye à Gahd ; le tout comme ils le tiennent en fief du 
comte Robert; en outre les fiefs à Spoisbrouc et tous ceux qu'ils ont de l'abbaye 
en quelque liei que ce soit. A cette pièce sont joints les actes d'approbation de 
cette vente pai le comte Guy et son fils aine Robert et la commission donnée au 
chevalier Guisin, seigneur de Calkene pour en effectuer la mise en possession. 

(Septembre 1282). 
EVERGHEM. 

Jou Rasses sire de Gavere chevaliers fais savoir à tous cliaus ki ches 
présentes lettres virroiit et orront ke jou toute le haute justisse letonliu les 
hommages et les h)mmesde fies les hostesles autres hommes comment con 
les appelé et de qutle condition kil sont, les échevins et le droit deschevi- 
nage les rentes les jryeres, les deniers con clairae deniers de pourcheaus 
et toutes les autres Iroitures ke jou ai et doi avoir ens es paroches de 
Everghem, Sleydingle, Wondelghem, Mère, Ackerghem sain Crist et le 



242 

Cluse soiir le aloes dele é:;lise de saint Bavon de Gant. Et tonte ma part 
de qùt ke joii avoie et tenoie commun avoec ma dame de Everi^hem 
ens es parodies devant dites cornent kil gist soit en terre u en eiiwes 
ke joii II mi anchisseur teniemes et tenier de mêmes en fief de mon 
seigneur Robert fil au conte de Flandres , conte de Nevers avoeî 
d'Arras seigneur de Betune et de Tenremonde et de Spoisbrouc et tout 
le droit ke jou ai et doi avoir en Spoisbrouc et tout chou ke jou tenoie 
Il tenir dévoie en fief de le devant dite eglighe en quelconquez 'ieu 
kil soit ai vendu e vench a chele mesme église pour mil et deus cens 
livres de le nionoic de Flandres lesquels deniers chele n\esme cglise 
ma bien et loiaument parpaie et deliveree en bons deniers et bieiT :.ontes 
dont je me tieng bien a sans et apaies et les quels jou ai convertis entift'enient 
en mon grant profit apparant. Et jou chele haulte jiistisse che tonliu ches 
hommaiges ches hommes de fief ches hostes ches autres hommes comiaent con 
les appelé et de quele condition kil soient ches eschevins et clie droit desche- 
vinage che rentes ches pryeres ches deniers con claime deniers de Dourchaus 
et toutes ches droitures devant dites et toutes autres queles queles soient 
soit en terre ou en euwes en rentes et en toutes autres issuwese droitures 
ke je tenoie en fief de monseigneur le comte devant dit ens «s parroches 
devant dites ensi comme dit est ai guerpi et reporte bien et abi par devant 
les hommes mon seigneur le conte devant dit et par leur jugeiient. Chesta 
savoir signe Iluon chastelain de Gant mon seigneur Soier d?- Saint Bavon 
nimi seigneur Basse le voghetde Wichelme Chevaliers, RoeSn de Chemer- 
sacke mon sériant, maistre Boudewin de Saint Bavon cnoine danwers 
Godefroi le voghet de Saint Bavon Gilbert fil raachelin df Saint Bavon et 
Wautier le pretere coustre de le Eglise Saint crist mes yers en le main 
monseigneur Ghiselin de Calkine clievalier balliu de Tenr3monde que mes 
sires li quens devant dis avoit mis en son liu a che faire par présentes ter- 
res pendans e Spoisbrouc et tout che qui appartient a Sp)isbrouc et quit ke 
je t(Mi()i(3 en fief de le Eglise devant dicte comentke cheioitet en quelconke 
lin ke che soit si come dit est ai aussi guerpi et rapor.e bien et aloi en le 
main hibbe de chele mesme echglise par devant les homes es par leur 
jugement. Chest a savoir Machelin de Saint Bavon et Machelin son fil 
Mahiu d(! Saint lîavun l'icron les vos Fouke lil Marie Ibnii Binvisch, IMerion 



— 24P> ~ 

le Rike Godefroi le vogliet, GodelVoi de le couture Jehan li! soier Jelian de le 
Knisme Jehan le Camberlenc Jehan de Loe et plusieurs autres aloes le Eglise 
devandite et qut joii avoie chou fait li home devant dit ki bon et aloi en 
furent couwerts et semons disent par jugement ke jou en avoie tant fait ke 
jou ne mi hoir ne porriemes jamais revenir ne par raison de fief ne par aultre 
chose et ke jou en estoie bien issus et aloi si ke jamais viens in porroie 
demander ne jou ne mi hoir. Et jou beatris feme a monseigneur Rasson 
chevalier devant dit pour mon seigneur leurench de Chemersake chevalier 
nionavoe ki par loi et par jugement des homes devant dis me fu donnes 
poui' chou faire a avoc tout le droit ke jou avoie et avoir pooie ens es 
choses devant dites ke mes sires mes barons devant dis tenoit en fief don 
conte devant dit, ai Guerpi et reporte en lemain le bailiu devant dit bien 
e aloy et si ai aussi tout le droit ke jou avoie e avoir pooie et dévoie en 
Spoisbronc et en tout son ki apartient a Spoisbrouc et en qut ke mes 
sires mes barons devant dis tenoit en fief de le devant dite Eglise Guerpi 
par moe mon seigneur Leurens de Chemersake chevalier devant nomme 
ki par loi et par jugement des homes de le devant dite église me fu done 
a elle faire et raporte bien et aloi en le main labbe devant dit aloes de 
le église devant dite et en sui issuwe bien et aloy et del un et del autre 
et de qut comme devant est dit par le jugement des homes devant 
dis et par le gre et le volonté mon seigneur mon mari devant dit : Et 
ai aflermee par ma foy et par mon serement corporel ke jaisour clie 
fait sous les saints ewangilles de ma propre volonté sans forche et 
sans coaction nule ke en tout ne en partie par raison de douaire ne 
por asseuement de mariage ne pour don de noeches ne pour usage 
de frais ke je eusse et peusse demander après les deches mon seigneur 
mon marit devant dit et devant par quelconke loy et costume et usage 
ke chesoit ne pour nule autre ochoison et raison dont feme peust demander 
droit ens es biens son mari ke ne demanderai jamais riens ens es choses 
devant dites par moi ne par autrui et connois et ai reconnut par devant 
le bailliu lalibeet les homes devant dis ke soufiissans asseuemens nien est 
fais ailleurs pour le guerp d.'vant dit dont ie me tieng bien apaie la quelle 
chose je reconnais par loi et par serement ke forche ne dechevemens ne 
peurs ne boisdie ne ma ameneit a chou faire. Ains en renonche qut a 



— 244 — 

tout chou ke chiens est contenu a tous drois ke (lient ke feme ne se peut 
ohligicr pour autrui ne pour son mari ne pour li avoeckesson mari soit en 
escript et sans escrit. Et especiaiment a tous drois lois coustumes e usages 
(|ue moi et mes hoirs porroient aidicr pour reclamer e reqrre riens eus es 
choses devant dites et jou liasses devant dis reconnois ke qut ke fait est 
chi dcseine pour le dite Beatris ensi come il est fais plus espéciaument ele 
la fait de mon assent et de ma volonté et qut jou Rasses sires de Gavere 
chevalier et jou Beatris sa femme devant dit fumes issu de choses devant 
dites et les eûmes guerpi et reporte en le main le bailliu et en le main labbe 
bien e aloi ensi com devant est dit cliius baillius mesmes a qui mes sires li 
Cuens devant dis avoit de che faire donneit pooir elen avoit mis en son liu 
par ses lettres pendans le fief et les choses devant dites ke jou Rasses devant 
dis tenoie en lief de mon seigneur le conte devant dit hosta de no fief et 
les converti en franc aloes et les rendi et donna aie église devant dite 
assouses quites e délivrées de tous services fust de fief fust dautres choses 
et en arrêta le église devant dite bien e aloi atenir et a avoir franchement 
e perpetuelinent si come son droit franc aloes par lenseignement et le 
jugement des homes devant dis et Spoisbrouc et tout le droit ke jai et doy 
avoir en Spoisbrouc et qut ke je tenoie en fief de le église devant dite et 
(|uil gist et en quelconke manière ke che soit si come deseure est dit doi 
li abbes devant dis et li couvons tenir pcrpetuelement et veretablement aloes 
do le église devant dite par le jugement de ses homes devant dis si come 
ses propres biens de chele mesme église et jou Rasses sires de Gavre che- 
valiers devant dis et jou beatris sa feme promettons loiaument et avons 
enconuent aie devant dite église pour nous et pour nos hoirs et pour nos 
successeurs par foy et par serement ke nous sour chou avons fait corpore- 
lement sour les saints ewangilles ke nous ne querrons jamais acun matere 
e engien pour nous ne par autrui pour (juoy nous et auti'cs bicgnos ne ne 
fâchons jamais contre aucune des convenenches ki en ches présentes lettres 
sont contenues ains les tenons a remplirons bien et loiaument nous et nos 
hoirs et che ne lairons pour chose ki est avenue ne ke avenir puist et en 
renonchons par foy et par serement a toutes exceptions et baires de plait et 
dexception de monoie nient contée nient baillieet nient rechute et dcl droit 
pris dou marchiel nient dclivreit e nient payet a tous privilèges de crois 



— 245 — 

donee et a donner a toutes aiuwes de sainte église et de loi mondaine a 
toutes grâces lettres indulgences e respis del aspostole et de ses legas et 
don roy de franche del empereur et dautrui a toutes lois drois et fran- 
chises ki porroient estre données chevaliers et autres gentins gens a 
toutes constitutions et a toutes les autres choses coustumes et avantages 
ke nous et nos hoirs et nous sucesseurs porroient aidicr et aie devant dite 
église grever contre cheste lettre et contre aukune de ches convenenches 
les queles convenenches e noumeeraent toutes les choses devant dites ensi 
come eles sont en cheste chartre escriptes faites et ordinees permettons 
nous Rasses sires de Gavre et Beatris sa feme par devant le bailliu labbe 
et les homes devant dis pour nous et pour nos hoirs et pour nous sucesseurs 
par foi et par serement es sour le foi ke nous devons a nostre chier seigneur 
le conte de Flandres e marchis de Namur a tenir ferme et estable a tous 
jours bien et loiaument et a warandir toutes ches choses perpétuellement 
et entièrement contre nous et nos hoirs et nos sucesseurs et encontre tout 
chaus de no ptie ke tort grieftes et moleste leur en vaussissent faire 
cornent kil fust dont il peussent avoir damage et destorbier sans jamais nule 
chose dire ne ûiire encontre ne mis de par nous et sil avenoit chaen 
ariere ke cheste lettre fust perdue et empirie de feu et deuwe e de villeche 
et ke li saiel fuissent rompus et bleches par quoi mestier fust renouveler 
et de resaeler si permettons nous aie église devant dite pour nous et pour 
nous hoirs ke nous et no hoir a leur requeste leur feriemes cheste lettre 
renouveler et resaeler en le forme come chi est contenu et escript et 
prions a no seigneur le conte de Nevers kil destraigne nous e nos hoirs 
et nos sucesseurs toutes ches choses atcnir fermement a tous jours sans 
venir encontre se nous et aukuns aultres de par nous les vausissent fraindre 
ke ja nauera si diu plaist et prions alui et a no très haut seigneur et très 
cher Guon conte de ^Flandre et marchis de Namur son père ke il toutes 
ches choses veillent gréer louwer approuver et confirmer par leur lettres 
pendans et faire tenir fermement et estable. En témoignage et enla fermeté 
de che ke deseure e escript et devisert et ala grant seurte de le dite 
église nous Rasses sires de Gavre et Beatris sa feme devant dis avons ches 
lettres seelee de nos propres saius et baillies a le église devant dite et jou 
Gliselins de Calkine chevalier, bailliiis de Tenrenionde devant dis par devant 



— 246 — 

qui elles choses e ches coiivenciiches fiiretit faites bien e aloi eiisi eonie 
(levant est dit par loteroi et par le consentement mon seigneur le comte de- 
vant dis ki pour toutes ches choses faire bon et aloi manoit mis en son lin et 
men avoit donne pour par ses présentes lettres pendans ala requeste mon 
seigneur Rason seigneur de Gavre et de me darae Beatris sa feme devant 
nonmeit et en témoignage ke toutes ches choses devant dites sont faites 
bien e aloi tout ensi coine devant est escript ai jou mis mon sael a ches 
présentes lettres ki furent faites et données en lan del incarnation notre 
seigneur jesu crist mil deus cens quatre vins et deus el mois de septembre. 

Curtulaire deSl-Buvon xY" J3 p. 53. 



Michel de Barbaiicoii, chevalier, seigneur de lleerclielines, reconnaît avoir 
\endu à Tahliaye tous les droits, poursuite et justice qu'il possède dans les 
paroisses d'Évergiiem, Sleydiugheu et Wondelghem , et dont il lui a fait la 
remise eu Taunée 1333 devant le château des comtes à Gaud. 

(1331). 

A tous chiaus qui ches pntes 1res verront etoiront Michel de Barbancon 
chrlr sires de Heerchelines, salut savoir faisons a tous q lan mil cccxxxui 
nous vendîmes a religieus psonnes labbet et le couvet de saint Bavon de 
Gant toutes les droictures poursis et justuce q nous avies en la proche de 
Evghem Sleydinghen en Wondelghem et de che fîmes nous desheritet. 
Et li abbes et li conviens dessus dit adhiretet p un vendredi en lan dessus 
dit devant le piere ou le castcl diiu ((uite de Flandre en le vile de Gand 
psens adont plusieurs homes du dite cte an tesnmgnagedechou nous avons 
ches 1res sceles de noscel q furent faits et doues lan de gi'ace mil ccc et 
trente ([uatre le samedi aprs les octaves de le saint Maitin. 



Ko m. 

Le chevalier Iluguc, seigneur de Solteghem et vicomte C.and et son épouse 
Béalris vendent en 131!) à l'abbiiye tous les droits seigneuriaux (pi'ils possèdent, 



— 247 — 

soit seuls soit en commun avec l'ubLaye ilans le comté crEvergliem , ainsi qiie 
la liante et la basse justice sur le hameau de Wepelgliem n'en exceptant 1° que 
leurs droits sur le canal entre le pont du chalelain et le pont à Gand dit 
Scabrugghe ; 2" ceux à Oosterdonck ; 3" le droit de pèche dans les canaux de 
ces paroisses et i» les droits d'adhérilance et de déshéritance sur leurs hôtes à 
Wippelghem : le tout pour la somme de 13 livres de gros tournois ancicime 
monnoie. 

(1319). 

DE DOMINIO DE EVERGHEM, SLEYDINGE, WONDELGHEM. 

le huiïlie heere van Sottins-hem borch"Tave van Ghent Riddre doe 
te wetene allen den gliene die dese lettre zullen sien of horen lesen dat ic 
hebbe vercocht wel en wetteleec Religieusen en lieerachteglien lieden den 
abt en den convente van sente Baefs te Ghent en haer lieder kerken al 
ml'in heerscep dat ic hebbe of hebbe mach of hebbe ghehonden tote dage 
van nu in de viere parochien die hier na volghen dats te wetene Everghem, 
Sleiydinghen, Wondelghem en Eckerghem metgaders ghemeene met der 
kerken voerseyd of aliène over vrie eyghyn goed van niemene houdende 
dan van gode onsen heer dats te verstane tweedeel van den derden 
penninghe van ghewysde boete die ghevallen moghen int heersceep van der 
voechdien binnen den vorseyde viere prochien En de mansceep die Hoste 
Bacheleer van nii houdt en ghehonden heeft van nu te leene van den 
derden deele. In den derden penninghe voorseyd en van praterie en van 
anderen goede, de welke raansceep wort an de vorseyden Hoste en sun hoyr 
houden zullen van der kerke voerseyd in leene en in niansceepe te vullen 
coeppe ghelyc dat hise ghehonden heeft tote hare van mi. En oec al ander 
recht dat ic hebbe in de voechdie aise in de viere prochien vorseyd. Ende 
al thoghe en nedere heersceep up al mine visscherien hoe en waer dat zy 
gheleghen sun binnen den vorseyde prochien voert al thoghe en dnedere 
heersceep dat ic hebbe of hebben mach te Wippelghem voert sfoghets 
balfaert en al dat daer toe bchoert van achtinghen en pandinghen en 
boeten diere af ghewyst zullen werden. En oec aile andere redite en 
heerscepe die ic hebbe ghehadt en ghehonden of moghen hebben ghchadt 
in de vorseyde prochien tote hiere utcghenomene theerscep en treclit dat 



— 218 — 

ir hclilio in de scipgraclite tiisschen HoechgTavo., Brugglic nido Sc;ibriig- 
giieiî te Gliciit en datter scipgrarht sciiklicli es te belioenie, en oec 
onse heersccop dat wy liehl)en doer Oesterdonc en oec ti'eclit van te 
visscliene of te doene visclierie, in al mine vissclierien hinneii den vorseyde 
prnchicn, voert oec ule glicnomen van ervene en ontlicrvene van rainen 
laten van Wippelglicm iite glienomen oec dat ic ghegheven hebbe en 
gheassigneert nt vorseydc balfaert te eere capelrien en bewyst orne eene 
zekere somme van gliclde dats te wetcne orne dertienc ponde bouder gi'oten 
tornoyse de welke peeningbe aile de vorseyde kercke mi heeft wel en 
ghetroiiwelike vergolden in goeden en wel ghetelde ghelde ende dacr af dat ic 
mi bonde gbepaiet en wel vergolden en die ic bekeert hebbe al m mvn groet 
profyt en openbaer nutscecp en mids desen vorseyden coepe so ga ic af en 
iite al mvns vorseyde recbts gelyc dat boven verclaert es en glieve en draghe 
upj)e nit'iten balme in der kercke hand van sente Baefs voerseyCl voer 
mine mane miïn heer Seghcre den cnrtroysien myne heer Wonten 
Briseteestcn ridders Roger Briseleesten Philipse van Axpoelle en Gillise van 
Lederghem en erkenne voer dcse dat naere soe vêle hebbe toegedacn 
dat ic no myn hoyr voert wart meer negheen recht heesschen mogben met 
negliene redenen. In de voorseydc rcchte en heerscepe ute ghenome de 
pointe boven gheseit en verclaert die ic te miwaert boude. Ine de manière 
dat sy vorseyde si'in en anders niet. En ic Beatrys wyf myn heer Hughes 
vorseyd ga af en ute van al den rechte dat ic an dit vercnchte goed hebbe 
of liebbe ghehadt of namaels hebben mochte en draecht uppe voer de 
manne vorseyd in de liand van der kerke vorseyd in aider manieren dat 
myn heer Hughe myn man gbedaen heeft bi den wille en consente van hem 
en hebbe ghesworen en swere upde heleghe ewangelie bi mine propre 
wille en sonder enegbe craclit dat ic nemermeer sal coraen jeghen den 
coep vorseyd no redit der in heesschen bi redene van duwarien of bi 
assiirnanente van huwclike of bi Ivfrenten of in ene2,lien andcren manière 
usageii loy ofcosluinen die wesen nmchtcn voer de dool of na de doot myns 
lieeren myns mans vorseyd ende ic Hughe vorseyd keniiic en lie dat so 
wat dat Beatrys vorseyd myn wyf ghedan heeft in dese dinghen vorseyd 
dat dalesby niinen wille en soiideilin^he consente en wy Hughe en Beatrys 
vorsevd i;li('li)vni liïi ti'aii\a'n en \\;i('rli(Mlen over ons en over ous hoyr 



— 249 — 

ende nacomers lieseii coep te lioiulene vast en ghestade te eeuweliken daL^hen 
wel en glietramvelike en niet der jcghen te comene en ware dat sake 
dat wy of ons hoyr qiiamen of daden jeglien desen coep in al of in som 
de ghene diere jeglien (jnamen of dade waren \vy of onse hoyr soude 
verbucren en lopen in de peine en in eene scnlt van tiene ponden lionder 
groote tonrnoyse deene lieelft te ghevene den grave van Ylanderon 
en dander heelft der kerke vorseyd. En oec ghelove wy te warandeerue 
dit voorseyd goed en recht over vri goed en sullen warandere aile dese 
vorseyde dinghen euwelike jeghen ons en onse hoyr ende onse nacomers en 
ieglien aile de ghene die grief molestie en onghebruuc daden doen mochten 
of wilden doen. In wat manière dat ware om doensoen van ons van onsen 
horen en van onsen nacomers daer af dat de kerke vorseyd cost of scade af 
liehben mochten of verachtert werden van den ghecochten goede en 
rechten voerseyd. Ende quamere der kerke cost of scade af dien gheloven 
wy te gheldene ten segghene van den abdt van der kerke vorseyd sonder 
eneghe prouve dar af te doene en als hier toe binden wy ons ons hoyr en 
al ons goed dat wy hebben en hebben sullen waer dat bouden werdt. En 
omme dat wy willen dat aile dese vorseyde dinghen blive vast en ghestade so 
rennnciere wy en gaen afbi onser trauwe en by onsen heede aire excepcien 
van vare van ghedinghevan desen coepe nietghedaen van ghelde niet ghetelt 
van glierechte prise in desen coep niet ghedelivereert van bedrieghenessen 
van becoepe tôt heelft of der boven aire privilegien hulpe van crusen van 
on cruzen ghegheve of te ghevene van gratien letteren indulgencien respite 
en versten ghegheve of te ghevene van pausen, cardinalen, legaten, bisscop- 
pen, van keyseren, van coninghen, van graven of van andere prelaten of 
prince en van allen brieven die ghegheven siin of werden mochten of 
ridders of andere edelen lieden costume vordeele allen manieren van saysinen 
of possession die wy of onse hoyr namaels useren mochten met overgripene 
van ons of onsen lieden of bïi roukeloesheden van der kerken vorseyd dat 
die saysine of possessien van hoe langhen tiden dat mense usere moclite 
ons na onse nacomers sal moghen comen in scaden jeghen dese convenan- 
chen en van allen anderen kerkelike rechten ende werliken a'heso'cvene of 
niet gescrevene ware oec so sake dat dese letteren worden verloren verber- 
rent ghescoert of ververghert so ghelove wy dat wise of onse hovr 



— 250 — 

soudi' vprnyowen vcrheteren verzogholon in dcsc selvc vorme (1er kerken 
vorsevd, so waniieer dut wys of onse lioyr versocht sullen wesen. In 
orconscepen der ,\vapr]iodon liclilien wy dese letteren gheglievene der 
korko Yorsoyd beseghelt met onsen zeghelen, ende hebhen ghebcen en 
bidden onse mannen vorseyd dat si alic dese dingen willen kennen np 
ons en hare zeghele melten onsen hangben ane dese letteren oninie de 
nieerre zekcrliede en vasthede. En wy mannen voren ghenoenit omnie 
dat aile dese dinghen waer en vray syn en aldus ghedaen ghelyc dat bier 
voerseyd is en bi der bede en versoucke van onsen heer myn heer 
Hughen en miere vroiiwen Beatrisen sinen wive vorseyd zoe hebben wy 
onse zeghele ghchanghen an dese présente letteren met haren z;eghelen. In 
ornonsrepcn der waerheden. Dit was ghedaen int jaer ons heeren doe men 
screef diisenlich drie hondert en neghentiene. 

(Carhdaire de St-Davon, N° IP>, p. ()'9-) 



-Xo IV. 

Robert, comte de Flandre, apiirouve la vente fuite à Talibaye par ^licliel de 
liarliançon et sa femme Demoiselle Jeanne de Bievre, tille de Gillon Hapard , 
di; la moitié de la liante jnslice aux villages d'Everghem , Wondelghem et 
Sleydinghe, d'un manoir auxdits lieux, avec les terres qui en dépendent, du 
hameau de Sprandonck avec la justice et neuf hôtes y demeurant. 

(I30G, Ane. mille). 

Nous liobs Cuons de Fiandr faisons savoir a tous (|ue nous avos mis 
et mettons en uo liu et pour iio aniei feiaiile le baillu de (îant pour recbe- 
voir le worp de tout ce que Michel de Rarbenchon et dcmizeele Jelienne 
de iJicure se fenie lille jadis monseigneur Gillon llapart avoicnt et tenoieiit 
es proches chi dosons nomees cest a savoir es proches de Evrenghiem de 
Sh'dcngliicrn et de Wondelenghiem la moitié ib; la hante justice come de 

mellee ou de bataille sauve nre item un manoir qui! 

tienet et le pourchainte de la li'c qui illeuc a(Miis apptieut q' cotient deu . 
bonn's pau pins pau moins si que ou disl item les yardins et les fosses et 
chine bonnis de tre qui iest achauaule item un liamiel q gist hors de 



— 251 — 

clios l)oniiis lequel en apiele spreiidoiick et loiite le justice qui apptieiit 
audit Michel et a se feme et le segnie quel audit hamel si q il gist ou quel 
hamel sont deniourant neuf hoste pau plus pau moins et gisent 1 trois 
quatre vins honnis de stendue pau plus pau moins si q on dist lesquels 
choses toutes on tient de nous en fief et en honiaghe et les coses de sus 
nomees ont vendu li dis Michins et se feme a religz homes e sages labbei 
et le couvent de saint Bavon de les-Ganl ou non dit abbei et couvet si 
vous mandons y vous des coses desus dites ahieretes les dix Religieus 
sauve en toutes choses nre droit et lautrui p le tesmoing de ches pûtes 
1res scacll de no scael faites et donne a granmat lan de grâce mil trois 
cens et six le demenche aps mi quaresme. 

{Cartuhtire A^" 15 p. 55.) 



Les hommes (le fief de la cour féodale de St-Bavon font connaître que (lallieririe 
van Maldegliem s'est désistée en faveur de l'abbaye, de tous ses droits à. la charge 
d'écoutèle héréditaire dans les paroisses d'Evergbem, Wondelgbem et SInydinghe. 

(1353.) 

Allen den ghenen die dese pute Ire sullen sien ofte hoeren leseu \vy 
Symoen ser Machelenis, Jacop van Ruedeuborch Ogeer tsuul Lievin van 
den Loenie Jooris de Raet Henric van den Turre Goessin van den Ture 
Ghisel Mahui Lievin van Eename ende Boidin de Meyer manne ons beere 
Sahts in der kercken van sente baefs te Ghent doe te wetene dat vor ons 
manne vers ende voor den heer Pieter Ryme proost van Sente Baefs aise 
heer en maenre in dese dinghen quamen Joncfr. Kateline van Maldeghem 
schouteetinne van Evghem ende Hughe de Jonghe hare wettelike vooghet 
ende man kenden en verlyden dat lioe dat een discort adde gheweest 
tusschen onsen heer den abt en den convcnte vors deenzyde en Joncfr. 
Kateline en Ilughen haren voght vcîrs dander zyde als dat Joncvr Kateline 
huut den rechten van haren scouteetdome dewelke soe bout in leene van 
onsen heer den abt en convente voers recht waren scnldich te hebheue in 
scepene van der voghedien te Evghem te helpeue te vlatene als uns beere 

25 XVI 19 



— 252 — 

liabt oit lie proost vois of siii lialliiis v'Iietoii waei t ceiic ut twee waert 
aile onde soudonso ons lioor daltt cite zyn proost ofte zyn balliiis weder 
inaki'ii als /v aile verlaten \varen dat soe deii derde waro sciildich te 
makeiie ofte dat meiitse maken no vlaten en nioelite sonder hare ofte liaren 
hode .loncfronwe Kateline en llughe hare wettelike vogliet \oers by goede 
rade quanien \oer ons manne voers en den proost als heer en maenre 
ende scolden quite ^vcttelike als dat réélit dat de vors Joncvr Kateline 
ôv Hughe hare wettelike vogliet hadde ofte soenen hebbende in de vors 
scepene te maken ofte te vîatene ende al dat reclit dat zy ofte hare voer- 
ders mochten hebben in de vors. scepenen te maken ofte te verlatene dat 
gaven zy der kercken vors in piirre aelmoescnen ende houden en verlyden 
waerteenen \vt meer altoesalst hem vonghede sonder eenighe calange nemer- 
meer daer af te hehbene van joncfr kateline voers noch van haren hoyre. Ende 
al ghevielt dat namaels de proost ofte sine balliu aise scepene wilden maken 
ofte vlaten hem ofte hare bode riepen te haren rade so no mochte zy 
nochte liaer hoyr dier in ne gheen recht ne possessie ghecrighen te gheenen 
daghen. Ende de vors Joncv Kateline ende Ilughe renoncierde in dit caes 
aller vrieden die hem mochten hclpen. Ende onsen vors heer den abdt en 
den convente deere. De welke quite scellinghe verkennesse ghifte en 
renonciacien voers voer ons ghedaen ste maende ons mannen voers. de 
vors proost van sinte baefs als hee en maenre ofte de vors quite scellinghe 
vcrkenden ghifte en renunciacien soe wel en so sonffissantelike ghedaen 
vvaren van joncfrouwen Katei en Hughen haren wettelike voeghet voers 
dat si sculdich ware stede te houdene en goet te blivene vast en gestade. 
wi manne vors wel berade up de vors manninghen wysden met eenen 
weltclikcn vonncsen dat de vors quite sceldinghc verkennessen lien gifte en 
renonciacien so wel ende so solfissantelike en met rechte gedaen waren 
en zyn. Dat zy tenwcnliken daghen sin sculdich te blivene goet vaste en 
ghestade dwelk vonnesse aldus wetteliken gheghevcn so baden ons als 
manne vors de vors Joncvr Kateline en Hughe dat wy onse zegle wilden 
hanghen metten hare en dese pnte Iclteren in kennessen de waerheden. 
Ende wy manne voers omme de bede ende tverzouc van joncvr. Kateline 
ende hughen voers licbben onse zegle ghehanghen metten hare en dese 
Ittrcn in kenlicheden die w'hcden Dit was ghedaen int jaer ons heer 



— 253 — 

(loe me srreef DusiMiticli drie liondert en xxxiii sniaendaeclis in sente 
J^ucas (laglie. Carliilairc N" 15 p. 45 v*^. 

Louis de Crecy comte de Flandre qui avait confisqué la liante justice dans la 
seigneurie des villages d'Everghem , de Wondelglieni et Sleydinghcn par suite de 
la négligence des gens de Fabbaye jqui avaient laissé évader de la geôle d'Ever- 
ghem les noinuiés Jean Rabbauw et Jean Styl , accusés d'avoir assassiné Jean 
Hallin et qu'ils n'avaient pn reprendre, la restitue à l'abbaye. 

(l33o.) 

Nous Loys cuens de Flandi'e de Nevei's et de Reths faisons savoir a tous 
corne q Annekin Robbau et Hannekins Styl fussent pris en la jurisdicon de 
Religieus homes et discres nos bien âmes en Diu li abbei et le couvent de 
saint Bavon de Gand et mis en leur pson chose de le mort Hannekin Hallinc 
liquel doy psonnier dessus dit brisierent le pson la il gisoient et s'enfui- 
rent par le négligence des religieus dess dis pour la quele négligence 
nos araes ballieus de Gand mist main en saisine de p nous aie signonrie 
iurisdicon des dis Religieus corne acquise et pour faire anous chest a savoir a 
leur singnie et iurisdicion de Evghem et es appendances pour la quele 
main mise dep nous les dis religieus nous ont longenient poui^sieuy et 
priet a grant instance que nous leur signie et jurisdicon cless dites leur vau- 
sissions rendre delivrier e despeechier. Nous sour ce meu en pite non 
conststant que nous la signourie et jurisdicion dess dites puissens avoir 
acyses p le négligence des religieus dessus nomes a la suplicacion et prière 
diaux leur avons rendue et rendons quite et qtons leur jurisdicon et 
singnourie dessus escrptes cy mandons et p ches pntes 1res amandons 
a tous nos baillions et justichiers de nre qté et pays de Flandre especiaul- 
ment anre not baill de Gand q il les religieus dess dis laisse joir pais- 
sinlement et possesser des jurisdicons et seignourie dess dites en tel manié 
qu'il en goissoient et possessoient avant que la mains ne saisine il fuissent 
mises dep nous pie tiesmoingde ces lettr sceles de nre scel Donnes a Maie 
le XX jour daoust lan de grâce mil ccc trente et chine. 

iCartulairc N" /-> p. 52). 



M»TI 



mm ABRAHAM de L'ABBAYE D'ORVAL 

ET LES TABLEAUX QUI LUI SONT ATTRIBUÉS, 

PAR 

le Docteur A. NAMUR , 

Profefseur-Bibliolhecaire à l'Athénée de Luxembourg; • 

Membre correspondant de l'Académie. 

AVAIVT-PROPOS. 

L'abbaye d'Orval, qui pendant au-delà de sept siècles, figure parmi les 
plus bienfaisantes institutions du pays de Luxembourg, a dès son oriiiine 
donné asyle à grand nombre d'hommes éminents, dont le souvenir est digne 
d'être transmis à la postérité. Non seulement les austérités des premiers 
pères de Tordre, la discipline, l'union et la charité fraternelle faisaient 
l'ornement des solitaires de cette véritable vallée d'or, mais les sciences, 
les arts, l'industrie florissaient depuis des siècles dans cette laborieuse 
maison. 

Sans citer les de Robin, les de Waignée et tant d'autres prélats, qui 
de|uiis Constantin jusqu'à Doni Rernard de Montgaillard, ont dirigé 
l'illustre alibaye ; sans mentionner les hommes érudits, qui ont l'ail leurs 
éludes à lu célèbre Université de Louvain, avant de prendre l'habit de 
moine , reporton.s-nous aux derniers moments de cette institution, aux 
frères Antoine Périn de Valensart, Joseph Adam de Longwy, Amand Robin 
de Chauvancy, Abraham Gilson de Flabaye-la-Vieille , qui pendant la der- 
nière époque de splendeur de ce mémorable établissement ont brillé 
respectivenu'iil comine i;liirurgien , pharmacien, ciseleur et peintre dis- 
tingués. 



— 255 — 

Le souvenir do ce doviiicr siiilitiit est eneore tout vivant dans les poiui- 
lations actuelles ; il est conservé pieusement de génération en génération 
par la tradition qui se transmet de père en lils, mais perpétué surtout par 
les nombreuses toiles dues à son talent. 

Hâtons-nous, il en est temps encore, de faire l'histoire de ce digne 
compatriote! Consultons les sources vivantes qui ne tarderont pas de tarir; 
consultons les souvenirs des rares contemporains de cet homme qui vivent 
encore et qui ont été ses élèves ou ses amis; recourons aux précieuses 
archives de quelques membres de sa famille, étudions les relations écrites 
ou imprimées de quelques savants de cette époque, qui ont eu occasion 
d'admirer l'artiste dans son atelier et d'apprécier ses chefs-d'œuvre! 

Pour é-viter les répétitions fréquentes, nous citerons avant tout les noms 
des personnes bienveillafites qui ont bien voulu nous communiquer les 
renseignements qu'elles sont parvenues à recueillir et auxquelles nous offrons 
ici l'expression de notre sincèie reconnaissance. Nous commencerons la 
liste par les membres de la famille de frère Abraham. 

1° M. R. Gilson, curé-doyen cà Bouillon, qui nous a transmis des ren- 
seignements bien précieux. "2" M. Henri Gilson, contrôleur des douanes 
à Virton, lils de M. Bonaventure Gilson, l'unique arrière-neveu de frère 
Abi'aham. S^» M. Gilson, contrôleur à Redange, qui le preaiier nous a 
indiqué les sources auxquelles nous avions à puiser. 

M. H. Gilson de Virton, possède les brevets et diplômes de notre 
artiste, plusieurs tableaux, la tabatière d'or offerte à frère AbKiham par 
Louis XVI vers 1791. 

Noiis devons des communications plus ou moins importantes à Messieurs 
Âlesch, chef de division au gouvernement G. D. à Luxembourg; Arendt, 
architecte de l'État à Luxembourg; Becker, curé à Fouches, l'abbé 
Rouillon, curé à Robelmont; Brimmeyr, pharmacien, à Echternach ; 
Conrot-Lenoël, négociant à Luxembourg ; Daman, directeur de l'institut 
Marcy à Chassepierre ; Dutreux, Aug., ancien receveur général, à Luxem- 
bourg; En.^ling, professeur de philosophie cà Luxembourg; Ensch, receveur 
à Redange; Trancheur, receveur des contributions, douanes et accises à 
Villers devant Orval ; Fresez, prof, de dessin à Luxembourg; Haas, curé 
à Kommern; Hippert, curé à Esch s/A; HolTerling, dii-ecteur des message- 



- 256 - 

lies, à Liixoiiiboiiiii,; llotmaiiii, libraire, à Luxembourg' ; lliibil, mrv doyen 
(le CarigM;m; Jacob, vicaire coadjuteur de Robelmont; Jaroby, surveillant 
principal des chemins de fer, <à Luxembourg ; Jeantin, président du tribunal, 
à Montmcdy ; Jonas, avocat-avoué, à Luxembourg; Klein, Paul, aide- 
bibliothicaire, à Luxembourg; Kuborn , curé à Villers devant Orval 
Landmaiiii (inailame veuve Adolphe); Lemaire, cure doyen, à Neufchâteau 
Loutsch, cuii' (le Si-Martin, à Arlon; Maeysz, curé émérite à Luxembourg 
i\Iosler, peintre àDusseldorff; Muller, professeur de peinture à Dussehlorff; 
IVei'iniann, médecin à Luxembourg; Neyen, Auguste, docteur à Wiltz 
Ottmann, receveur des douanes, à Fagny ; Protin, curé à Chantemelle 
Quetelet, secrétaire perp. de l'Académie royale de Belgique à Bruxelles 
Ramboux, conservateur du musée de peinture, à Cologne ; Reding, curé 
àLexy; Regnon, curé-doyen de N -D. à Sedan ; Schaan, employé sup. 
des contributions, à Luxembourg; De Schadow, directeur de l'Académie 
de peinture,;! Dusscldorif; Schrondweiler, curéàlleinstert; Simon, Victor, 
conseiller à l."^ cour sup. de Metz; Steis, curé h Meix le Tige; Thiry, 
supérieur du sémin;iire de Floreffe; Tock, M. Conseiller à la chambre des 
comptes, à Luxembourg; Tourneur, archiprètre, curé à Sedan; Weber, 
IL desservant de l'église deN.-D. à Luxembourg; Wûrth-Paquet, président 
de la cour sup. de justice et de cassation à Luxembourg. 

OLVR.VGES M.VNUSCnrrS ET IMPRIMÉS QUI ONT ÉTÉ CONSULTÉS. 

/l. Manuscrits .■ 1° Yoijcujps de Cnjnicn Mcrjai, (bibliothèque de la 
ville de Luxembourg). 2" Extraits d'un maniiscrit d'Orval, par M. Damon, 
directeur de l'institut Marcy, à Chassepierre. 

B. Imprimés: \" Fhu.kw, Joitriuil hisloriquc, 1780; 2" Jeantin, Ruines 
et chromiiuea de l'ubbaije d'Orval ; 2" Kdit. Paris, 1858; 3" Lagaude 
Mauceli.i.n, Lii.vcmhoHVijco'is illuslres; i" Voyiines d'un irapjiisle à l'abbaije 
d'Orval, à la suite de : Histoire des trappistes du Val-sainte-Marie, diocèse 
de Urmnnin, 1 vol. 8°, Paris, LSilJ ; 5" Vandeiimaelen, Dict. de (jéoyr. 
du Luxeniboiirn, p. 121 ; G" Wap (D'"), de schoone kunst in het firoot- 
lierloijdoni Luxemhurj) dans le Miroir des arts, feuille artistique des I^iys- 
]>as, I !'■ livraison, à La Ilave. 



— 157 — 

FRÈRE ARRAHAM D'ORYAL. 

Jean Henri Gilson, plus tard frère Abraham d'Orval, fils de Pierre Gilson 
et de Françoise Warnimont, est né à Habaye-la-Vieille, le l"" octobre \1M. 
Un amour prononcé pour la solitude et le recueillement le détermina à 
se vouer à la carrière monastique. 11 débuta en se faisant hermite à 
Biseux, à quelque distance de son lieu natal. L'endroit qu'il avait choisi 
présentait de riches paysages , la nature y étalait toute sa magnificence. 
Là dans la contemplation, la prière et le silence, il se pénétra peu à peu 
des tableaux de la nature et des secrets de l'art par l'examen attentif des 
beautés de la création, pour lesquelles il se passionna, et sans avoir fait 
les études préliminaires, il parvint, dit-on, à reproduire les sites dont 
l'aspect avait frappé ses regards. D'après d'autres il fit déjà à Biseux des 
portraits qui révélèrent son talent et firent présager son succès futur. 

Quand Joseph II supprima les hermitages, frère Abraham, sûr de sa 
vocation, entra, à l'âge de ''li à 25 ans, dans l'abbaye d'Orval, qui n'avait 
cessé d'être un foyer intellectuel où tous les hommes supérieurs trouvaient 
un ample aliment pour leur génie. Abraham y rencontra des hommes qui 
aimaient les arts et qui surent le guider et l'encourager dans ses travaux. 
H fit profession comme frère convers le 29 juin 1772 en même temps que 
son frère Jérôme (Jean Louis Gilson), son compagnon permanent, qui l'avait 
accompagné à Biseux et qui lui survécut à Florenville, après y avoir partagé 
ses peines et ses plaisirs. 

A Orval le talent du jeune peintre ne manqua pas d'attirer sur lui l'at- 
tention de ses supérieurs et la communauté l'envoya bientôt faire des études 
à Bome, à Mannheim, à Dusseldorff, à Anvers, à Bruxelles et à Paris. 

A l'Académie de peinture de Rome, il fut bientôt un des élèves les plus 
distingués. Après s'être inspiré des chefs-d'œuvre de l'école Italienne, il 
alla étudier ceux de l'Allemagne, de la Belgique, de la France. Il remporta 
le premier prix au concours institué en 1776 par l'Académie de peinture, 
à Dusseldorff. Il y a été couronné le l'^'' juin 1777. C'était la première 
année de la création de cette institution. L'ébauche du tableau fait à cette 
occasion se trouve encore aujourd'hui dans les collections de l'Académie. 



— 258 — 

C'est un dessin aux crayons noir et rouge représentant Adam et Eve qui 
pleurent leur (ils Abel assassiné par son frère. Au bas du dessin on lit : 
Abraham, IVére relii;ieux de l'abbaye d'Orval. Premier prix de l'année 
177("t dir. Kiahe. D'après le jugement de M. André MuUer, pi'of. de 
peinture à Dusscldorll', ce souvenir intéressant de notre artiste, dénote 
du talent, bien qu'en général les tableaux exposés cette preraièi'e année 
ne rnrciit que des productions médiocres. Le tableau couronné lui-même 
est aujourd'hui entre les mains de M. B. Gilson, curé-doyen à Bouillon. 
11 a (»0 cciitiniètres de haut sur il de large, y compris le cadre doré par 
frère Jéi'ônie. 

L'abbaye d'Orval était fière de conserver ce souvenir de^la première 
grande victoire remportée par son jeune artiste. Un vénérable vu:'illard, 
M. Bouillon, curé à Robelmont, qui a longtemps vécu à Habaye-la-Vieille, 
rapporte que, lorsque frère Abraham eut remporté le premier prix, le 
président de l'Académie offrit pour le tableau couronné autant de pièces 
d'or, ([uil en faudrait pour couvrir la surface du tableau, mais que l'abbé 
d'Orval répondit : si Dusseldorff a le moyen d'acheter, Orval a celui de 
conserver. Ce qui confirme le jugement favorable conçu de frère Abraham 
par cette illustre Académie, c'est que d'après les documents positifs con- 
servés par, M. 11. Cilson de Virton, il fut noninuî membre honoraire de 
l'Académie, le li2 février 1780. 

Le souvenir qu'on conserva de lui à Alanbeim et l'impression, qu'il y a 
fiiifc sur lin de ses professeurs, sont conservés dans les intéressants mé- 
moires d'un de ses intimes amis, de Cyprien Merjai, qui dans sa jeunesse, 
en 178:2, a fait un long séjour à Orval et qui, parent du procureur de 
l'abbaye, avait été initié à tous les détails du régime intérieur delà maison. 

Sur le point de se rendre un jour à Manheim, Merjai pria son ami 
de lui donner une lettre de recommandation pour son ancien maître, 
M. I'"ia(rrl, fjirij s(! proposa d'aller voir. 

" M. Fratrel fut surpris de me voir, dit Merjai, et ayant lu la lettre de 
» frère Abiahani i! me dit en bégayant : mon cher monsieur, comment 
« se pdite nidii clicr IVèi'e Abraham, la perle des religieux, que fait-il? 
» Saii^ (iniilc des chcls-d'd'iivrc, des clief^-d'n'uvre de son art et du 
« niit'ii. .Il' lui dis (|iril était occiijk' du malin au soir à rendirllisscment 



— 259 — 

» de son cloître. Oh! le chanuanl homme, dit-il, que mon bon livre 
» Abraham, qui a été ici si considéré et respecté même par notre électeur 
» ainsi qu'à Dusseldorf où il a remporté le premier prix, où il s'est 
» comporté en homme rare et noble. » 

Les documents conservés par M. Henri Gilson de Virton, constatent 
un fait qui couronne honorablement les succès obtenus par notre artiste. 
En 1701, il remporta le premier prix de composition à Paris, où il se 
rendit pour prendre part à un concours, auquel participaient les artistes 
de toute la France. A cette occasion il l'ut chargé par Sa Majesté le Roi 
Louis XVI, de faire les portraits de la famille royale. En signe de satis- 
faction il reçut une tabatière d'or, d'une valeur intrinsèque de 380 frs., 
soigneusement conservée par son arriére petit-neveu, le susnommé 
1\1. Gilson de Virton. 

Cette circonstance est peut-être la cause de Taffection que Louis XVI 
paraît avoir conçue pour l'abbaye d Orval. Avant d'avoir été victime 
de la révolution française, cette abbaye avait été indirectement associée 
à un des plus malheureux incidents de ce grand drame, c'est-à-dire du 
voyage de Varennes. Louis XVI avait-il eu l'intention de quitter le territoire 
français? On assure qu'il était attendu à l'abbaye d'Orval et que tous les 
préparatifs étaient faits pour sa réception ; on prétend même que cette 
démonstration était une des causes principales de la catastrophe fatale qui 
mit fin à la gloire de tant de siècles. 

Après avoir étudié les chefs-d'œuvre des écoles de France, de Belgique, 
d'Allemagne, le frère Abraham retourna au lieu de sa destination. Il ne 
perdit pas son temps dans ses voyages artistiques : non seulement il 
profita avec grand succès des bonnes leçons des grands maîtres, dont il 
avait fréquenté les ateliers, mais, comme sa future carrière va nous le faire 
voir, il avait continué à s'affermir dans la foi et dans les préceptes divins 
auxquels il avait voué son existence. 

Devenu artiste consommé, il résolut maintenant de faire profiter à l'éta- 
blissement des fruits de l'expérience qu'il avait acquise. 11 lui paya 
largement sa dette par les chefs-d'œuvre nombreux dont il le dota. 

Vers 17(i'.) Doni Etienne Schultus de Bastogne, 20" abbé d'Orval, (it 
élever le nouveau monastère. 11 s'appliqua plus encore que ses prédécesseurs 



— 260 — 

à taire llciirir los arts, (jiie plusieurs des frères convers exerçaient avec 
beaucoup de succès. Depuis loui^temps les forges d'Orval étaient célèbres 
par la qualité supérieure de leurs productions. Elles se perfectionnèrent sous 
l'abbé Scholtns ainsi que la serrurerie et les ateliers où l'on travaillait les 
métaux ; un chirurgien médecin devint à la même époque très-habile dans 
son art et rendit d'immenses services aux pauvres de la contrée. 

Dom Scholtus voulait aussi avoir un bon peintre. 11 le trouva dans frère 
Abraham, qui dés lors fut un des artistes, auxquels fut confié l'embellisse- 
ment du nouvel établissement. Par ordre de l'abbé le religieux peintre 
entreprit plusieurs grands tableaux et déploya un grand talent dans 
l'accomplissement de sa ttâche. Son coloris fit l'admiration des hommes 
de l'art qui le trouvèrent, dit-on, presqu'ininiitable. La salle des tableaux, 
qui était un véritable musée de peinture, le réfectoire de moines, cdui des 
frères convers, l'infirmerie, la bibliothèque exposaient tour à tour les 
chefs-d'œuvre d'Abi'ahani. La peinture à l'huile, la peinture murale à 
fresque y fiu'ent dignement l'eprésentées ; mais ses plus belles productions 
se firent voir dans la nouvelle église dédiée à St. -Bernard. 

Elles caractérisent la plus belle période de la vie de l'artiste. 

Il déploya une fécondité merveilleuse dont on saura juger par la liste 
des tableaux qu'il composa pour cette église et dont Merjai, son ami, 
nous donne les plus amples détails. « Nos neveux se demanderont , dit 
avec raison M. Jeantin, comment un seul homme ait pu suffire à tant 
de travaux. » 

Le jugement porté sur les œuvres de frère Abraham sont très-variés. 
Il ne faut pas nous en étonner. 11 y a dans la vie artistique de leur 
auteur une époque de splendeur et une ép()(iue de décadence; et pour 
bien l'apprécier il faut considérer ces époques dans leur ensemble et ne 
pas juger d'après les œuvres isolées qui peuvent se présenter à notre 
examen. 

« Le talent de frère Abraham, dit le docteur Wap ^ consistait 



' Miiuii' (les ails des l'uijs-lUis, aiiiiôc 1831t. « Wy lielilii;ii v;iii lirzcii iiicf uiivcr- 
dienstelyken scliilrier, die éditer meer door koloriet dan door tcekciiiiiç; of ordonaiilic 
uitmunUo, eon niciiijîte scliildcringeri te LuxcnibiiiY zcif acii^M-trotlVii. 



— 261 — 

plutôt dans le beau coloris que dans la perfection du dessin et dans la 
composition des sujets. » Il paraît que M. Wap n'avait vu que quelques 
productions qui ne lui ont pas permis de porter un jugement plus 
favorable. 

M. Arendt, architecte de l'état à Luxembourg, qui a examiné et 
décrit un des plus beaux souvenirs de ce peintre, les peintures murales 
du salon de l'ancienne maison Merjai, loue beaucoup l'exactitude du dessin 
et l'harmonie des compositions. « Comme zoographe, dit-il, Abraham est 
l'égal de Verboekhoven, comme coloriste il surpasse Lesueur dont il imite 
la manière. ' » 

Bien que le jugement de M. Arendt paraisse exagéré, il reste toujours 
vrai que lesdites peintures sont un monument remarquable qui fait hon- 
neur au talent de son auteur. 

M. Ramboux, directeur du musée de Cologne, qui a été un des 
élèves de frère Abraham, à Florenville, dit en jugeant d'après les œuvres 
de cette époque : « Seine Art zu malen war flan, und unbestimmt, jedoch 
nicht ohne Farbenschein, so dasz seine Arbeiten gefallen mussten. » 
Le même artiste ajoute que des tableaux du même peintre faits à des 
époques antérieures, qu'il a vus dans l'église de Sedan, font voir qu'à cette 
époque les œuvres de frère Abraham avaient outre le mérite du coloris 
celui de l'exactitude du dessin. 

Ecoutons encore ce que dit M. Ottmann, receveur des douanes à 
Fagny, h l'occasion d'un tableau de l'église de Limes : « C'est toujours la 
même magie des couleurs, dit-il, ce moelleux, cette heureuse fusion des 
teintes et des nuances qui caractérisent si éminemment le moine-artiste 
d'Orval. En parlant des A évangélistes de la même église : les têtes, dit-il, 
sont assurément de main de maître, et leur type caractéristique me les 
fait envisager comme des portraits historiques empruntés aux notabilités 
de la célèbre abbaye. » 

A l'occasion d'un St-Charles-Borromée qui se trouve au maître-autel 
de Sedan, M. l'archi-prêtre Tourneur, curé doyen de cette ville, qui a vu 
un grand nombre de tableaux dûs au pinceau d'Abraham, s'exprime en ces 

• Luxembunjer Zettumj, 15 feb. 185U, rr 38. 



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lornies : « liOnimc dans toutes los œuvres de ce frère, on y retrouve un 
coloris brillant et harmonieux, une disposition heureuse des |)orsonnai;es, 
une composition naturelle et facile, mais aussi un dessin va^uc plutôt 
ébauché ([ue liui et même de nombreuses incorrections. » 

M. Tourneur n'entend parler que des innombrables toiles dont l'artiste 
a enrichi ces contrées dans les jours où il fut obligé de chercher dans 
son art des ressources , que la révolution lui avait enlevées. Le tableau 
d'.Vdam et Eve pleurant la mort d'Abel, dit-il, qu'il composa au concours 
de Dusseldorlï, prouve assez la perfection ([u'il pouvait atteindre. 

Enfin M. Fresez, professeur de dessin et de peinture à jjuxembonrg, 
<|ni juge ordinairement avec sévérité les objets d'art soumis à son 
examen, reconnaît que, malgré la faiblesse dans la couleui;, les tableaux 
d'Abraham ne man(|ueut jias d'iiarniouie. • 

Si nous considérons les productions nombreuses de notre frère artiste 
sous le point de vue olijectif, nous trouvons dans la série de ses œuvres des 
portraits, des paysages, des scènes historiques. L'élément religieux domine 
et c'est surtout dans celui-ci qu'il excelle. 

Le ton doux et moelleux de son coloris, dit M. le professeur Engling ' 
nous révèle la douceur de son caractère, le choix des sujets et le genre de 
composition portent l'empreinte de ses sentiments religieux. L'immortalité 
de l'àme, une existence au-delà de la tombe, paraissent avoir été ses idées 
de prédilection. Nous les voyous représentées dans grand nombre de ses 
tableaux. 

En parcourant la vie artistique de frère Abraham nous trouvons que son 
époque (le splendeur fut celle, où il coopéra à rernbellissenu'Ut de l'établis- 
sement, qui sut si elficacement encourager le talent du peintre. C'est dans 
la nouvelle église d'Orval que nous devons recheicher ses cliefs-d'ceuvre. 

Plusieurs artistes étrangers ont fait visite à l'abbaye et ont eu 
occasion d'en apprécier le haut mérite. Les félicitations adressées à frère 
Abraham par (faugustes personnages, sont consignées dans les annales de 
l'établissenKîut. En 1787, une princesse de sang impérial, Marie-Christine, 
gouvernante des Pays-Bas , visita avec son éiionx , le Prince Albert de 

* Note lie .M. !.■ iunC. l',Mi;liiit,' , du 1 nviil IS.Vl. 



— 263 — 

Siixo-Trschen , rahbaye d'Orval, dont TahlK' était en grande i-éputation de 
veitn et de sagesse; elle vouhit le connaître, ainsi que le frère Abraham, 
dont on lui avait parlé comme d'un bon religieux et d'un peintre habile. 
Les tableaux qui ornèrent l'église, fixèrent surtout l'attention de cette 
princesse ; elle sut apprécier le talent du solitaire et lui en fit ses 
compliments. 

L'abhaye d'Orval, qui jusque-Là possédait des ateliers dont les productions 
avaient une réputation européenne, était devenue depuis le retour de frère 
Abraham une véritable académie de peinture. Plusieurs élèves distingués 
y ont été formés. « Les Français ignorent, dit M. Jeantin '', ce que les 
plus gracieux albums de leur capitale doivent aux guirlandes et au coloris 
si vif et si pur de frère Abraham. Une lettre écrite en 1789 à l'un de 
ses élèves le leur apprendra. Elle est datée de St-Hubert, alors que l'un 
de leurs peintres le plus en vogue se préparait à Orval au culte de Flore 
et que son frère aîné y broyait les couleurs de fresque de la nouvelle 
église. Ces deux artistes distingués sortis de l'école d'Abraham , sont 
Pierre-Joseph Redouté, né à St-Hubert en 1759, qui devint peintre 
d'histoire naturelle et celui de l'impératrice Joséphine , première femme 
de Napoléon-le-Gi'aiid , mort à Paris en 1840, à l'âge de 81 ans,, et son 
frère Antoine-Ferdinand Piedouté , né à St-Hubert en 1756, décorateur 
très-distingué , qui mourut encore jeune à Paris. » 

Même à la fin de sa laborieuse carrière , le frère Abraham forma des 
élèves distingués. Des artistes célèbres sont sortis de son école. Nous 
verrons ci-dessous que M. Ramboux, conservateur du musée de peinture 
de Cologne , a pendant quatorze mois fréquenté son atelier à Florenville. 

L'époque de splendeur de l'abbaye d'Orval , pendant laquelle frère 
Abraham était parvenu à l'apogée de sa réputation, toucha à sa déplorable 
fin lors de la révolution française. C'était en 1793, un corps d'armée 
française, sous les ordres du général Voisenon, assaillit l'abbaye. Quand 
tout fut pillé , dévasté , profané , on chargea l'incendie de dévorer les 
b.àtiments. Pour hâter la destruction, des batteries placées sur les hauteurs 
voisines lançaient des boulets dans les flanmies. La vertu des moines, 

' liiiiiies cl (hroiiifjiiCK de l'ulihuiie d'Ori<<il , "2'' édition. 



— 264 — 

le talent dos frères ronvers, no pouvaient rien pour empêcher l'ahhayc d'être 
enveloppée dans ce terrible jni^(>ment, qni avait condamne, sans retour, 
tout l'iinlre de choses et d'idées auquel elle avait eu le mal d'appartenir. 
L"onrai;an (lui la renversa fnt épouvantable. Les beaux monuments 
d'architecture de l'ancienne et de la nouvelle abbaye ne présentèrent plus 
que des ruines ; les œuvres innombrables de frère Abraham, auxquelles il 
avait consacré les vingt-ijuati'e plus belles années de sa vie, vint^t-quatre 
années de travaux assidus, furent effacées en un jour et n'existent plus 
que dans le souvenir plein de regret de leur existence. 

Les rares tableaux qui échappèrent à la destruction , furent enlevés par 
les aggresseurs; les meilleurs paraissent avoir été transportée en France. 
En citant le général Malèche , de Felletrin (Creuse) , commp un auteur de 
la prise d'Orval , M. le chanoine Lacomble dit qu'il était en possession de 
plusieurs de ces tableaux. 

Après le sac d'Orval les moines et les frères se retirèrent au refuge 
de Luxembourg et à celui de Conques, qui était une succursale d'Orval , 
non loin des ardoisières d'Herbeumont. Plus tard ils vécurent dispersés , 
les uns reprenant des fonctions cléricales , les autres vivant modestement 
de la petite pension qui leur fut accordée, tous conservant dans leur 
cœur le douloureux souvenir du jour fatal, qui est venu anéantir la gloire 
de tant de siècles. Comme Jérusalem, Orval eut son Jérémie dans la 
personne de Dora Arsène Freymut , qui mourut à Tintigny en 1837 après 
avoir pleuré pendant 40 ans sur les ruines de l'abbaye. 

En 1793, après la terrible catastrophe, le frère Abraham et son frère 
Jérôme arrivèrent à Luxembourg. Ce fut en 1704 qu'il fit les tableaux qui 
ornèrent le réfectoire de l'abbaye de Munster, le tableau représeutant le 
baptême de Jésus-Cdirist dans l'église de Si-Michel et probablement aussi 
les peintures nuirales du salon de l'ancienne maison Merjai, aujourd'hui 
celle de M. le docteur Neiimann, rue du Noi'd, 11, à Luxembourg. 

Les deux inséparables frères furent à Conques en 17U5. Un peu plus 
tard ils vinrent trouver l'hospitalité à Villers devant Orval , chez 
mademoiselle François, rentière, demeurant en ce lieu. Bien que ne vivant 
plus (lue dans le découragement, Abraham ne put s'empêcher de produire, 
taut pour (irncr l'église de sa nouvelle résidence , ((ue pour compenser en 



— 265 — 

quelque sorte la bienveillance îles personnes charitables, qui lui firent 
partout un accueil amical. On voit encore aujourd'hui dans la maison 
habitée jadis par ladite dame, un tabloau qni rappelle à la fois le souvenir 
de son auteur et la bonté de la personne charitable, qui lui avait offert 
l'hospitalité. Ce tableau représente le Seigneur entouré d'nn groupe 
d'enfants lorsqu'il leur dit : « laissez venir à moi les petits enfants ! » Voici 
à quelle occasion ce tableau fut fait : deux religieuses de Stenay vinrent se 
réfugier à Villers devant Orval. La même demoiselle François recueillit ces 
femmes et leur fournit un local pour y établir une école. 

Le tableau se trouve aujourd'hui encore à sa place primitive. 

Pendant son exil frère Abraham eut l'avantage d'adoucir ses amertumes 
par l'amitié de quelques personnes d'ancienne connaissance , qui à Orval , 
dans des temps plus prospères, avaient été témoins de son étonnante 
activité. Parmi ces amis nous citerons M. Fancheur, receveur des 
douanes, etc., à Villers devant Orval , fils d'un médecin de ce lieu , qui , 
dans son adolescence , allait chaque semaine une ou deux fois avec son 
père à l'abbaye où il eut occasion de connaître parfaitement frère Abraham. 

C'est à M. Fancheur que nous devons les renseignements qui pré- 
cèdent ; c'est lui aussi qui nous a donné la description de l'homme dont 
nous esquissons l'histoire : « il était de taille moyenne , dit-il ; il avait 
l'œil vif ; sa figure , quoique labourée par la petite vérole , était pleine 
d'aménité ; sa conversation était pleine d'élégance et instructive. Il 
affectionnait surtout les petits enfants qu'il laissait entrer parfois dans 
son atelier pour leur montrer et expliquer ses tableaux. » 

Il avait lui-même fait son portrait qui passe pour un de ses chefs-d'œuvre 
et se trouve aujourd'hui entre les mains de M. H. Gilson, contrôleur àVirton. 

M. Fancheur ajoute : ••< non-seulement frère Abraham était excellent 
peintre, mais aussi musicien et organiste de l'abbaye d'Orval. J'y ai 
plusieurs fois chanté accompagné par ce frère. » 

La musique était restée un des délassements de frère Abraham. Il avait 
une orgue portative, dont plus tard il se priva pour la donner h un des 
prisonniers Espagnols qui séjournaient à Montmédy. 

Nous ignorons à quelle époque et par quelles circonstances les insépa- 
rables frères quittèrent Villers devant Orval. Nous savons que plus tard 



- 200 — 

ils ont assez l(inii,tf'm|is vécu à MimtriK'dy. « Nos vicillanls so rajipollciit 
I()i1, liicii , (lit iM. Jeaiiliii, la résidt^nce de IVère Aljialiam à Montmédy, 
clic/ im (le SCS amis, M. de Bi)iu'cct, siiniiimnic le saint homme, dont les 
enfants conservent pieusement les derniers jets de son pinceau. 

Kntin hu'squ'il l'ut pensionné, Abraliani se retira, toujours accompagné 
de son frère Jérôme, à Florenville. Cumulant leurs petites pensions, les 
deux frères y vécurent dans une honnête médiocrité. Ils sont entrés dans 
la maison de M. Jacminet le 27 juin 1799. 

Dans ce dernier asyle notre artiste ne cessa de s'occuper de peinture 
et de musique. Frère Jérôme lit les cadres, et s'était charité des soins du 
ménage, du jardin et des abeilles. Le rapport plein d'intéi'èt d'un de ses 
élèves, nous caractérise l'existence de frère Abraham pendant Ja dernière 
période de sa vie. 

M. Ramboux, conservateur actuel du musée de peinture à Cologne, a 
été à Florenville, pendant 14 mois, son élève. Il est entré en appreiUi^sage 
le 27 juillet 1807. 

Abraham et son frère Jérôme, nous dit cet artiste, habitèrent une 
maison, qui appartenait à M. Jacquimet et que plus tard les frères 
achetèrent de leurs économies pour la somme de 07 louis d'or. 

La vie de frère Abraham à Florenville, se partageait entre la prière, le 
recueillement et le travail. Il avait un atelier d'été situé à l'extrémité du 
village. Lorsque nous nous y rendîmes, dit M. Ramboux, le chien ouvrait 
ordinairement la marche; j'y allais avec ma collection de gravures, et 
frère Abraham nous suivait priant chemin faisant son bréviaire. 

Comme on connaissait le talent du peintre, les commandes ne man- 
quaient jamais; elles étaient le plus souvent faites pour des églises du 
canton et des cantons voisins. C'était ordinairement un samedi que nous 
commencions un nouvel ouvrage. Ce jour nous préparions la toile et les 
couleurs. Dimanche, après vêpres, Abraham prit sa collection de gra- 
vures, qu'il consultait ordinairement et dont il mêlait souvent des groupes 
entiers dans ses compositions. Le lundi nous cheminions vers l'atelier, 
les gravures choisies la veille fuient étah'es par terre et notre maili'e 
commençait son ébauche {|u'il finissait en i ou ;} jmirs, après lesquels il 
se mit à itarfaire son (l'iivrc. l'iic de nos jiliis grandes entreprises furent 



— 267 — 

les tablcniix destinés à réglisc de Meix-le-Tigc ; Tun, représentant rexpul- 
sion des marchands du temple, était si colossal qu'il nous tallait percer 
le plafond de l'atelier, pour en peindre le ciel au grenier. Les figures y 
étaient représentées en grandeur naturelle. 

A la fin d'une journée laborieuse il y avait, dit M. Ramhoux, chez nos 
frères ordinairement une réunion de voisins, qui travaillaient, tandis que 
l'un des frères faisait une lecture pieuse où qu'on chantait en chœur des 
chants religieux. 

Abraham avait établi un jeu d'orgues à Florenville. Tous les dimanches, 
pendant l'oifice, il accompagnait le chant sur son Instrument de prédilection. 

Dans des moments de loisir il enseignait la musique aux maîtres d'école 
du voisinage, et de cette manière il ne négligeait aucune occasion de se 
rendre utile à l'humanité. 

L'hospitalité des frères était sans bornes. Toutes les semaines ils avaient 
la visite d'un ou de plusieurs frères d'Orval, qui depuis 1793 vivaient 
isolés dans le voisinage. 

Quand, après un apprentissage de II mois, le frère Abraham me remit 
mon certificat, il me donna, dit M. Ramboux, un conseil très-salutaire, 
qui aujourd'hui n'est pas généralement observé. Toutes les fois, dit-il, 
que tu seras dans le cas de voir un objet d'art, reléves-en ce qui te 
paraît bon , tâche d'en tirer profit , mais ne te livre pas à la critique des 
défauts que tu pourras découvrir. 

C'est ainsi que se passa régulièrement la vie de frère Abraham jusqu'à 
ce qu'enfin, après avoir survécu pendant une quinzaine d'années au sac de 
l'abbaye, il mourut le 1G janvier 1809 à l'âge de 68 ans. 

Voici son épitaphe gravée sur une pierre bleue adossée au mur de 
l'église de Florenville : 

CIGIT ABUAIIAM GILSON 

FRKRE CONVERS DE l'aBBAYE d'oRVAL. 

IL FUT PEINTRE CÉLÈBRE ET SON NOBLE TALENT 

DÉCORA CETTE ÉGLISE. 

ARTISTE BIENFAISANT, MODESTE ET VERTUEUX 

RELIGIEUX AUSTÈRE IL VÉCUT EN BON FRÈRE 

ET MOURUT EN SAINT PÈRE 

LE IG JANVIER 1809 

R. I. I'. 

2.^i ^><) 



— 2G8 — 

Avant d'etro appelés à une incillciiri' vie, no< vriiéraliles t'rérps n'oublièrent 
])as leur heiTcau ni les sentiments de piété, ([ui les attachaient à leur 
t'aniille. Ils loniiérent à Ilabaye-la-Vieille quatre messes basses pour 
M. Gilson, leur oncle, ancien bourgmestre de ce lieu, et deux messes 
hautes pour leur père et mère, pendant l'octave du saint Sacrement. 

Les regrets universels que laissa le frère Abraham dans la contrée, 
qui lui oflVit le dernier asyle sur cette terre, sont très naturels et prouvent 
la grande vénéi'alion dont il a été l'objet pendant sa vie. On conserve 
encore aujoui'd'hui comme de saintes reliques, non seulement les produits 
lie son talent, mais encore les instruments dont il s'est servi dans les 
derniers moments de sa vie si active. Sa palette et le nuubre, sur lequel 
il bi'oyait ses couleurs, sont conservés comme pieux souvenirs à Habaye- 
la-Vieille. 

Nous finirons par citer un exemple de l'attachement qu'avaient pour 
lui ceux qui avaient le bonheur de l'apprécier : se rendant en 1819 à 
Rheims, pour y étudier quelques monuments de son art, M. Ramboux, 
son ancien élève, fit un détour pour satisfaire un sentiment de piété, 
pour aller revoir encoie une fois le berceau et la tombe de son maître 
vénéré. A Ilabaye-la-Vieille il trouva une petite peinture sur bois repré- 
sentant le portrait de frère Abraham fait par lui-même. Il est représenté 
en habits de moine, la palette à la main et tenant une madone avec 
l'enfant Jésus. 

M. Ramboux a eu la complaisance de nous en adresser le croquis. * 
A Florenville, où tout était chan:;é, depuis qu'il avait quitté ces lieux, 
M. Iiamboux était à la recherche de la tombe de son maître bien-airaé, 
ilonl il copia l'épitaphe, lorsqu'il rencontra M. J. Rapt. Jacminet, le fils 
du propriétaire de la maison occupée jadis par frère Abraham. Quand ils 
eurent renoué connaissance, M. Jacminet donna à M. Ramboux un livre 
de notes diverses. On y lit : ce calendrier est à l'usage de frère Jérôme 



' Dans la deuxième ddilion de ses Buines et Chroniques de l'ubhaye d'Orvnl, 
.M. Jcantin a fail placer au fronti.spice une litliograpliie représentant le même poiiiait. 
« Nous devons la copie du protiait, dit-il, à la complaisance <iv M. d'Iluardl de 
Villeniunt, par rinteiniédiaiio de M. l'iulin, cuié à llaliave-la-Vieilie. « 



— 269 — 

Gilson, fait à Conques le jour de St-Remy 170,"). 11 y a plusieurs notes 
éci'ites delà main de frère Abraham. M. Ramboux conserve religieusement 
ce manuscrit comme souvenir de son premier maître. 



lîe PAliTIE. 

CATALOGUE DES ŒUVRES DE FRÈRE ABRAHAM. 

Il est impossible de faire aujourd'hui le catalogue rnmiilct ik^s tableaux 
faits par le frère artiste dont nous venons d'esquisser l'histoire. Ses plus 
grands chefs-d'œavre ont disparu et ceux qui nous restent sont disséminés 
dans le pays et les pays voisins. 

Ceux que nous sommes parvenus à enregistrer en assez grand nombre, 
nous feront voir la nature des sujets choisis par l'artiste et la fécondité 
de son talent. 

Nous commencerons la série par l'abbaye d'Orval même ; c est là 
qu'étaient réunies ses premières et en même temps aussi ses plus belles 
productions. 

I. Abbaye d'Orval. (d'Après Merjai, voyages, etc. 17 6; 18.) 

A. Salh des tableaux et réfectoire des moines. 

1 Daniel dans la fosse aux lions. 

2 Le sépulcre de la cùiiciipisceiice. 

3 L'eau du rocher. 

4 La manne donnée par Dieu. 

5 Les adieux de Joseph et de Benjamin (d'après Merjai le plus beau tableau 
de cette salle.) 

6 Elie recevant la nourriture des corbeaux. 

7 Le Sauveur servi par les anges. 

8 L'apparition des onze apôtres après la résurrection. 

9 Les disciples d'Emaiis. 

1(1 Le festin de l'enfant prodigue. 

1 1 La muhiplication des pains. 

12 Le Sauveur tenté dans le désert. 

Ces tableaux, dit Merjai, furent faits avaut ceux de l'église. 



— 270 — 

B. Réfectoire des frères convers. 

13 Un Ijc.iii platuiul peint à riiuilo représentant la fête de tons les Saints. 

(Owvraij;e savant liieii dessiné et d'un i^rand coloris. Obs. Merjai.) 
1 i Au fond un tableau représentant Marthe. 

G. Infirmerie. 

Plusieui^s tableaux faits avant les voyages de frère Abraham et qui d'un 
mérite inférieur n'ont nulle part été détaillés. 

D. Bihliotkèque. 

15 St-Bernard et St-Rupert accompagnés de St-Idelfonse et de St-Anselme qui 
rendent leurs hommages à la Ste-Vierge. (Ce tableau passait pour le plus 
beau de la maison, dit Merjai.) 

16 Au plafond la descente du St-Esprit sur les Apôtres, au milieu Jésiis-Christ 
tenant sa croix, environné d'anges et de saints. 

1 7 Tableau représentant l'assomption de la Ste-Vierge. 

» 
E. Salle du chapitre. 

18-67 Chaque panneau des boiseries latérales, dit M. Jeantin, encadrait un 
portrait peint sur bois, œuvre de frère Abraham et de ses élèves. C'était 
une suite de 50 abbés placés alternativement à droite et à gauche avec la 
date de leur décès. 

F. Église. 

On dit qu'avant d'entreprendre les tableaux de l'église, frère Abraham 
se rendit à Trêves pour examiner et étudier la belle voiite de l'église de 
St-Paulin. 

Grande nef. 

Sur la voûte , trois grands tableaux à fresque. 

68 Près des orgues , Ste-Cécile environnée d'un choeur d'anges , qui chantent 
les louanges du Seigneur. La Sainte occupée à toucher des orgues. 

69 L'assomption du Sauveur, entouré des pères de l'ancien testament. 

70 L'apothéose de Si-Benoît et de St-Bernard ; au bas, les religieux de l'ordre. 

Nef ijauche (tableaux à l'huile). 

71 Le crucifiement de St-Pierre. 

72 La rhùto de Simon-lc-Magicien. 



— 271 — 

73 St-Pierre guérissant les malades par son ombre. 
7-4 Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. 

75 Zachée sur le cicomore près de Jéricho. 

76 La résurrection de Lazare. 

77 La transfiguration du Seigneur. 

78 Le Sauveur prêchant sur la montagne. 

79 Jésus-Christ chassant les marchands du temple. 

80 Jésus âgé de 12 ans, trouvé au temple par sa Mère. 

Nef droite. 

81 St-Paul décapité. 

82 La conversion de St-Paul. 

83 St-Paul prêchant dans l'aréopage. 

84 Le tribut rendu à César. 

85 Le lavement des pieds. 

86 Jésus portant sa croix au Calvaire. 

87 L'élévation de la croix. 

88 La descente de la croix. — Ce tableau approche, dit Merjai, du pinceau de 
Rubens , pour son fini et l'harmonie des couleurs. 

89 La résurrection du Sauveur. 

Dans le chœur. 
Au plafond , trois tableaux à fresque. 

90 Les attributs de l'ancien testament aux sacrifices par l'arche d'alliance fpi'on 
y adore. 

91 L'adoration de l'Agneau de Dieu. 

92 L'adoration du St-Sacrement. 

Ghapelles qui formèrent l'enceinte du chœur. — Chapelle des Anges. 

93 Tableau à l'autel, représentant St-Gabriël, St-Michel, St-Raphaël avec le 
jeune Tobie. 

94 Médaillon à l'autel , représentant des anges. 

Chapelle de la nativité de Notre-Seigneur . 

95 La nativité de Jésus-Christ. 

Chapelle de St-Pierre et St-Paul. 

96 A l'autel un tableau, représcnlant les adieux dos deux Apôtres, allant ;iu 
martyr sous Néron. 



CIkijicIIc di> Si-Bernard. 
07 Tahlcaii où liPii voil St-Ik-i'iiaid en extase devaiil lu Sle-Viergc. 

Chapelle de St-Derwît. 

liS St-liciioil entouré de trois anges, dont Fiin soutient les livres qu'il écrit, un 
antre lui présente de l'encre, un troisième lui montre le St-Esprit qui répand 
sur lui des rayons de lumière. 

Chapelle de Sl-Jean-Baptiate. 

«)!) St-.lean-îiaptiste se prépare à la mort ; à côté de lui , deux, bourreaux , dont 
l'un va lui couper la tète. 

100 .\u liaut de l'autel, des anges portant la croix avec l'Agneau. 

101 Au bas de l'autel, un médaillon , la tête de St-Jean sur un plat. 

« 
Chapelle de St-Menne. 

102 St-l\Ienne attaché à un poteau, des bourreaux lui déchirent les chairs; 
au haut dans un médaillon des génies figurant son martyr. • 

» Ce tableau, dit Meijai, est un des meilleurs des chapelles. Les tableaux 
des chapelles sont antérieurs à ceux de l'éi^lise. » 

11. Ch.\pelle de NoTRfi:-D.\ME A Luxembourg. 

L abbé Feller, qui en 1780 a en occasion d'admirer à Orval les chefs- 
d'œuvre de frère Abraham dit à Toccasion du jubilé célébré à Luxembourg 
en 1781 : 

« M. l'abbé d'Or^val, membre ecclésiastique des États de la province, 
toujours cmpi^essé de concourir à ce qui peut intéresser la religion comme 
la prospérité générale des citoyens, dont la maison est l'asile des arts 
comme de la piété, a fait don à la chapelle de Notre-Dame d'un grand et 
magnifique tableau, ouvrage du célèbre frère Abraham. 

10.'} La i»rovince de Luxembourg y est représentée offrant à la Ste-Vierge la clef 
de la capitale. Ce taldeau orné d'un grand cadre précieux et supérieurement 
travaillé (probablement l'ouvrage de frère Jérôme) a été placé au-dessus du 
maitre-autel avec cette inscription : 

Vuiîs \C mtoVlNClA I.\ IViilLAEO 

I'AtuoCInII ConsoLatuU^Is 

AiiLlCroiiViM (1781.) 



— 273 — 

Ce tableau est aujourd'hui la propriété de M. le curé d'Itzig. Une faible 
copie par Maisoiinet, peintre à Luxembourg, se trouve aujourd'hui dans 
l'église de Notre-Dame à Luxembourg. 

IIL Abbaye de Munster près de Luxembourg. 

Dom Bernard Weis, abbé de Munster, qui fit surtout beaucoup pour 
rembellissement de sa maison, pria les religieux d'Orval de lui accorder 
le frère d'Abraham pour orner la salle à manger des religieux. Ce fut en 
1794, la première année de l'exil des religieux après le sac d'Orval. On 
sait qu'ils s'étaient retirés en majeure partie à leur refuge de Luxembourg. 
On y voyait, dit Merjai, les tableaux suivants : 

lOi L'eau du rocher. 

105 La manne. 

106 Le sépulcre de la concupiscence. 

107 David et Alngail. 

108 Les noces de Canaan. 

109 La multiplication des pains. 

110 La cène de Jésus-Christ. 

111 L'apparition de Jésus-Clu'ist aux apôtres après la résurrcclion. 

Quatre demi tableaux dans les trumeans. 

112 Éloc. 113 Tobie. 114 La samaritaine. 115 Jésus-Christ nourri par les anges 
après la tentation. 

116 Médaillon au plafond représentant i'assomption de la Ste-Vierge. 

A peine ces tableaux étaient-ils achevés qu'ils furent en partie abimés 
par l'inondation en 1795, qui ravagea pi^esque tout le faubourg du Grund. 
Quelques-uns, dit Merjai, se trouvent dans la maison curiale à la ville haute 
de Luxembourg. 

IV. Église de St-Michel a Luxembourg. 

117 Tableau sur toile de 0>n,65 sur On',53, représentant le baptême du Christ. Sur 
le dos on lit : Fr. Abraham de l'abbaye d'Orval m'a fait l'an 179i 20 juillet, 
sous le digne curé Hubert Girsch, dominicain à St-Ulric-au-Grand , à 
Luxembourg, fait prieur le 2i juillet. 

V. Église de Notre-Dame a Luxembourg. 

1 18 Grand ta])leau rcprésciUMnt raduralinn des bergers. 



— 274 — 

VI. Ancienne maison Merjai, hue dv Nord, 11, a Li xi:mbo(irg. 

Un lies plus beaux monuments conservés jusqu'à nos jours , qui 
témoignent du talent de frère Abraham , sont les peintures murales dont 
est décoré le salon de ladite maison. M. Arendt , architecte de l'État à 
Luxembourg;, en donne la description dans le Journal de Lu.iembourfj, 
sous la date du M février 1859. 

Ces peintures faites à l'huile sur un fonds spécialement préparé et d'une 
parfaite conservation représentent une succession de paysages de fantaisie, 
pleins de charme et de vérité, qui prouvent que leur auteur n'a non seule- 
ment examiné et étudié maintes belles contrées, mais qu'il était doué d'un 
talent artistique distingué, sans lequel il n'aurait pu si (idélement et si 
poétiquement imiter les beautés de la nature. Ces peintures repriisentenl 
cinq groupes ou tableaux dont voici les détails : 

ll'J i^r tableau. Dans le premier plan un lac paisible aux bords onibragi;s, dans 
lequel vient se jeter un ruisseau pétillant ; dans le second plan à droite un 
village ; dans le lointain nébuleux une montagne surmoiUée d'une ruine. 
Snr le ruisseau est jeté un pont de pierres à roxtréniité duquel on voit un 
tniupean de brebis chassé par un cavalier et fuyant devant un taureau qui 
les poursuit ; au milieu du pont la bergère, (pii du regard inquiet appelle 
le pâtre qui se repose sur le rivage. 

120 2e tableau. Sur les rives d'un beau fleuve, un long village en partie caché 
dans un massif d'arbres. Dans le premier plan un cavalier passant devant 
une femme qui tire vers elle son fils effrayé et menacé par les aboicmenls 
du chien du cavalier. Un autre chien poursuit un taureau fuyant devant lui. 
Ciiniine coutrasie de celte scène animée nous apercevons à droite les 
ruines d'un tenq)le dorique à côte duquel passent paisiblensenl deux hommes 
chargés de sacs et accompagnés d'un petit garçon. 

121 3« tableau. Sans contredit le plus beau de tons. A gauche un ruisseau, 
qui lance iniiiétueusemeat ses ou.des écuniarUes le long de roches escarpées, 
traverse un bois touffu et pi(;rreux poiu- se mêler aux llols d'un fleuve, (pii 
de loin roule ses ondes cristallines le long d'îles solitaires et de riants 
villages. Dans le lointain bleuâtre s'élèvent majestueusement deux 
moutieiiles coniques. An milieu du premier plan un monument sépulcral en 
pierres. .\ droite les ruines d'un temple coriiUhien, à côté diupiel passe un 
geiUilbonnne à clieval' suivi d'un mendiant. Dans le frais voisinage de 
la calaracle prérappelée sont assises deux femmes, à côté d'un troupeau de 
liri'liis et sur im roc (jui s'iiicliiu' vers le Meuve, deux jeunes bergers dont 
l'un joue du chalumeau, complètent le channaiU iiroupe 



— 275 — 

1122 4e tableau. Dans le premier plan à droite, au pied de rocs escarpés soiil 
assises deux femmes dessinées de main de maître. A gauche un troupeau 
gardé par un cliien à l'ombre d'un arbre garni de lierres. Dans le second 
plan un tieuve sur lequel un vaisseau chargé et halé par deux bœufs. Dans 
le lointain de belles ruines de châteaux. 

123 5e tableau. Une contrée montagneuse et sauvage, des bergers et des troupeaux. 

Il est probable que ces peintures datent de l'époque qui suit immédiate- 
ment la ruine d'Orval , pendant laquelle les religieux de cette abbaye 
s'étaient réfugiés à Luxembourg. 

VII. Collection de M. Jonas, .\voc.\t-avoué , a Luxembourg. 

124 La résurrection de St-Lazarre, 28 sur 18 pouces. A droite du spectateur, 
St-Lazare soutenu par deux hommes se redresse au moment où le Christ 
entouré de 5 personnages qui expriment leur étonnement, opère la résurrec- 
tion du saint. La scène se passe dans une grotte percée au milieu et laissant 
voir une ville dans le lointain. Au dos du tableau on lit : fait par le frère 
Abrah. d'Orval, le 9 mars 1795 et présenté à moi Dom Romain Martin de 
j'Abbaye de Munster à Luxembourg ce mars tempore belli mm gallis.. 

VIII. Maison Hencke (aujourd'hui Mad. veuve Ad. Landmann') 

A Luxembourg. 

M. Hencke, négociant à Luxembourg, avait de fréquentes et d'intimes 
relations avec l'abbaye d'Orval. On voit encore aujourd'hui dans sa maison 
les tableaux attribués à frère Abraham d'Orval, savoir * : 

125-126 Les portraits de M. et de Mad. Hencke, faits peu de temps après leur 
mariage qui eut lieu vers 1769. 0™,62 sur Oni,46. 

127 Dans un des trumeaux de la grande salie au rez-de-chaussée de la dite 
maison, un tableau sur toile représentant la grotte de Calypso (Télémaque 
livre I). lm,05 sur 0i",95. 

128 Dans un autre trumeau de la même salle, également sur toile. Mentor 
précipitant Télémaque dans la mer et sur le point de s'y jeter lui-même pour 
gagner un vaisseau qu'il voyait près de la côte. Un peu plus loin le vaisseau 
de Télémaque incendié par les nymphes. l»i,12 sur 0»i,48 (d'après Télé- 
maque, livre VII). 

1 M. Aug. Dutreux , ancien receveur général à Luxembourg, assure que des sujets 
analogues reiiréseiités d'après T»^léniaqne se trouvaient autrefois dans l'ancien refuge 
d'Oival ta Luxembourg, aujourd'huila piopriété de M. .Insepli Pesradin;, viee-présidcut 
à la Cour su|i. dr justice ;i liUxenjIiourg. 



— 27(y — 

Tous les tabloaux qui précôiient sont antérieurs à 1795. Comme il est 
moins facile de fixer une époque pour ceux qui suivent, nous les énumé- 
rei'ons par catégories d'après les localités où ils se trouvent en ce moment. 

I. ALLEMAGNE. 

A. Cologne. 

M. Ramboux, conservateur du musée de peinture à Cologne a reçu en 
1849àHabaye-la-Vieille: 

129 Un petit portrait de frère Al)raham. Il est représenté en habits de moine; 
d'une main il tient la palette, de Taiiire une madone avec fenfaut Jésus. 

B. Dusseldorjf. — Acudeinie de peinture. ' ^ 

130 Dessin aux crayons noir et roui^e représentant Adam et Eve qui pleurent la 
mort d'Abel. C'est Tébauche du tableau que frère Abraham composa en 
177G au concours de l'Académie. * 

II. BELGIQUE. — Luxembourg Belge. 

I. Canton d'ârlon. 

A. Arlon. 

M. le doyen de St.-Donat à Arlon. 

131 Un Christ d'un pied de haut. M. le curé Schrondweiler de Hcinstcrt 
qui autrefois possédait ce tableau, dit que c'était l'œuvre de prédilection de 
frère Abraham. 

M. Tinant, membre de la députation à Arlon. 

13*2 Le St. -Sépulcre. 

133 Un portrait (le grand père de M. Tinant?) 

B. Heinstcrt. 
M. le curé Schrondweiler. 

134 Le baptèuii" du Sauveur, 0">,X0 sur ()"i,r)5. 

Ce tableau provient d'un ancien nnjine d'Orval, Dom Ptcnoit, dans le 
temps vicaire à Weiler-lez-Arlon. 



— :^77 — 

II. Canton pe Bocilî.on. 

A. Bouillon. Eglise. 

lo5-li9 Les li Stations du clieiiiin de la croix. 
M. Gilson, curé doyen, à Bnuillnn. 

150 Le tubleau fait par frère .Abraham au concours de DusscldorlT en 1776, 
représentant Adam et Eve pleurant la mort dWbel. 

151 Une Vierge tenant l'enfant Jésus dont elle reçoit les embrassements. 

152 Un Clirist on croix avec Ste-Madeleiiie à genoux à côté de la croix, 0"i,-40 
sur 0'",32. 

153-154 Deux tableaux de0'",55 sur 0'», 15 portant au bas, l'un : Rois, liv. III, 
chap. XII, représentant l'Idolâtrie du veau d'or, pur Jéroboam; l'autre por- 
tant au bas • Rois, liv. IV, chap. XXIII et représentant la destruction du 
veau (l'or par Josias. 

155 Un Christ en croix. 0"',G0 sur 0'",45. 

III. C.vNïON d'Etalle. 

A. ChantemeUe. 
M. le cui'é Pi'otin. 

150-159. 4 fois le portrait de M. Pierre-Charles Protin, son grand-oncle. 

100 Un Christ. 

101 La Notre-Dame de Luxembourg. 

102 Saint Bernard. 

103 Un Ecce liomo que M. Protin a laissé à Habaye-la-Vieille . 

B. Étalle. 

M. Henri, curé-doyen d'Etalle. 

lOi Un beau Christ de 1">,25 sur 0''',05. 

105 La Samaritaine. Oi",70 sur 0'",95. 

100 Saint Louis, roi de France. lm,50 sur 0m,75. 

107 Le sacrifice d'.\braliam. 0in,53 sur 0,'"90. 

108 La fuite d'.Agar. 0™,53 sur G", 90. 

169 Un Christ avec Sainte Madeleine. 1",05 sur 0"',75. 

G. Halmtje-Ia-Vieille, lieu de naissance de frère Abraham. 
a) Église. 

170 Frère Abraham avait peint la voûte du chœur. On y voyait représentées les 



— 278 — 

trois personnes de la Sainte Trinité, environnées d'Anges. Mais en 1832 
tout a été détruit ponr ai^randir l'étjlise. 

171 Sur le volet d'un conléssionnal une Sainte Madeleine; admirable tableau que 
jdusieurs peintres AUeniauds sont venus admirer. 

172 Saint André. 

173 Saint Pierre. 

17i Peintures à la balustrade de l'orgue. 

175 Plusieurs groupes de tètes d'anges. 

176 Saint Charles-Boromée. Frère Abraliani avait donné ce tableau à M. Pierre- 
Cliarles Protin, ancien curé de Habaye-la- Vieille. 

177 L'épitapbe ornementée de Pierre-Charles Protin, faite par son ami le frère 
Abraham 

Le vénérable prêtre, natif de Bleid, prés de Virton, avait été curé à 
Habaye-la-Vieille de 1752 à 1789. Il était ami intime de notre 'artiste. 

Cette épitaphc gravée sur une plaque de pierre est adossée au mur dans 
l'intérieur du chœur : 

m- 

CI GÎT CHARLES PROTIN 

PÈRE ET PASTEUR DE CE VILLAGE 

DONT LA BELLE ÉCOLE EST L'OUVRAGE 

ET TOUT CE QUI S'Y FAIT DE BIEN ; 

MODÈLE ACHEVÉ DE BONS PRÊTRES , 

IMITANT LE MAÎTRE DES MAÎTRES; 

SE FAISANT TOUJOURS TOUT A TOUS 

JAMAIS IL NE FIT DE JALOUX. 

SON ZÈLE ACTIF, INFATIGABLE, 

PRUDENT, PATIENT, CHARITABLE, 

ICI s'exerça quarante ans 
des vieux, des jeunes, des enfants 

il fut le père inimitable; 

savant, profond théologien 

l'efficace de sa parole 

POUR l'homme méchant fut un frein, 

et POUR LE VERTUEUX CHRÉTIEN 

SON EXEMPLE FUT UNE ÉCOLE 
CONTENT, parfait EN SON ÉTAT, 

ET DIGNE DE L'ÉPISCOPAT, 

sur les heures d'une JOURNÉE 

IL MIT LES VERTUS D'UNE ANNÉE. 

SA CENDRE ICI REPOSE EN PAIX 

Sril NOS CŒURS ET NOS REGRETS. 



— 279 — 

h) Chapelle de Hahaye-la-Vieilk sur la route de RuUe. 
178 Tableau sur bois représentant Sainte Ûdille. 

c) Mad. veuve Bonaventure Gilson, née Seyler d'Auhanrje. 

179-182 Les quatre saisons. 

183-186 Les quatre éléments. 

187-188 Les portraits du père et de la mère de M. Bonaventure Gilson. 

189 Le martyre de Saint André. 

d) M. Jacminetde Habaye-la-VieUle. 

190 Le jugement de Salomon. 

D. Hachjj. — Eglhe. 

191 Au maître-autel, un grand tableau représentant l'Assomplion de la Saiiile 
Vierge. 

E. Rossùjnol. — Eglise. 

192 Un grand Christ. 

F. Tintiyny. 
M. le chanoine Henri. 

193 Une Vierge. 

194 La Samaritaine. 

195 Le sacrifice d'Abraham. 

IV. Canton de Florenville. 
A. Église de Chassepier^-e. 

196 Le tableau placé au fond du maître-autel , attribué au pinceau de frère 
Abraham, représente l'Assomption de la Ste- Vierge, qui assise sur un 
nuage et environnée d'anges, s'élève vers le ciel. Au bas de la toile, les 
apôtres , qui , d'après la tradition , se trouvaient miraculeusement réunis 
autour du lit de mort de la Vierge, expriment par leur attitude, leur foi et 
leur étonnement. 

B. Eglise de Florenville. 

197 A la voûte du choeur, le ciel s'ouvre pour recevoir la Ste-Viergo. 

198 Tableau représentant l'Assomption d(! la Ski-Vierge. 

199 St-Pierre et St-Paul. 



— 280 — 

200 Sur buis , l'Adontion des mages. 

201 lUiptème du Sauveur par St-Jeaii-Baptiste. 

202 Sl-Joseph. 

203-216 Quatorze tableaux, représentant le Cbemin de la Croix. 

C'est à Floronville que frère Abniluim termina sa laborieuse carrière 
en 1800. Les tableaux qui précèdent appartiennent probablement à ses 
dernières productions. 

C. La eut ni ne. 
M. le curé Winant. 
217-220 Les quatre Ëvani;élistes. 

D. Eglise de Mnno. 

221 Un Sl-Ignace. 

E. a. Villers devant Orval. — Eglise. 

Villers devant Orval a été la première résidence de frère Abraham 
après la suppression de l'ordre. C'est pendant cet exil qu'il fit les 
tableaux qui suivent et dont les détails nous ont été communiquées par 
MM. Fancheur et Otlmann. 

222 Marie consacrée au service du temple, 0^,70 de haut, sur lm,00 de larg. 
Ce tableau, dit M. Ottmann , pèche dans le coloris et îa perspective. C'est 
peut-être un travail d'élève, fait sous la direction de frère Abraham. 

223 L'Adoration des Bergers, 0"',70 sur 1»',00. La Vierge et l'Enfant Jésus sont 
rendus avec un rare lionheur ; Joseph et les quatre bergers se groupent 
harmonieusement. C'est un original fort reniar(|uable. (M. Oltmann). 

22i La puriiication de la Ste-\ïorgc, 0ni,70 sur l'",00. St-Siméon est admirable 
d'expression et de sentiments. La pose de la Vierge laisse à désirer. Cette 
toile contient neuf ligures. (M. Oltmann). 

225 Le lavement des pieds, On',70 à 0'n,80. Délicieuse petite toile qui représente 
le colloque de Jésus avec St-Pierre. Tout est harmonieux, tout esl aclievé 
dans cette O'uvre , qui donne une haute idée du talent de frère Al)raliam. 
C'est évidemment le meilleur morceau de la galerie. (M. Ottuiaun). 

220 La Flagellation, 0"',S0 de haut. 

227 Le Coiinimii'iuent d'é[iiiies, mèiiics dimensions. Deux soldats casqués et armés, 
pos(;iil la couronne sur la tèle du Chris! , dont le corps, depuis la ceinture 
jusipi'aux pieds, est caché sous une draperie rouge; un autre lui présente 
le rosiîau. 



— 281 — 

228 l,;i iiioii de la Stfi-Vierge , Oi",70 sur I"',00. St-Joan est posliMMif' à terre, 
aliîiné dans sa douleur. Les autres apôtres, au nombre de huit, interroi^iMit 
avec anxiété les traits décoHi[)osés de la Vierge, qui vient de rendre le dernier 
soupir. 

229 Sle-Madeleine pénitente dans la solitude, Oi",70 de haut. La vSainte est 
représentée assise, une tête de mort sur les genoux. 

230 Sl-,lean-Baptiste dans le désert, 0'",70 de haut. Le Saint assis sur nn 
rocher, au bord du Jourdain, tenant une coquille dans la main. Ici frère 
Alirahani a excellé dans le coloris et surtout dans la carnation ; les drapeiies 
ne sont pas assez accentuées. (M. Ottmann). 

231 La descente de croix, qui orne le rnaître-autel , passe pour être de frère 
Abraham , mais ce sujet a été restauré par une main inhabile et se trouve 
complètement dénaturé. 

232-236 A la chaire de vérité, le Bon Pasteur et les quatre Évangélistes. 

b. M. Fancheur, receveur des douanes, etc., à Villers devant Orval. 

237 Un Christ. 

c. Maison autrefois habitée par M"*^ François , rentière à Villers 
devant Orval. 

238 Le Seigneur entouré d'un groupe d'cnfaïUs, lorsqu'il dit : « Liixsez venir les 
petits enfants ù moi. » 

V. Canton de Mess.\ncy. 

A. Meix-h-Tiye. — E(jUsp.. 

239 (irand tableau représentant le Sauveur chassant les marchands du temple. 
Toutes les figures sont de grandeur naturelle. 

2i0 L'enfer avec ses horreurs. 2in,20 sur l'»,25. 
2il Le Paradis avec ses élus. Mên]es dimensions. 

242 La mort du pécheur et son désespoir. Mêmes dimensions. 

243 St.-Catherine et la roue de torture. 2'",U0 sur l'».00. 

244 Au-dessus du maître-autel une peinture murale représentant l'Assomption de 
la St. -Vierge. 

245-248 Sur les quatre faces de la chaire à prêcher, sur bois, les quatre Evan- 
gélistes. 0"',30 de haut. 

249-250 Sur les portes de la sacristie, sur bois, le Couronnement d'épines de Notre 
Sauveur et vis-à-vis la Ste. -Vierge des sept douleurs. 

D'après les renseignements que nous a donnes M. Ramboux de Cologne 



— .'i82 — 

la plupart de ces talileaiix I'iiimmiI faits par fivro Abraham penflaiit sdii 
séjour à Floreiivillo. 

251 La voùie de la même ('"lise |iriiile par IVrre Aliraham avec la dalc ol les 
noms di's iiorsoniios f|in ravaiciit charge de ce travail. 

VI. Canton de Neufchatkau. 

A. Efilisc d'Afiscnoix. 
SBS-'âOd. Les (piatorzc slaliens du chemin de la croix. 

VII. Canton de Virton. 

A. Géroiivillc. * 

257-260 M. Collignon, propriétaire à Géroiiville, possède 4 tableaux représentant 
les 4 saisons. Le père de M. Collignon en est devenu acquéreur en4819, à 
la mort d'un curé de Gérouville, M. Jeanjean, et ce prêtre, qui vivait jadis 
dans l'intimité des moines d'Orval a, dit-on, obtenu ces tableaux de la main 
même de frère Abraham. Cette provenance et la manière de peindre per- 
mettent de croire, dit M. Ottmann, que ces tableaux sont l'œuvre de frère 
Abraliam. En voici la description détaillée. 
Le printemps. Le paysage figure un jardin monumental, dans le goût de la 
renaissance. Au premier plan et à droite une élégante fontaine surmontée d'une 
statue de Flore , à gauche et plus en arrière une habitation rustique. A l'ombre 
d'un luxuriant massif de feuillage une dame en costume négligé du siècle dernier 
et coiffée d'un petit chapeau d'amazone, s'appuie nonchalamment sur une 
balustrade qui supporte des vases, dans lesquels s'étendent des plantes cxoti(|ues. 
Deux robustes et fraîches campagnardes lui présentent l'une un bou(|uet de 
fleurs, l'autre quelques tulipes. Un persomiage debout derrière une dame abrite 
celle-ci sous une ombrelle. 

L'été. A droite, sons un massif d'arbres, coule un ruisseau (jui forme cascade 
et fuit dans le lointain. Un pécheur jette sa ligne. La gauche représente plusieurs 
moissonneurs au travail et au rejios. Plus loin se dessine un village. 

L'automne. Un villageois cueille, à l'aide d'une échelle, des raisins suspendus 
aux branches d'un orme. Deux b'inmes présentent des corbeilles. Près de là un 
«enlilhomme détache une grappe qui se trouve à sa portée. Sur le devant deux 
enfants vidant la récolte dans une cuvi'. L'horizon est libre à gauche, vis-à-vis 
lii,'ure une cbaDmièrc, 

L'hiver. Criic i'iini{iiisili(iii |i;iiMil rniiinniléi' à rérolc llamande. Plusieurs 



— 283 — 

personnes, hommes et femmes, en costume du peiiiile, |i,itinenl sur la Enlace; un 
groupe se cliautle près du feu. 

La perspective froide et brumeuse, le ton du ciel, les arbres fouettés de neige, 
les habitations lointaines aux toits blanchis, tout est en rapport avec le sujet. 

B. Harnoncniirl. 
Mademoiselle Marie Gaving-. (M. Neyen.) 

261 LWssomption de la Ste-Vierge, 0"i,70 sur Oi",iO. 

C. La claireau. 
M. le comte de Briey. 

262 Un Christ de petites dimensions. 

D. Limes, section de Gérourille. 

Ég-lise. Cette église date de 1709. Elle a été bâtie, dit-un, aux frais de 
l'abbaye d'Orval, qui pourvoyait à la cure. 

263 An maître-autel un tableau de lni,50dehaut représentant l'Assomption de la 
Ste-Viei'ge. 

264-267 Les 4 Évangelistes peints sur bois aux quatre faces de la chaire à 
prêcher. Les tètes sont assurément de main de maître, dit M. Ottmann de 
Fagny, et leur type caractérislique me les fait envisager comme des portraits 
historiques empruntés aux notabilités de l'abbaye d'Orval. Ces sujets ligurent 
sur des panneaux d'environ 0'n,50 de haut. 

268-281 Les stations du chemin de la croix peintes sur toile par frère Abraliam 
servaient d'avenue à la même église avant la tourmente révolutionnaire 
de 1793. 

E. Ruhelmont. 
M. Bouillon, cui^é de Robelmont. 

282 Jésus-Christ en croix avec Ste-Madeleine pleurant à ses pieds, Om,70 
sur Om,40. 

283 St-Jean-Baptiste puisant de l'eau au Jourdain pour baptiser l'agneau de 
Dieu, 0"i,45 sur Oiii,30. 

F. S t- Léger. 

Mademoiselle Bongovaux, de St-Léger, dit M. le docteur Neyen, possède 
5 tableaux faits par fn're Abraham. 

284 Une Assomption. 

25 \V1 jl 



— 284 — 

285 La Desceiilc de la croix. 

286 Une Ste-Vicriic. 

287 La Résurrection. 

288 Le Crucifinient de Jésus-Christ. Ces tableaux de dimensions égales ont 
4. Vî pieds de haut sur 2 de large. 

G. Virton. 
M. le doyen de Virton. 

289 St-Jean-Baptiste, 0m,.48 sur 0^,38. 

M. Henri Gilson, contrôleur des douanes etc., à Virton. 

290 Le portrait de frère Abraham, peint par lui-même. Ce portrait passe pour 
un des chefs-d'œuvre de cet artiste. 

m. FRANCE. 

A. Carignan. — Preshijière. * 

291 Une Ste-Madeleine aux pieds de Jésus-Christ en croix. 0"i,95 sur 0m,50. 

292 Rencontre de Jacob et de Rachel auprès du puits où celle-ci venait abreuver 
sa brebis. 

M. Hulot, curé-doyen de Carignan, a aciieté ces tableaux à Puilly, près 
d'Orval en 1830. 

Eglise de Carignan. 

293 St. -Anne donnant une leçon à la St. -Vierge, en médaillon. 

B. Charleville. — Eglise. 
29i Le baptême de Clovis, 

G. Lexy, près de Longwy. — Eglise. 
Six grands tableaux ayant chacun, 2™, 42 sur 1™,80. 

295 Le bon pasteur. 

39(3 Ste. -Hélène, mère du grand Constantin. 

297 St. -François Xavier, apôtre des Indes prêchant au milieu d'un groupe de 
Japonais. 

298 Le baptême de St. -Jean. 

299 La Samaritaine. 

300 St. -Charles lioroinéc. 



— 285 — 

Cinq tableaux plus petits formant un carré Ions terminé à la partie 
supérieure par un demi-cercle, savoir : 

301 Jésus au jardin des olives. 

302 Ste. -Véronique présentant son voile à Notre Seigneur. 

303 Le couronnement d'épines. 
30 i La l'iagellation. 

305 Le Crucitienient. 

D. Longyon. — Eçjlhe. 

306 Un grand tableau représentant le martyre de Ste. -Agathe. 

Merjai, qui a admiré ce tableau en 1808 rapporte qu'il a été fait par 
frère Abraham pendant son séjour à Florenville. 

E. Metz. 

M. de Bourcet, propriétaire à Metz *. 

307-310. Les quatre évangélistes. lm,20 sur 0"",80 

311 La Résurrection de notre Sauveur. 0'", 60 sur 0"\3r). 

312 L'Ascension de Jésus-Christ. 0"60 sur 0'",35. 

313 Un Christ en croix. 0™,80 sur 0™,65. 

314 Sainte Cécile. 0'",iO sur 0"\25 

315 Saint Benoît. 0™,40 sur 0™,25. 

F. Montmédy. — Eglise. 

316 Saint Bernard. 

317 Saint François dWssise. 

318 Saint Bruno. 

319 Saint Etienne. 

Ces tableaux plus ou moins médiocres, dit M. Jeantin, ont été faits par 
frère Abraham durant son séjour à Montmédy; ils sont dûs à la libéralité 
de la famille Bourcet qui avait donné l'hospitalité à l'artiste. 

M. Jeantin, président du tribunal, à Montmédy. 

320 Un Christ en croix, Ste. -Madeleine au pied de la croix. 

G. Sedan. — Eglise. 

321 Tableau au maître-autel représentant St.-Cliarles Boromée, patron de la 
paroisse. 4™, 20 sur 2™, 40. 

' Fils de M. de Bourcet de Montmédy qui donna peiidau! qiiel(|iii' temps riiosiiilalité 
à frère Al)raliam. 



— 286 — 

Le saint est au l"" plan; il csl vèlii rlii mclict , de la moxalle et de rétnlle. 
D'une main il soulienl le rilHiire. de Tautre il présente la sainte Inislie qu'une 
femme agenouillée se dispose à recevoir. Cette femme fait partie d'im ijjronpe de 
5 ou 8 personnes, hommes, femmes el enfants représentant les pestiférés. Autour 
du sainl un voit 3 ou i jeunes clercs portant la croix et les flambeaux. Le fond 
du lahleau représente une salle d'hôpital. Plusieurs malades sont couchés dans 
des lits que séparent des rideaux. Au-dessus des lits on remarque la station du 
chemin de la croix. Dans le haut 5 anges portés par des nuages adorent au-dessous 
d'eux la très-sainte Trinité. 

Il est proliahle, dit M. Tourneur, curé-doyen à Sedan, que la date du 
tableau remonte au rétalilissement du culte en France. 
FI. Stenay — E(jlise. 

322 Le Sacrifice de Jephté. • 

323 La Manne du désert. 
32i L'Eau du rocher. 

325 La multiplication des pains. * 

326 La Résurrection d'une fille. 

327 Une deuxième multiplication des pains. 

Ces tableaux furent recueillis dans les environs d'Orval par M. Lombal, 
curé-doyen de Stenay. 

I. Torcy-Sédan. — Presbytère. 

328 La conversion de St.-Paul. 0'",80 sur (X)^. 

L'idée de l'artiste est forte et énergique, dit M. Regnon, cnré-doyen de Notre- 
Dame à Sedan. L'apôtre est repésenté terrassé ; Jésus-Christ lui apparaît dans 
un nuage lumineux. A celte vue lechevals'abat et précipite l'apôtre à terre, tandis 
que les chevaux de ses compagnons se cabrent et n'obéissent plus au frein. 

J. Val-Sainte-Marie, diocèse de Besançon. 

Un trappiste du Yal-Sainte-Marie, eiTiporta, dans un voyage qu'il fit 
dans les environs d'Orval: 

329 Un Saint Bernard, (|ue lui offrit !\1. Alexandre, notaire à Florenvilie. 

IV. GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG. 

A. Esch-sur-l'Ahelfc. — EijUse. 

330 La Descente de la croix. Oi",7r) sur 0"',5I. 



— 287 — 

Ce tal)Ieaii a été domié à l'église par Me"o Jeannette Haas et apparte- 
nait autrefois avec plusieurs autres tableaux à M. Nagel, greffier des 
droits et domaines de sa majesté, olficial des États de la province de 
Luxembourg. M. Nagel les avait lui-inème reçus soit de son frère, un des 
principaux personnages de l'abbaye d'Orval, soit de frère Abrabara lui- 
même. 

B. Luxembourg. 

Madame veuve Darraye. 

331 Le Christ sur la croix entre deux larrons. 0">,70 sur 0">,50 au bas on lit : 
F. .4liraham pinxit 1783. 

332 Sle-Catiierine auprès de la roue de torture; mêmes dimensions, même 
inscription . 

333 St-Nicolas donnant la bénédiction à trois petits enfants; mêmes dimensions. 
Ces tableaux provenant de la succession de la même demoiselle Jeannette 
Haas. 

M. Alesch, chef de division au gouv. grand-ducal à Luxembourg. 

334 Le portrait à l'huile de M. Nagel, susdit. 

335 Le portrait de l'épouse de M. Nagel. 

M. Fresez, professeur de dessin et de peinture, à Luxembourg. 

336 Une sainte famille. l^.SS sur l-^.OO. 

La Vierge tenant l'enfant Jésus sur les genoux, St-Joseph debout à côté, la 
contemplant. 

La composition de ce tableau, dit M. Fresez, est gracieuse, la peinture 
a beaucoup de relief et une couleur moins rosée que la plupart des 
tableaux de cet artiste. 

M. Schaan, employé supérieur des contributions, à Luxembourg. 

337 La captivité de Sanison. Samson couché devant sa femme, la tête sur ses 
genoux et dornianl pendant que la femme lui coupe les cheveux. Dans le 
fond deux hommes, qui attendent le moment favorable pour se saisir de sa 
personne. 

Ce tableau provient aussi de la succession Haas. 

Musée de la société archéologique de Luxembourg. 

338 Le portrait de Cypricn Merjai, ddiiiié par M. ledocteur Neùinann de Luxeni- 



— 388 — 

Imiiui;. m. Neuiiiaiiii l'avait acquis avec la maison Mcrjai, rue du Nord, 
à Luxembourg, dans laquelle les peintures murales décrites ci-dessus. 
o39-3li Six petits tableaux sur bois, représentant le portrait d'un enfant trouvé 
élevé à l'abbaye d'Orval, et qui a atteint nu âge élevé. Cet enfant trouvé 
est représenté dans des poses différentes et les tableaux paraissent avoir été 
une suite d'études de l'artiste. 

D'après la tradition, dit M. Faucheur de Villers devant Orval, un 
enfant aurait été trouvé dans le bois d'Orval, et élevé dans l'abbaye sous le 
nom de Bras-de-Fer. 

3 15 Un ange gardien donné par M. le curé Maeysz. 

316 Un St-Aiitoine, dont la tète seule est l'œuvre de frère Abrabam, le reste du 
corps celle de Maisonnet; donné par le même. 

M. Jacoby, surveillant principal des chemins de fer. 

317 Sl-Ignace. 0'",60 sur 0'",35. L'encadrement du tableau fait* par frère 
Jérôme d'Orval. 

C. Notnmern. • 

M. le curé Haas. 

348 Le portrait de l'avant dernier abbé de Munster. 

349 Le portrait de la sœur de M. le greffier Nagel, laquelle a été religieuse 
à Bonne voie. 

D. Wiltz. 

M. Thilges, propriétaire. 

350 St-George, combattant un dragon. 2 7* sur 2 pieds. 
M. le docteur Aug-. Neyen. 

351 Le même sujet en de plus petites proportions. 



NOTICE 

^ SUR 

LES NÉGOCIATIONS 

QUI ONT EU LIEU ENTRE LES 

ÉTATS-GÉ.1R.M ET LE DCC D'ANJOU, 

après la tentative de ce prince pour surprendre Anvers 

(1583-1584); 
PAR 

M. I. L. A. DIEGERICK, 

Membre effectif île l'Académie, professeur à l'Athénée royal d'Anvers, etc. 

(Suite et fin, voir Tome Xllb, page 5 et Tome XVh , pucje il .} 

m. 

Comme nous l'avons dit dans l'article précédent, l'irrésolution du duc 
d'Anjou était à son comble. Sa santé se détériorait visiblement; dans la 
nuit du 7 au 8 mars son mal le reprit avec plus de violence et on 
l'attribuait surtout au climat de la ville de Termonde. ^ 

Le 8, les députés transmirent aux États-Généraux de nouvelles pro- 
positions du duc par lesquelles il offrait de faire évacuer Vilvorde , pourvu 
qu'on lui accordât la ville de Dunkerque. Il promit aussi de donner l'ordre 
écrit de faire partir les compagnies françaises qui se trouvaient à Bergues- 
Saint-Winoc , etc. 

' « . . . . Desen nuchten is by ons gheweest de Secretaris Quinse ons te kennen 
gevende dat zyne Hooch. den voorledeii nacht hem zeer qualyck glievonden heeft ende 
wederomme zeer van karaerganc gheqiielt es, hebbende een aprehentie ghenomen dat hy 
binnen deser steide niet wel tôt zyn gezontheit wederomme zal gheraken cm de qiiade 
ledit ende infectie van diere. » — Extrait d'une lettre d'Adolphe de Meetkercke aux 
États-Généraux, du 8 mars 1583. — Aux archives d'Ypres. 



— :200 — 
Toifi fin rpst(> ro> nouvelle^ pro|iusiliuiis ditlres fie Termniido du 7 mais. 

« Après plusieurs ouvertures et propositions tendans à ung bon accord 
et réconciliation mises en avant par messieurs des Etatz Généraulx des 
Pays-Bas et leurs députez, et que monseigneur de sa part recherchant tous 
moyens dç leur donner contentement n*a sceu pour aulcuns bons respcrtz 
accepter lesd''' articles et conditions, désirant néaiitmoins faire coo;noistre 
qu'il n'a rien plus à cœur que de voir IVlTect de lad''' reconciliation, 
a olTci t de prendre sa demeure poui" ([uelque temps en la ville de Duyn- 
quercque, et pour cest effect luy seront rendus les passaiges libres en la 
forme quy en suyt. 

» Monscii^rneur fera retirer les tiarnisons IVanclioises hors de la ville de 
Vilvoorde, ayant la pi'omessede messieurs des Estatz d'accomplir les choses 
cy accoi'dées et demeureront avecq son Altze trois de messieurs les 
déjjutez. 

» Les Aniilois, Escossois et aultres gens de guerre estans sur la jivière 
du Waes et du sas d'Escloo et aultres quy sont sur le chemin dud' Duyn- 
kercke se retireront et laisseront tous les passages desd'*'* rivières entiere- 
nieiil libres et mesmement lesd'''* Anglois, Escossois et compagnies de 
gens (le cheval estans sur lad'"" l'iviere de Waes ))asseront la rivière de 
l'Escau, et pareillement les naviies de guerre mis de nouveau se retireront. 

» L'armée de son Alteze, au mesme instant passera la rivière dud'Escau 
et ira loger à Inghene et aultres villaiges circomvoisins, où elle sera 
accommodée de vivres selon la quantité des hommes, et de la somme de 
trente mil escus d'or pour estre employé au secours d'Indhoven ou tel 
endroit pour le bien du pays qu'il sera advisé pour le mieux. 

" Ce que dessus effectué seront baillez hostages à mond' Seigneur pour 
la lilicilé et délivrance de tous les prisonniers, papiers et meubles, assca- 
voir Messire Philippe de Schoonhove Si'deWanroy, Bourgmaistre d'Anvers, 
lehan de Stralen, S'' de Merchem, Amman d'Anvers, Rogier de Liefdaele 
S'" de Nienwen Vielwycke premier échevin d'Anvers, Noël de Caron S"" de 
S( Inincvcllc, Bourgmaistre du l'"ranc(i, Adolf île Meetkercke, président de 
Flanilies, Henry de Bloyere, Boiirgmaistre de Bruxelles, Maisti'e Guillaume 
Everaerts, conseiller pensionnaire d'Anvers, et en mesme instant (|ue lesd'*" 



— :2dï — 

hostag-es seront délivrés en ses mains niond' Seigr lera pareillement retirer 
de la ville de Termonde les garnisons franchoises pour laisser la garde 
d'icelle aux natui'elz du pays. 

» Son Alteze prendra de son armée tel nombre de gens de guerre tant 
de cheval que de pied qu'il sera nécessaire pour la sceureté et conduite de 
sa personne, jusques aud' Duyukercque ; et sy aulcuns de mes S-^^ de Gand 
et de Bruges veuillent venir vers son Alteze alors qu'il approchera de leurs 
villes, ilz seront gratieusement receuz et renvoyez quand bon leur semblera 
en toute sceureté. 

» Mond' Seigneur mènera avecq luy lesd'-^ hostages jusques au logis qu'il 
erale plus proche de lVieuport,oùlui seront envoyez ses papiers et meubles 
etceulx de ses serviteurs ; et a l'instant que lesd'^ prisonniers meubles et 
papiers luy seront délivrez mond' seigneur fera retirer les garnisons fran- 
choises dudi Dixmude pour estre la garde de lad' ville délaissée aux 
naturels du pays, et quant seront relaschez les hostages; et ira mond' 
Seig"- en la ville de Duynquercque pour traicter et résouldre de toutes 
choses concernant le bien grandeur et conservation de ces pays, où se 

trouveront les députez de Messieurs les Estats jours après son 

arrivée pour cest effect. 

» Les Estats lors de la conclusion dud* traicté et de ce qui sera résolu 
audi Duynquercque bailleront déclaration de bien et deiiement entretenir 
garder et obsever led' traicté en tous ses points et articles sans aller ny 
venir au contraire, et seront faits les serments en cas semblable aux villes 
et lieux où ils n'ont encore esté faictz, dont il sera porté acte autenticque et 
valable es mains de son Alteze suivant led' traicté. Seront de bonne foy 
oubliées de part et d'aultre les choses passées depuis l'esmotion et trouble 
advenu le xvij janvier jusques à la conclusion du présent traicté avecq 
deffenses à toutes personnes de quelque estât et qualitez qu'ils soient de 
mell'aire et ne mesdire ou entrer en resproches à l'occasion de ce que 
dessus, ains se comportent modestement et gratieusement les ungs avecq 
les aultres ainsy qu'il appartient entre bons fi'ères bourgeois et amys. 

» Son Alteze promet de furnir lettres bien expresses advertissant aux 
compaignies franchoises estaus dans Berghes St-Winox par lesquelles il 



— :)92 — 

leur sera mandé de sorlii' hors de lad'^ ville pour venir en son armée et 
laisser la garde d'iceile aux naturels du pays. 
Fait à Terniondc le vij'' de mars 1583. 

Cette nouvelle (•onil)inaison nécessita d'autres instructions : la nu'Uie 
députatiou, à rt'xccplion du Chancelier Léoninus, qui l'ut remplacé par 
leS'irOyen, retourna donc prés du duc avec une instruction nouvelle, 
d'api'és hujuelle les Etat-Généraux accordaient la ville de Dunkerque, au 
Duc d'Alençon, mais sous certaines conditions. Cette nouvelle instruction 
est datée du 11 ilu même mois de mars. La voici : 

« Instruction pour vous, Messire Adolf de Meetkercke, conseiller 
d'estat et président de Flandres , les sieurs Jehan van Ghendt , 
S'' d'Oyen, aussy conseiller d'estat, Henry deBloyere, bourgheaiaistre 
de la ville de Bruxelles, et maistre Guillaume Everaerts, conseiller 
et pensionnaire de la ville d'Anvers , de ce que de la part des 
Estatz-Généraulx des provinces unies des Pays-Bas aurez à fraicter 
par ensemble, ou la pluspart de vous avecq Son Alteze. 

» Les Estatz-Généraulx des provinces unies des Pays-Bas, ayans veu 
le dernier escrispt de Son Alteze ensemble oy le rapport de leurs députez 
et la proposition faicte de la part de Son Alt"' par le S"" Despruneaulx, 
eussent bien espéré que Son Alt^' eust accepté les derniers offres et 
conditions faictes et proposées par leurs députez , en (lonformité de leur 
instruction du V*^ de ce mois de mars, au regard de la résidence de Son 
All^'' en la ville de Bruxelles, avec garnison de Suysses comme Son Alt''^ 
avait requis et accordé par son escript exhibé aux ditz estais, par le seigneur 
Comte de Laval, le Vil'' de febvrier dernier, sans foire quehfue mention 
de garnison d'aultre nation. 

» Et comme lad'« ville de Bruxelles est ville belle, plaisante et plus 
commode (ju'aultre tant pour Son Alt'* et ceux de sa court que pour 
l'assemblée des Estatz, ils supplient qu'il plaise à Son Alteze pour couper 
broche à toutes ultérieures longueurs, et parvenir aux inconvéniens qui 
aultrement pourront survenir en suivant sa réquisition et accord précédent 
laid tant par les ditz ai'ticles envoyez aux Estatz, iiiu' lettres du V'^ de 



— 293 — 

lebvrier dernier escriptes au grand-bailly, eschevins et consaulx de la 
ville de Gand , présentations des Estatz, consentement et grande instance 
de ceulx de la ville de Bruxelles, prendre sa résidence en lad'« ville de 
Bruxelles avecq garnison de Suysses en conformité de la susd''' instruction 
de leurs députez. 

') En la forme et manière et soubz les conditions et promesses portées 
paricelles, et raesmes sonbs la promesse desd^' Éstats de n'attempter rien 
ou laisser attempter contre S. Alt^^ ou les siens toutes et quantes fois qu il 
plairaà S.Alt^" se retirer de lad'* ville, celle part que luy plaira; mais qu'au 
contraire ils donneront libre passage à icelle avecq nombre compétent de 
gens de sa garde et suyte, sans en faire ou laisser faire aulcun obstacles ou 
zempeschement. 

» Et si Son Al'^ nonobstant les commoditez de lad'^ ville de Bruxelles 
tant en son respect qu'en celluy des Estats , tant en général qu'en particu- 
culier, sans aussi considérer les incommoditez et inconvénients qui pour- 
rontsurvenir au regard deDunckerque trop éloisgnée, ferait encore difficulté 
pour se retirer aud' Bruxelles, lesd'« Estats prient qu'il plaise à 
son Alt2<î au lieu dud* Bruxelles prendre sa résidence en la ville de Malines 
pareillement ville belle commode forte et propre pour son Alt^^ sa court 
et assemblée des Estats; mesme au regard des provinces plus esloignées, et 
ou ne se représentent les difficultés alleguez'au regard de la ville de Bruxel- 
les, et ce tant plus que les Estats ont entendu par le rapport de leurs 
députez que son Alt^'^ de soy-mesme aurait proposé de sa demeure en lad^ 
ville de Malines, laquelle les Estats accordent avecq garnison de Suysses 
en compétant et souffisant nombre pour la sécurité et garde de la ville ; et 
aura son Alt^^ pour l'exercice de la religion Romaine l'église de St Pierre 
oultre la chapelle en la maison où que son Alt" tiendra sa court. 

» Et en cas que non obstant les raisons susd'^s il ne pleut à son Alt" se 
contenter de la résidence de lad^ ville de Bruxelles ou Malines , et insiste- 
rait sur la ville de Dunkercque sans prendre regard aux incommoditez 
au respect dud^ Dunkercque, lesd^ Estats n'ayans rien plus à cœur que de 
s'accommoder à son Alteze et procéder en toute sincérité et rondeur, dé- 
clarent qu'ils ne font difficulté que son Alteze se transporte aud' Dun- 



— r><)4 — 

ki'i'cijiio pDiir illecq tenir si (lenieui't^ peinlaiit (|ii('li|iic' temps en délaissant 
à Icelle le ehuix de l'une desd^ trois villes pour l'ésidence. 

M Son Alteze promeetra tant pour luy que ceulx de sa court et suyte de 
rien attenter contre l'estat du pays, les Estats generaulx, ny leurs députez 
tant en général qu'en particulier. Et oultre ce promectront et jureront 
seniljlablement et particulièrement ceux de la garde et de la garnison de la 
place de sa résidence, soit h Bruxelles, Malines ou Dunkercqiie, n'attenter 
rien, ou laisser attenter, contre Testât du pays, les Estats généraux, ny 
leurs députez tant en général ([u'en paiticulier , ny mesmes contre les 
manans et inhabitans d'icelles. 

)• Son Alteze fera, auparavant toutes choses, retirer les garnisons fran- 
rhoises hors de la ville de Vilvoorde et sera pourveue de garniso» des 
naturels du pays agréables aux Estats de Bi'abant et demeureront trois 
des députez des Estats prés son Alt"" p!;ur mieux acheminer les affaires ; 
comme aussy ils prient à Son Alt^* (ju'il lui plaise durant ceste commu- 
nication envoler près les Estats ung ou deux personnaiges pour tant mieux 
entretenir toute bonne correspondance. 

» Les Anglois, Escossois et aultres gens de guerre mentionnez au iij*' 
article de l'escript de Son Alt^" marcheront jusques à Rupelmonde incon- 
tinent après la rendition de la ville de Vilvoorde, et que l'armée de son 
Alt" sera passée la ville de Dendremonde par de ra tirant vers le village 
de Lebbeke et l'armée de sou Alt" marchera au mesme instant jusques à 
Opiiorp, Lippeloo, Maldere et aultres villaiges là alleutour, où que lad" 
armée de Son Alt" sera accommoilce de vivres. El de la marchera lad" 
arnu'C le lendemain jusques à Willebrouck, pour incontinent avecq des 
batteaulx et ponthons passer la rivière à Hellegate, Niel, Schelle où que 
lad" armée sera semblablenuMit accomodée de vivres ; et lesd-^ Anglois et 
Escossois passeront au mesme instant dud' Uupplemonfh! la rivière de 
l'Escaut. 

» Et incontinent après (|uc lad'' ville de Denremonde sera rendue aux 
Estats et pourveue des naturels de ces pays agréables à la province de 

Flandres, seront liniiis à l'armée de Son Alt" licnle mille llorins; et aliu 



— 295 — 

que Son Alt"* n'ay point occasion de penser que lesd^ xxx"i florins ne 
seroient fnrniz , l'on donnera toute satisfaction aux hostaiges desd** Estatz 
pour asseurer son Alt" que les trente mille florins sei'ont prestz et comptez. 

» Et prient les Estatz Son Alt" de laisser jusques à la sortie de la ville 
de Dendremonde, en icelle tant seulement le nombre des chevaux et gens 
de pied qu'elle a déclairé aux députez des Etatz désirer pour s'acheminer 
à Duynkercqiie, en cas qu'elle ne prendra sa résidence en la ville de 
Bruxelles ou de Malines. 

» Et pour plus grande secureté de l'un et de l'aultre, promectront lesd'* 
chiefz, colonnelz, capitaines et conducteurs de gens de guerre tant de 
cheval que de pied, "d'une part et d'aultre, de rien faire ou attempter 
contre le service de Son Alt" ny des Estatz-Généraux, ny en général ny 
en particulier, ny aussy l'un contre l'aultre, maisqu'ilz l'eniployeront pour 
le service de Son Alteze et des Estatz, contre le commun ennemy signam- 
ment contre les Espoignols, malcontents de leurs adhérens. 

» Les hostaiges mentionnez au V<^ article dud' escript de Son Alteze 
seront envolez à Dendermonde, bien entendu que si aucun des dénom- 
mez ne peussent pour aucunes raisons, soit par maladie ou aultrement se 
transporter, que les Estatz en leur lieu envoiront d'autres de semblable 
qualité. 

» Les prisonniers seront incontinent en toute sécurité livrez et envoiez 
en la ville de Dendremonde après le sortie de Sun Alt" et que icelle sera 
pourveue de garnison de naturelz du pays agréables à la province de 
Flandres, pourveu qu'ilz ayant auparavant payé et donné contentement 
pour leurs dépenses, debtes contractées en la ville où ilz sont prisonniers, 
et gratuitez illecq promises. 

» Et pour faciliter la délivrance et restitution desd^ hostaiges et prison- 
niers respectivement, semble aux Estatz plus expédient que incontinent 
après la sortie de la garnison franchoise et entrée des naturelz en la ville 
de Dendremonde, lesd'^ hostaiges seront renvoiez, et lesd** prisonniers 
eslargiz et relaxez et mis entre les mains de Son Alt" Néantmoings si 
aulcuns des prisonniers parfaucte de paiement ou satisfaction de leur susd' 



— 296 — 

iloii 110 sraumiont ostre renvoyez ou relaxez, ne pourront à rdecasion de 
ee lesd'* liostagiers estre détenuz, ains seront ce nonobstant renvoiez 
comme dessus. Bien entendu que le S'* l'évesque, de Constance, Fervaques 
et Fergy demeureront en lad"= ville de Denderraonde, comme aussy les 
prisonniers estans présentement détenuz en la ville de Bruges pour hos- 
taiges, jusques a ce que la ville de Dixmude sera aussy rendue et pour- 
veue des naturelz de ces pays agréables comme dessus. Et en cas que 
lesd'* S""* Évesque de Coustance, Fervaques ol Fergy ne pourront estre 
induitz à la fin que dessus, seront en leur place donné pour hostaiges 
les Seig""* conte de la Bochepot et premiers Maistre d'hostel de Son Alt'"^ 
avec(| lesd'* prisonniers à Bruges. 

M Néantmoings si Son Ab'' insiste que la ivlaxation des prisonniers et 
renvoy des hostaiges se fera conlbrniénienl le vij'' art. de sond^ escript, 
pourront leurs députez y condescendre, moienuaut toutesfois que lesd''* 
S""* Éves(iue de Coustance, Fervacques et Fergy, seront détenuz à Deuder- 
monde jusques à la rendition dud^ Dixmude comme dessus et desd'^ 
hostaigiers. 

i) Et entant que touche les meubles et papiers, semblablement mentionné 
aud' vij" art. seront aussy restituez la part et par tel chemin qu'à Son Al" 
plaira, si avant qu'ilz soyent encoires en nature depuis le x'' de ce mois, et 
au pouvoir des Estatz ou en la garde de Magistrat de la ville d'Anvers, 
dont led' Magistrat fera lattestation soleninelle en bonne foy laquelle sera 
creue. Saulf ([iic Son Al"' fera promesse ipie les arretz faictz en France 
à cause dcsd' ti'oubles seront levez et estez, et les prisonniers biens et 
navires mis en liberté , et aussy les arrestz faictz à Dunkeicque, sur 
aulcunes personnes biens ou navires des inliabilaiis ou bourgeois des 
provinces unies des Pays-Bas. 

» Et pourront les députez des provinces et villes, et tous aultres de ces 
pays qny vouldrout aller vers Son Al"' librement y venir, séjourner et 
retourner en toute sccureté. 

I' Que aussy tous nianhands cl aidtr(>s passagiers pourront librement 
|in'iidro liavrc et sortir i^m la ville de Hniikci-ciiuc. 



— 297 — 

» Laissera aussy Son Al" les villes poiirveues des amonitions, artilleries 
et vivres qu'il a en icelles trouvé et seront encores en estre. 

» Sitost que Son Alt^* aura choisi la place de sa demeure ou résidence 
en l'une desdites trois villes , advertiront les Estatz incontinent les 
respectives provinces , il feront tout debvoir afin qu"ilz envoyent le 
plus tost que faire se pourra , leurs députez avecq plain pouvoir et 
authorisation pour entrer en plus ample communication , arrester et 
conclure comme il se trouvera pour le service de son Alt", utilité et 
sécurité du pays convenir. Et entretemps se comporteront les uns avecq les 
aultres tant bourgeois que gens de guerre, comme bons frères et amys, et 
aura le traficque et négociation d'un costé et d'aultre, tant par mer que 
par terre, son cours et à la coustume. 

» Son Al^« escripra lettres bien expresses aux compaignies franclioises 
estans dans Berghes-St-Wynox par lesquelles leur fera commande de 
sortir lad'" ville et venir en son armée, en laissant la garde d'icelle aux 
naturels du pays et agréables comme dessus, et ce à peine de désobéys- 
sance et d'encourir son indignation. 

» Faict arresté et conclu à l'asseemblée des Estats généranlx , saulf que 
messieurs les députez de Flandres déclarent que si son Al^*^ choisist sa 
résidence en la ville de Dunkercque, n'estre sur ce point suffisamment 
auctorisez , auquel cas fauldroyt attendre l'advis de messieurs les quatre 
membres de Flandres. 

A Anvers le xi« jour de mars 1583. 

Par ordonnance desd'* Estats généraulx. 
(Signé) M. De Hennin. 

Le 13 les députés reçurent audience du Duc qui se montrait très joyeux 
de ce que les Etats-Généraux agissaient envers lui avec une entière franchise, 
et ne cherchaient pas à lui oter son autorité sur les Pays-bas ^ . Il déclara 
qu'il préférait momentanément le séjour de Dunkerque à tout autre, 

' Lettre de Meetkerrke aux Etats-GôiiPraux, liu 1 3 mars 1 583. — Aux archives d'Yprcs. 



- 208 — 

)iarrf'i|ut' 1.1 proximitt' de la Fimiicc le iiicllait plus à mrmo de sft 
jimcurcr, delà, tout et' qui (Hait nécessaire à son armée ; et promit de se 
rendre plus tard à Maiiries pour y séjourner *. 

Sur ces assurances positives les députés s'empressèrent d'écrire aux 
maiiistrats de Gand, de Brug-es et du Franc afin de les engager à prendre 
les dispositions nécessaires pour faciliter le passage du prince et de sa 
suite, conformément à la convention arrêtée de commun accord ^. 

Les négociations continuèrent les jours suivants, et le i 8 mars le duc 
d'Anjou signa enfin l'accord que voici : 

« Articles accordez par monseigneur fils de France , frère unique 
du Roy, Duc de Rrabant, Gueldres, Anjou, Allençon, Tourainne, 
Berry, etc. , Comte de Flandres, Hollande, Zeelande, etc., ^eig"" de 
Frize et de Malines, sur les propositions de reconsiliation et accord 
mises en avant par messieurs les Estatz des provinces unies des 
Pays-Bas. 

» Son Alteze se contenterait très-volontiers de choisir sa demeure en la 
ville de Malines; toutes fois considérant qu'on luy faict entendre qu'on 
veult parler de nouveaux articles, et que la ratification du serment que 
S. Al^^ a demandé n'a esté présentement accordé, Sad''' Alt'^ est advisé de 
choisir selon l'offre que luy at esté faict par messieurs des Estatz, la 
ville de Dunkerque, pour y résider quelques jours, durant lequel temps 
elle désire de traicter de toutes choses concernant le bien de cest 
estât, et vuider les difficultéz quy se présentent maintenant; promectant 
S. A" en foy et parolle de prince que cela faict elle n'a aultre intention 
et est dutout résolue de revenir promptement es pays de delà pour 
résider en la ville de Malines suyvant les articles contenus en l'instruction 
de messieurs des Estats du xi*" de mars 1583. 

» Et poiw ceste occasion Son Al'^ désire que aulcuns de messieurs les 
Députez s'acheminent on envoyent en la ville de Gand et ailleurs où il 
eschera du p,iy> de Flandres pour faciliter et asseurer son passaige. 

' Lftlit' (ir Mnikcri'kp aux Ktafs-Gnirniiix, du K! mars ir>8:J. — Aux archives (l'V|iii'S. 
* (les lieux Ictliis sf IkhivciiI. aii\ airliivis il'V|iies. 



— 299 — 

» Snd"" Alteze promectra tant pour liiy que ceiilx de sa court et siiyte 
(le rien attenter contre Testât du pays, des Estatz-généraulx, ny leurs 
Députez , tant en général qu'en particulier, et oultre ce, promectront et 
jureront seniJilablement et particulièrement ceulx de sa guarde et de la 
garnison de Dunkercke n'attenter rien ou laisser attenter contre Testât 
du pays, les Estât s-Généraulx, ny leurs Députez, tant en général qu'en 
particulier, ny mesnies contre les manans et inbabitans dud' Dunkercke, 
ny la religion reformée , et demeurera l'exercice de la religion catholique 
libre a Son Alteze avecq telle église qu'il luy plaira choisir aud' Dunkercke, 
tout ainsy qu'il l'avait en la ville d'Anvers. 

» Monseigneur fera retirer hors de Vilvoorde toutes les garnisons 
franchoises, ayant la promesse de Messi's des Estatz d'accomplir les choses 
cy accordées , et demeureront avecq Son Alt^^ ti-ois de Messieurs les 
députez, et sera lad'"^ ville pourveue de naturelz du pays agréables aux 
Estatz de Brabant. 

« Sad'*" Alteze accorde que son armée passera à Terremonde et y sera 
loge jusques à Opdorp, Lippeloo, Maldere et autres villaiges circoiivoisins, 
où elle sera accommodée de vivres; et le lendemain en asseurant Fessieurs 
les députez la somme de trente mil escuz d"or estre es mains du commis- 
saire à reste fin envoyé, pour les délivrer à lad*'' armée, elle marchera 
jusques à Willebroeck, où avant que passer la rivière lad'" somme sera 
furnie et départie aux gens de guerre selon Testât quy en sera facit e. 
dressé par Son Âl^" . Ce que effectué passera icelle armée la rivière à 
Hellegat, Niel, Schelle, ou elle sera également pourveue de vivres, et 
feront serment les chiefs, colounels, capitaines et conducteurs de gens de 
guerre de bien et loyamment servir Son A^« et de ne rien attenter contre 
icelle ny son estât ny pareillement contre les Estatz-généraulx du p^^ys 
en général ny en particulier, mais qu'ilz s'employerons pour le service de 
S. Al^« et des Estatz contre les ennemys espaignols, malcontents et lau'.s 
adherens *. 

)> Et lorsque l'armée passera à Termonde les Anglais, Ecossois et 

' Voir plus loin les niddifiratioiis npportécs à i-ct ailicif \c "ICt mars. 

23 XVI 2-2 



, — 300 — 

aultres gens ilc guerre eslans au pays de Wast se retireront à Ruplenionde 
quy feront pareil et semblable serment à S" Al^*^ que dessus. 

» Et au mesme instant que les hostaiges seront arrivez et que se feront 
lesd'* paiements et que S" Al^® aura les hostaiges avec luy seront les 
garnisons franclioises retirez de la ville de Tenremonde pour estre dé- 
laissée aux naturelz du pays agréables aux Estatz de Flandres, et saclie- 
minera S" Al^<^ vers Dunkercke. 

» Ayant l'armée de Son AV^ receu les choses susd*^ et en passant lesd** 
rivières à Willebroeck, au même temps passeront aussy la rivière de 
l'Escau, à Ruplemonde, les Anglois, Escossois et aultres gens de guerre 
quy seront retirez des pays de Wast pour estre employez les gens de 
guerre comme il sera advysé ; et de là enavant tous ensemble ser(jjit payez 
egallement des deniers destinez à cest effect, et les vivres distribuez sans 
acception de personnes, de fachon que les ungs ne puissent estre advan- 
taigez plus que les aultres. Sera aussy aux catholicques de lad^'' armée 
l'exercice libre de leur religion au camp. 

« Faisant ce que dessus et rendant lad"^ ville de Denremonde seront 
quant et quant baillez hostaiges à Son Al" pour securté de la délivrance 
et liberté de tous les prisonniers estans en la ville d'Anvers et aultres 
lieux détenus depuis le XVII^ de janvier, ensemble pour la restitution 
des papiers quy estoient en la boite de Son Al'* en son cabinet et quy 
ont esté prins au logis du S'' de Quinsé, et des meubles portez en la 
maison de ville quy sont en la puissance desd'* S'*' des Estatz et du ma- 
gistrat, sans pour ce regard faire aucune réservation ny exception. Et 
quant aux meubles quy sont demeurez aux maisons particulières où 
estoient logez les franchois seront aussy restituez sy avant qu'ilz soyent 
en nature depuis le X"^ du présent mois. Son Al" fera aussy promesse 
que les arrestz faictz en France à cause des troubles icy advenus seront 
levez et estez, et les prisonniers biens et navires mis en libertez ; et aussy 
les arrestz faits à Dunkercke sur aulcunes personnes biens ou navires des 
inliabitans ou bourgeois des provinces unie des Pays-Bas. 

« Son Altczc a noninié et clioisy ])our hostaiges Messieurs Philippe de 



— 301 — 

Schoonhove S'' de Wanroy Bourt;niesti'e d'Anvers; Jelian de Stralen S'' ûc 
Merxeni, Amman d'Anvers; Rogier de Liefdaele S'' de Manwen, Wilricli, 
premier échevin d'Anvers; Noël de Caron, S"" de Schoonenwaele, Boiirg- 
maistre du Franc, avecq les trois députez à ceste présente négociation, 
scavoir Messire Adolf de Meetkercke, président de Flandres; Henry de 
Bloyere, Bourgmestre de Bruxelles, Maister Guillaume Everaerdts pen- 
sionnaire dAnvers. Bien entendu qne sy aulcuns des dénommez ne 
peussent pour aulcunes raisons soit par maladie ou oultrement se trans- 
porter, que les Estatz en leur lieu envoyèrent d'aultres de semblable qualité 
au consentement de Son Al^". 

« Sad^ Alteze retiendra le nombre de deux ou trois cens clievaulz et 
quatre ou cincq cens hommes de pied pour le sceureté et conduite de sa 
personne jusques aud' Dunkercke. ï^t sy aulcuns de messieurs de Gand 
ou de Bruges veuillent venir veoir Son Al" lorsquil approchera de leurs 
villes, ils seront gracieusement receuz et reconduitz quand bon leur 
semblera en toute sceurté, et seront les pontz nécessaires au passaige de 
Son Al" dressez sur la rivière de Wast et aultres endroictz où il aura à 
passer, incontinent que le présent traité sera résolu et signé de part 
et d'aultre. 

« Monseigneur mènera avecq luy lesd'^^ hostaiges jusques au logis qu'il 
fera plus proche deNieuportoù luy seront amenez et conduictz sceurement 
tous lesd's prisonniers détenuz aud' Anvers et ailleurs, et pareillement 
ses papiers et meubles et ceulx de ses serviteurs comme il est cy-dessus 
dict. Bien entendu que les prisonniers payeront préalablement leurs 
despens dettes et gratuitez promises. Mais d'aultant que les sommes des 
plus apparens desd'* prisonniers sont grandes, et ceulx desnuez de tous 
moyens ne voulant Son Al^^ les laisser en arrière ny engaigez pour aulcnne 
chose lesdts Seigi" des Estatz feront en sorte envers ceulx à quy ils doibvent 
et ausquelz ils ont faict quelque promesse, qu'ilz se contenteront de leui's 
obligations ou responces qu'ils pourront donner dédans la ville pour 
payer au temps limité par icelles; et à ceulx quy n'auront moyen ny de 
payer ny de bailler aulcuns respondans leur sera néantmoings donné 
moyen par lesd"^^ S""* des Estatz de leur crédit, ou aultrement par mes- 



— 302 — 

sieurs du ni;ii;islrat, de lespoiidre et asscurcr pour culx cl leurs •1''''= 
debtes tant que leurs créanchiers se contenteront; à la charge que Son 
Al" promcctcra et s'obligera de satisfaire ausd^"* sommes dont ilz auront 
respondu ou faict respondre dédans le temps qu'ilz auront promis de 
paier. Ce ((ui sera faict seulement pour les Seig""^ Evesque de Constance, 
de Fervacques, de Fargis, de la Ferté, de la Vergue, de Rieuz, de Beau- 
pré, de Genissac, de Ligueris, de Torsac, S' Remy, S^ Séval et Chaumont. 
Et quant aux aultres ilz regarderont dagréer et satisfaire à leurs debtes 
et despenses légitimes faictz de gré à gré, sans que lung soit arresté pour 
l'aultre, ny aulcun meuble, sy de son bon gré il ne s'y est obligé, en 
baillant par lesd'^S''*des Estatz déclaration que ceulz des Franchois estant 
aud^ Anvers et ailleurs ne sont détenus pour anlcune occasion, que pour les 
debtes, auxquelles ayant satisfaict ilz demeurent en pleine et entièrt liberté 
pour faire ce que bon leur semblera. Et à l'instant que lesd'* prisonniers cy- 
dessus nommez, meubles et papiers seront délivrez en mains de monseigneur 
il fera retirer les garnisons françoisesde Dixmude, pour estre la garde de la 
d'e ville délaissée aux naturels du pays; et quant et quant seront relaxé les 
hostaiges et mis en leur plaine et entière liberté et continuera Son A^^ son 
chemin and' Dunkercke pour aud*^ lieu traiter et resouldre toutes choses 
concernans le bien et grandeur de Son Al'*' et de ces pays où se trouveront 
les députez de Mess, les Estatz pour ceteftecl, dédans le.... *. 

« Et pourront les députez des provinces et villes et tous aultres de ces 
pays, qui vouldi'ont aller vers Son Al", librement y venir séjourner et 
retourner en toute scurté, comme aussy tous marchants et aultres passagiers 
pourront librement prendre havre et sortir de la ville de Dunkercke 
comme ilz faisaient auparavant. 

« Laissera Son Alt" les villes ou seront retirées les garnisons franchoises 
pourvues des munitions et artillerie et vivres (juy sont en icelles et se trou- 
veront lors en nature. 

« Incontinent les présents articles afcordez lesdt S. des Estatz adver- 

' La (lalu csl restée en lihiiic; voir jikis Inin les cliaiigements apportés à cet article 
le m mars. 



— 303 — 

liront respectivement les provinces et feront tout debvoir aflin quilz en- 
voient le plus tost que faire se pourra, leurs députez pardevers Son Al" audt 
Dunkercke, avecq plein pouvoir et autorisation pour entrer en plus ample 
communication, arrester et conclure ainsy qu'il se trouvera mieux convenir 
pour le service de Son Al'*, utilité, sceurté et conservation du pays ; et 
se comporteront toutes personnes indifféramment les ungs avecq les aultres 
tjint bourgeois que gens de guerre comme bons frères et amys, et aura le 
trafficq et négociations, d'ung costé et d'aultre, tant par mer que par terre, 
son cours libre et accoustumé. 

« Sadte Alteze escripra lettres bien expresses aux compaignies franchoises, 
estans dans Berghes St-Winox, par lesquelles leur sera commandé de 
sortir la d'e ville et venir en son armée, en laissant la garde d'icelle aux 
naturelz du pais et agréables comme dessus, et ce à peine de desobéissance 
et d'encourir son indignation. 

« Et lors de la conclusion du traicté et de ce quy sera résolu audt Dun- 
kercke lesd's Seig''» des Estatz bailleront déclaration de bien et deuement 
entretenir garder et observer en tous ses pointz et articles ce qui sera 
audt Dunckercke arresté, ensemble le traicté général faict à Bordeaux 
le ^S" jour en janvier 1581, et seront faict les serments en cas semblable 
aux lieux et villes où ilz n'ont encroires esté faitz dont sera rapporté acte 
authentique et vallable es mains de Son Al" suyvant le led* traicté. Seront 
aussy de bonne foy oubliées de part et d'aultre les choses passées depuis 
l'esmotion et trouble advenu le xvij de janvier jusques h la conclusion du 
présent traicté, avecq deffense cà tontes personnes de quelque qualité qu'ilz 
soyent de s'offenser mesdire ou entrer en reproches à l'occasion de ce que 
dessus; ains se comporteront modestement et gracieusement les ungs avecq 
les aultres ainsy qu'appertient entre bons frères, bourgeois et amys. 

« Sera pourveu de lieux convenables pour les malades de l'armée, où ilz 
pourront demeurer jusques à ce qu'ilz soient guaris en toute sceurté; 
et commectront les Seig''^ des Estatz quelques gens de bien pour les assister 
et empescher que ne leur soit faict aulcunc moleste. 

Faict à Tenremonde le xviij^ jour de mars 1583 

(Signé) FraiNCHoys. 

(Contresigné) Le Pin. 



— 304 — 

Ol actoiil, cept'iuhmt, subit encore un léger changement; à la (in du 
sixième paragraphe, après les mots : Ennemis espaiçjnols, malcontents et 
leurs adhérens, on ajouta ceux-ci : « ensemble de passer incontinent la 
rivière ayant reçeu l'argent. » Puis entre ce paragraphe et le suivant on 
en intercala deux autres, dont voici le contenu : 

« Et estant led^ serment faict , sera par les Estats pour l'armée de 
S. Alteze furnie et payée la somme de trente mille escus d'or, pour estre 
départis entre les gens de guerre selon Testât qui en sera faict et dressé par 
par S. Alteze, dont sera baillé le double auxd*^ Estats. » 

« Et incontenent que lad'« somme de trente mil escus sera furnie et 
comptée, passera l'armée de S. Alteze la rivière l'Escau à Hellegaet, Nyel 
et Schelle suyvant led' serment, où elle sera pareillement furnie de vivres. » 

Enfin l'article 13 fut également modifié : au commencement de l'article 
après les mots : leurs despens dettes et gratuitez promises , on ajouta : et 
modérées par intercession du magistrat , et la suite de l'article, fut rem- 
placé par ce qui suit : « sans que l'ung soit arresté pour l'aultre, ny aucun 
meuble , sy de son bon gré il ne s'y est obligé ; en baillant par lesd^^ S" 
Estatz déclaration que ceulz des franchois ny leurs meubles estans aiid 
Anvers et ailleurs ne sont détenus pour aulcune occasion que pour leurs 
dettes. Ausquelles ayons satisfaict ils demeurent en plaine et entière 
liberté pour faire ce que bon leur semblera. Et après que S. Alteze aura 
faict retirer les garnisons franchoises de Dixmude pour estre la garde de 
ladit"' ville délaissée aux naturels du pays, tiendra Son Altesse les susd'* 
hostaiges jusques à ce que à icelle seront rendus tous les prisonniers , 
meubles et papiers. Quoy faict seront relaxés lesd'''* hostaiges et mis en 
leur plaine et entière liberté, sans qu'ils puissent estre retenus pour les 
meubles demeurez es maisons particulières où estaient logez lesd^* franchois, 
non estans en la puissance du magistrat, ny aussy pour les prisonniers quy 
seroient en faulte de payer ce qu'ils doibvent. Et continuera Son Altesse 
son chemin and' Dunckerque pour aud^ lieu traicter et résouldre de toutes 
choses concernant le bien et grandeur de Son Alteze et de ces pays, où se 
trouveront les députez de messieurs les Estatz pour cest effets, dedans le...» 

Ainsi modifié l'accord fut dv nouveau signé par le duc d'Anjou le 



— 205 — 

25 mars. En s'adressant aux États-Généraux , il proteste de nouveau de 
tout son dévouement , assurant qu'il est prêt à hazarder sa vie à toutes les 
occasions qui se présenteront. 
Voici sa lettre : 

« De par monseigneur fils de France, frère unique du Roy, Duc 
de Brabant, Gueldres, Anjou, etc.. Comte de Flandres, etc. 

» Très-chers, três-aymez et féaulx. Nous vous envolons les articles qui 
ont esté traictez avec vous par vos députez tout ainsy et en la mesme 
forme et manière qu'ilz les m'ont présentez de V""" part. Il reste maintenant 
de venir à l'exécution que je désire la plus prompte que faire se pourra, 
naiant rien tant à cœur que de vous faire preuve de combien est accreu 
mon courage et la dévotion qui me continuera pour jamais d'assister ces 
peuples et provinces de mes moiens , pouvoir et authorité avec l'employ et 
l'azard de ma vie, à toutes les occasions qui s'en présenteront; je masseure 
que Dieu m'en fera la grâce et qu'il me préservera par sa bonté de ne 
veoir jamais chose contraire à mon désir ny qui approche de l'inconvénient 
advenu. Vous priant que de V""" part je sois assisté de mesme selon la 
fidélité , affection et bienveillance que vous m'avez tousiours portée. 
L'espérance que j'ay de vous confirmer par ma bouche et par mes effectz, 
plus que je ne vous scaurois escripre , me gardera de vous la faire plus 
longue, remectant le reste sur le sieur Thausin, présent porteur, je 
prieray Dieu, 

» Très-chers, très-aymez et féaulx, qu'il vous ait en sa très-saincte et 
digne garde. 

A Termonde, le xxvj'^ jour de mars 1583. 



(Suscription). 

» A nos trés-chiers et très-aymez 
et féaulx les Seig""* des Estatz- 
généraulx des provinces unies 
des Pays-Bas. 



(Signé) Franchoys. 

(Contresigné) Le Pin. 



— 306 — 

TmiiI sfnihl.iit donc pirsai^or une réconciliation sincère. On espérait sur- 
tout iioiivoii' siiiivci' Kindhûven : Déjà le seig"" des Pruneaux, au nom de 
Son Altesse, avait soumis au Prince d'Orange un projet de campagne pour 
secourir celte ville, et le 55 mars Guillaume soumit ce projet, avec ses 
observations, aux Etals-Généraux. L'armée expéditionnaire devait être 
commandée par le maréchal de Biron qui avait sous ses ordres le colonel 
Noritz, le scign'' de Villcrs et le comte de Laval. Elle devait se composer 
de deux mille cinq cents Suisses et deux mille arquebusiers, troupes Fran- 
çaises; de trois mille cin(i cents hommes de pied, Anglais, Ecossais et gens 
du pays, et de douze cents hommes de cavalerie du pays. Toutes les 
mesures furent prises pour bien organiser cette petite armée sur laquelle 
on comptait beaucoup, et dont dépendait le sort de la ville ti'Eindhoven. 

Voici les propositions faites par le prince d'Orange aux États-Généraux 
à la date du 25 mars : 

« Suyvant les articles qu'il a plu à Son Alteze faire exhiber à Son 
Ex^e par monsieur Despruneaux sur le secours de la ville d'Eynd- 
hoven assiégée , son Ex*='^ trouverait bon ce quy s'ensuyt soubz 
correction de messieurs les Estatz généraulx. 

« Premièrement quant à la personne de monsieur le Mareschal de 
Biron a l'endroict lequel il a pieu à Son Alteze tant faire qu'il a esté 
content d'accepter la charge et commission de commandement à l'armée, 
Il semble à sad'^ Ex'^" que pour la valeur et promesse dudt Seig"" on ne 
scaurait trouver personnaige plus propre et qualifié à lad"" charge, et qu'à 
tant Son Ex<^c serait d'advis que mesd" Scig''^ des Estatz voulussent 
escripre à Son AU''' luy faisant entendre l'honneur et le contentement 
qu'ilz ont receu de ce qu'il a pieu à Son Alt" pourveoir sad^'' armée d'ung 
tel chcif et qu'ilz luy en remerchient très humblement. Escrivant pareille- 
ment à mo\uV Seig*" de Biron, luy faisans scavoir la satisfaction qu'ils 
recevront i\\\"\\ a accepté lad"^ charge. Et d'aultant qu'il est entièrement 
dénué de ce ipie luy est de besoing pour satisfaire à une telle (charge et qu'il 
est convenable qu'il soit pourveu de commoditez y re((uises, son Ex'^" 
seroit d'advis que niesd^ Seig'"^ les Eslalz luy tissent présent de deux 
mille escuz et luy fuinisseiit quatre chariots pour son service. 



— 307 — 

» Quti pour les bonnes qualitez et services passez de mons'' le Général 
Noritz, Sun Ex^*^ trouverait bon de liiy faire la seconde personne après 
mond^ Seig'' de Biron pour ceste entreprise. 

» De continuer nions'' de Villers avecq nions'' de la Pierre en la charge 
de Maresclial du Camp comme ils ont esté au dernier camp. 

» Que Monsieur le Conte de Laval commande à la cavalerie selon sa 
commission. 

« Infanterie de Son Alt^^. 

c Deux mille cincq cens suysses. 

Deux mille harcquebousieurs franchois. 

(I Infanterie du Pays. 

« Trois mille cincq cens hommes de pied tant Anglais, Escossais que 
gens du pays. 

« Cavaillerie du Pays. 

« Douze cens chevaulx suyvant la liste particulière quy sera donné à 
IMons"" Despruneaulx. 

« Artillerie. 

« Trois demy canons. 

Deux demy colverines. 

Cent chevaulx d artillerie pour la mener. 

Vingt et cinq chariots pour icelle. 

Douze milliers de pouldre tant pour l'artillerie que pour l'infanterie. 

Vingt milliers de mesches. 

Deux cent pionniers. 

Mons'" deCruninghen pour commander à l'artillerie comme grand maistre. 

(I Vivres. 

» Monsieur Van Dorp général des vivres pour se trouver à l'ai'mée. 

« Deux mille pains par jour de xxvi à xxvij onces cuits et rassis. 

n Bières et fromages à l'advenant. 

» Avoines pour douze cent chevaulx. 

» Faire des ordonnances pour les vivandiers de la suyte de l'armée par 



— 308 — 

lesquelles on les pourra inciter a ce qu'il/, y vinssent en leur donnant 
franchise et exemption accoustuFïiée, ou telle que messieurs les Estatz 
trouveront bon pour les encouragiers. 

» Son Ex^e trouveroit bon que mesdt^ Sieurs des Estatz coramunicassent 
avecq led' Sieur Van Dorp pour scavoir ce quy sera nécessaire pour les 
vivres. 

» Il seroit bon d'avoir à la suyte de l'armée tout prestz les vivres, muni- 
tions et chariotz pour les mener, pour les mectre dedans la ville d'Eyndho- 
ven, sy Dieu nous faict la grâce qu'on la puisse secourir et desassièger et 
qu'il plaise à Mess""* les Estatz en faire la calculation et adviser] ce quy 
sera nécessaire pour cest effect. 

» Mond*^ Sieur de Biron prie Messieurs les Estatz qu'il leur plais? com- 
mectre quelques personnaiges de leur part qui se puissent trouver à 
l'armée, et ce affin de mectre ordre que le camp puisse estre pourveu de 
choses nécessaires pour tenir bonne correspondance avecq mesd' Sieurs les 
Estatz pour leur faire entendre a toutes occurences de ce quy se passe', et 
pour estre tesmoings d'œil de son debvoir. 

» Qu'audt camp se trouvassent ung commis, quatre couriers et six che- 
vaulx de poste. 

» Mondi Sieur Biron désire que Messieurs les Estatz advisent et luy 
facent scavoir le lieu où il se pourroit retirer pour la sceureté de l'armée, 
soit que l'ennemy vint à estre le plus fort, ou aultrement. 

» Les Suysses et aultres gens de guerre désirent qu'il plaise à Messieurs 
les Estatz leur faire promesse de ne faillir <à ce qu'on leur a promis de 
vivres et aultres choses nécessaires, et que où il s'y manquera, ilz auront 
congé pour se retirer. 

» Qu'ilz ratifient la commission qu'il a pieu à Son Alteze leur donner 
pour le commandement de lad'e armée. 

» Qu'ilz plaise a mesd'^ Sieurs faire furnir quelques cinq ou six cent 
llorins pour mectre en épuipage certains instruments ou machines de 



— 309 — 

guerre inventées par Son Ex"^*^ pour le service de sceureté de l'armée, en 
furnissant aussy six chariots pour les mener. 

» Overghelevert in de generaele 
verghaderinghe by den heere 
van Pruneaux den xxv" martii 
1583. 

(Signé) M*" DE Hennin. 

Le duc d'Anjou de son côté déclara par lettre du 27 mars qu'il était 
prêt cà faire marcher son armée sur Eindhoven aussitôt qu'il serait satis- 
fait à tous les articles de l'accord précité. 

Voici ce qu'il écrivit cà cet égard aux États-Généraux : 

<f De par monseigneur fils de France, frère unicque du roy, duc 
de Lothier, Brabant, Gueldres, Anjou, Tourainne, Berry, etc. comte 
de Flandres. 

« Très chers trés-aymez et féaux. J'ay entendu ce qui m'a esté dit ce 
matin par messieurs voz députez concernant le faict d'indove, a quoy il 
y a longtemps que vous m'avez- trouvé résolu, et d'aultant que l'affaire 
presse, je vous prie que de votre costé vous usiez de diligence pour 
satisfaire à ce que vous estes tenus par nos articles, car de ma part il n'y 
aura aulcune longueur, comme je vous ay mandé par le S"" Tanzin quy 
retournant ceste nuyct comme je vous en prie, fera que dès demain vous 
commencerons à mectre en exécution ce que vous debvons. Le reste sera 
pour prier Dieu qu'il vous ayt. 

« Très chers, très aymez et feaulx, en sa três-saincte et digne garde, 

Termonde le xxvij jour de mars 1583. 

(Signé) Franchoys. 

(Contresigné) Le Pin. 
(Suscription.) 

» A noz très chers, très aymez 

et féaulx, les Seig-''^ des Estatz- 

généraulx des provinces unies 

des Pays-Bas. 



— 310 — 

Au mois il';iviil, la petite armée soiis la conduite de Biron, se dirigea 
vers Eindhoven , assiégée par le Comte de Mansfeld ; malheureusement 
cette ville , réduite à la dernière extrémité , fut obligée de capituler le 
23 du même mois. 

Le Duc ne tarda pas à se rendre à Dunkerque; mais, Alexandre Farnôse 
ayant cerné cette ville , il trouva convenable de se retirer, et au mois de 
juin il s'embarqua pour Calais, d'où il se retira dans le Cambrésis. 

Farnése, en peu de jours, se rendit maître de Dunkerque : la prise de 
cette ville entraîna la soumission de Bergues-st.-Winoc, de Nieuport, de 
Furnes et de Dixmude, et le Prince de Parme vint mettre le siège devant 
Ypres. Peu de temps après, les villes d'Axel, d'Hulst, de Ruppelmonde, 
d'Alost , se soumirent également : Anvers même se vit serrée de près. 
Dans ce danger pressant les État-Généraux, résolurent d'avoir \le nouveau 
recours au prince français , et dans leur assemblée du 19 novembre, ils 
arrêtèrent, pour leurs députés, l'instruction suivante ; 

« Instructie voor de Ghedeputeerde van de Staeten-generael, die 
volghende t' ghene soo by den tractate gbemaect tôt Dendermonde 
met syne hoocheit als duer briefven aen hem gheschreven is belooft, 
sullen aen zyne Hoocheit ghesonden worden, van t'ghene sy hem 
suUen hebben voor te draghen. Gheraemt by de Staten-generael, 
op de goede gheliefte en de approbatie van de provincien hunne 
principalen. 

« in den eersten naer behoorlycke reverentie ghedaen aen syne hoocheit, 
sullen verontschuldighen de staten ende provincien dat sy soo langhe 
hebben ghewacht te seynden hun ghedeputeerde, verzekerende zyne hoo- 
cheit dat tzelve niet en is duer ghebreke van goeden wille en de affectie 
van hem allen onderdanighen dienst ende onderdaenicheit te bewysen, 
maer eensdeels om de alteratie devvelcke was onder t' volck ; eerst om het 
misverstand ende desorde toeghecomen t' Antwerpen ende in andere steden 
daernaer, mits het verlies van Dunkerken daer naer ghevolcht, ende voorts 
sindts diversche accidcnten t' sedert overghccoomen, daermede den vyandt 
syn protTyt ghedaen ende t' volck zoo zeer beroert (t' welc lichtelick hem 



— 311 — 

laet beweghen) dattet zoo haest in aile proviiicien niet en heeft connen 
ghestilt worden, ghelyck men wel soude hebben ghewenscht, het welc 
nochtans (orame te doen dynghen die souden bestaen ende vast zyn) was 
van noode te doen, volghende de privilegen van den lande, ghelyck dat 
syne Hoocheit is bekent, de welcke wilt hoe lancksaem dat de résolution 
van de provincen syn, maer eens glienomen syn vast ende bestendich, 
met andere redenen die sy volghende bunne disoretie wel zullen wcten 
daer toe te vooghen cm te excuseren de voors: lancheit. Biddende zyne 
hoocheit dat hem believe t' zelve int goede te verstaen, ende niet te ver- 
minderen d'affectie die hy te voren heeft betoond te draeghen tôt de be- 
waernesse ende versekertheit van desen landen, rustende van soo grooten 
ghewicht soo tôt verwonderynghe van syne hoocheit als de tranquilliteit 
van geheel Christen rycke. 

» Ende om des te meer met effect te bewyzen den wille ende macht 
die syne hoocheit heeft om dese landen tehelpen tegbens de verdruckyghen 
van den spaenjaerden ende om aile mistrouwen wech te nemen ende oor- 
saecke van calomnieren ande vianden ende hnnne anhanghers, die niet af 
en laeten te saeyen valsche maeren om hetaerme volck te bedrieghen. 

« Dat hy eerst ende vooren al volghende t'ghene hy heeft belooft by . 
den... article van den tractate van Bordeaulx, sal opentlieke den coninck 
van Vranckryke synen heere ende broeder doen verclaeren d'oorloghe 
teghen den coninck van Spaingnien ende onser saecke metter daed ende 
effect doen aennemen om d'oorloghe te voeren teghen den Spaengnaert, dat 
andersints syne compste by ghebrecke van middelen ende sonder alsulcken 
stercken ende aensienelick steunsel om soo grooten last te draeghen teghens 
soo machtich viandt, niet en zoude connen syn voornemen voleynden, ende 
dese landen worden gheruineert. 

Ende sullen de voors. heeren staeten contribneren tôt de lasten van den 
oorloghe volgende het tractaet van Bordeaulx, biddende zyne Hoocheit hem 
daer mede te vrede te willen houden, nemende regard op de beschaedicheyt 
ende verlies van den lande daernaer toeghecomen ; hem behelpen voor 
de reste met middelen ende assistentie van syne voors. Majesteit. 

« Ende soo verder syne hoochfydt beliefde binnen middelen tyde te 



— 312 — 

blyven in Vranckrycke oft biiyteii den lande, dat tôt meerder versekertheit 
van de ghemeente ende omme aile misvertrouwen wech te nomen, sal in 
zyn plaetse stellen om de landen in zyn absentie te goiiverneren, een 
personnaige van qualiteyt, met advis van de staeten, volgbende het breeder 
inhouden van den.... article van den tractaete van Bordeaiilx. 

« Ende tôt noch meerder gerusticheit van de ghemeente suUen syne Hooc- 
heit bidden dat hem believe te gheven de principale staeten van synen legher, 
als generael van den leghere, overste van den voetvolcke, generael van de 
riiyterie ende veldt oversten van den leghere, personnaiges den staeten 
anghenaem, die int particulière den eedt zullen doen aen syne hoocheit 
ghetrouw te syne ende desen lande, sonder yet te attenteren op de selve 
noch op eenigte sterkte, stede ofte plaetse, noch in zaeken van de religie. 

« Ende soo verder syne hoocheit soude begheren haer (e vijjden in 
eenighe stede voor desen lande daertoe bequaeme, dat hy int faict van 
de religie aldaer niet en sal moghen attenteren oft veranderen, maer 
laeten in sulcken staet ghelyck hy die sal vinden ; behoudelik altyt de 
vryheid in zyn hof. 

« Ende alsoo men heeft ghesien dat de desordre toeghecommen in de 
stede van Antwerpen, heeft syn beghinsel ghennnien van de waciite van 
syne hoocheit, die de poorten hebben inghenomen ende de borghers doodt 
gheslaghen, dat syne hoocheit sal believen wesende in dese landen syne 
wacht te maeken van volck van dezen landen soc te voet als te peerde. 

« Dat terstondt naer dat hy ghecommen sal zyn in eenighe stede van 
desen lande, syne hoocheyt sal order stellen op syn huys, daer toe de 
staeten hem sullen gheven de somme van drie hondert duysent ghuldenen, 
ende dat ter tydt toe men sal hebben gheliqiiideert de weerde van de 
domeynen. Welverstaende dat de confiscatien niot en syn in de domeynen 
begrepen, toi dat met ghemeene ad vies anders sal wesen gheordonneert. 
Daerentusschen sullen die worden geadministreert by eenighe ghedepu- 
teerdc van syne hoocheidt ende van de staten ghesaemderhandt ende het 
incommen gheimploieert in zaeken van oorloghe. 

« Enile (l;it liy in aile zaccken raeckcndc dese landen sal ghebruyckcn 



— 313 — 

al zulken raedt als hem by den staeten sal worden ghegheven. Ende in 
ghevalle van aflyvicheit ofte renonciatie van eenighe van den voors. raede, 
dat by de staeten drie sullen ghedenomineert worden daer uyt zyn 
hoocheit der eenen sal kiesen. 

» Dat hy gheenen anderen secreten raedt en salghebruycken, in eenighe 
saecken desen lande angaende. 

» Dat hem ooc sal believen in de selve saecke gheens andere secretaris- 
sen te employeeren dan naturele van den landen, noch te doen ieeckenen, 
depescheren of parapheren dan by de ordinarisse daertoe ghecomniiteert. 

» Van ghelyckcn sal hem believen ordinaerlicke ende als syne ghelegent- 
heyt dat toelaeten sal, te assisteren in den voors. raede, sonder plaetse te 
gheven d'ander raeden dewelcke ghetracteert wesende by de ghene die 
niet wel en kennen de humeuren ende den staet van dese landen , en 
connen anders niet veroorzaecke dan mistronwe, twelck is de waere ver- 
derfenesse van desen lande. 

)> Ende als syne hoocheit sal wesen in Vranckeryke ofte aldus biiyten 
desen landen, dat hy by hem sal houden een ofte twee van den voorseiden 
raede ende een secretaris, om met hen advies te tracteren de extraordina- 
risse zaecken van dese landen die hen daer zouden moghen presenteeren 
voor zyne hoocheit, ende door hen doen maecken de brieilng de voorseide 
landen concernerende. 

» Voorts mits volbrenghende tghene des voorschreven es, sullen de 
voors. ghedepiiteerde, syne hoocheit presenteren aile ootmoedighe onder- 
danicheit ende dienst, ende dat met aile moghelicke middelen de zaecken 
sullen ghehouden werden in zulcken staete, dat men den vyandt noch sal 
connen doen wycken, ende de grootheit van syne hoocheit vermeerdert, 
ende dat de tractaeten te vooren ghemaect ende gheaccordeert met syne 
hoocheit, werde ghemainteneert in aile haere poincten, ghelyck sy bidden 
dat hy van synen weghe ooc wil doen. 

» Ende ten eynde de coninclicke Majcsteyt van Vranckeryke soo veel te 
nieer gheneghen sy om hem te verclaeren viandt van den coninck van 



— 314 — 

Spaingnion endc onse saecke aon te nemon gliclyck syii (ninlicii , Iwci^lk 
es te vreesen dat hy daer toe niet lichtelick en sal te beweghen syn 
alleenlyck in regarde van synen broeder , ten sy dat hy daeraf eenigiie 
vruchten verwacht , ooc vreesende dat soo verder synen l)n)cder qname 
deser wercld te scheiden sonder hoir aleer dese oorloghe ghceyndicht 
waere , dat hy deselve aenghenomen soude hebben teghens een soo 
machtighen prince als is de coninck van Spaingnien , tôt heure groote 
oncosten ende bederf van synen hande , ende dat synen broeder ende hy 
souden blyven ghefrustreert van de successie van desen lande, alsoo 
volghens den tractaete van Bordeaulx , in dien ghevalle de staeten souden 
vermoghen te kiesen sulcken anderen als hem soude believen : 

» Sullen de voors: hunne ghedeputcerde belasten van te vraghen duer 
interccssie van Syne Hoocheit met Syne Majesteit condudcren dat , tuglie- 
valle Syne Hoocheit quaeme te sterven sonder kynderen, dat dese laudeii 
sullen coninien an de croone van Vranckryke, op deselve condilien die 
angegaen syn met Syne Hoocheit. 

M Ghelesen in de vergadcringh van 
de Generaele Staeten den x'w'" 
novembris 1583. 

Nous n'avons pu découvrir quels furent les députés chargés de celte 
nouvelle mission ; toujours est-il que le "ii novembre ils n'étaient pas 
encore partis, car à cette date les États, qui s'étaient réunis à Dordrecht, 
envoyèi'ent en France, le seig'" de la Mouillerie ^ Antoine de Lalaing et 
le docteur Van Asseliers, conseiller et premier secrétaire et audiencier des 
Etats, afin d'annoncer au duc l'arrivée prochaine des ambassadeurs des 
Etats, et de le prier de vouloir, entretemps, intercéder auprès du roi, son 
frère, pour obtenir du secours pour les Pays-Bas et pour défendre (ju'on 
fournisse, de la France , des vivres aux Espagnols. 

Voici l'instruction dont fut chargé le seig'' de la Mouillerie : 

• Antoine de la Laiiijj , scign"" de la Mouillerie , avait iHi' iiiaîtie d'hôtel de rarcliiduc 
M.itlii;iK, cl fut fliariîé iiliisiciirs fois ilc missions diploniatii|ues iiniwirlanics. 



— 315 — 

» Instruction pour Mcssire Antoine de Lalaing, Seig'"" de la 
Mouillerye et Jehan d'Asseliers docteur en droitz, conseiller, premier 
Secrétaire et audiencier du Pays-Bas, qui delà part de Messeigneurs 
lesEstatz, sont envoyez vers Son Alteze en France de ce qu'ilz auront 
illecq adiré et traicter avecq Lad''' Alteze. 

» Avant tout baiseront de leur part, en toute humilité, les mains de Son 
Alteze , avec toute deue révérence et obéyssance. 

» Et excuseront que les députez n'ont seu y venir sitoit comme lesd'«' 
Estatz auroient bien désiré pour les raisons contenues en l'aultre instruc- 
tion des députez, lesquels on reprendra icy, avec aultres qu'ilz seauront 
adjouster 

» Et declaireront que pour entre aultre faire leursd'° excuses , les ont 
illec expressément envolez, ensemlile pour prier très-humblement Son Alteze 
de ne vouloir rien diminuer de la bonne affection que icelle a jusques ores 
démontrée et tant par les lettres que par la bouche du Seig"" d'Esprunaulx 
par sa charge, et assuré de continuer de porter au bien et conservation de 
ce pays; combien qu'ils nedoubtent de cela, puisque ce importe si grande- 
ment à l'accroissement de la Grandeur. 

» Et qu'ilz ont aussy charge de faire entendre à Son Alteze l'Estatz de 
ce pays, l'affection que la pluspart des inhabitans ont de demeurer ses 
humbles et très fidèles serviteurs et subjects ; l'effort que faict l'ennemy 
pour cependant que nous n'avons assistence d'elle du costé de France , et 
combien il importe à sa grandeur et de la couronne de France y en temps 
pourveoir. 

» Que les députez des Estatz ne tarderont beaucoup de venir pour 
ensuyvant ce qu'ilz ont promiz ou traicté de Dendremonde achever ce que 
pourroit rester à conclure estans desia leur instruction dressée et aulcuns 
dénommez sur l'adveu des provinces. 

» Et qu'entretemps ne fauldront d'emploier tous leurs moyens pour main- 
tenir le pays contre les forces de l'ennemy. 

25 XVI 23 



— 316 — 

» Et siipjilicrnnt liion liiimlilcment son Alleze que cependant veuille 
intercéder et tant faire, vers Sa Majesté très chrestienne qu'elle soit dis- 
posée d'embrasser très vivement nostre faict, et peser tellement comme 
cela importe au maintiennement de sa grandeur, et luy déclairer qu'ilz ont 
veu les Estatz et ceulx de ces pays mal disposez pour entrer en la reconci- 
liation avecq Son Alteze, s'il n'est que le Roy se déclaire ouvertement; 
s'asseuraiil qu'aultrement Son Alteze ne jouyrait du fruict désiré, en 
dommageant sa réputation tant en royaulme de France que es Pays-bas, 
et vers touts aultres princes estrangiers; et cest estât se confiant sur icelle 
assistence tomberoit en évidente ruyne estant frustrée d'un si puissant et 
redoutable appuy comme est le Roy de PVance, estant luy seul qui, entre 
les princes chrestiens, peult faire teste à l'Espaignol. 

» Et que pour incommoder à l'Espaignol et ses adberenè, Sa^Majesté 
serait servie tant au regard de Son Alteze que pour le maintiennement 
de sa grandeur, de la couronne de France, clore le passaige de Calais, 
Maisiéres, et aultres vers l'ennemy et ne permectre qu'aulcuns Vivres et 
munitions soient envoyez au pays estans soubz le commandement dud' 
ennemy, soit par ses subjectz ou aultres de quelle nation que ce soit. 

» Et s'il est objecté qu'on envoie de ces pays vivres à l'ennemy, diront 
que, puisque Messeigncurs les Estatz consideroyent que l'ennemy estait 
servy par France, Angleterre et aultres part de vivres et aultres cboses 
nécessaires, ont mieux trouvé de convenir d'en tirant quelque fruict per- 
mectre pour quelque temps jusques a ce que seroit par les princes voisins 
aussy deffendu. 

« Et comme pour niieulx pouvoir empescher que l'ennemy ne soit si 
abondamment pourveu de cboses nécessaires lesquelles luy viennent non 
tant seullement parce qu'on hiy amène en sesportzet passaiges de ces pays 
directement, mais aussy la plusparl des pays, quartiers et villes à liiy 
voisines, par lequel moyen il maintient son arniéegarnison et villes (oultre 
ce que les Estatz sont aprèspour dell'endre généralement le conimeice avecq 
l'ennemy et de ne mander on porter quelques vivres, nuinilions ou aultres 
biens et marcbandises de quelle sorte ou qualité qu'ilz soient au pays par 
luy détenuz) i!z ont aussy cliargé les biens qui vont aud''* villes et places 



— 317 — 

plus proches de quelque droict de eonglé, dont aulcunes appartiennent et 
sont subjectes à sa Majesté. 

• En oultre pourtant qu'ils treuvent par expérience que à cause qu'on 
permet librement de toute sorte dés vivres munitions et matêriaulx duisans 
pour dresser et entretenir armées et bastir des basteaux, envoier vers 
Espaigne et y librement traficquer le roy d'Espaigne pour mectre en pied 
et maintenir ses forces contre les Pays-Bas,, mais aussi par armées dé mer 
forcer les royaulmes plus proches, ce que d'oibt faire doubter les rois et 
princes voisins, puisqu'on scait que le désirer de gouverneur n'est jamais, 
en prince ambitieux rassaisi, que les Seig""* Estatz ont trouvé bon permectre 
la trafique si libre comme elle a esté par cy devant, ains l'accorder tant 
seullement sur charge de payer droits et licences. 

« De quoy ilz advertiront Son Altesse, et luy supplieront que par son 
intercession il veuUetant faire vers sa majesté que lad^* imposition pour ce 
qu'on amène aux villes voisines à l'ennemy et dont il se sert, aussy 
l'empêchement qu'on donne à latraficque d'Espaigne trouver bon, et pour 
aultant que besoin y soit approber, puisque c'est pour nuire nostre ennemi; 
qui est aussy perpétuel émulateur de sa grandeur. 

« Et comme il y a advertence que aukuns auraient de sa Majesté trés- 
chrestienne obtenu, ou pourchasseroient encores d'obtenir représailles ou 
arrestz contre les biens et personnes des subjectz de ces pays, ne respectantz 
l'estatd'icelluy et les grandes charges delà guerre que leur fault supporter 
pour les delTense de leur liberté, vies, femmes et enfants contre l'oppres- 
sion de l'Espaignol, auquel ung chascun plustost leur debvrait donner 
toute assistance qu'avec cette aftiiction y vouloir adjouster une aultre. 

« Supplieront Son Alteze que son bon plaisir soit intercéder vers 
Sad'e Majesté à ce qu'il ne veuille accorder lesdtes représailles ou arrestz, 
et s'il a aulcunes accordées les casser, et advertiront bien particulièrement 
et souvent messeigneurs les Estatz de ce quilz auront besoigné et de 
l.'Estat des affaires illecq. 

« Faict en l'assemblée des Estatz Gènéraulx à Dordrecht le -ay-ïù]" de 
novembre 1583. 



— 318 — 

L'historien \Vagen;i;ir, nous apprend que les déjjutés envoyés en 
France vinrent, au mois d'avril 1584, l'aire aux Etats-Généraux, qui se 
trouvaient alors à Delft, un rapport satisfaisant concernant leur mission. Nous 
ne possédons aux arciiives d'Ypres aucun document concernant le résultat 
de cette embassade, mais nous y trouvons deux lettres, sous la date du 
8 de ce mois de mars, l'une adressée au duc d'Anjou, l'autre au roi de 
Navare, plus tard Heni'i IV. Dans ces deux lettres les États-Généraux 
font connaître combien il est nécessaire de porter secours à la ville 
d'Ypres, assiégée par les Espagnols et qui n'a plus d'autre espoir que 
dans la France. 

Voici ces deux lettres qui ne sont pas des moins intéressantes : 

« Monseigneur. Nous ne scaurions exprimer la joye que nous avons en 
aians entendu que V'''^ Alteze estoit ari'ivée en la cour à Paris auprès le 
Roy son frère, nous asseurent que c'est pour le bien et advanchement des 
affaires de ces pays. Prions au Créateur de donner sa grâce que ceste 
entrevue soit pour une union fraternelle et perpétuelle. A quoy nous 
voulons assister de nos prières, sachant bien combien il vous importe que 
ainsy soit. 

» Nous venons recevoir certaines advertences de Testât de votre pays 
de Flandres et en quel estât les affaires d'illecq se trouvent et espécialcment 
la bonne ville d'Ypres, estant tel que si bieutost ny soit donné le secours 
que convient, que icelluy dutout se vat perdre et icelle ville subjuguée à 
si grand pi'éjudice et cest estât et totale ruine de tant de bons bourgeois. 
Cela nous occasionne, et pour aulti'cs grands respects, de supplier très- 
humblement V'" Alteze en conformité de voz précédentes que icelle soit 
servie secourir lad''' ville d'Ypre avec tous les moiens que V''' Alteze peuct 
avoir à la main, d'aultant ([ue sur ce seul appui lesd'* bourgeois se 
maintiennent ; et si de ceste résolution de V'*' Alteze, ilz poui'roient de par 
elle estre advertiz, cela les encouragerait ; de plus asseurant V'"^ Alteze que 
nous acheminerons les restants affaires tant de Sa Maj"' (pie des nostres 
que n'y obmectrons riens et (pie la conclusion en sera prinse au plus grand 
contentement de V''^ Alteze, tellement que nous espérons fermement que 



— 319 — 

sadt« Majesté et V""" Alteze remectront led' secours sur cette difficulté, 
principalement au regard de ceste nécessité; prians sur ceste confidence. 

» Monseigneur, donner à V'*' Alteze bonne et heureuse vie. De Delft 
le viij" de mars 1584. 

De V-'e Altese , 

j) Très-humbles et très-obéisants serviteurs , 
a Les Estatz-généraulx des provinces unies 
des Pays-Bas. 
Par ordonnance desd'^ Estatz , 

M. DE Hennin. 

(Suscription). 

» A Son Alteze. 

« Sire, 

» Les lettres que le S"" Constans nous at dernièrement apportées nous 
rendent ample tesmoignage de la grande et singulière affection que V'''' 
Majesté a coutume de porter au bien et advanchement de Testât de 
nos affaires, et comme notre debvoir et la raison nous commandent 
correspondre autant qu'en nous est, aussy avons bien voulu advertir 
V'^ Majesté que tascheront par tous moyens à nous possible d'ad- 
vancher la délivrance de Monseigneur le Vicomte de Turaine h présent 
détenu prisonnier de l'ennemy, pour la dévotion qu'il at monstre avoir au 
service de Son Altesse et des pays de pardera ; estans très marris que pour 
la difficulté des chemins et empeschements que l'ennemy donne aux entrées 
et yssues de la ville de Gand , n'avons ceste fois sceu mener la négociation 
dudt S'' Constans à telle fin que luy et nous eussions bien désiré. Toutes- 
ibis prions V""" Majesté vouloir croire et s'asseurer que, non obstant son 
absence, tiendrons tousiours la bonne main, et ne cesserons tant que 
mond' Si" le viscomte puisse par échange ou aultrement estre m is hors 
des prisons à entière liberté et franchise, comme n'avons rien plus à cœur 
que de nous emploier à une œuvre si agréable à Dieu et à V'"'' Majesté 
nous honorer de ses nobles réquisitions et commandemens. Au reste 
recommanderons très humblement à V"' Majesté Testât de ce pays qui es* 
à présent tel qu'il a besoing de la faveur et assistence de ses amys, sin- 



-- 320 — 

gui iérement au. regard de la bonne ville d'Ypres, qui- se trouve en bien 
grande extrémité pour avoir soustenu le siège par l'espace de neuf mois, 
de manière que, si elle n'est promptement secourue, est en certain dangier 
de tomber soubs la tyrannie de l'Espaignol à la grande disréputation de 
Son Alteze, et plus grand descouragement de toutes aultres villes des 
provinces unies. Et d'aultant que nous nous tenons du tout asseuré de 
vostre affection envers nous, n'en ferons icy ultérieure instance, sachans. 
que V"^® Majesté tiendra volontiers la mains vers Son Alteze pour lui faire- 
accélérer ses forces contre notre commun ennemy l'Espaignol, qui par la 
longueur et cessation entrevenus s'advanche de plus en plus au détriment 
de Son Alteze et de cesd^^ pays ,. lesquelz aspirent singulièrement au se- 
cours que Son Alteze leur mande avoir prest par delà ; principalement 
estant la réconciliation avec Son Alteze en telz termes, comme V'' Majesté 
pourra entendre dud' S'' Constans, à la discrétion duquel nous remectans 
finirons ceste avecq noz très humbles recommandations, prians Dieu vouloir 
maintenir yy^ Majesté. 

» Sire, soubz sa sainte et digne garde. Escript à Delft ce viij jour de 

mars 1584. 

n De V"» Majesté. 

» Très humbles et très affectionnez en service, 
les Estatz-généraulx des provinces unies des 
Pays-Bas. 

Par ordonnance des Estatz, 
(Signé) M"" DE HeniNln., 
(Suscription) 
» Au Roy de Navarre. 

Le secours n'arriva pas, et un mois plus tard, le 7 avril, la ville d'Ypres. 
fut obligée de capituler après un siège de près de neuf mois et une résis- 
tance désespérée ! 

Deux mois plus tard, le 10 juin, le Duc lui-même succombaà Château- 
Thierry, à l'âge de trente ans! Il mourut, selon les uns, d'une maladie 
violente causée par ses débauches, selon d'autres, par le poison, et selon 
d'autres encore de chagrin et de dépit de n'avoir pu réussir dans son 
entreprise contre les provinces belges. 



EXTRAIT DES PROCES- VERBAUX 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE. 



— MM. de Sinimbu, membre du sénat brésilien, et Grothe, premier 
secrétaire de la Société historique d'Utrecht, adressent leurs remercîments 
à l'Académie pour leur admission. 

— • Plusieurs compagnies savantes remercient l'Académie de l'envoi de 
ses dernières publications. 

— Madame Hart fait part de la perte cruelle qu'elle vient d'éprouver 
en la personne de son mari, M. Laurent-Joseph Hart, graveur en médailles, 
chevalier des ordres de Wasa de Suède , du nichan-iftihar en brillants de 
Turquie, desSS, Maurice et Lazare de Sardaigne, du Christ de Portugal, 
de St-Sylvestre de Rome et du Lion de Holstein , décoré de la grande 
médaille d'or de mérite de Suéde, membre correspondant de l'Académie 
d'Archéologie de Belgique et de plusieurs académies et sociétés des Beaux- 
Arts , décédé à l'âge de 4-9 ans. 

La mort prématurée de notre excellent confrère M. Hart, l'un des plus 
habiles graveurs de l'époque, affiige profondément les membres de notre 
Académie , qui aimaient et appréciaient ce grand artiste, qui réunissait à 
un admirable talent un noble caractère. 

— L'Académie vient de recevoir les envois suivants : 

1. De la Société des antiquaires de Poitiers, la 3'^ livraison de ses 
Bulletins de 1859. 

2. De la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, le tome troisième 
de ses Mémoires et Documents de l'année 1859, ainsi que le n" 1 de son 
Bulletin de 1800. 



— 322 — 

Tî. De la Société des arts et des sciences de la province du Brabant- 
Septentrional, ses travaux de l'année 1859. * 

•4. J)ii Comité flamand de France, le n" 17 — septembre et octobre 1859 
■ — de son BuUetin. 

5. De l'Académie royale de médecine de Belgique, le n" 12 du tome II et 
le n° 1 du tome 111. 

6. De la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, la 
livraison de ses mémoires et observations de décembre 1859. 

7. De l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de 
Belgique, les n°^ 9 et 10 du tome VIII de son Bulletin. 

8. De la Société des antiquaires de Picardie, le n^ 3 de son Bulletin 
de l'année 1859. 

9. De la Société de médecine d'Anvers, la livraison d'octobre et de 
novembre 1859 de ses Annales. 

10. De la Société littéraire de Louvain — Tael- en Letterlievend 
Genootschap , — le rapport de sa situation et de ses travaux pendant 
1858-1859. 

11. Delà Société historiqueet archéologique deWestphalie, lelO'' volume 
de son recueil intitulé : Zeitschrift fiir Vaierlândische Geschichte nnd 
Alterlhumskunde, rédigé sous la direction de MM. le docteur Giefers et 
l'assesseur Geisberg. 

12. De la Société de médecine de Gand, les livraisons de novembre et 
décembre 1859 de ses Annales. 

13. De la Société archéologique de Béziers, la 2'' livraison du tome 1" 
de son Bulletin. 

iA. De la Société archéologique de Namur, la S*' livraison du tome VI 
de ses Annales. 

15. De la Société française d'archéologie pour la conservation des mo- 
numents historiques, le volume de la XXV" session du congrès archéologique 
de France; année 1859. 

16. De M. le baron de Stein d'Altenstein, membre de l'Académie, ses 
deux Annuaires de la noblesse de Belgique des années 1858 et 1859. 

17. De M. le président de l'Académie, VAlmanach de Gotha de l'année 
1800. 

18. De M. le chevalier Camille de Boi-reman, membre de plusieurs 



— 323 — 

sociétés savantes à Liège, sa Notice sur les fiefs et les seiynenrs de lU'iini 
et (le Momheeck. 

19. Du journal de l'imprimerie et de la librairie en Belgique, lesn^^ 11 
et t2 de 1850. 

20. Du bibliophile Belge, le 5*= et le 6" cahier du tome XV de son 
Bulletin. 

2t. Du B. Père Terwecoren, les livraisons du 15 novembre et du 1 et 
du 15 décembre 1859, ainsi que le 1^ n° de janvier 18G0du recueil 
intitulé : Collection de précis historiques. 

22. De M. Théophile Lejeane, membre correspondant, sa Notice sur 
l'ancienne ahhaije de Lobhes. — Extrait des Annales du cercle archéologique 
de Mons. 

23. Du même, une Notice sur le village de Braije. — Extrait des 
Annales du cercle archéologique de Mons. 

24. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire, la 31*^ livraison 
— ■ janvier 1858 — de son recueil intitulé : Des souvenirs. 

25. De M. Le Grand, membre effectif, sa traduction française de l'ouvrage 
du professeur Stein sous le titre de : La constitution de la commune en 
France. 

26. De M. l'abbé Corblet, membre correspondant à Amiens, les n°^ 11 
et 12 de 1859 de sa Revue de l'art chrétien. ' 

27. Du même, une brochure intitulée: L'architecture du moyen-âqe, 
jugée par les écrivains des deux derniers siècles. 

28. De M. Broeckx, archiviste-bibliothécaire de l'Académie, sa Notice 
sur les médecins poètes. 

29. Du même, sa Notice sur Josse de Harchies, médecin théologien 
montois au XVI*^ siècle. 

30. Du même, sa brochure intitulée : Notes sur le choléra-morbus 
asiatique. 

31. De M. Boucher de Perthes, membre correspondant à Abbeville, 
divers n^^ du Pilotte — journal de la Somme et de l'arrondissement 
d'Abbeville — dans lesquels se trouvent plusieurs de ses intéressants 
travaux archéologiques, géologiques et paléontologiques. 

3 s XVI -24 



SUITE AU TABLEAU GENERAL 

DES 

MEMBRES DE L'ACADÉMIE. 

3e Vice-Birésident : 

"Sm. DIECERICK (le professeur J. L. A.) ' ^ 

Secrétaire j»er|»ét«el : 

VAN DER IIEYDEN (Nicolas Jean.) 

OililiotlBécaire-adjoiiit t 

MAERTENS (le prul'esscur Euolakd.) 

Mentbrcs eorres|ioiidaiits : 

ROlUîEMAN (le chevalier Camille de), meinljre de la snciélé libre d'éiniilation et 
dcrinslitut arcliéologiijue de Liège, membre correspondant dt; la société 
scieiitiiique et littéraire du Limbourg, etc. 

(iliOTIIE (.].), premier secrétaire de la société historique d'Utreclit, etc. 

Iflenihre laonoraire : 

SEIBERTZ (JeaN'-Suibert), docteur en pliilosopliie, conseiller ;iu tribinial à 
Ariisberg, chevalier de Tordre royal de r.Vigle rouge de l'russe, nieniliir 
de l'association historique et archéologique de Westphalie, correspon- 
dant de l'académie royale des sciences de Munich et de phisiciu'S autres 
SDcii'tés savantes. 

SlNIMltU ilo sriialenr .loAs Lins ViEiUA Eansvnsm) dc|, ministi'c de ri-nipcrenr 
du r.résil, etc., etc. à Rio-.laneiro. 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES 



coiileoues dans le 16' volimie des Annales de rAcadéraie d'Archéolode 



de Belgique. 



5^3S^ 



Notice hisloriqiie sur le village de Vinderhoute (Flandre-orientale), ses 
droits féodaux et ses légendes; par M. Jules Huyttens, membre 

effectif de l'Académie page 5 

Rapport fait par M. Diegerick, membre de l'Académie, sur la Notice 

qui précède » 3i 

Extrait d'un ancien Ordinaire , qui prescrit les Ornements , Reliquaires, 
Draperies, Vêtements, et autres objets du culte dont on doit se servir 
pour toutes les fêtes de l'année , dans une église au XVIe siècle , par 

M. Alexandre Schaepkens, membre correspondant » 36 

Notice sur les Négociations qui ont eu lieu entre les Etats-Généraux et 
le duc d'Anjou, après la tentative de ce prince pour surprendre Anvers 
(1585. — Janvier à Avril); par M. I. L. A. Diegerick, membre 

effectif de l'Académie (Suife) » il 

La mort d'un bon Roi « 73 

La mort du Président d'honneur de l'Académie » 78 

Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie .... » 79 

Supplément du tableau général des membres de l'Académie » 91 

Guillan)ne de la Marck , seigneur de Lumey, amiral de la flotte et 
gouverneur de Hollande sous Guillaume de Nassau, prince d'Orange, 
(1566-1578), par M. Ed. Maertens, membre effectif de l'Académie. . . » 93 
Communications de M. le baron de Ficrlant , membre correspondant de 

l'Académie « 127 

Famille de le Bidart de Thumaide et le chevalier Alphonse-Ferdinand 

de le Bidart de Tlmmaide; publiciste, etc., par E. De Glatigni » 137 

Mon séjour à Florence. — Souvenirs historiques par Ch. Van den Nest, 

prêtre, conseiller de l'Académie. (Suite, voir p. 240, XV^ volume.) » 147 

Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie » 1 58 

Suite au tableau içéiiéral des membres de l'Académie » 163 



— 326 — 

De rinfliience de la religion sur TEmploi des mains, par P. Lansens , 

membre correspondant de l'Académie page 165 

Une ancienne Crypte Romane, par M. Alex. Schaepkens, membre 
correspondant de l'Académie, chevalier de Tordre de la Couronne de 

de Chêne , etc » 201 

Curiosités généalogiques, par F.-V. Goethals, conseiller de l'Académie. » 207 

Choix d'épitaphes et d'inscriptions commémoratives sur monuments, 

dalles et pierres funéraires en l'église paroissiale de St. -Paul , 

ancienne église conventuelle des Dominicains, à Anvers ; copiées 

sur place avec annotations; communiquées par M. Barthélémy De 

Proost , architecte , membre effectif de l'Académie » 223 

Kxtraii des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie ' » 230 

Supplément au tableau général des membres de l'Académie » 234 

Notice sur l'ancien Comté d'Everghem, par J. Huy tiens, membre 

effectif de l'Académie *» 235 

Notice sur le frère Abraham de l'Abbaye d'Orval et les tableaux qui lui 
sont attribués, parle docteur A. Namiir, Professeur-Bibliothécaire 

à Luxembourg ; membre correspondant de l'Académie » 254 

Notice sur les négociations, qui ont eu lieu entre les États- Généraux 
et le duc d'Anjou, après la tentative de ce prince pour surprendre 
Anvers (1583-1584); par M. I. L. A. Diegerick, membre effectif de 

l'Académie. (Suite et fin.) » 289 

Extrait des procès-verbaux et de la correspondance de l'Académie » 321 

Suite au tableau général des membres de l'Académie » 324 



-c>Ca>S)«>/30- 



ERRATA. 

Page 255 , 32" hgne , lisez : Fancheur , au lifu de Traiiclieur 
Page 256, 23^ ligne, lisez: Daman, au lieu de Damon. 



ANNALES 

DE L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE DE BELGIQUE. 



ANNALES 



L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 



BELGIQUE. 



TOME DIX-SEPTIEME. 



ANVERS, 

IMPRIMERIE J.-E. BUSCHMANN , RUE DES ISRAÉLITES , 

(Imprimeur de l'Académie d'Archéologie de Belgique), 

1860. 



RÈGLEMENT 

DE 

L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 

DE BELGIQUE, 

FONDÉE LE 4 OCTOBRE 1842.* 

But de r Académie. 

Art. ler. — L'Académie est consacrée à l'archéologie, à la 
numismatique et à l'art héraldique. Elle s'occupe de propager les 
connaissances qui se rapportent à ces trois branches scientifiques; 
de rechercher tous les monuments de la Belgique, et de créer une 
bibliothèqiie, un salon d'antiquités, armures, médailles, manus- 
crits, archives, copies de monuments, ouvrages héraldiques, 
documents authentiques à l'usage des familles, etc. Elle s'engage 
à fournir des renseignements et à donner des avis sur tout ce qui 
concerne le but de ses travaux. — Son siège est présentement 
établi à Anvers. 

Composition.* 

Art. 2. — L'Académie se compose d'un nombre illimité de 
membres effectifs, de membres correspondants et de membres 
honoraires. 

' L'Académie a décide d'insérer dans ses Annales son Règlement, dont l'édition, 
publiée en 1813, est épuisée. 



— 6 — 

Art. 3. — Les membres effectifs doivent être domiciliés en 
Belgique. C'est parmi eux seuls que l'on peut choisir les officiers 
et les fonctionnaires de l'Académie. 

Art. 4-. — Tout membre qui cesse d'habiter la Belgique est 
inscrit au nombre des membres correspondants ; mais s'il reprend 
son domicile en Belgique, il redevient membre effectif, à moins 
qu'il n'ait été nommé membre honoraire. 

Art. 5. — Les memlires correspondants sont choisis parmi 
les savants qui possèdent des connaissances spéciales dans l'archéo- 
logie, dans la numismatique ou dans l'art héraldique^ et dont le 
concours peut être utile à l'Académie. 

Art. 6. — Les membres honoraires sont choisis parmi les 
personnes les plus élevées en rang, et qui, par leur haute position 
sociale, peuvent rendre des services à l'Académie; parmi celles 
qui ont acquis, par leur mérite, de nombreux titres à la considé- 
ration publique; parmi celles dont le nom rappelle de beaux 
souvenirs et honore le pays; parmi celles enfin auxquelles l'Aca- 
démie veut donner une marque de sa haute estime. Elle peut, 
dans des cas extraordinaires, conférer même, comme un hom- 
mage particulier, le titre de président d'honneur. 

Art. 7. — Le président d'honneur, quoiqu'il fasse partie des 
membres honoraires, jouit non-seulement des mêmes droits que 
les membres elFectifs, mais il a la préséance sur tous les membres, 
et est appelé à présider les séances auxquelles il se présente. 

Art. 8. — Les membres correspondants et honoraires sont 
exempts de toute cotisation; ils peuvent assister à toutes les 
séances, mais n'ont que voix consultative. 



— 7 — 

Art. 9. — Tout membre effectif, correspondant ou honoraire, 
qui publie un écrit quelconque, est tenu d'en déposer un exemplaire 
à la bibliothèque de l'Académie. 

Art. 10, — Tous les membres indistinctement qui appar- 
tiennent à la noblesse, sont priés de faire parvenir au secrétariat 
une copie coloriée sur parchemin de leurs armoiries respectives et 
des notices généalogiques sur leurs familles , pour être conservées 
dans le archives de l'Académie, afin de pouvoir former un dépôt 
héraldique, destiné à la conservation des titres de famille. Dans le 
même but, elle invite toutes les personnes nobles du royaume à 
lui transmettre les documents généalogiques qui les concernent. 

Art. 11 . — Tous les dons faits à l'Académie par ses membres, 
ainsi que par d'autres personnes, seront inscrits et honorablement 
mentionnés dans des registres spécialement destinés à cet effet. Le 
nom du donateur sera cité, s'il n'exprime pas le désir de garder 
l'anonyme. 

Art. 12. — Chaque membre effectif, admis après la fondation 
de l'Académie , verse entre les mains du trésorier une somme de 
vingt francs pour frais de réception et de diplôme, et une cotisation 
annuelle de la même somme, payable par semestre. 

Art. 13. — Le membre effectif, désigné dans l'article précé- 
dent, est considéré comme démissionnaire s'il se refuse à payer sa 
rétribution. 

Art. 1-4. — Le membre qui cesse de faire partie de l'Académie 
perd tous les droits que son titre d'Académicien lui confère. 

Art. 15. — Tous les membres effectifs, correspondants et 
honoraires sont invités à faire à l'Académie les propositions ou les 



communications qui leur paraîtraient intéresser celle-ci. Ces pro- 
positions ou ces communications sont soumises au Conseil d'admi- 
nistration , chargé de les examiner et d'en donner son avis à 
l'assemblée L^énérale. 

Art. 1G. — Tous les membres ont indistinctement le droit de 
consulter l'Académie sur ce qui concerne l'objet de ses travaux et 
de ses recherches, et de lui demander tous les renseignements 
qu'elle est à même de donner. Ces renseignements sont fournis 
gratuitement, sauf le remboursement des frais qu'elle aurait à faire 
pour copies d'actes, de manuscrits, d'armoiries ou autrement. 

Art. 17. — Toute personne qui a contribué à enrichir la 
bibliothèque ou le salon de l'Académie, acquiert, quoiqu'elle soit 
étrangère à celle-ci, le droit spécifié à l'article précédent. 

Art. 18. — Toute personne qui désire être admise à l'Académie 
doit se faire présenter par un membre, ou bien s'adresser par 
lettre au Conseil d'administration, en appuyant son désir de ses 
titres à l'admission. Le Conseil, chargé en premier lieu de l'examen 
des demandes d'admission, les soumettra à l'assemblée générale. 

L'assemblée générale, après avoir entendu le rapport et l'avis 
du Conseil d'administration sur la présentation du candidat, décide 
au scrutin secret si celui-ci est admis. L'admission a lieu à la 
majoritéabsoluedesvoix. Le candidat auquel le ballotage n'a pas été 
favorable, ne peut être de nouveau présenté qu'au bout de trois ans. 

Aut, 19. — Chaque membre nouvellement admis reroit son 
diplôme et un exemplaire du règlement. 

Art. 20. — Tout membre qui s'est chargé de faire un rapport, 
doit le présenter dans la séance fixée à cet effet, sinon il encourt 



— 9 — 

une amende de trois francs. S'il présente des excuses, elles sont 
jugées par le Conseil d'administration; qu'elles soient admises ou 
non , le rapport doit être fait, à moins d'empêchement légitime, 
dans la séance suivante, sous peine de la même amende. 

S'il a été arrêté que le rapport doit être fait par écrit, il sera 
signé par chaque commissaire-rapporteur, et adressé au Conseil 
d'administration. 

Art. 21. — L'exclusion a lieu pour toute action contraire à 
l'honneur ; mais elle ne pourra être prononcée avant que le membre 
dont on propose le renvoi , ait été interpellé par le Conseil 
d'administration : s'il présente des moyens de défense, il en est 
donné lecture en assemblée générale, et le président nomme une 
commission pour les examiner. Ce n'est qu'après avoir entendu le 
rapport de cette commission , qu'on peut passer au scrutin dans 
une assemblée générale suivante, spécialement convoquée ad hoc; 
et pour que l'exclusion puisse avoir lieu , il faut une majorité des 
deux tiers des votes. 

lïe!^ oITiviei'S et de leurs fasietioai!^. 

Art. 22. — L'Académie est administrée par un Conseil de 
dix-sept membres , appelé Co?2S(;/7 d'adminislratmi, et composé 
d'un président, d'un vice-président, d'un secrétaire-perpétuel, 
d'un trésorier, d'un bibliothécaire-archiviste, etde douze conseillers; 
ces derniers sont exempts de toute cotisation. Celui des conseillers 
qui donne sa démission ou celui qui ne peut plus prendre une part 
active aux travaux de l'Académie, est remplacé et il prend la 
qualité de membre honoraire. 

Art. 23. — Les membres du Conseil d'administralion , le 



— 10 — 

secrétaire-perpétuel et les conseillers exceptés, qui sont nommés à 
vie, sont élus pour six ans, dans une assemblée générale spéciale- 
ment convoquée pour cet objet, au scrutin secret et à la majorité 
absolue des voix : ils sont rééligibles. Les membres, non nommés 
à vie, appartenant au Conseil au moment de l'adoption du présent 
règlement, continueront leurs fonctions pendant le même espace 
de temps. 

Art. 24. — Sont considérés comme démissionnaires, sans 
cesser de faire partie de l'Académie , les membres du Conseil d'ad- 
ministration qui, pendant un an, et sans motif fondé, ont négligé 
de remplir leurs fonctions. Il est pourvu à leur remplacement dans 
le plus court délai, et pour le temps qui reste à courir de la durée 
de leurs charges. 

Art. 25. — Si, pendant la durée de ses fonctions, un membre 
du Conseil d'administration meurt, quitte la Belgique, donne sa 
démission ou se trouve empêché de remplir ses dites fonctions, il 
est remplacé de la manière indiquée à l'art. 23, et pour le temps 
que son prédécesseur avait encore à rester en fonction. 

Un Président et dti Vice-Président. 

Art. 26. — Le président a la police de l'assemblée, maintient 
l'ordre dans les délibérations, désigne les membres des commissions, 
des députations, et convoque extraordinairement le Conseil ou toute 
l'Académie quand les circonstances l'exigent. 

Tout membre qui veut prendre la parole, la demande au présideni, 
qui l'accorde ou la refuse. 

Le présideni propose les (juestions à traiter dans chaque séance, 
recueille les suffrages et en proclame le résultat. Il a seul le droit 



— Il - 

de mettre en délibération une proposition faite en séance. Il ne 
peut s'en dispenser lorsqu'elle est appuyée par deux membres; 
mais s'il le juge à propos , il renvoie la délibération à la séance 
ordinaire suivante, ou propose une autre époque. Il a double vote 
en cas de parlasse des voix. Il sig'ue les diplômes, les procès- 
verbaux et tous les autres actes de l'Académie. Il est de droit 
membre de toutes les commissions et les députations. 

Art. 27. — Le vice-président seconde et supplée le président 
en son absence, dans toutes ses fonctions. 

Art. 28. — Si le président et le vice-président ne sont pas 
présents aux séances, les plus âgé des conseillers occupe le fauteuil. 

Du Secrétaire-Peppétuel. 

Art. 29. — Le secrétaire est tenu d'assister à toutes les 
séances; il rédige et lit les procès-verbaux, tient la correspondance 
et en rend compte à l'Académie ; il appose le sceau sur tous les 
objets qu'il reçoit, prépare les ordres du jour avec le président, 
expose dans chaque séance tout ce qui s'est passé depuis la der- 
nière, fait les dépenses ordinaires et dirige l'impression des mémoires 
et des autres écrits que l'Académie publie. Il signe avec le pré- 
sident les diplômes et tous les actes de l'Académie. Il fait au nom 
de l'Académie toutes les convocations. Il est tenu d'énoncer dans les 
billets de convocation les motifs de la réunion. Ces billets doivent 
être distribués huit jours avant la séance. 

Il rédige le rapport annuel des travaux de l'Académie. Il est de 
droit membre de toutes les commissions. 

Il transcrit dans des registres différents les procès-verbaux des 
assemblées générales et des séances du Conseil d'administration. Il 



- 12 — 

dresse doux tableaux des membres effectifs, correspondants et hono- 
raires ; l'un par ordre alphabétique et l'autre selon l'ordre de leur 
réception. Il enregistre Ions les dons qui sont faits à l'Académie. 

Il soumet à celle-ci dans sa dernière assemblée générale de l'an- 
née, le tableau de tous les membres elfectifs, correspondants et 
honoraires, à l'effet de pouvoir l'arrêter et publier. 

Il est chargé de surveiller l'acquisition des livres ou autres objets; 
mais il ne peut à cet égard rien dépenser sans y être autorisé. 

Le procès-verbal de chaque séance est dressé par le secrétaire , 
il est daté et doit faire mention des membres présents, de l'objet de 
la réunion, des délibérations prises, des communications écrites ou 
verbales, de la correspondance en général, des présentations de 
candidats, des rapports, etc. Après avoir été adopté dans la séance 
suivante, le procès-verbal est transcrit dans le registre etsi^iépar 
le président. 

Art. 30. — A l'ouverture de la séance, le secrétaire donne 
lecture du procès-verbal de la séance précédente, et des dispositions 
réglementaires relatives à l'objet de la réunion. 

Art. 31 . — L'Académie peut nommer un secrétaire-adjoint, 
appelé à aider le secrétaire-perpétuel dans toutes ses fonctions et 
à le remplacer pendant son absence. L'élection du secrétaire-adjoint 
se fait comme celle des autres membres du Conseil d'administration, 
et la durée de ses fonctions est de six ans. Il est rééligible. 

Art. 32. — Lorsque le secrétaire ne se trouve pas à la séance, 
il est remplacé, pendant cette séance, à défaut d'un secrétaire-ad- 
joint, par le plus jeune des conseillers présents. 

D» Trésorier. 

Art. 33. — Le trésorier est chargé des recettes et des dé- 



— 13 — 

penses : il doit prendre toutes les mesures propres à assurer les 
droits tinanciers de rAeadémie. 11 fait entrer, pendant le premier 
trimestre, la cotisation de chaque membre effectif, dont le secrétaire 
est tenu de lui donner la note. 11 reçoit également du secrétaire 
les diplômes des membres effectifs nouvellement admis. Ces 
diplômes ne sont expédiés ou remis que contre la somme de vingt 
francs. 

Il doit inscrire toutes les recettes et toutes les dépenses par ordre 
de date, dans un registre coté et paraphé par le président. Il re- 
met au secrétaire les sommes qu'exigent les dépenses ordinaires, 
qui sont les frais du bureau et ceux qui sont autorisés par l'as- 
semblée générale. 

Il effectue le payement sur ordonnance du Conseil d'administra- 
tion, signé par le président et le secrétaire. 

Il fait connaître au Conseil, à la fin de l'année, les noms des 
membres effectifs qui n'auraient pas acquitté leur cotisation. 

Il est tenu de produire les pièces justificatives pour toutes les 
dépenses. 

Il fait connaître l'état de la caisse chaque fois que le Conseil le 
demande. 

Il rend les comptes à la fin de l'année. Sa comptabilité est 
vérifiée par le Conseil, qui la soumet à l'examen de l'assemblée 
générale. 

Du Bibliotliécaire-archiviste. 

Art. 34. — Le Bibliothécaire-archiviste est chargé du dépôt 
des livres, des manuscrits, des médailles, des armures et de tout 
ce qui appartient à l'Académie. Il en est responsable, il en tient un 
catalogue, veille à leur conservation et en présente un état de 
situation à la dernière assemblée générale de l'année. 



— 14 — 

Art. 35. — Il no pont faire anoune dépense sans y èlrc anlo- 
risé par l'Académie. 

Art. 36. — Aucun objet faisant partie de la bibliothèque, du 
musée ou des archives ne peut être prêté qu'après six mois de 
dépôt et pour plus de quinze jours, ni à d'autres personnes qu'aux 
membres qui habitent le lieu ou siège de l'Académie. 

Art. 37. — Si l'emprunteur a détérioré ou perdu quelque 
objet, le bibliothécaire-archiviste en fait part au Conseil. L'em- 
prunteur en est responsable. 

Dii^liositioii!^ divei*!ies. * 

Art. 38. — Les séances du Conseil d'administration ont lieu 
tous les mois. Tous les membres effectifs, correspondants et hono- 
raires ont le droit d'assister à ces séances ; cependant les membres 
seuls du Conseil y sont convoqués. 

Art. 39. — L'Académie tient tous les six mois une assemblée 
générale, à laquelle sont convoqués indistinctement tous les mem- 
bres qui habitent la Belgique. Une assemblée solennelle et publi- 
que auia lien, tous les trois ans, le jour de la fondation de 
l'Académie. 

Art. 4-0. — Tous les ans l'xVcadémie publie un résumé de ses 
travaux et la liste de ses membres. Un exemplaire de cette publi- 
cation est envoyé à chaque membre. 

Art. 4-L — Tous les trois ans, ou plus tôt, si l'Académie 
l'arrête, elle publie un volume d'actes et de mémoires, dont chaque 
membre effectif reroit un exemplaire gratuitement. 



— 15 — 

Art. 4-2. — Les diplômes de l'Académie sont signés par le 
président, le trésorier et le secrétaire-perpétuel, et portent le 
sceau de l'Académie. 

Art. 43. — Le président a seul le droit d'admettre aux séances 
générales les étrangers qui en feraient la demande ou qui seraient 
présentés par des membres. 

Art. 4-4. — Dans toutes les séances, et quels que soient le 
mode et l'objet du vote, à l'exception du scrutin secret pour les 
admissions et des autorisations pour les dépenses extraordinaires, 
qui exigent une majorité des deux tiers des suffrages, les décisions 
sont prises à la majorité absolue des voix. 

Art. 45. — Il sutïit dans une délibération quelconque que le 
scrutin soit demandé par un seul membre, pour que le président 
fasse voter suivant ce mode. 

Art. 46. — Tous les envois de lettres, de livres ou d'autres 
objets doivent parvenir franco. 

Art. 47. — Le présent règlement ne peut être changé ni 
modifié qu'avec l'assentiment des deux tiers des membres effectifs 
sur la proposition du Conseil d'administration ou d'un tiers des 
membres, qu'après avoir été adopté et suivi pendant un an, et 
que lorsque la nécessité de quelque changement sera prouvée. 

Art. 48. — Lorsqu'il s'agira d'apporter au règlement des 
changements ou modifications, ils devront être présentés en 
assemblée générale, et ne pourront être arrêtés définitivement 
que dans l'assemblée générale suivante, à laquelle tous les membres 
effectifs auront été convoqués trois mois d'avance. 



16 — 



Délilicré et adopté par l'Académie dans sa séance du 10 Jan- 
vier 1813, sons l'approljation de 



Le Vice-Président, 
Du Mont. 

Le Trésorier, 
André Van Hasselt. 

Le Bibliothécaire- Archiviste, 
Henri Mertens. 



Le Président, 
Vicomte de Kerckhove 

dil VAN DEK VARENT. 

Le Secrétaire-Perpétuel, 
Fpîlix Bogaerts. 



Les Conseillers 



Baron Jules de Saint-Genois, 

Conservateur des Archives de la Flandre-Occidentale. 

Ernest Buschmann, 

Professeur d'Histoire à l'Académie des Beaux-Arts. 



De Ram* 

Recteur de l'Université catholique. 

N. De Keyser, 

Peintre d'Histoire. 



Comte de Kerckhove d'Exaerde, 

Ancien Membre de l'Ordre équestre de la Flandre-Orientale. 



A. G. B. SCHAYES, 

attaché aux Archives du Royaume. 

OcT. Delepierre, 

Conservateur des Archives de la Flandre-Occidentale. 



L. POLAIN, 

Conservateur des Archives de la province de Liège. 



LES TAPISSERIES 

DE L'ANCIEN HOTEL D'ESCORNAIX, 

A AUDENARDE, 



M. Ed. VAN DER STRAETEN , 

Memlire correspondant de l'Académie , etc., elc. 

Une description de l'ancien hôtel d'Escornaix, tel qu'il se voit 
aujourd'hui, en style de Louis XV, serait, à coup sûr, inopportune 
ici K Mais un coup-d'œil sur les tapisseries de haute lisse qui 
décorent le principal salon de cette belle habitation , peut avoir 
quelque intérêt dans une revue spécialement consacrée à l'archéo- 
logie. Ces tentures forment, du reste, un des plus précieux spécimens 
que l'on connaisse des célèbres manufactures d'Audenarde, et elles 
ont échappé aux investigations minutieuses deAI. VanCauwenberghe, 
qui a publié, dans cette revue même, un travail fort curieux sur 
les anciennes fabriques de tapisseries de sa ville natale. 

Bien qu'en apparence plus anciennes que les murs auxquelles 
elles servent d'ornement, les tentures, dont il est question ici, 

' Cet. hôtel forme actuellement une des plus vastes et des plus splendides 
habitations de la ville. 11 porta jadis diverses dénominations éphémères, prove- 
nant du séjour momentané qu'y firent plusieurs membres des familles alliées de 
Luxembourg, d'Egmont et de Berlaiinont. L'appellation d'Hôtel d'Escornaix 
prévalut , à cause de la résidence prolongée qu'y linrent les comtes de Lalaiiig , 
seigneurs d'Escornaix. Cet hôtel appartient aujourd'hui à M. Vanderstraeten- 
Versmessen. 

25 XVII 2 



— 18 — 

appartiennent, selon nous, à la première moitié du XYllIe siècle. 
Elles ne peuvent pas être antérieures au règne de Louis XV, vu 
que les ornementations architecturales et les costumes qui y 
fîc^urent, sont absolument contemporains de ce monarque. L'un ou 
l'autre dignitaire établi dans l'hôtel d'Escornaix, après la prise 
d'Audenarde en 1745, les aura reçues du magistrat, à son entrée 
en fondions, car en mainte circonstance semblable, de magnitîques 
présents de ce genre, s'élévant parfois à plus de deux mille livres 
parisis, ont été donnés par l'autorité communale. 

C'est ce qui explique leur supériorité sur les tentures qui ont 
été faites pour de simples particuliers, sur celles, par exemple, 
que l'on conserve chez M. le notaire Liefmans, ou chez la veuve 
De Vos, rue d'Eyne. Ces deux tentures, y comprises celles qui 
ornent un des salons de l'hôpital Notre-Dame ^, à Audenarde, 
sont peu faites pour justifier la haute renommée dont cet art a joui, 
et jouit encore, auprès les principales nations de l'Europe. Impos- 
sible de rien voir de plus terne comme coloris, de plus incorrect 
comme dessin, et de plus insignifiant comme sujet. Les tentures 
de l'ancien hôtel d'Escornaix, au contraire, sont remarquable- 
ment belles sous ces trois rapports. 

Elles forment quatre pièces, d'une dimension différente, repré- 
sentant des groupes d'hommes et de femmes de la haute société, 
s'ébattant au milieu de jardins d'agrément, où apparaissent au 
loin des châteaux ornés de parterres riants et de jets d'eau perdus 
dans des fonds blancs ou des perspectives azurées. Ici, on cueille 
des raisins, des fleurs; là, on pince de la guitare, on chante; 

' Les comptes de Fliôiiital Notre-Dame ne nous fournissent aucun renseigne- 
ment sur l'ac(juisition do ces tapisseries. Elles proviennent apparemment de l'une 
ou l'autre récipiendaire de la communauté religieuse qui desservait rélablissement. 



— 19 — 



ailleurs, on vide gaîmenl la bouteille veniieille. Oref, voilà (jiiafre 
tableaux que ne désavoueraient point Tbornpson el Sl.-Laniber!, ces 
peintres de la nature embellie, qui ont imité d' qu'i Ivide a fait d:ins 
sa description de la vallée de Tempe; Homère dans les jardins 
d'Alcinoûs; l'Arioste dans l'île d'Alcine; le Tasse dans l'île 
d'Armide^; }Jilton, mieux qu'eux tous, dans la description du 
jardin d'Eden. 

Leur hauteur commune est de :2,80m; leur largeur est : pour 
la première, 5,10"i; pour la deuxième, 3,4.0m; pour la troisième 
et la quatrième, 2,55m chaque. Reste une petite pièce fort étroite 
qui g-arnit l'intervalle ou trumeau entre la cheminée et la porte 
d'entrée. Leur bordure est des plus élégantes et des plus gracieuses. 
L'ensemble de ces quatre tableaux de laine cl de soie, pourrait 
s'appeler : Délices de la rie champêtre. Il tant beaucoup de bonne 
volonté pour y reconnaître une image des quatre saisons, comme 
le veut la tradition. Il est vrai que les anciens tapissiers, ou plutôt 
leurs dessinateurs , faisaient souvent contraster les sujets les moins 
susceptibles d'opposition. Parfois, en été, vous vous trouvez au 
milieu des neiges; en hiver, au milieu de la verdure, des tleurs. 
Nous en avons une preuve au sujet de la troisième pièce en ques- 
tion, laquelle est censée figurer l'hiver; mais quel hiver! Un 
vieillard est assis, en plein air, auprès d'un calorifère à trépied, 
non loin d'une table... Au fond, l'œil se porte sur des jets d'eau 
en plein mouvement et de la verdure plus fraîche que jamais. Il 
fallait, malgré ces licences, peu poétiques du reste, intiniment de 
goût et de talent pour ne pas aboutir à l'absurde, car, il y a en 
toutes choses une logique impitoyable qu'on ne saurait enfreindre 
impunément. A cette époque, il était impossible d'obtenir l'harmo- 
nie convenable des couleurs, et l'art du lajiissier se bornait à l'em- 



20 



ploid'iiii |t('tiliioiiiiiri' lie coiiIcmii's IViuichcs. — i!v l;i, (riiulivs (''carls. 

Le dessinateur ne se faisait aiiriiii smipiile de mÔMinger les 
costumes, en dépit des époques. Un anachronisme ne lui coûtait 
rien. Dans la première pièce de tapiss(Mie, un ancien romain 
coudoie une dame ék\i:^aûle du XVIIK' siècle. Dans la deuxième, 
une de ces dames pince d'une espèce de guitare allemande, ou 
sistre (chitarra tcdescaj, à trois cordes. Or, ce modèle ne fut 
jamais adopté parmi nous, et la g-uitare française, sorte de sistre 
allemand perfectionné se rajiprocliaiit de la i,niitare espagnole, 
était montée de six cordes. Il fallait frapper le regard, éveiller 
l'attention. Sous ce rapport, le tout est si bien entendu, soit Heurs, 
soit arbres, soit costumes, que l'on pardonne volonticis ces quel- 
ques disparates et inexactitudes, non moins que les peccadilles d(; 
perspective et de dessin que l'œil du puriste y découvi'e. Nous 
dirions volontiers de ces magnifiques tentures, ce que M. lîarbier 
de Montault dit des anciennes tapisseries du Vatican, dont plus 
d'une pièce, peut-être, porte les caractères des célèbres fabriques 
d'Audenarde : « Instructives pour l'iconographie, elles ne le sont 
pas moins pour les costumes de l'époque qu'elles reproduisent 
fidèlement, avec toute leur richesse et leur élégance. Le dessin 
est correct, les attitudes sont simples et sans prétention. On 
s'arrête volontiers à les regarder, tant elles ont de charme; *. • 

D'après M. Ach. Jiibinal, les tentures du moyen-âge se fabri- 
quaient ])ar fragments que l'on rapprochait ensuite en les recou- 
sant, tandis que les tentures modernes s'exécutent, dit-il, d'une 
seul(^ pièce ^. Il ne faut pas rennonter au moyen-àge pour ren- 

' Rome chrétienne (Tapisseries), dans les Annales Arcfn'ohf/itiiies do DiDiiON, 
Paris, 1.S.55, T. XV, p. 23i. 

* liecherches sur l'nsuije et l'urit/ine des tapisseries liistoriées, [i. !)0. 

/ 



01 

r^ 1 " 

contrer des tapisseries formées de pièces rapportées : celles qui 
nous occupent ont été confectionnées en partie d'après ce système. 

Aucune de ces pièces n'est endommagée. Des dévasta lions 
furent pourtant commises dans d'autres salons de l'hôtel, en 1795, 
comme l'atteste un procès-verbal du temps. On y voit que deux 
tentures en toile peinte, dont la valeur est généralement appréciée 
aujourd'hui, ont été percées impitoyablement en différents endroits. 
Les tapisseries seules ont été respectées. 

Tous les dictionnaires géographiques, tous les indicateurs et 
guides, toutes les histoires particulières et générales du pays, as- 
signent une renommée exceptionnelle aux anciennes fabriques de 
tapisseries d'Audenarde. Le croirait-on cependant? Dans le cabinet 
des antiquités de cette ville, on conserve quelques modèles et outils 
de tapissiers, mais on n'y voit pas un centimètre de ces tissus 
dont des milliers de pièces ont été fabriqués, pendant quatre siècles. 
Il y a deux ans à peine, la ville eut l'occasion d'acheter une ma- 
gnifique chambre historiée. Un étranger, parisien, dit-on, s'en est 
emparé depuis. C'est de cette tenture qu'il est parlé dans 
V Histoire de Léopold, on sait à quel propos : « A x\udenarde, 
y est-il dit, la salle de l'hôtel-de-ville, où le roi et la reine dijièrent, 
fut tapissée en tapis fabriqués à Audenarde même, et qui rappellent 
le haut degré de prospérité où cette industrie était alors portée ^ • 
C'était un double souvenir. L'occasion était belle : elle ne se re- 
nouvellera plus. Quand les visiteurs du cabinet d'antiquités, qui, 
depuis l'établissement d'une voie ferrée, deviennent de plus en 
plus nombreux, demanderont quelque jour un échantillon des 



' Histoire rh Lrcipold premier . rai îles Belges . Bruxelles, 18;J5, pp. 278 
ol 279. 



réièhres lahriqiies de ta[iisseries d'Audenarde, il faudra furcéiiient 
les enYoy(!r au Louvre ou au Vatican, 

Quant aux modèles, il serait vivement à souhaiter que ceux 
qui s'occupent de recherches sur les tapisseries anciennes, s'atta- 
chassent à étendre leurs investigations aux patrons et aux artistes 
(liii les exécutaient. Non seulement ces renseii-niements seraient 
précieux pour l'histoire de l'art, mais ils nous permettraient d'éva- 
hior imaginairement, les nombreuses tapisseries perdues, et d'as- 
signer une date approximative à celles qui nous ont été conservées. 
Parfois même elles aideraient à constater leur lieu de fabrication. 

M. Lacordaire, dans la troisième édition de sa notiGK3 inté- 
ressante sur les tapisseries des Gobelins, publie un superbe dessin 
de la tapisserie de rinstitution du Saint-Sacrement « pièce donnée, 
dit-il, en 1586, à l'église de Saint-Médéric, par maître Pierre 
Guiche, l'un des curés de cette paroisse, qui y est représenté. » 
Or, dans le registre d'une des anciennes corporations d'Audenarde, 
que nous avons décrit en détail * , figure une aquarelle à peu près 
semblable, datant de 1579. Il est certain que les aquarelles qui 
décorent ce registre, ne sont qu'une réduction d'anciens patrons, 
faite, au prix de quelques sous, par un peintre attaché aux 
manufactures d'Audenarde, à une époque calamiteuse qui força 
les tapissiers à fermer leurs ateliers. Ces contrastes heurtés, 
l'emploi exclusif des couleurs franches, la sobriété calculée des 
nuances intermédiaires, ne laissent aucun doute à cet égard. Voilà 
donc les manufactures d'Audenarde se trouvant reproduire, presqu'à 
la même date, un sujet identique, pour les détails et l'ordonnance, 
à celui que fournit une fabrique de France, supposé que la tenture 

* Mc.ssa(jer de->> .Scieitas histmiqurs . aiiiice 1S54, p. 446. 



— 23 — 

décrite par M. Lacordaire provienne de ce pays. Les réflexions 
se présentent en fouie. Nous n'en ferons qu'une seule, en termi- 
nant : c'est que les manufactures d'Audenarde rivalisèrent long- 
temps, si elles ne les surpassèrent pas, avec les plus célèbres ateliers 
de la France, non-seulement pour la perfection matérielle de leurs 
produits, mais pour l'importance et la beauté des sujets qu'elles 
représentaient sur ta laine et la soie. 



RECHERCHES 



SUR 



LES REJOUISSANCES 

AUXQUELLKS LA RENTRÉE DES RÉCOLTES DONNAIT LIEU DANS LES 
ILES BRITANNIQUES ; 



M. Émilien DE WAEL , 

Membre correspondant de l'Académie d'Archéolojcie de Belgique , de la Société 
d'Horticulture de Mussachusetls , de l'Iustilut d'Essex , Conservateur de la 
Société Paléontologique de Belgique. '' 



(^^'CS èri 



t In han-est time, harvest folke, servants arjd ail , 
» Should malie , altogellier , good cheere in llie hall , 
» And fillout the Idack bol of Ideith to tlieir song, 
» Ant let them be merie al harvest time long. 
» Once ended Ihy Harvest, let none be begilde , 
» Please such as did piease thee, man, woman and child. 
1" Thus doing, with ahvay suche helps as they can , 
» Tbou vvinnest the praise of the laliouring man. « 

TussEU, Five poynls of Husbandrie, Atigiist. 

Que des réjouissances à l'époque de la moisson , sont d'une 
coutume fort ancienne, il n'y a aucun doute, et remonter à leur 
orii^nne première est impossible, puisqu'elles se perdent dans le 
vague du temps. 

Macrobe * nous dit que chez les païens , les chefs de famille 
avaient l'habitude de fêter la rentrée de la moisson en commun 
avec ceux qui y avaient mis la main ; mais Bourne ^ croit que 
cette coutume nous vient des Juifs et cite pour autorité Hospinian^, 

' Macrobius, Sntunial (lie prim., cap. 10. 

' IJoCRNE, Antiq.vuhj., cliap. XXXI. 

' HusPlNlAN , de oriij. fcsl. jud. stukius anl. convie, \>. 63. 



— 25 — 



qui prétpnd que c'est d'eux que les payens la prirent, oftVant :i 
leur exemple les premiers fruits aux dieux, à la fin de la moisson. 
Fixer l'époque de l'introduction de cette coutume en Angleterre, 
n'est pas moins difficile. Moresin ' nous dit que les pajtistes 
avaient l'habitude de rapporter chez eux à la tin de la moisson 
des chapelets de blé, qu'ils suspendaient à des potaux, que l'on 
olFrait alors un sacritlce sur l'autel, en si^ne de remercîment pour 
la récolte et que l'on adressait à Dieu des prières pour demander 
du repos, de l'aisance; mais Vacina ou Vacuna (dérivant proba- 
blement de Vacmido pour désigner le repos et l'aisance) était chez 
les anciens le nom de la divinité à laquelle les laboureurs offraient 
leurs ovations à la fin de Ja moisson 2, il nie paraît avec lui qu'il 
y a un fond d'idolâtrie. 

Eugène Aram ^ pense que cette habitude date du temps du 
paganisme, ou tout au moins est une cérémonie judaïque, et 
est par conséquent beaucoup plus ancienne qu'on ne le suppose 
généralement; cette coutume se serait conservée pendant des siècles, 
• Comme une juste expression de la gratitude humaine pour la 
munificence divine . (tel est le sens des paroles de cet homme 
extraordinaire qui a si malheureusement fini). Comme appui à son 
idée que ce serait au moins un rite judaïque, il cite Leviticus ^, 
et il referre à l'hymne à Apollon par Callimachus , pour preuve 
à l'autre hypothèse; observant que les païens commettaient à 
l'occasion de cette fête une méprise assez grande,' en ce qu'ils la 



* Moresin, Papatm, p. 173 in v. (Vacina). 

* MouESiN, Papaius , p. 173 in v. (Vacina). 

' Life ofEut/cne Aram, i>c édition, p. 71; Essay on mell siipper and shouting 
Ihe rhum. 

* Leviticus, XXIII, 39. 



— 26 — 

consacraient à Apollon ou au soleil, seconde et non pas première 
cause, puis il ajoule. cpie du pain et des g^àteaux (cakes), 
faisaient partie des oflVandes hébraïques * et qu'un gâteau (cake) 
mis sur la tête de la victime, complétait les ofilVandes grecques à 
Apollon -. 

Mais Apollon, continue Aram, perdant sa divinité avec les progrès 
du christianisme, les moissonneurs ont jugé à propos de manger 
entre eux ce qui primitivement éiait oftert au dieu ^. D'abord le 
pain et les gâteaux étaient faits de nouvelle farine, mais peu à peu, 
ceci fut moins observé et on tit à la fm indifféremment usage de 
vieille ou de nouvelle farine. 

A quelle époque cette coutume s'est répandue en Angleterre, je 
n'oserais le fixer; cependant tout porte à croire, qu'elle y fut 
introduite par les Romains. En plusieurs endroits une fête à 
l'occasion de la moisson a encore lieu, mais presque partout elle 
a existé, ici c'était sous le nom de Harvest-Home, là Mell siippcr, 
en d'autres Harvest supper, Feast of ùigathcring etc. *. 

' Leviticus, XXIII, 13. 

* Homère , Iliade, L. I. 

' Dans l'île de Sky il est peu (rciulroits où l'on no trouve quelque pierre (rude 
stone), consacrée à Gruagach ou .\\w\\on. {G enlleman, Mar/azine , feb. 1795, 
p. 124, from some réflexions hy tlir Bcik Donald ni queen of kilmir m the isle 
of Skjj.) 

* L'étyinologie de quelques-unes de ces expressions est fort vague et par con- 
séquent plus d'une a été donnée ; Eugène Aram dit que mell pourrait dériver de 
mcal (farine), mais aussi de l'instrument nommé mell, que Ton employait ancien- 
nement pour réduire le blé en farine dans un mortier. — Df Jamieson , Etjimo- 
lof/iral Dirfionanj of Srottish lanf/itai/e. v. (mell), donne au mot mell, celui de 
Company pour synonyme. ■ — D'" Kl.i.is, Observai ions on popular aniif/uelies by John 
Drand , arranyed d; revised willi addilionhy Henri Kllis , London 1813, "2 v., 
p. 446 , pense que mell peut provenir du français mesler , maître et valet man- 
geant ensemble; d'autres le font dériver du mot teulonique mehl (farine) L'ex- 
pression de mell-supper pourrait encore provenir de ffi<?rf-5y/>. (the reivard suppen, 
Faaas, Ohserv. on papiil. antiij. 



07 

Il y avait des endroits où l'on ne tenait pas seulement un md\- 
siipper, mais aussi un kurn-suppe)\ ou kern-snpper , comme on le 
proiionci' dans le Nortliumberland ^ et entièrement diflerent l'un 
de l'aulre dans leur cause. Le kurn-supper ayant lieu quand tout 
élait fauché - et le mell-suppcr lorsque tout était rentré. D'après 
Eugène Aram, kern-supper ne pourrait être qu'improprement 
confondu avec corn-supper, attendu que la première expression 
provient de chiirn-supper ^ ou pour être plus explicite, de ce que de 
temps immémorial il était d'usage dans quelques contrées démettre 
une grande quantité de lait f^creamj dans une baratte /^c/mr/ij que l'on 
faisait circuler à la ronde dans des coupes. Cette coutume existait 
encore à l'époque de la mort d'Eugène Aram (août 1759) aux 
environs de Whitby et de Scarborougli, dans la partie orientale 
du Yorkshire et aux environs de Gisburne dans la partie occidentale 
du même comté; ailleurs le lait a été remplacé par de Vole et le 
churn par iankard (pot à couvercle) ^. 

Avant que je détaille quelques-unes des pratiques qui se tenaient 
à l'occasion de la moisson, je ferai observer que ce n'était pas à 
la rentrée des céréales qu'elles se bornaient, mais qu'encore la 
rentrée du foin, se terminait par des réjouissances, si bien dé- 
crites dans les Hef^perides dont je citerai quelques vers pour montrer 
combien par le fond elles ressemblaient à ce que je décrirai ci- 
après : 

» Corne with tlic sprinixlitno forth f;iir maid aiid be 
» This year agaiii the Mettdmc's Deilij 
» Yet ère ye enter, give us leuve to set 
» Upon your head this flowry corooct; 

' Observations on pop. antiquités, vol. II, p. ii9. 

* Eugène Aram, Kssmj on mell suppprnnd shouiin'j the churn. 

' Observations on pop. aniiq., vol. II, p. i49. 



— 28 — 

» Tn inako tliis iicat (listiiiclioi) (Vdiii llie rcst, 

» Yoii arc tlio l'riiiic aiul llic l'iiiic»;sse ol' llio FcasI : 

» To wiiicli, willi silver foct leaii you flio way 

» Wliile sweet Itreath niinplis attend on you this day 

» This es your lioure; and best you inay conimaiid, 

» Since you are Lady of tlie Fairie laiid. 

» Full niirlli wait on you, and sucli uiirlli as sliall 

« Cliorrish tlie clicok l)ut luako noue IjIusIi at ail ' 

Dans Il's comté de Kent on avait des réjouissances à ])eii près 
semblables à la rentrée du houblon. - Ilutchinson, ^ nous cer- 
tifie que dans le Durliam, la coutume dont il s'agit existait; il l'y 
croit évidemment introihiite par les Romains : on y faisait dans le 
temps de la moisson une figure de Cérès, que l'on plaçait dans le 
champ, pendant qu'on y travaillait, pour la rapporter à la maison, 
quand tout l'ouvrage était terminé, et cela avec de la musifjTie et 
de grandes acclamations, après quoi on teiudt une fête nommée 
mcll-supper, à l'instar de l'ancien sacrifice où l'on mêlait la nou- 
velle farine. 

Paul Ilenlzner ^ dit avoir vu la dernière charette de blé cou- 
verte de (leurs, autour de laquelle on promenait une figure riche- 
ment habillée, qu'il criU devoir représenter Gérés, homiiuîs et 
femmes as is tant bien que mal sur la charette ne cessaient de 
chanter qu'au moment de l'arrivée à la grange. Dans le Ilert- 
fordshire des hockneij cakes étaient distribuées aux ouvriers. Le 



' IIeruicks, Ilcsperi<l('s, p. IGl. The mc.adoiv verse, nr anirersiiri/ to 
mistress Iiri(l(/el Lnwnuin. 

' SwAKTS, Hop fjardeii, h. Il, 1. 177, i", Loud. 17r):2. (loinpelioa (imoti;/ 
the hop-pirkers. 

=* Hutcminson's Ihirhnm, v. XI, p. .Wlî, Varish nf Easinulon. 

* Paul Hknt/nku, a Journay into Eiijjtund in the ijear 1508, 8". Slniioh. 
Inll, 1757, p. 79. 



- 29 — 

hockney cart était celle qui emportait la dernière charge et les 
ouvriers courraient autour avec des rameaux à la main et les 
chevaux étaient parés de même ^ Dans d'autres parties du Hert- 
fortshire ainsi que dans le Shropshire on a à l'occasion de la 
moisson ce que l'on y nomme Crying the mare, la dernière gerbe 
que les moissonneurs lient est appelée mare, on la place à quel- 
que distance, pour jeter après avec les faucilles, celui qui coupe 
le lien oblient le prix, aux grandes acclamations de ses compagnons; à 
Iletchin, dans le même comté, chaque fermier rentre la dernière 
charge, au plus grand trot de ses bètes. Ses ouvriers le pour- 
suivent avec des jarres d'eau pour lui jeter et tout ceci avec grand 
bruit 2. Dans le Bedfordshire en pareille saison on a a Jack and 
a GUI ^ 

Dans quelques parties du Yorkshire on a une Harvest Dame ^. 
Tandis que dans d'autres on a comme ci-dessus une gerbe proposée 
pour prix, c'est à qui l'emportera; puis quand tout est rentré on 
a un festin qu'on nomme The inning yoose ^. 

Dans le comté de Kent on a une Ivy girl; c'est une figure faite 
du meilleur blé dans le champ et tournée aussi iii^'n que possible 
dans une figure humaine, que les femmes attifent de garnitures 
de papier, coupé en bonnet, mouchoir, manchettes, (on the finnest 
lace), et laquelle rapportée à la ferme avec la dernière charge en 
titre, les garçons fermiers à souper aux dépens de celui qui les a 
employés 6. Cette coutume existe presque encore partout sous cette 

' Salmon's Surrey Herfforrhhire , v. II, p. 4.15. 

* Observ. on pop. antiq , v. II, p. 443. 

' Id., V. II, p. 444. 

Md , V. II, p. 444. 

= Id., V. II, p. 444. 

" Id., V. II, p. 442. 



— ao — 

forme en EcosiC, mais la Hj^uve appelée Corn Ladij ou Corn 
Maiden n'est qu'une petite paquelle de blé liée ensemble et qu'on 
suspend dans la ferme ^ 

Dans quelques parties du Northumberland c'était une figure 
bizarrement ornée, couronnée de fleurs, une gerbe de blé sous le 
bras et une faucille à la main, que les moissonneurs portaient le 
matin du jour où ils comptaient mettre la dernière main à la 
moisson et cela avec musique et grand bruit du village au champ, 
où on la fixait avec un bâton pour l'y laisser tout le jour; l'ou- 
vrage terminé ils la rapportaient comme elle était venue, on la 
nomm^ii Harvest Queen, et semblait devoir représenter Gérés 2. 
Ceci existait encon; il y a un demi siècle, mais sous la déno- 
mination de Harvest Doll ou Kern Bahij, ce qui paraîtrait devoir 
signifier Cern, Corn et Bahy, (image; ". 

Dans quelques endroits du Devonsliire, à \Yerington par 
exemple, les moissonneurs li^'ul les derniers épis ramassés dans 
une forme bizarre, que l'on rapporte à la ferme pour la suspendre 
au-dessus de la table et l'y laisser jusqu'à l'année suivante. Le 
propriétaire tiendrait pour un grand malheur de l'en voir disparaître 
et pour aucun prix ne voudrait s'en désaisir. Cette figure s'y nomme 
Knack et lorsqu'elle est entièrement faite, une personne se place 
au milieu du groupe, la tenant en l'air et criant trois tuis ce mut 
pour qu'un chacun le répèle, puis il ajoute : 

Wol! dit ! wcll jjoiind 

Wi'll scl)ocl\cd ! well savecl from tlic irrouiKi * 



* Ohsei'v. nn pap. miti'/., vcl. 11, p. ii3. 

* HlîTCUI.NSn.N, Jlisfarn nf Xorthianlierlnml. \. II, el fiiiem , |). 17. 
' (Jbsi'rvation.'i un jinp. 'uiinj., vni, il, p. lî:!. 

* D.itis qiii'lijîios fii.lioils (Il di: p.ir ini>r|ii:T!," : wcll Sf.iili'rcd lu ihr ipruun'l. 



puis elle crie îvhoop^ ce que tous répètent de toute la force de 
leurs poumons *. 

Les paysans du Warwickshire, ont un jeu à l'occasion de la 
rentrée de la moisson, un individu est choisi pour jug-er tous les 
forfaits commis pendant cette saison. Celui trouvé coupable est 
couché sur un banc, et on lui donne des coups de souliers. C'est 
ce qu'ils nommaient : giving them tJie boots -. 

En Ecosse on a presque partout des réjouissances de ce genre, 
mais la coutume la plus générale, il y a cinquante ans, était de donner 
ce qu'on appelait : a maiden feast à la fin de la moisson, il s'en 
suivait que la dernière poignée de blé ramassée, se nommait : 
the maiden, et elle était destinée à la plus jolie fille du champ ; 
entourée de rubans, celle qui était choisie, l'emportaitau son du violon 
et des cornemuses, un grand dîner était donné à toute la bande et la 
soirée se passait en joyeusetés et danses. Celle à qui on avait 
remis tJie maiden, était la reme de la fête ^. 

Cette poignée de blé était généralement liée en forme de croix, 
on la suspendait dans l'emplacement le plus visible de la ferme avec 
l'inscription de l'année. J'ai vu plusieurs ferme en 1835 où il y 
avait encore de ces croix de conservées, mais aucun propriétaire 
n'eut voulu se désaisir de ces reliques de famille. 

Quoi qu'il y ait encore aujourd'hui des endroits où cette coutume 
existe, elle tomba presque entièrement en 1797; la coutume pré- 
valut alors de donner une pièce de 6 pence et un pain à chaque 
moissonneur ^ il y avait cependant encore, comme il en est 

* Observ. ou pop. antiq., vol. II., p. 442. 

' Steevens, last édition of Shakespeare , vol. III, p. 171. 
" Statistical account of Scotland, vol. XIX, p. 550, 8". Ediinb. 1797, Paiish 
uf Longlorijan in the lAnintij of Perth. 

* Id., 



— 32 — 

(Micnre aiiiouririnii, des fermiers qui donnaient on repas à tous leurs 
ouvriers et (|ui leurs permettaient de s'amuser toute la soirée à 
leur façon. 

Il existait en 1797 une famile depuis environ un siècle dans le 
Cupar grange estate, dont le fermier tenait un joueur d'instrument 
fa piperj tout le temps de la moisson, lequel se mettait à souffler 
aux oreilles de l'ouvrier traînard •. On m'a assuré que dans quelques 
endroits on fait encore aujourd'hui corner par des enfans derrière 
les ouvriers paresseux. 

Dans l'Ile de Sky le premier qui avait terminé sa moisson (en 
1795) envoyait une jioignée de blé à son voisin, lequel aussitôt 
qu'il avait tini l'envoyait à un auti'e qui n'était pas aussi avancé et 
ainsi de suite jusqu'à ce que tout le blé était coupé. On ap^jelait 
cette petite gerbe, the Cripple goat et aussi Gaobbir Bliacagh, elle 
restait au fermier le plus en retard comme un reproche à sa paresse, 
ce qui l'obligeait de rentrer chez lui, aussitôt qu'il pouvait, pour 
échapper aux huées. ^ 

D'* Johnson ^ parle d'une moisson qu'il avait vu dans les 
II(''brides, les coups de faucille resonnaient en cadence sur un 
harert-song que tous les moisonncurs chantaient à la fois ^. 

* Statistical account of Scotland, vol. XIX, p. 348, 8". Ediinb. 1797, Parish 
of Bandothjj, Coiinty of Perth. 

* Gent.lemn7i Muf/azine, feb. 1795, p. IS-i. From some rcjhxions by the rcv. 
Donald. M. Queeu of Kihnir in llie Isle of Sky. 

= D'' Johnson, Four of ihe Hébrides. 

* Que des Harvast somjs existaient aiicieniiemeiit il n'y -i aucun doute. 
Bisiioi' Kennett en parle dans le Glossary de ses Parochial anliquities au mot 
dylenum. Hemines de Hedynyton ad curiam Domini sinyulis annis inter fesds 
S. Michalis el festiini S. Martini, venieni cnm loto et pieno Dyteno, sic.iH hartenus 
roiis-in'vi'riint. D.'iis les Ohl Ixillads histiiriral et narrative eollected by Thomas 
Evans in-i" vol ïlHi, London, (ni eu Irouvc (jii('l(|ues-iuis. 



— 33 — 

Il est à remarquer que les His^lilanders d'Ecosse ont encore 
l'habitude de faire tous les ouvrages où plusieurs prennent part 
et qui demandent quelque régularité, au son de quelque chant qui 
souvent n'a aucune idée et marque seulement la mesure. 
L'ancien chant procéleusmatique qui animait les rameurs des 
galères pourrait bien avoir été du même genre. Le Hébridiens 
au temps du Dr Johnson, avaient l'habitude de chanter en ramant. 

Dans quelques-unes des Hébrides et dans les îles Orkneys il 
existait, et je ne m'étonnerais pas si cela existait encore, une sin- 
gulière superstition : il était un jour où les manants s'abstenaient 
de travailler au champ, à l'époque de la moisson, parce qu'une 
ancienne tradition leur disait que s'ils s'avisaient de travailler le 
sang jaillirait des sillons *, 

Il y aurait moyen de continuer les citations à l'infini, je crois 
avoir démontré suffisamment l'antiquité de l'usage. 

' Brand. Description ofthe orkney Irland, iii-i". Edirab. 1805. —Martin. 
Description ofthe matern Irland of Scolland, p. 368. 



'25 XVII 



CURIOSITÉS GÉNÉALOGIQUES 



F.-V. Ci®ETM Ali!!» , 

Conseiller de l'Acatléiiiie. 
II. 

DE VOS. 

I. Robert de Vos, ('chovin du village de Nederheembeek, mort le 
9 janvier 1627, épousa Elisabeth van Wasse.nhoven. Il gisent à Neder- 
heembeek. Leur pierre tumulaire portait l'inscription suivante : 

Hier legt begraven Robrcght de Vos, scbepenen van Heem])eck, die sterft den 
9 january anno 1627, ende Elisabeth van Wftssenhoven, syiie luiysvrouwe, 
sterft hebbeii t' saemen geliuwd geweest 54 jaeren. Ridt voor de zielen. 

De ce mariage naquit un fils, savoir : 

II. Jean de Vos épousa Marie van Ophem, décédée le 4juin IGGI, fille 
de Henri van Ophem et d'Anne Lemmens. Jouissant d'une belle fortune, 
il forma le projet de la mettre à proiit, en donnant une brasserie à chacun 
de ses garçons, capables den faire l'exploitation. L'idée d'accaparer succes- 
sivement le commerce de la bière était un projet coUossal dont l'exécution 
ne fut pas au-delà de leurs moyens. 

Jean de Vos et Marie van Ophem ont laissé huit enfants, savoir : 

4o Anne de Vos, née à Nederheembeek le 10 octobre 1(51 4, se niiiria, le 12 mai 

1037, à lY'gHse de ce village, avec Martin Draelant ; 
2" Jean, (|iii suit : 
3" LaiiilxTl riK Vus, m' lo 24 dcldlire IfilH, s'est étalili à Lcnilieek ; 



— 35 — 

-iu Gilles DE Vos, né à Nederlieembeek le 5 octobre 1 620, épousa Anne de Trop» . 
Il vint s'établir en qualité de brasseur à Bruxelles, rue de l'Évêque. 
De ce mariage naquit une fille, savoir : 

Marie de Vos, née le 12 juillet 1651. 

5" Josse DE Vos, marchand de vins à la maison de Blé à Bruxelles, né à 
Nederheembeekle 19septembre 1622, épousa, enl648, Madelaine/iom/ww/s, 
née le 10 mai 1629, décédée à Bruxelles et inhumée aux Récollets, 
fille de Henri Rombantsei dTJisnbelh van der KJst. De ce mariage naquirent 
quatorze enfants, savoir : 

A. Jean , mort en bas-âge ; 

B. Jacqueline de Vos, née le 2i septembre 1650, déoédée le 11 avril 1737, à l'âge 

de 87 ans, se maria, en 1669, avec François van Ciitsem, brasseur, mort 
à Bruxelles le 10 février 1711, fils de Henri van Cutsem et de Catherine 
vati Lelieboom; 
G. Jean de Vos, récoliet sous le nom de Bernard, né le 23 juillet 1652, mort en 
1727 et enterré à Bootendael; 

D. Madelaine de Vos, née le 21 mars 1654-, décédée le 3 octobre 1736, k l'âge de 

83 ans, et inhumée aux Grands-Carmes à Bruxelles, se maria en premières noces 
en 1675, avec André Ydens, fils de Jean-Baptiste Ydens et de Catherine de 
Bucker ; et en secondes noces avec André Aertsens, mort le 28 janvier 1725 
et enterré aux RécoUets à Bruxelles ; 

E. Anne de Vos, religieuse à Gortenberg, née le 23 mars 1656, jubilarisée le 

11 septembre 1725; 

F. André de Vos, né le 15 février 1658; 

G. Marie de Vos, née le 23 mai 1660, décédée en bas-âge; 
H. Henri de Vos, né le 2 juin 1662, mort jeune; 

I. Josse de Vos, né le 7 septembre 166i, mort jeune; 

J. Ehsabeth de Vos, née le 25 décembre 1665, décédée en bas-âge; 

K. Josse de Vos, moine à l'abbaye de Grimbergen , né le 7 septembre 1667, mort 

le 3 janvier 1691, âgé seulement de 23 ans; 
L. Catherine de Vos, née le 6 juin 1669, décédée le 11 juin 1753, à l'âge de 

84 ans, se maria en premières noces le 5 octobre 1686, avec Jean-Baptiste 
vander Straeten, mort le li février 1690; et en secondes noces, le 8 août 
1690, avec François Sievens, mort le 21 février 17i6, fils de Jean Sirvens, 
receveur de la vénerie royale aux Pays-Bas, et de Jacqueline Ydens; 

M. Elisabeth de Vos, née le 25 mars 1672, décédée en bas âge. 
N. François de Vos, né le 8 juillet 1671, mort en 1697. 

5. André DE Vos, né le li août 1624, mort à Bruxelles le 15 juillet 1678, 
l'pousa Elisabeth Sammels. Nous donnons leur descendante, ci-iiprès; 



— 36 — 

6. Henri nE Vos, chaiidaiii ilo la collégiale do Saiiilc-(îudiilf' à Bruxelles, né le 

18 avril 1(i!28, mort le 5 janvier 1684, âgé (h; 06 ans, et enterrée 
Sainte-Gudule ; 

7. George de Vos, né le 5 février 1630, mort en célibat et enterré à Neder- 

heemlieek ; 

8. Pierre de Vos, né le 3 novembre 1632, mort le 3 juin 1671, âgé seulement 

de 39 ans, et enterré à Nederheomheek, épousa, en 1662, Elisabeth 
van der Veken, qui convola avec Philippe Van den HoiUcn. 
Pierre de Vos laissa quatre enfants tous nés et baptisés à Nederheembeek, 
savoir : 

A. Arnoud de Vos, né le 25 novembre 1665; mort le 19 juin 1691; 

B. Anne de Vos, née le 3 mars 1667; 

C. Barbe de Vos, née le 12 février 1671, se maria avec Pierre Brmjlants; 

D. Madelaine de Vos, née le 7 octobre 1669, mariée : 1" à Philippe Jacobs; et 2» le 

29 janvier 1696, à Luc Straeimans. • 

m. Jean de Vos, brasseur, rue de Flandi^e à Bruxelles, né à Neder- 
heembeek, le 10 juillet IGIG, épousa Anne van Steensel, fille de Jacques 
van Steensel et d'Anne Mertens, dont : 

1 . Josse qui suit : 

2. Jeanne de Vos, née à Bruxelles le 23 décembre 166i et baptisée à Sainte- 

Catherine, décédéc le 6 avril 1731, se maria avec Charles Wouwennans, 
mort le 6 février 1734, à 68 ans, fils de Henri Wouwennans et d'Anne- 
Marie van Meldert. Ils ont été inhumés à l'église de Finis-Tcrrae, à 
Bruxelles. 

3. Marie de Vos, née à Bruxelles en 1662, et baptisée à Sainte-Catherine, 

décédée à Bruxelles le 21 avril 1706, âgée de 41 ans, et inhumée à 
Sainte-Catherine, se maria : 1° avec Barthélcmi Meulepas , mort le 
28 mars 1700 et enterré à l'église de Sainte-Catherine susdite et 
2" le 1 octobre 1701, avec Josse d'Hamere, apothicaire à Bruxelles, 
né à Gand le 6 juin 1674, mort le 1 décembre 1754, âgé de 80 ans, et 
enterré à Sainte-Catherine. Il convola avec Elisabeth Wufelaers. 

IV. Josse DE Vos, premier officiai des états de Brabant au bureau du 
receveur Van Veldon, né à Bruxelles au mois de décembre IGGf) et 
baptisé à Sainte-Catherine, mort le 25 novembre 1713 et enterré à l'église 
Sainte-Catherine à Bruxelles, épousa, en janvier 170-4, Anne-Claire Denys, 
née en 1G88, décédée le 28 juin 1741 , âgée de 53 ans , et inhumée à 



— 37 — 

Luxembourg, fille de Jacques Denijs et d'Anne Loyaerts. Elle convola avec 
Pierre-Charles, baron de Winterfeldt. Josse de Vos a laissé : 

1» Anne-Marie-Caroline de Vos , née à Bruxelles le 21 décembre 1704 , se 
maria, le 4 juin 1734, avec Henri t'Kint, épicier, veuf de Marie Rigeker 
et de Marie Van Laethem, mort le 5 avril 1744 , à l'âge de 72 ans, et 
enterré à Sainte-Catherine à Bruxelles, fils de Pierre t'Kint et de Jeanne 
Crockaert, sa première femme. 

Les enfants d'Anne-Marie-Caroline De Vos furent, les héritiers légitimes de 
leur oncle le baron de Vos, savoir Louis et Catherine t'Kint et Elisabeth 
Christine de Winterfeldt. Ceci est prouvé par l'acte dont voici un extrait : 
Alzoo sieur Ludovicus ende jouffrouwe Catharina t'Kint, broeder ende 
suster , kinderen van joufTrouwe Anna-Maria-Carolina de Vos , halve 
suster van vrouwe Elisabeth-Ciiristina de Winterfeldt, in houwelyk gehad 
hebbende den heere baron Petrus-Carolus de Winterfeldt , van intentie 

waren, van bloedswegen, naerhede by te leggen over seker stuk lands 

verkogt door vrouwe Carolina de Winterfeldt, eenige dochter van den 
voorseyden heere baron Petrus-Carolus, baron van Winterfeldt, ter assis- 
tentie ende autorisatie van haren man den heere Hyacinthus-Franciscus- 
iQSH])hus de Fourmesti'aulx, heere van Gussignies, aen jouffrouwe Catharina- 
Isabella-Josepha Houseaux, weduwe wylen d'heer Joannes-Franciscus Riga, 
ende om te voorkomen alleonnoodige onkosten die daer over zouden kunnen 
gereysen, zoo ist dat op heden is gecompareert de voorseyde joiilTrouwe 
Catharina-Isabella-Josepha//oî«ea»a;, weduwe d'heer /?///«, tereenre; ende 
de>oorseyde sieur Ludovicus ende jufTrouve Catharina fA'mï, ter tweedere 
andere zyde ; welke eerste comparante verklaert by dezen te retrocederen 
ende afstand te doen aen de tweede comparanten, onffangende hetzelven 
zoo voor hun als voor hunne mede bloedverwanten ende erfgenamen 
fideicommissaire van wylen den heere Joannes-Baptista-Franciscus , baron 
DE Vos, in zyn leven chevalier van het krygs-order van IMaria-Theresia, 
van hoogloffelyke gedagtenisse , lieutenant-generael ende bevelhcbber van 
het corps de génie, binnen deze Nederlanden ende raed van finanticn van 
zyne voorseyde majesteyt, om deel te maken van het fideicommis geor- 
donneert by zyn eygenhandig geschreven testament, gedagteekend 13 april 
1772, gesloten 12 february 1779 ende geopend 5 september 1783, door 
my ondergeschreven notaris ende getuygen ter zaeke, etc. 

2" Jeanne-Thérèse de Vos, née le 10 septembre 1706; 

3" Jean-Baptistc-François, baron de Vos [tar lettres-patentes du 5 décembre 
1772 et serment fait le 23 juin 1773 es mains du duc de Lorraine, 
gouverneur et capitaine-général des Pays-Bas , une des notabilités mili- 



— 38 — 

taires du dernier siècle, ne à Uruxelles le ïil septembre 1711, mort dans 
la même ville le 4 septembre 1783 et enterré aux Pauvres Claires, épousa, 
par contrat passé à Weineren , le 7 avril 1 763 , Marie-Charlotte , comtesse 
de Hohen-Embs . 

Je possède l'acte suivant : 

« La soussignée en conséquence d'un commun accord avec le conjointement 
soussigné son époux, sont convenus, de gré à gré, que, vu les raisons 
et circonstances qui mettent obstacle à pouvoir habiter ou vivre ensemlde, 
ladite épouse soussignée a consenti, comme elle atteste de consentir par 
cette irrévolablement, de vivre toujours séparément de son époux, s'enga- 
geant expressément qu'elle ne fera jamais aucune démarche ou représen- 
tation au contraire, que du consentement et volonté de son époux, etc. 
Fait à Luxembourg le 10 mai 1764. » 

Marie-Charlotte, comtesse de Hohen-Embs, testa le 26 décembre 1766 par- 
devant le notaire Brosius, à Luxembourg; elle est décédée peu de temps 
après. 

Voici les lettres patentes susdites : 

« Marie-Thérèse, etc. salut ! De la part de notre cher et féal Jean-Bapliste- 
François de Vos, chevalier de notre ordre militaire, colonel et directeur 
des fortifications en nos provinces Belgiques, conseiller en notre conseil 
des domaines et finances et commandant le corps du génie dans lesdites 
provinces, nous a été très-humljlement représenté qu'il serait issu d'une 
famille fort ancienne et, du côté maternel, d'une des patriciennes de notre 
ville de Bruxelles; qu'il aurait commencé à servir dès sa jeunesse dans le 
régiment d'infanterie d'Hartopp qui est aujourd'hui celui de Deynze, d'où 
il serait passé ensuite au corps du génie dans lequel on l'aurait d'abord 
employé aux nouvelles fortifications de Luxembourg; qu'il aurait fait trois 
campagnes en Hongrie, où il se serait trouvé aux batailles à Kronska et 
de Panhova, et en 1739 à la défense de Belgrade; que de là il aurait été 
employé à ditTérentes places et commissions dans nos Pays-Bas; qu'ensuite 
il aurait servi dans la première guerre contre le roi de Prusse où il aurait 
fait cinq campagnes, pendant lesquelles il aurait dirigé le siège de Sonnen- 
stein en 1758; et l'une des attaques de la ville de Dresde en 1759 dont il 
aurait également dirigé les ouvrages comme chef ingénieur en 1760; et 
qu'en la même qualité il aurait servi aussi àratta(iue et bombardement de cette 
place; qu'il se serait de même trouvé à la prise et bataille de Torgau, dirigé 
en chef le siège de Wittemberg; et qu'enfin, en considération de ses 
services, il a été honoré de la croix de notre ordre militaire ; et comme 
par l'article 37 des statuts du même ordre, nous promettons d'accorder 
le titre de baron à ceux d'entre les chevaliers (|ui le demanderont et de 



— 39 — 

leur en faire dépéclier les lettres-patentes exemptes de tous droits royaux, 
il nous supplie très-humblement de daigner de le lui conférer sous son 
nom de Vos au port des anciennes armoiries de sa famille qui sont un 
écu d'azur à la terrasse de sinople au renard courant et contourné d'or, 
surmonté d'un heaume au naturel, ayant pour cimier un renard naissant, 
pareil a celui de l'écu, et de lui permettre, pour plus ample grâce, de les 
décorer de deux lions d'or, armés et lampassés de gueules pour supports, 
et de prendre pour devise Fortitiidini ; Nous etc. et voulant le faire 
jouir pleinement de toutes les faveurs et privilèges qu'il nous a plu d'attacher 
à la qualité de chevalier de notre ordre militaire, nous déchargeons et 
exemptons le même Jean-Baptiste-François de Vos du payement des 
droits royaux qui seraient à payer à notre caisse à l'occasion de nos 
présentes lettres-patentes etc., Vienne 4 décembre 1772. 



III. André de Vos, né à Nederhurabeek le i^ août 162-4, mort à 
Bruxelles le 15 juillet 1678 et enterré aux Augustins, était fils puîné 
de Jean de Vos et de Marie Van Ophem. 11 épousa Elisabeth 5fl//wie/s , 
décédée à Bruxelles le 20 août 1662 et inhumée à l'église de Sainte- 
Catherine, fille de Guillaume Sammels et d'Elisabeth van Cutsem. Il s'était 
établi comme brasseur aux environs du grand Béguinage. De ce mariage 
sont nés cinq enfants, savoir : 

\o Guillaume qui suit: 

2" Elisabeth de Vos, décédé le 21 novembre 1737, à l'âge de 84 ans, et 

inhumée auprès de son père aux Augustins ; 
3° Catherine de Vos, décédée au mois d'avril 1735, se maria, le 18 juin 1679, 

avec Paul van Cutsem, mort le 9 août 1722, fds de Henri van Cutsem 

et de Catherine Lelieboom. Ils gisent à Notre-Dame de la Chapelle à 

Bruxelles ; 
4o Barbe de Vos, décédée le 2 avril 1 734, se maria à Jacques-Joseph Symons, 

avocat au conseil souverain de Brabant, mort le 10 septembre 1706. Us 

gisent aux Récollets à Bruxelles ; 
5û Jean de Vos, mort le 20 juin, 1743, épousa Marie-Anne Janssens, née le 

23 octobre 1674, décédée le 19 février 1729. Nous donnons leur postérité 

ci-après. 

IV. Guillaume de Vos, mort à Bhixelles le 13 août 1695, d'un coup 



— 40 — 

lift fou, la veille du Ijouibardeinent, et cnteiTé aux Récollets, épousa 
le 23 mai 1079, Catherine de Kerpen, décédée le 18 mai 1718. Il s'était 
établi comme brasseur au Caveau. Sa veuve convola avec Josse van Assche, 
brasseur au Lion couronné près des Grands-Carmes. De ce mariage sont 
nés six enfants, savoir : 

1. Jean-François de Vos, mort le 12 novembre 1720 et enterré aux Récollets; 

2. Catherine de Vos, décédée le 7 septembre 1755 et inhumée aux Augustins 

à Bruxelles, se maria : 1° avec Jean t' Sas, brasseur au Faucon et puis 
aux Armes d'Angleterre, veuf d'Elisabeth van der Schueren, mort le 
10 avril 1715 et enterré dans l'église Saint-Nicolas à Bruxelles ; 2° le 
10 août 1715, avec François-Joseph de Burbure, anobli en 1722. 
seigneur de Wesembeek, veuf, avec un enfant, de Cécile de Snillii, fils 
de François de Burbure et de Catherine Kerremans, sa première femme ; 
et en troisièmes noces le 17 août 1740, avec Richard-Guillaume k Comte, 
seigneur d'Orville, mort le 6 mars 1754, à 70 ans, et enterré à Notre- 
Dame de la Chapelle à Bruxelles ; 

3o Marie de Vos, décédée le 28 septembre 1732 et inhumée aux Bécollets 
auprès de son premier époux, se maria : 1" avec Arnoud van der 
Schueren y brasseur au Moulin à Vent, mort le 14 décembre 1724 et 
enterré aux Récollets à Bruxelles; et 2° au mois d'avril 1725 avec Jean- 
Baptiste Pauwels, mort le 13 février 1768 et enterré à Sainte-Catherine; 

4» Guillaume, qui suit : 

5" Jacques de Vos, mort le 13 décembre 1726, à 31 ans, épousa Anne-Cathe- 
rine van Merstraeten , décédée le 23 octobre 1755, à 58 ans. 11 s'était 
établi comme brasseur au Cornet. Sa veuve convola, le 10 avril 1730, 
avec Pierre Kockaert qui avait été marié avec Marie-Anne t'Serstevens. 

Jacques DE Vos laissa deux filles, savoir : 

A. Pétronille de Vos, née à Bruxelles le 17 septembre 1724 et baptisée à Sainte- 

Catherine, décédée le 18 janvier 1768 et inhumée à Saint-Géi^ de Bruxelles, se 
maria, le 29 juin 1754, avec Henri-Joseph Kockaert , ex-brasseur au Lion d'or, 
né à Bruxelles et baptisé à Saint-Géry le 29 juin 1720, fils de Pierre Kockaert 
et de Marie-Anne t'Serstevens; 

B. Anne de Vos, née à Bruxelles le 15 juin 1726 et baptisée à Sainte-Catherine. 

6° Barbe de Vos, décédée le 14 novembre 1757 et inhumée à Saint-Nicolas de 
Bruxelles dans le caveau do Jacques Wovtcrs, se maria avec Jean-Bapliste 
Brydaels, marguiller de l'église susdite, marchand de draps, rue de la 
Colline, à Bruxelles, mort le 24 octobre 17t)l. 



— 41 — 

V. Guillaume de Vos, né le 10 février 1691 mort le il février 1751, 
épousa, 1° le 18 juin 1715, Anne-Tliérése van der Straeten, née à 
Bruxelles le !27 décembre 1689 et baptisé à Saint-Géry, décédée le 19 
juillet 1732, à 46 ans, et inhumée aux Récollets à Bruxelles, fille de 
Jean-Baptiste van der Straeten et de Catherine de Vos; et 2° le 13 
mars 1741, Ida de Cafmeyer, décédée le 22 février 1750 et inhumée aux 
Augustins à Bruxelles. Du premier mariage sont nés à Bruxelles dix enfants, 
savoir : 

jo Catlierine-Tlicrèse de Vos, née le 6 avril 1716, décédce en janvier 1768 
et inhumée à Saint-Jacques sur Caudenberg, se maria avec Jacques Waer- 
nots, agent du conseil privé ; 

2» Anne-Thérèse de Vos, née le 6 août 4 717, décédée le 12 mars 1718; 

3° Marie de Vos, née le 16 septembre 1718, décédée le lendemain ; 

i'^ Jean-Baptiste de Vos, né le 15 décembre 1719, mort le 27 du même mois ; 

5° Barbe de Vos, née le 15 janvier 1721, se maria, le 9 février 1741, avec 
Herman-Joseph Fonson, médecin, demeurant au Sablon à Bruxelles ; 

6o Madelaine de Vos, née le 5 octobre 1722; 

1° Guillaume de Vos, né le 29 octobre 1723, mort le 10 décembre suivant; 

8o Pierre de Vos, né le 26 février \ 725 ; 

9° Guillaume de Vos, né le 26 mai 1726, mort le 5 mai 1729; 
10° François de Vos , né le 5 mars 1729, mort le 5 mai suivant. 



IV. Jean de Vos, mort le 20 juin 1743, à l'âge de 76 ans, et enterré 
aux Augustins à Bruxelles, était fils cadet d'André de Vos et d'Elisabeth 
Sammels. 11 épousa Marie-Anne Janssens, née à Bruxelles et baptisée à 
Notre-Dame de la Chapelle le 23 octobre 1674, décédée le 19 février 
1729 et inhumée aux Récollets à Bruxelles, fille de Michel Janssens et 
d'Elisabeth Schotte. Il s'était établi comme brasseur à l'Éléphant. Leur 
testament conjonctif a été passé par-devant le notaire van der Borght, 
le 30 mai 1722; et leur succession a été partagée par-devant le notaire 
J.-B. Jacohs, le 17 mars 1744. 

De ce mariage sont nés à Bruxelles et baptisés à Saint-Géry, huit 
enfants, savoir : 

l'J Elisabeth de Vos , née le 12 décembre 1698, décédée en bas âge; 



— 42 — 

2" B;irlic-Joseph de Vos , née le 21 février 1701, décédé le 11 iiovciiibrc 1767; 

3" Michel, ([iii suit : 

4" Isabelle de Vos, née le 19 juin 1705, décédée le 1G avril 1715; 

5" Marie-Anne de Vos, née le 25 octobre 1707 ; 

6» Catlierine-Josèphe de Vos, née le 5 mai 1710, décédée le 10 août 1756; 

7" Jeanne-Josèphe de Vos, née le 3 septembre 1713; 

8o Jeanne-Marie DE Vos, née le 11 février 1716, décédée le 2i mars 1755 
et inhumée à Sainte-Gudule de Bruxelles, se maria, le 8 octobre 1737, 
avec Louis Sagermans , né le 3 juillet 1713, mort le 8 juin 1766 et 
enterré à Finis-Terrœ , fils de Pierre-Martin Saf/ennans et d'Anne-1'hi- 
lippine Aheets. Il convola, le 10 novembre 1765, avec Catherine Mûris , 
veuve de Jacques Platteborse. 

V. Michel de Vos, né à Bruxelles et baptisé à Saint-Géry le 24 mars 
1703, mort le 1 avril 1775, épousa, le 9 février 1727, à l'église de^aint- 
Géry susdite, Marie Louts , décédée le 13 juillet 1778, fille d'Adrien. Il 
s'était établi comme brasseur à l'Éléphant près du poids de la ville. Ils 
gisent à Saint-Géry. De ce mariage sont nés trois enfants, savoir : 

1° Pétronille-Jeanne de Vos, née le 15 mars 1733, décédée le 5 février 1738; 

2° Barbe-Joseplie de Vos, née le 23 octobre 1 739, décédée en couches de son 
sixième enfant, le 28 février 1766, se maria, le 22 décembre 1756, 
à Saint-Géry avec Josse-Laurent 't Kint, né le 16 novembre 1722 , mort 
le 11 août 1781. (Voyez Miroir, t. I. p. 259); 

3" Isabelle-Josèphe de Vos, née le 17 décembre 1742, décédée le 17 mars 
1775, se maria, le 15 avril 1765, à Saint-Géry, avec Louis-Joseph 
Uohijns, avocat au conseil de Brabant, né à Assche le 8 novembre 1740, 
lils de Pierre Rohijns et d'Anne-Marie de Heeze. 



c^-£='G*Sfe*^J'=5i--3 



43 — 



ni. 



VAN CUÏSEM. 



1. Henri van Cutsem, fils de François van Cutsem, épousa Elisabeth 
van Zeele; elle était veuve le 8 juin 1585. 

Par acte passé par-devant les échevins de Bruxelles le 16 mai 1572 Henri 
VAN Cutsem , fils de François, et Elisabeth van Zeele , sa femme, ache- 
tèrent une brasserie portant pour enseigne \e Soleil et sise à Bruxelles rue 
des Teinturiers : Tôt behoeff Henrix van Cutsem, brouwere, zone wylen 
Vranx van Cutsem, ontfaende tôt behoefvanhcm selven ende van Lysbette 
van Zeele, zynder huysvrouwe, een hofsstadt metten huysen ende comme 
daer op staende , met aile de commegerechte daertoe dienende gelegen 
binnen de voorseyde stadt van Bruysele in de Verwer-Straete, gehecten de 
Zonne, tusschen de goeden des heeren Franchois van Borne , priesters 
t' SinteGuercix Weert, in d'een zyde. 

Ils étaient décédés en 1585 laissant plusieurs enfants, ce qui résulte de 
la pièce suivante : 

Condt zy allen dat Pieter 'T Serstevens in àen naeme van Cathelyne Pandaews, 
dochter wylen Jans Paridaens ende weduwe wylen Jans de Bruyne , opge- 
dragen in de handen Jans van Cattenbrouck, secretaris der stad Bruyssele, 
van wegen de erfgenaenien wylen Jacops Houwaert : van wegen der erfge- 
naemen wylen iVIargriete van der Noose , weduwe wylen Aerts de Brujjne, 
tôt behoeff Jacques /foi/imatts, ontfaende in den naeme ende tôt behoeff van 
Henrik, Andries , Pieteren Cathelynen ende Anne van Cutsem, kinderen 
wylen Henricxî;att Cutsem, diehy haddevan wylen Elisabeth irm Zeele, zyne 
huysvrouwe was, aile 'trecht, actrepaert ende deel der voorseyden Cathe- 
lyne Paridaens competerende. Te Brussel 18 january 1585. 

1° Henri, qui suit : 
2o André van Cutssem. 

Condt zy allen dat Hermès Neyt, in dennaem van Andréas van Cutssem, sone 
wylen Henricx van Cutssem , dien hy hadde van wylen Elisabeth van 
Zeele, synen huysvrouwe was, heeft overgegen tôt behoeff van Henrick en 



— 44 — 

VAN CUTSSEM, broeder is voorspyde Andries, ende van Anna Moriacns, 
zyiien liuysvrouwe. Brussele 1592, 23 décember. 

3o Pierre van Cutssem épousa Jeanne deBecker, veuve d'Engclbert van Ophem, 

fdle de Jean de Becker et de Gertrude van der Meeren. 
De ce mariage naquit une fille, savoir : 
Jeanne van Cutsem, mariée à Adrien van Merstraeten. 

4o Catherine van Cutssem ; 
5» Anne van Cutssem. 

II. Henri van Cutshem épousa Anne Moriaens , décwlée à Bruxelles le 
29 septembre 1617 et inhumée à St-Géry sous une pierre ornée de leurs 
écussons, fille de Henri Moriaens. 

Voici deux fragments de deux actes passés par-devant les écheuins de 
Bruxelles, à l'appui de cette génération ; 

Condt zy allen dat Karel vander Borcht, zone wylcn Henricx vandcr Borcht, 
dien hy hadde van wylen Goedele Was, synder huysvrouwe was, heeft 
opgedragen tôt belioeff Henricx. van Cutshem, son wylen Henricx van 
Cutshem, ontfaende in den naem ende tôt behoeff van hem zelvcn ende 
van Andriesen, Pieteren , Kathalyne ende Anna van Cutshem zyne 
hrocders ende susters. Te Brussel lesten april 1585. 

Condt zy allen dat Cristiaen de Visch, coopman van Tappisseryen, binneii dcse 
stadt van Bruessele, sone wylen Pietor de Visrh, heeft opgedraegen, tôt 
behoeff Hcnrix van Cutssem, brouwere, sone wylcn Henricx van Cutssem, 
onfacnde in den naemc ende tôt behoeff van bcm zelven ende van Anna 
Moriaens, zynder huysvrouwe. Te Bruessele 1596, 18 november. 

La succession délaissée par Henri van Cutshem et Anne Moriaens fut 
partagée par-devant les échevins de Bruxelles le 10 janvier 162:2 : 

Allen condt Paul Baert, licenciaet in de rechten, heere van Berentrode, ende 
Jan van Gindertaelen, schepenen te Bruessele, saluyt ! Condt. . . gecompareert 
zyn Henrik vam Cutsem, soenc wylen Henricx van Cutssem, die hy hadde 
van wylcn jouffrouwe Anne Moriaens, zyne huysvrouwe was, ter eenre; 
item Jan van Cutssem, broeder van vader ende moederc des voorseyde 
Henricx van Cutssem, ter tweeder; item Pieter van Cutssem, oock 
l)roeder van vader ende moeder der voorschevcnc Henricx ende Jan van 
Cutssem, ter derden ; item heer ende meester Augustyn van Cutssem, 
licenciaet in de reclitcn ende advocaet iii den raede van Brabaul, oock 



— 45 — 

broeder van vader ende moeder des voorsclirevenen Henricx , Jaii onde 
Pieter van Cutssem, ter vierder; item jiiffrouwe Johanna van Cutssem, 
suster van vader ende moeder, der voors. Henricx, Jans, Pieter ende 
heer ende meester Augustyns van Cutssem, ende Pieter Gheerems 
haeren nian ende momboir, ter vyfster; item jonffrouwe Petronelle van 
Cutssem , jongbe docbter, oock suster van vader ende moeder des voor- 
noemde Henricx, Jan, Pieter en heer ende meester Augustyns, ende jonf- 
frouwe Johanna van Cutssem, ter sester; item Joos Cuyermatis, als 
particulier momboir van Pauwel Sophie, minderjarige zone wylen Pauwels 
Sophie, daer moeder aff was jouffrouwe Anna van Cutssem, insgelycx 
suster, als sy leefde, van vader ende moeder dcrvoorschreven Henricx, Jan, 
Pieter, heer ende meester Agustyn, jonffrouwe Johanna ende Petronella 
van Cutssem, ende na vermogen van consente ende authorisatie hem by 
rayneheeren overmomboiren van de weeseu der voorseyde stadt. Te Bruessele 
1622, lOjanuary. 

1" Henri, qui suit : 

2" Jean van Cutsem, né en 1587, mort sans hoirs, le 14 août 1637; sa 
succession a été partagée le 10 mai 1641 : 

Allen enz., Willem van Blitterswtjck cwùe ^ïcohus Hartius , beydelicenciaelen 
in de rechten, schepenen te Brussele, saluyt! t'gccompareert sieur Pieter 
van Cutsem, rentmeester deser stadl Brussele, sone wylen. Hendricx 
VAN Cutsem, ter eenre ; item, heer ende meester Augustyn van Cutsem, 
licenciaet in de rechten ende advocaet in den raede van Brabant, broeder 
der voorseyde Pieter van Cutsem , ter tweeder ; item Jouffrouwe Joanna 
VAN Cutsem, suster der voorseyde sieur Pieters ende heer ende meester 
Augustyn van Cutsem, met sieur Pieter Geerems, insgelyks rentmeester 
der voorseyde stadt Brussele, der voorseyde Jouffrouwe Joannna van 
Cutsem man ende momboir, het derden ; item Joncker Jan Elshoiit, raedt 
ende rentmeester generael van zyne coninclycke majesteyts domeynen van 
Zeelandt, bewester schelt, in den naemvan jouffrouwe Petronella van Cutsem, 
insgelyckx suster des voorseyde sieur Pieters, heer ende meester Augus- 
tyn ende Jouffrouwe Joanna van Cutsem , ende uyt crachte der spéciale 
procuratie hem by deselve Jouffrouwe Petronella van Cutsem hier toe 
sonderlinge gegeven ende verleent 11 january lestleden, ter vierder; item 
ende den voorseyde joncker Jan Elshout, in den naem ende als procuratie 
hebbende van jouffrouwe Maria Peetervloets, weduwe wylen sieur Hen- 
drik VAN Cutsem, als moeder ende nomboiresse van Jenneken ende Maria 
VAN Cutsem, haere kinderen, by huer behouden van den voorseyde wylen 
sieur Henrick van Cutsem, haeren manne, die oock broeder was, als 



— -16 — 

hy l(!efde, des voorseydc Pecter, licer cnde mcester Aiii;iistyn, Joiiffroiiwc 
.li)li;iiina ende Pctronella van Cutsem, ende ujt craclUe vau procuratie 
etc. hebben gedeylt alsulcke goederen op hun verstorven door de doot 
ende aflyvicheyt van wylen Jan van Cutsem, luinnen broeder ende oom 
etc. Briissele 1641, 10 meye. 

3" Pierre van Cutshem, né le 28 avril 1589, mort le 13 décembre 1G55, 
épousa Cécile van Mersiniteii , décidée le 21 juillet 1642. Nous donnons 
leur postérité ci-après ; 

40 Augustin VAN CuTSiiEM, avocat au conseil souverain de Brabant, né en 
1591, mort à Bruxelles le 14 novembre 1676 et enterré à Saint-Géry, 
épousa Sabine Siiavels. 

Il résulte d'un acte passé par devant deux clianoines du chapitre d'Anderleclit 
(jue maitre Augustin van Cutsem était veuf en 1654 : Geconyjarcert is en 
liunne persoone Geeraert de Clerq, soo in den naem ende van wegtn heer 
endemeester Augustyn v.\N Cutsem, licenciaetin de recliten ende advocaet 
van raede van Brabant ; als oock in den naem ende van weghen Pieter, 
Maria ende Clara van Cutsem, syne kinderen, by hem behouden van*\vylen 
jouffrouwe Sabina Snavels, sync huysvrouwe, 14 february 1654. 

6" Jeanne van Cutsem, décédée à Bruxelles, en 1626, et inhumée à Saint- 
Géry, mariée à Pierre Geereins, receveur de la ville de Bruxelles; 

70 Pétronnelle van Cutssem, sans alliance ; 

8» Anne van Cutssem, née le 1 mai 1582, se maria avec Paul Sophie ; 

90 Corneille van Cutsem, né à Bruxelles et baptisé h. Saint-Géry le 6 août 1596, 
étant tenu sur les fonts par Henri Jacohs et Catherine van Cutsem. 

III. Henri van Cutssem, né en 1584, mort le 29 octobre 1639, épousa 
Marie Peetervloets. 

Leur succession fut partagée par acte du 10 mai IGiO, entre leurs 
deux enfants, que voici : 

i^> Jeanne VAN Cutssem; 

2" Marie van Cutssem, mariée à Luc. van der Haeren. 



III. Pierre van Cutshem, né le 28 avril 1589, mort le 13 décembre 
1655, étaitfilsde Henri van Cutssem et d'Anne Moriaens. 11 épousa, le 26 
janvier 1619, à l'église de Saint-Géry à Bruxelles, Cécile van Merstraten, 
décédée le 21 juillet 16i2. fille de .Jean rnn Mn-slnden et de Cécile cr/n 



(leii Zijiie. Ils gisent à Saint-Géry dans le caveau de la famille van Cutslieni. 
De ce mariage sont nés trois enfants, savoir : 

lo Pierre, qui suit : 
2» Marie van Cutsem ; 
3° Claire van Cutsem. 

IV. Pierre van Cutshem, licencié en droits à l'université de Louvain 
le 11 mars 1644, puis avocat au conseil souverain de Brabant, né à 
Bruxelles et baptisé à St-Géry le lendemain, étant tenu sur les fonts par 
Pierre Geerems et Cécile van der Zypen, le 10 octobre 1019, mort le 23 
novembre 1073, épousa, par contrat passé à Bruxelles par-devant le notaire 
van Nu vêle, le 4 février 1049, et à l'église le 7 mars 1049, Marguerite 
VerlietiJewegen, décédée le 9 mai 1085. En vertu d'un octroi du 31 août 
1672, ils testèrent conjointement le 30 mai 1073. 

Voici un extrait de leur contrat de mariage : 

Op liedeni february 1649, comparerende voor my Petro van Nuvele, opcnbaer 
notaris enz., heer ende meester Pieter van Cutshem, licenciaet in de 
rechtcii ende advocaet in den raede van Bral)ant, jonghman, toecom- 
mende bruydegom, geassisteert van sieur Pieter van Cutshem , synen 
vader, oud rentnieester ende tegenwoordige borghemeester uytter nafien 
deser voorseyde stad Brussele, ter eenre; item joufFrouw Margriete 
Verheijlewegen jonghe dochtere, toeconimende bruydt, geassisteerd met 
jouffrouwe Elisabeth d'Hurbe, haere moeder,. weduwe wylen Hendrich 
Verheykiveyen, ter andre, enz. 

La succession de Marguerite Verheijlewecjen fut partagée, par acte, du 7 
septembre 1685, par devant le notaire Antoine Lemniens: 

Coni])areert syn heer ende meester Petrus van Cutshem, avocaet van den 
voorseyde raede, ter eenre; item Joannes-Baptiste van Cutshem, broeder, 
van vader ende moeder, der voorseyde beere advocaet van Cutshem, ter 
tweeder; item Henricus van Cutshem, broeder, van vader ende moeder, 
des voorseyde heer ende meester Petrus ende Joannes-Baptista van 
Cutshem, ter derder; en de jouffrouwe Gerlrudis-Elisabetha van Cuthsem, 
ingelyckx suster des voorseyde advocaet van Cutshem, Joannes-Baptista 
ende sieur Henricus van Cutshem, geassisteert met sieur Franciscus 
Basscry, desselver man ende moml)oir, albier mede comparerende, ende 
zyne buysvrouwe, om t'gene naerbeschrcven te doen autlioriserende mits 
desen, 1er vierder syde, aile kinderen wylen béer en meester Petrus van 



— 48 — 

CUTSiiEM, in synon levene advocaet enz., eiidejoiiffroiiwc Margareta Ver- 
heylewcf/en, geluiysschen, doen sy leefden, hunne ouders, enz. 

\o Pierre van Cutsiiem, né le 25 décembre 1649, mort le 27 avril 1707. Sa 
succession a été partagée le 25 avril 1709 : 

Compareert, etc., jouffvrouwe Maria-Anna t' Went, weduwe wylen sieur Jan- 
Baptista van Cutsem, als moeder ende momboiresse van Petrus van 
CuTSEM, Isabella van Cutsem, liuysvrouwe van d'heer Joseph Bellot > 
Jean-Baptiste van Cutseai , Maria-Anna van Cutsem ende van Guillelmus 
van Cutsem, liaere kinderen , gestelt by testament van wylen heer ende 
meester Petrus van Cutsem, in syn leven licenciaet in byde de rechten 
ende advocaet van den souvereynen raede van Brabant, volgens den 
testament gepasseert voor my notaris ende getuygen den 3 january 1707, 
tereenre; endejouifrouweGeertruyde-Elisabeth van Cutsem,» weduwe van 
wylen sieur Frans Bassery, in synen levene outborgbmeestei* uytter 
natien deser stadt, oock als moeder ende momboiresse by den voorseyden 
tcstamente gestelt over joulTrouwen Margarita, Magdalena-Theresia, Anna- 
Francoise ende Maria-Anna Bassery, haere kinderen, ter andei^ zyde ; 
welcke voorschrevene comparanten, met overstaenendebywesea van lieer 
Andréas Verheylewegen , priester, sieur Jacobus van Assche wegens die 
eerste comparanten ; ende van sieur François van den Dycke ende sieur 
Micbiel van den Dycke, synen sone, wegens de tweede comparanten, 
hunnen respectieve naeste vrienden , op den voct ende in conformiteyt 
van den voorseyde testamente, verclaeren met onderlinge consente te 
hebben gedeylt, etc. 

2" Elisabeth-Cécile van Cutshem , née le 28 juillet 1651, décédée le 13 dé- 
cembre 1 652 ; 

3" Jean-Baptiste , qui suit : 

/f Henri van Cutsiiem , greffier des chef-tuteurs de la ville de Bruxelles, 
né à Bruxelles etbaptisé à Saint-Géry le 15 février 1658, mort en célibat 
le 5 juin 1689 et enterré dans le caveau de la famille dans cette église; 

5" Gertrude-Élisabeth van Cutshem, née à Bruxelles le 2 décembre 1660 et 
baptisée à Saint-Géry, décédée le 5 juin 1737, se maria, le 19 février 
1678 , à l'église de Notre-Dame de la Chapelle , avec Franrois Bassery, 
né le 23 septembre 16i9, mort le 28 mai 1694, liis de Jnsse Bassery et 
de Madclaiiie Dondenvoick. 

V. Jean-Baptiste van Cutshem, né le avili IGôC», mort le 5 janvier 
I70;{, épousa, le 26 anùl 167',), Maria-Arme /' /ù///, née le 1' septembre 



— 49 — 

1660, dcccdée le li février 1718, (iUe d Élieiuio t' Kint , et de Marie van 
Bossmjf. Ils testèrent le 19 février 1718. Leur succession fut partagée le 
8 mars 4718 par-devant le notaire P. Lion, à Bruxelles. De ce mariage 
sont nés sept enfants, savoir : 

lo Etienne né le 28 août 1680, et bnplisé le 30, mort le 22 octobre 1693; 

2° Marie-Catherine, née le 8 septembre 1683, dccétlée le l"' juillet 1098; 

3o Jean-Baptiste van Cutshem, prêtre, né le 9 septembre 1691, mort le 
14 septembre 1738 ; 

4o Marie-Anne van Cutshem, née à Bruxelles et baptisée à St-Géry le 1 1 mai 
1694, décédée le 19 avril 1728, se maria, le 22 décembre 1719, à JNdtrc- 
Damc de la Chapelle à Bruxelles, avec François Lanne, mayeur de Forêt, 
né en 1682. mort le 2 octobre 1765, fils de Jérôme Lanne. et de Jeanne- 
Marie Leennans. 11 convola avec Aime-Callierine van de Crtiijs ; 

5" Pierre, qui suit : 

0" Isabelle van Cutshem, née à Bruxelles et baptisée à St-Géry le 17 sep- 
tembre 1685, se maria en premières noces le 25 mars 170i avec Josepli 
Bellol ; et en secondes avec Baltliazar Bellot ; 

7" Guillaume VAN Cutshem, curé de Forêt lez-Bruxelles, né le 28 août 1696, 
mort le 18 février 1733. 

VL Pierre van Cutshp:m, secrétaire ordinaire du conseil souverain de 
Brabant par lettres patentes du 18 avril 1725, greffier du même conseil par 
lettres patentes du 10 octobre 1741 , né h Bruxelles le 19 avril 1682 et bap- 
tisé à Saint-Géry, étant tenu sur les fonts par Pierre van Cutshem et Barbe 
Vues, mort le l^"" septembre 1777 , épousa en premières noces le 25 avril 
1705, Marie-Thérèse Was, décédée le l^'' octobre 1711 et inhumée à 
Saint-Géry; et en secondes noces par contrat du 8 avril 1730, et a. l'église 
de Sainle-Gudule à Bruxelles le 1 9 du même mois, Thérèse Françoise-Pétro- 
iiille de Cort, décédée le 28 juillet 1735, fille de Jean Hyacinthe François 
de Cort, seigneur d'Hilvazenbeek, et de Catherine-Livine Loijens. Elle fut 
inhumée le 29 juillet 1735 dans le caveau de la famille Loyens à Sainte 
Gudule. 

Voici un extrait de ce second contrat de mariage : 

Op heden 8 april 1730, cnmpareerde voor my etc., den heer Petrus van 
Cutshem, secretaris van syne kyserlycke ende catholique majesteyt en 
syiien souvereynen raede van Brab;iiit, weduwenaer wylen Maria-Tberosia 
Was, toecoininendcn bruydcgom , ter eenre; ende joufTrouwe Theresia 

25 XVII 4 



— 50 — 

Fraiiçi*ise-Pofronille de Cort, wettige docliter van diMi hecre Joannes 
}lyacintliUS-Fraiicisciis de Cort, heere van Hilvazenbeeck, advocaet van 
den voorzyde raede, ende van vrouwe Catharina-Livina Loyens, toecom- 
mende bniyt , ge?,ssisteerd metten selven hacren vader ende nioeder 1er 
andere syden , welkt) comparanten hebbende geconcipicerl aen te gaen 
hunnen aenstaenden huxVÇ.lycke. 

Il eut du premier mariage : 

10 Corneille van Gutshem, né à Bruxelles -Çt baptisé à Saint Géry, le 25 juin 

1706, mort le 13 septembre de la même afl,"*^e. 
2" Catherine van Cutsem, née le 13 avril 1707, déccdée le 21 septembre de 

la même année. 
3" Pierre van Cutsem, né le 5 juillet 1708, mort le !^3 juii 1*^20. 

11 eut du second lit : • 

À" Anne-Françoise van Cutshem, née à Bruxelles et baptiséf^ ^ Sainte-Gudule 
le 17 décembre 1732, décédée le 13 septembre 1819, se iPa™, P^r contrat 
du 10 décembre 1755, et le lendemain à Sainle-Gudule, ;!vec ^ide-Paui 
van den Cruyce, conseiller au conseil souverain de Br^l'^'it. "p- '^ 
4 janvier 1725, mort à Bruxelles le 19 juillet 1808, fils il? Pascbier- 
Jean-Augustin van den Crnycc, seigneur d'Aertselaer, de Cleyd'if'l et de 
Sloovers, bourgmestre d'Anvers, et de Marie-Mathilde de Coiiincl'' 

■50 Marie-Catlieriue-Madelainc van Cutshem , née à Bruxelles et b'ipt'sée à 
Sainte-Gudiile le 23 juillet 1735, décédée le 29 avril 179/i., sfc\ maria, 
par contrat du 29 décembre 1767, avec Michel^Florent-Léonard J3fle/'"««* ' 
seigneur de Bosières, natif de Louvain, mort le 27 février 1 780 ,■ sans 
hoirs, fds de Pierre-Léonard Baelmans, premier bourgmestre de Loif^'am, 
«t d'IIélène-Claire van der Noot. 



.^---îr*-G*îÇf*£i 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 20 MARS 186(1 



Président : M. le Comte de KERCKHOVE-VARENT. 
Secrétaire-perpétuel : M. VAN DER HEYDEN. 



wt^CA^X(î>^>0- 



EXTRAIT DE LA SÉANCE. 



M. LK PUKSÎDEXT OUVRE LA SEANCE PAR LE DISCOURS SUIVANT : 

• Messieurs, 

Un souvenir de mon voyage en Espagne m'a inspiré, ces jours 
derniers, quelques réllexions sur l'état de l'enseignement historique 
et archéologique dans notre pays. Je vous demande la permission 
de vous les soumettre. 

Ces réflexions, j'en ai bien peur, vous paraîtront peut-être 
sortir parfois du cercle rigoureux de vos études et s'être impré- 
gnées un peu trop de l'influence des événements au milieu desquels 
nous vivons. Messieurs, un célèbre philosophe écrivait à un de ses 
amis : « Je n'ai pas le temps d'être moins long. « Je me permet- 
trai de vous dire à mon tour : «pardonnez-moi; je n'ai pas eu 
le temps d'être moins politique. » 



r/osi ([u'iMi ('i!cl, Mcssioiirs, il est liii'ii dinicilc îmjiiiiid'lmi, 
pour no pas dire imj.ossible, de s'absir.iire roiiijilèleiiii'iil du iikui- 
vement général qui nous ciilraîiK^ el doiil l'adivilé pénètre jusqu'aux 
sphères les plus paisibles de la pensée et du ctrur. On a beau 
Taire et beau dire, il faut bien accepter les faits tels qu'ils so 
présentent, lors même que, dans sa conscience, on éprouve le 
besoin de protester contre ce droit nouvellement inventé des 
faits accoiitjilh. Ce qui se discute, chaijue jour, autour et au 
milieu de nous, dejiuis la tribune jus(iii'an foyer domestique, depuis 
les palais des rois jusqu'au pied des autels, ce sont sous des as- 
pects divers et sous des questions, en apparence, de^pur détail, 
les conditions même de la vie des sociétés. Aussi tous le^espriJs 
sont émus, toutes les jiassions s'agilenl, et, boji gré mal gré, il 
nous faut respirer cet air saturé de politique qui nous en^'iîloppo 
de toutes parts. 

Il y a eu une époque, xMessieurs, déjà bien loin de nous, où 
lout devenait question tliéologique, où la théologie pénétrait par- 
tout, absorbait toute l'activité du monde savant, où elle était le 
;grand aimant des intelligences, ou plutôt, comme l'a dit M. r.uizol, 
J« sang qui coulait dans les veines de la société européenne. 
Aujourd'hui que nous sommes, dit-on, devenus plus positifs, la 
politique fait ce que faisait aloi's la théologie et elle exei'ce la même 
absor[)lion. A quoi bon s'en élonner ou s'en plaindre? Il vaut 
mieux en prendre son parti, et, puisque dans la société comme 
dans rindividu, le physifjiu' (ujU sur le moral, faisons en sorte, 
chacun dans la limite de nos moyens , que le moral puisse réagir 
convenablement sur le physique. En d'autres tiU'uies, mettons tout 
ce que nous avons de bons scnliniculs, de bonnes pensées, de 
piincijies cl d'énergie au scrvici» d(\s lorces morales dans l(Mir 



— 53 — 

liiUe contre le despotisine niatérialisle des faits. Aiiiourd'liiM plus 
que jamais, tout se tietit dans l'humanité, tout s'enchaîne; au- 
jourd'hui plus que jamais, on peut dire qu'il n'y a pas de rouag'e 
inutile, si petit qu'il soit, dans la grande machine du monde civi- 
lisé; aujourd'hui plus que jamais, la moindre étincelle de la pensée 
se répand au loin, et, g-ràce aux fils conducteurs suspendus de 
toute part, l'étincelle est devenue une puissance en se répétant dans 
tous les coins de la terre. Ainsi il est naturel, inévitable, que les 
préoccupations politi(]ues atteignent jusqu'aux situations les plus 
écartées du mouvement et du bruit, que les problèmes sociaux 
pénètrentjusque dans les sciences mêmes qui leur semblent étrangères; 
et c'est aussi un devoir pour toutes les branches de l'activité hu- 
maine de ne plus s'isoler, d'accepter chacune sa tâche dans le 
travail commun de la grande famille, d'apporter sa part d'elîbrts 
('ans l'œuvre si pénible de la constitution générale. Chaque science 
peut et doit redire, de nos jours, le mot célèbre de Térence • Jwmo. 
s-um et ni h il humani a me alienum puto. • 

Parmi elles, à coup sur, l'histoire a bien le droit de se présenter 
en première ligne; car l'histoire a une grande mission, une mission 
jirofondément sociale : elle raconte ce qu'ont fait les hommes du. 
passé, non pas pour charmer une frivole curiosité, avide de 
spectacles ou de scandales, (cela est bon pour les mémoires, cette 
lecture si à la mode aujourd'hui ;) non pas pour fournir a notre 
vanité le plaisir des citations et des comparaisons, mais pour 
foriuer, par de sérieuses leçons, les hommes du présent et de 
l'aveiiir. La mission de l'histoire étant admise, il faut bien re- 
connaitre le concours de ses auxiliaires naturels et ordinaires : 
ceux-ci ont aussi le droit de réclamer une place ; ils ont aussi leur 
pari d'inHuence à exercer, et par conséquent leur travail doil être- 



— 54 — 

réglé (le inaiiiric à iciuire celle iiillueuce la |iliis salulaiii; pos- 
sible. Mais comment agira l'histoire pour s'acquitter de sa mission? 
Quel sera le caractère de son enseignemiMil? La réponse, Mes- 
sieurs, est dans la situation même du monde moderne. 

Notre époque, on ne peut le nier, n'est pas une époque de 
principes. La société dans laquelle nous vivons a été trop 
travaillée par les révolu! ions et les changements de toute espèce 
pour qu'elle puisse de sitôt reprendre son assiette et se reposer 
à l'ombre d'un ordre de choses un peu définitif. Nous avons 
tous, plus ou moins, en nous le sentiment du provisoire, et le 
présent ne nous inspire pas une foi bien robuste. Aussi chacun 
s'empresse de profiter de ce qu'il a sous la main, et comme, d'une 
part, les intérêts matériels ont pris un immense développement, 
grâce à l'impulsion puissante des grandes découvertes du sfëcle, et 
que, de l'autre, les principes se sont singulièrement émoussés, 
tout devient de plus en }ilus, dans ce monik; si mobile, une ques- 
tion de succès personnel, un appel incessant à la spéculation, à la 
chance, au gain . Cette tendance n'est certainement pas faite pour raffer- 
nur la consciencede l'homme; caria conscience est comme le cerveau 
que des ébranlements Irop répétés finissent par fêler et engourdir. 
Cette tendance établit un niveau fatal sous lequel s'clface l'origi- 
nalité des nations et des individus, et produit surtout cet abaisse- 
ment des caractères dont on se plaint tant de nos jours. Par là 
même, elle exerce une dé|)lorable influence dans le domaine de la 
liilératiire et de l'art, en substilnant le culte du sucres à celui du 
vrai et du beau. 

]| est tout naturel, Messieurs, qu'au milieu de pareilles préoccu- 
pations, le ]tassê ait perdu beaucoup de son iiilérêt pour la géné- 
ralion présenle. 11 ne faut donc [las s'étonner que les éludes 



— 55 -- 

classiques, les langues mortes, comme on est convenu de les 
appeler, soient si souvent battues en bréclie, si l'on voit des 
hommes d'esprit et de goût traiter avec dédain et môme ridiculiser 
les travaux laborieux et patients de ceux qui passent leur vie à 
éplucher des chroniques ou à élucider des légendes de saints. 
Mais aussi, des vies de saints, de l'hagiographie, au dix-neuvième 
siècle ! quelle audace ! quel contre-sens ! A la bonne heure, l'histoire 
des grands révolutionnaires, (!es girondins ou des montagnards : 
voilà de la vie, du mouvement, du drame! Mais de l'hagiographie, 
cela ne vaut pas plus aujourd'hui que la généalogie et l'héraldique. 
Voilà, Messieurs, ce qui se dit autour de nous, et il faut l'avouer, 
c'est fort logique : l'esprit moderne est fait ainsi ; il n'aime pas 
l'autorité; tout ce qui la rappelle, tout ce qui est ou paraît supé- 
riorité l'inquiète et l'irrite : il ne veut pas plus d'aristocratie dans 
le passé que dans le présent, et, à ses yeux, l'histoire des saints 
est une œuvre toute aussi aristocratique que celle des barons de 
la féodalité. Certes quand on a proclamé un principe, il est fort 
juste qu'on en déduise les conséquences. Malheureusement, dans 
la génération successive des conséquences d'un principe, on est 
souvent entraîné beaucouji plus loin qu'on ne le voudrait, et quand 
ou veut s'arrêter, les hommes ou les faits répondent : « il est 
trop tard. » C'est là l'histoire du monde et môme celle des 
familles : que de fois n'entendons-nous pas dire que l'autorité du 
chef de la famille est ébranlée, que le respect lilial se perd, que 
la femme veut s'émanciper? et là dessus on discute et on se 
lamente. Mais, Messieurs, ceci encore est un résultat logique et 
naturel. En elTet, interrogeons l'histoire; voici ce «{ue nous y 
trouvons : 

Au seizième siècle, un gi'aiid mouvement se fait en Eui'opc : 



— 56 — 

011 se suulùvc conlrc' le principe d'autorité; mais, cette fois, il ne 
s'agit encore que de l'autorité de Dieu ; c'est elle qu'on attaque, 
c'est elle qu'on limite, c'est contre elle qu'on fait la première 
constitution. L'homme dit à Dieu : « Faisons les parts ; voilà ce 
» que nous te laissons; à telles et telles conditions nous conti- 
• nuerons à te respecter et à nous appeler chrétiens. • Les débals 
furent longs et orageux, mais la constitution passa et tout le monde 
se déclara satisfait ou fit semblant de l'être. Après Dieu, ce fut le 
tour des rois : ils résistèrent de leur mieux et tirent tous leurs 
elforts pour retenir ce pauvre principe d'autorité qui s'en allait; 
mais la première digue avait été brisée et le torrent était devenu 
irrésistible : il fallut céder ou mourir. Après les rois, vint le tour 
des grands de toute espèce. Aujourd'hui le courant achève de 
balayer les quelques débris d'autorité qui surnagent encore par 
ci par là. C'est le tour des chefs de famille, des pères et des 
époux. Quoi de plus logique? il n'y a vraiment pas là de quoi 
tant se récrier. On parle souvent des contradictions de l'esprit 
humain : sans doute, il y a des contradictions dans les détails, 
dans les individus, mais non dans l'ensemble, dans le mouvement 
général. Quand on y regarde d'un peu près, on y constate une 
parfaite régularité, un développement non-seulement logique mais 
fatal de toutes les conséquences d'un principe jusqu'à la dernière. 
Nous en avons des exemples remarquables dans l'histoire contem- 
poraine. Permettez-moi de vous en citer un qui est bien près de 
nous. Il n'y a pas longtemps que nous avons vu présenter fort 
sérieusement des plans de réforme sociale qui ont fait frémir tous 
ceux qui possédaient quelque chose. Des hommes fort avancés 
dans les idi-es de progrès s'en sont indignés presque autant que 
les rélroijradca et ont jeté l'anathème sur ces plans et sur leurs 



01 — 



auteurs. Et cependant ces théories si eflVayantes n'étaient, après 
tout, qu'une déduction naturelle, inévitable de précédents posés 
et admis, sinon par tout le monde, au moins par une majorité 
fort considérable. En effet, qu'étail-il arrivé'? On avait, par amour 
]-our le progrès, pris les biens de l'église, au nom du droit de 
l'état; on les avait déclarés de bonne prise, en annulant sans 
aucun scrupule et les fondations pieuses, et les legs, et les testa- 
ments et les donations d'autres temps. L'état avait dit, parodiant 
le fameux mot de Louis XIV : . La propriété c'est moi. • 
Comme il ne s'agissait alors que de l'église, la noblesse et la 
bourgeoisie avaient répondu • c'est fort juste, il n'y a rien à 
objecter. - Un peu \)\us tard, lorsque la noblesse se fut brouillée 
avec la liberté au jioint de devoir abandonner ses biens pour 
sauver sa vie, l'état reprit la parole et proclama les biens des 
émigrés propriété de la nation. Cette fois encore, la bourgeoisie 
applaudit de tout cœur, et elle se montra si convaincue du droit 
de l'état que, lorsque la restauration voulut, quehpies années 
après, indemniser les dépouillés, le milliard des émigrés devint 
une des grandes armes de l'opposition bourgeoise contre le gou- 
vernement. Bientôt cette opposition devint gouvernement à son 
tour, et alors, à l'instar du roi Clovis et beaucoup d'autres, elle 
se mit bravement à adorer ce qu'elle avait brûlé, à brûler ce 
(pa'elle avait adoré. Elle se flattait d'avoir fondé son pouvoir sur 
des bases indestructibles, parce que ce pouvoir était nouveau; 
elle se crut assez forte pour arrêter le principe révolutionnaire et 
ses conséquences, pour leur dire, comme Dieu aux vagues de la 
mer : - Vous n'irez pas plus loin. . Vous savez, Messieurs, 
comltien peu le désillusionnement se lit attendre. Ce n'est pas 
tout : quelques années après, un terrible logicien sorti du sein du 



— 58 — 

pouph-, des raiii;s de ceux qui n'oiil rien, qui n'avaient pas eu 
leur lot dans les partag'es antérieurs, vint étaler audacieuse- 
ment, devant le monde consterné, ses plans de réfornne sociale, 
avec cette épii^raphe menaçante : la propriété c'est le vol. Le 
logicien a été condamné, ses partisans ont été hués , maudits , 
mitraillés, déportés; m.ais, hélas! les idées sont restées dans l'air; 
peu à peu elles pénètrent les masses, portées par l'ignorance, 
l'envie, la misère et ce désir de jouissances si général aujourd'hui. 
Elles ont même monté plus haut, elles ont affecté plus ou moins 
les meilleurs esprits, et aujourd'hui elles sont en train d'envahir 
jusqu'au droit international : la justice est devenue' ung pure 
question de force; malheur à qui n'est pas assez puissant pour 
défendre son hien ! 

Voilà, Messieurs, rinexorable loi qui préside au développement 
des événements. Il y a quelquefois des temps d'arrêt qui trompent 
le monde : on croit le germe mort et l'on se rassure; mais il n'est 
(jue caché et, tôt ou tard, on le voit reparaître avec une force 
nouvelle, et la dernière conséquence achève de sortir du premier 
principe. 

Pourquoi le croyons-nous? D'où nous vient cette foi? Elle sort 
naturellement , Messieurs , des enseignements de l'histoire , de 
l'observation du passé, de l'expérience des siècles. Assurément personne 
n'oserait nier l'immense utilité de l'expérience et de l'observation, 
{{ui lui sert de base et d'instrument. C'est là, en ellel, le plus 
grand élément de toute connaissance, de tout savoir humain. Per- 
sonne non plus, par conséquent, ne peut douter de l'utilité de 
l'histoire, de la nécessité de profiter de l'expérience des siècles. 
■ Mais, dira-t-on, personne n'en doute. » Je le veux bien, per- 
sonne n'en doute; tout le monde y a même une très-grande loi. 



1 



— 59 — 

Seulement il en est de celte loi comme de beaucoup d'autres : on 
croit, on l'affirme bien haut, mais on agit absolument comme 
si l'on ne croyait pas. 

Tout le monde fait plus ou moins son cours d'histoire, comme on 
apprend son catéchisme, à un certain âge, ou comme on apprend à 
danser, parce que cela est convenu, que c'est l'usage; mais, pour le 
plus grand nombre, cette étude n'est qu'une question de vanité ou 
de curiosité, rien de plus, rien de moins. Or, pour que l'histoire 
pût réellement et sérieusement contribuer à l'éducation, il faudrait 
bien se pénétrer d'une chose dans l'enseignement , c'est qu'elle doit 
être, avant tout, l'étude de l'homme dans le passé, le grand moyen 
de mûrir l'esprit en donnant de l'expérience, non pas cette expé- 
rience qu'on n'acquiert qu'à ses dépens, mais bien une expérience 
acquise aux dépens de nos devanciers. Je crois. Messieurs, qu'on 
ne peut mieux comparer l'influence d'une étude bien faite de l'his- 
toire qu'à celle qu'exercent sur nous les voyages. Nous avons tous 
remarqué que l'homme qui a beaucoup voyagé à moins de préjugés, 
de parti-pris, moins d'illusions et de crédulité, plus de calme, de 
bienveillance, d'impartialité dans ses appréciations : en un mot, son 
csjirit est plus mûr. Pourquoi? parce que, à force de voir des peu- 
ples et des institutions diverses, on finit par se dire qu'il y a 
partout du bon et du mauvais, on finit par retrouver partout, au 
fond des situations en apparence les plus opposées, les mêmes 
passions, les mêmes lois générales de notre nature, enfin le même 
pauvre cœur humain, avec ses infirmités et ses grandeurs, mais 
dilaté ou comprimé, selon les différences de lois, de croyances et 
même de climat. Les voyages hâtent donc l'acquit de l'expérience, 
de celte qualité tellement précieuse aux yeux de tout le monde que 



— fiO — 

l'oîi cioil ïmv \\n i;niii(l éloi^e iriin individu (jimnd on dit • « c'est 
ii!i h(i}iiiiie d'pxiif'Tience. • Eh bien! éUulier l'iiisloire ce n'est, an 
fond, que voyager dans le passé. 

Cependant voyons-nous que les jeunes gens qui ont occupé 
jjlusieurs années à celte étude aient heanconpinùri leur jugement''' Non 
sans doute, mais à quoi cela tient-il? On leur a fait remuer beau- 
coup de faits et de noms propres, discuter des événements, 
apprendre des dates, mais tout cela sans entrer dans la vie du 
passé, sans chercher l'homme sous ces hommes, sous ces acteui's 
qui ont défilé successivement sur la scène du monde. On les a fait 
voyager à travers le passé, à peu près comme voyagent la 
}»lupart des anglais à ti'avcrs le continent, c'est-à-dire, un guide 
de voyageur à la main, dans lequel se trouvent marqués }»lus ou 
moins exactement les villes, leur population, leurs monuments* leurs 
hiMels, les prix des voitures, des spectacles, etc. Avec cela, on 
entre dans un pays, on le parcourt d'un bout à l'autre, on voit 
tout, excepté la vie du peuple, son caMir, sa pensée, ce (|ui fait 
son originalité, ce qui le coustiîue bien plus profondénn^nt que ses 
théâtres, ses costumes ou ses divertissements jiublics. On voyage 
ainsi pendant vingt ans, sans avoir, au fond, rien appris, et l'on 
rentre chez soi aussi jeune, aussi novice, aussi inexpérimenté que 
l'on en est sorti. Eh bien! c'est exactement là ce qui arrive à la 
plupart de ceux qui ont fait plusieurs années de cours d'histoire : 
ils ont beaucoup vu el le plus souvent ils n'ont rien appris, mais 
beaucoup onblié. Pour ma part, je suis persuadé ([u'il e!i s.'ra de 
ménu^ tant qu'on ne s'attachera pas, dans l'enseignement, à faire 
lie l'histoire ce qu'elle doit être, la grande science de l'expéi'ience 
humaine. 

Mais, Messieurs, l'hisloire élan! conqu'isc ainsi, il l'sl évident 



— Gl — 

qu'il faiidi'ii pénétrer plus avnnl qu'on ne le fait généralement dans 
la vie (les peuples, mieux connaître leurs mœurs, leurs travaux, 
leur esprit, toute leur manière d'être; c'est à dire, qu'il faudra 
faii'e entrer beaucoup plus d'archéologie dans l'enseignement de 
riiisloire. Aujourd'hui, l'archéologie est l'occupation de quelques 
individus , une science d'amateurs , tandis qu'elle devrait être 
l'occupation de tous ceux qui enseignent ou apprennent l'histoire. 
Combien de gens y a-t-il, je vous le demande, qui sachent recon- 
naître une médaille, tleehiflrer une charte, constater l'âge et 
le caractère exact d'un vieux monument? Certes leur nombre 
n'est pas bien grand. Cependant nous entendons dire tous les 
jours que, pour étudier l'histoire, il faut remonter aux sources. 
C'ebt fort bien ; mais, pour cela, il faut pouvoir comprendre les 
sources. Sinon, il faut croire sur parole les quelques maîtres qui 
les interprètent ; or ceci est peu conforme à notre esprit moderne 
de libre-examen, qui veut que chacun juge tout par soi- 
même. 

En Belgique, iMcssii'urs, il y a, je crois, sous ce rapport une 
lacune à combler. Avec un peu de bonne volonté, et grâce aux 
ressources du pays, à l'esprit do iirogrès dont il est animé, il ne 
serait pas bien difficile de compléter l'enseignement de l'histoire 
dans le sens (jue je viens d'indiquer. Dans un autre pays que 
généralement, en Europe, on croit très-arriéré, mais que l'on juge 
foit mal, en Espagne, on a fait pour les études historiques une 
cliose extrêmement utile et que nous devrions imiter chez nous. 
On a créé à ]\Iadrid, à l'instar de l'école des chartes de France, 
un enseignement spécial pour l'archéologie. Cet établissement, à 
part tous les autres avantages, offre celui de former des sujets 
capables de remplir les fonctions de bibliothécaires, conserva- 



— G2 — 

teurs, archivistes, etc. Les jeunes gens y sont admis à l'âge de 
dix-huit ans, après avoir suhi l'examen de bachelier-es-lettres. Le 
cours de l'école est de trois ans. Je n'ai pas besoin de vous dire 
qu'on y enseigne la diplomatique, les antiquités du moyen-âge, le 
latin dans ses transformations successives jusqu'à son absorption 
dans le Roman, etc. 

Pourquoi, Messieurs, n'ctablirait-on pas la même chose en 
Belgique? On se plaint assez souvent, et avec raison peut-être, 
de l'abandon de tel ou tel monument, de la mauvaise restauration 
de tel autre, et l'on réclame à grands cris l'intervention du 
gouvernement ou de ses commissions. Si cependant les^ études dont 
je viens de parler étaient plus répandues, si surtout elles étaient 
encouragées, en plaçant au bout, comme en Espagne, l'espoir 
sérieux d'une carrière pour ceux qui s'y livrent, de pareilles 
plaintes deviendraient sans doute, chaque jour, plus rares, et 
tout le monde y gagnerait, les hommes et les monuments. Il 
serait d'ailleurs facile de rendre la mesure plus féconde, en faisant 
voyager, pendant quelque temps, au moyen d'une bourse, les meil- 
leurs sujets sortis de l'écoJe. Ces jeunes archéologues établiraien-t 
ainsi avec l'étranger des relations utiles pour la science, et rappor- 
teraient dans le pays des travaux dont tous profiteraient, historiens, 
littérateurs et artistes. 

Pour résumer, ]\lessicurs, ce que je viens d'avoir l'honneur de 
vous dire, je rappellerai que l'archéologie est l'auxiliaire le plus 
utile de l'histoire bien entendue et même son auxiliaire indispensa- 
ble. Chaque jour, elle vient jeter quelque nouvelle lumière sur 
les mystères du passé. Quels services, par exemple, n'ont pas 
rendus à l'histoire les travaux de l'expédition française en Egypte, 
et plus récemment, les savantes recherches de MM. Layard, 



— 68 — 

Botta, Rawlinson et tant d'autres? L'arclicologie est à l'histoire ce 
que la paléontologie est aux sciences naturelles : elle est môme 
plus, car elle seule peut donner la vie et la couleur aux récits 
historiques, en nous initiant aux monuments, aux mœurs, à la 
langue, aux costumes môme du passé. Une pareille science ne 
saurait être laissée plus longtemps hors de l'ensignement dans un 
pays comme le nôtre, aussi avancé sous tous les rapports, aussi 
plein des plus riches souvenirs. Elle a droit à toutes les sympathies 
de la nation et du gouvernement. 

Messieurs, je n'ai pas la prétention, veuillez le croire, d'avoir 
apporté devant vous quelque idée nouvelle, je n'ai fait que rappe- 
ler; mais vous le savez, les vérités utiles ne sauraient être trop 
répétées, pour arriver enfin à une réalisation. 

La vérité est comme la goutte d'eau qui finit par percer la pierre 
sur laquelle elle tombe ; mais hélas ! c'est à la condition d'y re- 
tomber sans cesse et pendant bien longtemps. 

Puissiez-vous, Messieurs, accueillir avec bienveillance la goutte 
d'eau que je suis venu vous présenter ! » 



— L'assemblée arrête par acclamation et à l'unanimité que le 
discours de M. le président sera imprimé dans les Annales de 
l'Académie. 

— Le procès-verbal de la dernière séance générale est lu et adopté. 

— M. le secrétaire fait le rapport suivant sur les travaux de 
l'Académie depuis sa dernière séance générale : 

« Messieurs, 
Avant de vous entretenir du rapport que m'imposent les fonctions 



— 64 — 

ilo secrélairc pi'rpt'liiel auxquelles vous avez daigné m'appelcr, 
permettez-moi de vous dire combien je suis touché de la bienveil- 
lance que vous avez montrée à mon égard ; et pour l'honneur que 
vous m'avez fait de j('ter les yeux sur celui de vos membres le 
moins digue, sans doute, de remplir cet important emploi, souffrez 
que je consacre ces premières paroles à la plus vive et la plus 
durable reconnaissance. 

Certes, je ne devais pas m'attendre à cette marque de con- 
fiance ; et je ne vous dissimule point que cette tâche sera fort 
loui'de pour moi, pour ne pas dire qu'elle sera de beaucoup au- 
dessus de mes faibles moyens ; mais plus votre indulgence est 
grande envers moi d me paraît peu méritée ; plus le sentiment 
que vous avez fait naître dans mon cœur m'était inattendu, me 
flatte et m'est devenu précieux, plus je suis sensible au témoignage 
d'estime que vous me donnez, et plus je croirai de mon devoir de 
justifier voti'c choix par mes e'forts et mon zèle, qui doivent sup- 
pléera l'impuissance de mes dispositions. Aussi comptez-y. Messieurs, 
ma bonne volonté et nmu dévouement ne feront jamais défaut. 

Nous devons aux hommes actifs qui n'ont cessé, depuis la fonda- 
tion de cette association, dose rendre utiles et de se distinguer dans 
le monde savant, que noire Académie aura dans peu dix-huit années 
d'existence. Pendant cette longue période, la compagnie, se plaisant 
à fouiller dans les débris des générations qui nous ont précédés, 
a toujours travaillé avec ardeur pour atteindre le noble but de sa 
création ; elle a continué, avec les faibles ressources dont elle 
dispose, à produire des travaux accueillis avec beaucoup de faveur 
par le public. Nos publications sont répandues chez toutes les 
nations du monde civilisé et partout elles sont honorablement con- 
servées. De toute pai't nous arrivent des marquas de sympathie et 



— 65 — 

(le liaiile approbation do. savaiils illustres , les souverains les plus 
éclairés daig'nent agréer avec bienveillance l'hommag'e de nos 
travaux et nous accordent leurs augustes suffrages, en un mot tous 
les gens de bien capables de nous juger applaudissent à nos efforts. 
Sera-t-il nécessaire de vous rappeler que notre Académie possède 
aussi l'avantage d'avoir donné lieu à la fondation de tant d'autres 
sociétés archéologiques, dont l'utilité est reconnue incontestable? 
Mais hâtons-nous de le dire à son honneur, avant d'arriver à cette 
extension de célébrité, elle a partagé le sort réservé à presque 
toutes les institutions établies sur le désir de contribuer au bien 
du genre humain. Elle a dès sa naissance rencontré des adversaires 
poussés par la passion ignoble de l'envie. Ils ont dirigé contre nous 
les armes de la calomnie, le plus avilissant des vices; et du 
fond de leur obscurité ils se sont servis de moyens indignes de 
l'homme d'honneur pour nuire aux personnes dont les éminentes 
qualités les blessaient; mais leurs dégradants efforts n'ont pas pu 
un instant nous décourager , et jamais ils n'ont même attiré sérieu- 
sement notre attention : nous leur avons opposé notre dédain et le 
résultat de nos travaux, et, aujourd'hui que nos publications par- 
lent si hautement en notre faveur, ils sont vaincus et réduits au 
silence. 

Notre Académie est entrée dans une excellente direction ; son nom est 
prononcé avec respect chez tous les peuples où les lettres sont cultivées . 

J'éprouve une véritable satisfaction à rapporter ici un fait, 
qui, appuyant ce que nous venons de dire à la gloire de notre 
Académie, est une nouvelle preuve de son bon renom : c'est ce que 
nous a appris notre Président M. le comte de Kerckhove; lors 
de son récent voyage en France et en Espagne , pays où il 
a visité les princijiales notabilités scientifiques et littéraires, 

25 XVII 5 



— m — 

et où — pour le dire en passant — coiinii p;ir ses ouvrages el 
précédé de sa réputation, il a été accueilli partout avec une grande 
distinction, dans ces pays, dis-ie,il a vu nos travaux avantageuse- 
ment appréciés, l'afTiliation à notre Académie estimée et ambitionnée, 
et remarqué que beaucoup de nos membres y sont renommés parleurs 
œuvres et leurs talents. C'est en visitant les nombreuses Académies 
dont M. de Kerckhove fait partie, en visitant les bibliothèques 
publiques et les musées, qu'il a entendu dans tous ces lieux faire 
l'éloge de notre Académie et de plusieurs de nos collègues, parmi 
lesquels MM. de Gerlache, Schayes, de Witte, Gachard, Broeckx, 
de Keyser, etc. Et pourquoi, Messieurs, ne vous ferai -je 4)as part 
du juste éloge que M. de Kerckhove, dans une de ses excursions 
au riche et incomparable Musée royal de peinture de Madrid, a ouï 
faire par son célèbre directeur général M. de Madrazo, de notre 
Vice-Président, M. de Keyser? Pourquoi, dis-je, n'aimerions-nous 
pas à reproduire cet éloge avec d'autant plus d'empressement qu'on 
est quelquefois injuste en Belgique envers M. de Keyser, ce (pie 
confirme la vérité du proverbe : « nul n'est prophète dans son 
propre pays. • J'ai vu des tableaux de M. de Keyser, disait 
• M. le commandeur de Madrazo à M. de Kerckhove, et je le con- 
» sidère comme un des plus habiles peintres d'histoire du siècle. La 
» patrie de Rubens et de Van Dyck peut s'enorgueillir d'un beau 
> talent pareil. » Voilà de quelle manière M. de Keyser est juge à 
l'étranger par un des peintres les plus savants et l'un des meilleurs 
coloristes de l'Europe, par le chef des Académies de peinture en 
Espagne, homme franc et loyal, inaccessible aux petites passions 
qui déshonorent les Beaux-Arts. Je ne puis m'empècher de signaler 
un tel suffrage si flatteur pour notre collègue M. de Keyser et pour 
la Belgique qu'il honore. 



— f)7 — 

Ceci nous démontre que nos collègues sont partout lionorablemenf 
appréciés et que notre compagnie mérite d'occuper l'attention publique. 
Notre Académie, en effet, est aujourd'hui en relation avec presque 
toutes les sociétés savantes qui existent dans les deux hémisphères, 
et les échanges que nous faisons avec elles de nos publications, 
enrichissent notre bibliothèque et nous font acquérir la connaissance 
des découvertes des traces du passé, et celle des investigations 
archéologiques qui ont lieu dans le monde. 

L'Académie compte parmi ses membres la majeure partie des célé- 
brités archéologiques de l'époque ; et le désir exprimé par les person- 
nes les plus versées dans l'histoire et la science archéologique d'être 
associées à ses travaux est encore une preuve irrécusable de la 
haute estime dont elle jouit. 

Je sais, MM., que j'aurais pu me dispenser de tous ces préliminaires 
d'éloges, — bons pour des sociétés naissantes dont l'utilité n'est pas 
généralement reconnue — et que j'aurais pu omettre quelques détails 
particuliers ; je me plais cependant àm'arrêtersurces considérations, 
parce qu'elles montrent avec certitude l'accomplissement du premier 
et du plus ardent de nos désirs, celui d'être utiles, et c'est là la 
plus douce récompense que nous puissions ambitionner. 

Je passe aux travaux que, depuis la dernière séance générale, 
l'Académie a publiés. Ils sont dus aux membres dont les noms 
suivent: MM. Broeckx, Osw. vanden Berghe, Arnaud Schaepkens, 
Schayes, l'abbé Stroobant, Ed. le Grand de Reulandt, l'abbé vanden 
Nest, Augustin Grootjans Hulpiau, le major de Marteau, Théophile 
le Jeune, Hagemans, Léopold de Villers, vander Heyden, Lansens, 
le comte de Kerckhove-Varent, Edmond vander Straeten, Galesloot, 
le docteur Valiez, Jules Huyttens, Alexandre Schaepkens, le profes- 
seur Diegerick, le professeur M;iertens, le baron de Fierlant, 



— 68 — 

de (jhil.ii;iii, r;ircliilecle de Piuost ((1 le prolesseiii' Xaiiiiir. Je les 
cite dans l'ordre de l'impression de leurs œuvres, dont je n'entre- 
prendrai pas, MM., de vous faire un exposé analytirpie, parce que 
leur publicité dans nos Annales les fait mieux apprécier qu'un 
simple résumé toujours pâle et incomplet, qui ne saurait qu'en 
atTaiblir l'importance et le mérite. 

Leur nombre aurait été plus considérable, si notre Académie, 
forcée de se renfermer dans les limites de ses ressources, 
avait pu pourvoir aux dépenses de l'impression. L'ancien Ministre 
de l'Intérieur, M. de Decker, lui donnait un subside destiné 
à couvrir les frais de ses publications ; mais cet enfcourgc^ement 
ne nous a pas été accordé par son successeur le ministre actuel. 
Cependant la continuation de cette faveur lui permettrait de 
multiplier ses travaux, de donner une plus grande extension 
à ses études et d'illustrer ses œuvres de gravures, où l'école 
belge serait dignement représentée, et de contribuer ainsi à étendre 
la gloire de nos savants et la réputation de nos artistes. Plusieurs 
de nos membres effectifs, n'écoutant que leur zèle, se sont em- 
pressés d'aider l'Académie pour la soutenir dans la position où elle 
est entrée. En les remerciant ici publiquement, je puis les assurer 
de la reconnaissance de leurs collègues. La compagnie a été surtout 
pénétrée de la conduite généreuse de l'un de ses membres effectifs, 
qui lui a fait don d'une somme assez forte. Aussi l'Académie voulant 
lui donner une marque de sa gratitude et de son estime 
lui a conféré le titre de membre honoraire. Ces traits de dévoue- 
ment honorent à la fois les personnes et l'institution. Ils servent 
en outre à montrer que l'égoïsme ne trouve point d'accès dans leurs 
cœurs. 

Je fais avec bonheur la remarque que jamais, depuis la fondation 



— 69 — 

de l'Académie, les luttes déplorables de l'amour-propre ne sont 
venues troubler parmi nous l'union et la concorde, choses indis- 
pensables à l'accomplissement de la tâche que nous nous sommes 
imposée , et sans lesquelles une compagnie savante, quelque bien 
organisée et quelque richement dotée qu'elle soit, ne peut rien faire 
de bon, ne peut être utile. Espérons que ces deux qualités ne 
s'éloigneront point de nous. C'est le plus ardent de mes vœux. Le 
souvenir du passé ne permet pas d'élever des doutes sur l'avenir. 

C'est avec un cœur pénétré d'un sentiment douloureux que vous 
partagerez sans doute, MM., que j'ai à mentionner que nous avons 
éprouvé des perles sensibles depuis la dernière séance générale, 
la mort a largement moissonné dans les rangs de nos membres, 
Nous avons rendu dans nos Annales un tribut mérité à leur mé- 
moire et exposé les titres qu'ils ont à l'estime et aux regrets 
publics. Je n'ai par conséquent pas à y revenir pour faire hommage 
à leurs mânes. 

Le sentiment pénible que nous éprouvons devant ces pertes, 
trouve, si je puis le dire, un adoucissement dans l'admission de 
nouveaux membres , connus par leur mérite supérieur et qui nous 
assurent une brillante coopération. 

Comme les distinctions accordées à nos collègues rejaillissent 
sur l'Académie et tendent à stimuler le zèle et à redoubler, au 
besoin, d'activité pour avancer de plus en plus dans la voie du bien 
public, je crois devoir faire mention des distinctions qui, depuis la 
séance générale de 1857, ont été décernées à quelques-uns de nos 
membres en récompense de leurs talents et de leurs services rendus. 

Notre honorable président M. de Kerckhove a été nommé, par 
le roi de Grèce, commandeur de l'ordre royal du Sauveur, sur la 
proposition de l'illustre M. Rangabé, ministre de la maison 



— 70 — 

royale et des affaires étrangères de Grèce, ancien professeur de 
l'université d'Athènes, membre de l'institut de France et des 
principales Académies, qui, par ses remarquables ouvrages, s'est 
créé un rang si élevé dans le monde savant. 

La lettre qu'un écrivain aussi célèbre que M. Rangabé adressait 
à notre président, à l'occasion de cette brillante promotion, est 
trop honorable pour ne pas la reproduire : elle offre une nouvelle 
preuve que M. de Kerckhove n'a pas ramassé ses nombreuses 
décorations dans les antichambres. J'ai sous les yeux cette lettre, 
et en voici la copie exacte : 



Athènes, le ii/âO juin 1^57, 



« Ministère de la 
t» Maison du Roi et 
» des relations ex- 
)) térieures. 



» Monsieur le vicomte, 

• Il m'est agréable d'avoir à vous annoncer que Sa Majesté le 
Roi, mon auguste souverain, s'est plu à vous élever, par oixlon- 
nance, en date du 10/22 courant, rendue sur ma proposition, 
au grade de commandeur de son ordre royal du Sauveur. 
» Sa Majesté, en vous accordant ce nouvel et bien flatteur témoi- 
gnage de sa haute bienveillance, a voulu reconnaître, d'une manière 
éclatante, le mérite qui distingue vos œuvres scientifiques. J'ai 
d'autant plus d'empressement à vous en faire, Monsieur le vicomte, 
mes félicitations les plus sincères que j'ai pris avec beaucoup de 
plaisir l'initiative d'une distinction aussi bien méritée. 
» En vous faisant parvenir ci-joint le brevet royal de votre 
nomination et les insignes qui vous ont été conférés, je vous 



— 71 — 

• prie, Monsieur le vicomte, d'agréer les assurances de ma con- 
» sidération la plus distinguée. 

fSignéJ A. R. Rangabé. • 

» A Monsieur le vicomte de Kerckhove, 
» président de l'Académie d'Archéo- 
» logie de Belgique, à Anvers. » 

Notre président M. de Kerckhove a été l'objet d'une autredistinc- 
tion des plus flatteuses, — comme auteur de plusieurs ouvrages 
et comme membre de l'Institut royal des sciences naturelles des 
Deux-Siciles, de l'Académie royale des sciences (Société royale 
Boiirhonnienne) , de l'Académie royale pontaniane et de l'Académie 
royale de médecine de Naples, de l'Académie royale de médecine 
de Palerme et de l'Académie royale des sciences de Messine — il 
a été élevé, le 27 mars 1858, à la dignité de comte, transmissible 
à ses descendants, par le roi des Deux-Siciles Ferdinand II, pro- 
lecteur actif des sciences , qui déjà auparavant avait nommé 
M. de Kerckhove commandeur de l'ordre royal de François I et 
iui avait fait cadeau de son portrait représenté sur une magnifi- 
([ue médaille en or, grand module, portant sur le revers : A 
l'auteur de l'Histoire médicale des campagnes de Russie et 
d'Allemagne -». 

M. de Kerckhove peut se glorifier avec d'autant plus de raison 
de cette concession du titre héréditaire de comte, — obtenue gratui- 



' Cet ouvragée est traduit en Italien par le célèltre docteur Fantonetti. 
secrétaire perpétuel de rinstitiit impérial Lombardo-Véïiitien des sciences , 
lettres et arts, professeur de Médecine à Milan, et eu Hollandais par le nor- 
moins célèbre docteur Van den Boscn, de Rotterdam. 

(A'ole (lu .scirelalrc pcijK'lucll 



— 72 — 

temeiil, — qu'elle émaned'un roi arislocratiqued'un mérite éminent, 
regardé par tous les gens éclairés et bien pensants comme le modèle des 
souverains, comme le véritable représentant de la monarchie, et qui 
n'a conféré des titres nobiliaires que très-rarement et seulement dans 
des cas fort exceptionnels; roi auquel l'histoire impartiale consacrera 
une belle page dans ses fastes et inscrira son nom parmi les princes 
les plus méritants, les plus vertueux et les plus parfaits qui aient 
occupé des trônes. Oui! il est permis d'être fier d'avoir été distingué 
par un tel souverain, si digne de l'admiration et de la vive amitié du 
glorieux et si justement aimé chef de l'Eglise, notre saint père Pie IX. 
Les gages d'une si haute estime donnés par le roi Ferdinand II à 
M. de Kerckhove sont de bien beaux titres à la gloire cfe notre 
président, et rien ne pouvait couronner avec plus d'éclat sa longue 
et laborieuse carrière scientifique. 

— J'ai vu les lettres-patentes de comte octroyées à M. de Kerck- 
hove. Elles lui ont été expédiées de Naples sous la date du 20 
décembre 1858, après avoir été dûment signées et enregistrées 
aux archives de la commission royale des titres de noblesse du 
royaume des Deux-Siciles, sous le numéro d'ordre de 1273, sans 
qu'il y ait eu des frais à acquitter. — 

M. de Keyser, Ir vice-président de notre Académie, directeur 
de l'Académie royale des Beaux Arts d'Anvers, a été nommé, par 
le roi des Pays-Bas, commandeur de l'ordre royal et grand ducal 
de la couronne de chêne, pour les admirables tableaux que cet 
éminent artiste a produits et envoyés en Hollande. 

M. le major de Marteau, membre effectif de l'Académie, a été 
nommé, par le roi des Belges, olTicier de l'ordre de Léopold, 
en récompense de la conduite si courageuse et sublime qu'il a 



— 73 — 

tenue dans le sauvetage des personnes ensevelies sous les décombres 
de l'Entrepôt royal d'Anvers. 

M. le chanoine de Ram, recteur magnifique de l'Université 
catholique de Louvain, conseiller de l'Académie, a été nommé, par 
le roi de Bavière, officier de l'ordre de St-Michel, pour les émi- 
nents services qu'il a rendus au haut enseignement pendant les 
vingt-cinq ans que l'Université catholique est placée sous sa 
savante direction. 

M. le consul Florent Lysen, membre effectif de l'Académie, a 
reçu la croix de chevalier de l'ordre royal de Charles III, pour 
son ouvrage sur l'économie politique. 

M. l'abbé van den Nest, conseiller de l'Académie, a obtenu la 
décoration de chevalier de l'ordre royal de François I , sur la 
recommandation de notre président M. de Kerckhove, qui avait 
envoyé au gouvernement Napolitain les ouvrages de M. l'abbé van 
den Nest. 

Avant de terminer, MM., je vous dirai que la correspondance 
de l'Académie est toujours fort considérable. Il me serait impos- 
sible de vous donner connaissance des lettres que nous avons 
reçues. Le nombre en est trop grand, et c'est ce qui nous a forcé 
d'adopter la mesure de les lire au Conseil à mesure qu'elles nous 
arrivent et de mentionner dans nos Annales celles qui offrent de 
l'intérêt. 

Quant à l'état des finances, l'Académie n'a aucune dette, toutes 
ses dépenses ont été régulièrement payées. D'après le Règlement, 
une commission doit être nommée pour vérifier les comptes du 
trésorier. Cette commission constatera la somme qui reste en 
caisse. 

Tous les livres et envois que l'Académie a reçus, depuis la dernière 



— 74 — 

séance générale, ont été annoncés dans nos Annales et 
envoyés à M. Broeckx, archiviste bibliothécaire, qui les a déposés 
dans la Bibliothèque de l'Académie. M. le professeur Maertens , 
nommé bibliothécaire adjoint, s'occupe activement de la rédaction 
du catalogue de tous les objets , médailles , statues , manuscrits 
et ouvrages quelconques appartenant à l'Académie, et après que 
ce zélé collègue aura terminé cette laborieuse tâche et que les 
finances de l'Académie le permettront, ce catalogue sera imprimé 
et adressé à tous les membres effectifs. » 



— L'assemblée arrête par acclamation que le rapport de 
M. le Secrétaire perpétuel sera imprimé dans les Annales de 
l'Académie. 

— Toutes les élections de membres et toutes les propositions 
faites par le Conseil d'administration sont sanctionnées par l'assem- 
blée générale conformément au Règlement. 

— Une commission chargée de vérifier les comptes et d'exami- 
ner l'état des finances de l'Académie est nommée. Elle se compose 
de MM. Broeckx, de Proost etvander Heyden. 



EXTKAIT DES PROCES-VERBAUX 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE. 



— Sur la proposition de M. le comte de Kerckhove, président 
de l'Académie, elle délègue, par acclamation, M. d'Otreppe de 
Bouvette, président de l'Institut archéologique Liégeois, membre 
honoraire de notre Académie, comme son représentant au congrès 
scientifique de France qui s'ouvrira au mois d'avril prochain. 

— Le congrès archéologique de France — qui sera ouvert à 
Dunkerque le 16 août 1860 — invite l'Académie à y assister. 

— La Société impériale de géographie de Vienne demande à 
entrer en relation avec l'Académie. Adopté par acclamation. 

— MM. Soucaille, secrétaire de la Société archéologique, scien- 
tifique et littéraire de Béziers, le chevalier Camille de Borman, 
membre de plusieurs compagnies savantes, Stanislas Bormans, 
secrétaire de l'institut archéologique de Liège, et Van de Wael, 
agent de la société générale à Bruges, adressent leurs remercîments 
à l'Académie pour les avoir admis au nombre des membres 
correspondants. 

— L'Institut de France et plusieurs autres compagnies savantes 
remercient l'Académie de l'envoi de ses dernières publications. 



— 76 — 

— Siii' la |trojiosilioii de Mi\l. le docteur Broeckx et le profes- 
seur Diegerick, rAcadémie arrête que les membres correspondants, 
(jui seront élus à l'avenir ])armi les savants domiciliés en Belcfique, 
doivent contracter l'obligation de s'abonner aux Atmales. 

— M. le comte de Kerckhove, président de l'Académie, annonce 
la mort de M. l'abbé Texier, membre correspondant de notre 
Académie, supérieur du séminaire du Dorât à Limog'es, membre 
de la Société archéologique et historique du Limousin et de 
plusieurs autres compagnies savantes, correspondant du ministère 
de l'instruction publique de France. M. Texier était un excellent 
prêtre et un écrivain de beaucoup de mérite : il remplissait avec 
un grand dévouement ses devoirs chrétiens, ce qui le faisait géné- 
ralement vénérer et surtout chérir du pauvre. 11 a publié de 
savants écrits qui lui donnaient un rang' distingué dans la répuClique 
des lettres. Nous avons remarqué particulièrement dans les 
Mémoires de la société des antiquaires de Poitiers des travaux 
bien intéressants de M. Texier, savoir : son Essai sur les argen- 
tiers et les ém,ailleurs de Limoges; son Manuel d'épigraphie et 
son recueil d'inscriptions Limousines. 

— M. le président annonce également la mort du célèbre 
docteur Ghrétien-Godefroid-Daniel Nées d'Esenbeck, membre hono- 
raire de l'Académie depuis sa fondation, avec lequel M. de Kerckhove 
fut très-longtemps en relation. 

M. Nées naquit le 14 février 1776, à Odenwalde près d'Erbach. 
Après avoir achevé ses études primaires au gymnase de Darm- 
stadt, il se rendit à l'université d'Iéna, où il resta plusieurs années, 
pour y étudier la philosophie, les sciences naturelles et la médecine. 
C'estàlcna qu'il lit la connaissance de l'immortel Gothe, qui le prit 
sous sa protection spéciale et lui accorda toute son amitié. En 1800, il 



/ / 



fut promu au grade de docteur en médeciue et se livra à la pratique 
médicale, mais son caractère pacifique et indépendant ne pouvait 
se plier aux exigences et aux nombreux désagréments attachés à 
cette carrière ingrate, qu'il abandonna, au bout de quelques années, 
pour se consacrer entièrement aux études des sciences naturelles. 
En 181 G, il fut nommé professeur de Botanique à l'université d'Er- 
langen. En 1818, il fut appelé, en la même qualité, à l'université nou- 
vellement établie à Bonn, où il fonda avec son frère Frédéric et 
l'habile jardinier Linning le riche et ;idmirable jardin des plantes. En 
1830, il fut nommé professeur de Botanique et directeur du jardin des 
plantes àBreslau, place plus avantageuse qu'il a occupé jusqu'en 1852. 

M. Nées, surnommé le Liiinée d'AUeinagnc, a publié plusieurs 
ouvrages qui l'ont fait admettre à presque toutes les Académies 
et sociétés des sciences. Son mérite éminent et ses travaux ne lui 
ont pas seulement valu des lettres de noblesse du Roi de Bavière 
et des décorations de Prusse, de Bade et de Saxe-Weimar, mais ils 
lui ont fait décerner, le 3 août 1818, le plus grand' honneur 
que puisse désirer un savant, savoir la présidence de l'Académie 
impériale Léopoldino-Caroline des curieux de la nature d'Alle- 
magne, fonctions qu'il n'a cessé de remplir, pendant quarante 
ans, avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge. 

— Madame Fuss fait part de la mort de son mari M. Jean- 
Dominique Fuss, professeur émérite de l'université de Liège, 
membre correspondant de notre Académie, décédé le 30 janvier 
1860, à l'âge de 79 ans. 

Pour rappeler les titres qu'avait notre savant confrère à l'estime 
publique, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le bril- 
lant discours que notre honorable confrère M. Lacordaire, recteur 
de l'université de Liège, a prononcé, à la salle académique, au 



— 7H — 

milieu \\c i'rnioiion irun immonsp auditoiro, avant de coiidiiirc. i:i 
dépouille morlellc au champ de repos. 

« Messieurs, 

« De cette première i^'énération de professeurs qui ont assisté 
à la création de l'Université, il y a quarante ans, un membre, 
presque le seul, nous restait encore hier. La mort, qui nous a 
appelés si souvent dans cette enceinte, où nous avons rendu les 
derniers honneurs à tant de nos collègues moissonnés dans la force 
de l'âge, avait respecté jusqu'ici ce vétéran de l'enseignement 
supérieur, et semblait devoir lui permettre d'ajouter^ encore de 
longs jours à sa vieillesse. Elle vient de tromper notre espoir, 
celui de sa famille et de ses amis, en le frappant, comme elle se 
plaît fréquemment à le faire, d'un coup rapide et inattendu? Mais 
M. Fuss n'était pas seulement le vénérable reste d'un ordre de 
choses qui, depuis longtemps, n'est plus; il a été aussi des nôtres; 
nous l'avons même vu un moment à notre tète, de sorte qu'il 
était, dans toute la force du terme, le trait d'union, si l'on peut 
s'exprimer ainsi, entre le passé et le présent universitaires. 

' Sa vie, quoique prolongée au-delà des bornes ordinaires, 
se prête peu à un long récit. En dehors de l'enseignement, elle 
n'a été mêlée à aucun des événemens dont nous avons été témoins. 
L'étude, l'accomplissement du devoir et les affections de famille 
l'ont remplie tout entière; elle a été de celles qui s'écoulent près 
du loyer domestique sans attirer les regards du monde, mais qui, 
par cela même, sont salutaires à contempler, qu'on peut surtout 
citer en exemple à la jeunesse pour lui apprendre ce que valent 
le travail, la persévérance et l'esprit de conduite quand il s'agit 
le conipiéiir un rang honorable dans la société. l*our ceux-mèmes 



~ 79 — 

dont la carrièrp est faite et l'existence assise, nm^ lelle vie n'est 
pas sans d'utiles enseig'nements. 

« Fuss (Jean-Dominique) avait vu le jour, le 3 janvier 178:2, 
à Duren, près de Cologne. Je ne lui ferai pas l'injure de taire 
qu'il était né dans une de ces modestes conditions qui deviennent 
un titre d'honneur pour l'homme qui a su en sortir et qui lègue 
aux siens une position sociale bien supérieure à celle que lui-même 
avait reçue du sort. Une obscurité qui a résisté aux recherches que 
j'ai faites couvre les premières années de Fuss. Tout ce que j'en 
puis dire, c'est qu'il fit d'excellentes études chez les Pères Jésuites 
de Duren. Il était très-jeune encore lorsqu'il eut la bonne fortune 
de rendre quelques services littéraires à M^ie de Staël, obligée de 
quitter la France et commençant ce voyage en Allemagne qui lui a 
inspiré l'un de ses meilleurs ouvrages. Lui-même a raconté quel- 
quefois à des amis que ce fut cette femme célèbre qui l'engagea à 
se rendre à Paris, où sa protection l'accompagna. Grâce à ce pa- 
tronage illustre, Fuss, à son arrivée dans cette capitale, entra en 
qualité de précepteur chez M. Odier, chef d'une riche maison de 
banque, qui lui confia l'éducation de ses enfans. Pendant de très- 
longues années, il a conservé avec cette famille des rapports qui 
n'ont csssé qu'à la suite des malheurs récents qui l'ont frappée, 
rapports (pii attestent le zèle et le succès avec lesquels il avait 
rempli ses fonctions. 

« Il existait alors à Paris, entre les mains du comte de Ghoiseul- 
Gouffier, un manuscrit grec du X^ siècle, reproduisant un impor- 
tant ouvrage sur les antiquités romaines de Lydus, historien du 
Bas-Empire, ouvrage que, pendant longtemps, on avait supposé 
perdu. Fuss, qui, dès cette époque, était lié avec le savant 
helléniste M. Hase, s'adjoignit à lui pour le publier. Il en fit une 



— 80 — 

traduction lalinc qui panil ni 1812, arcompagnée du lextr ^ro.c, 
revu et corrige par M. Hase, qui y ajouta en même temps un 
commentaire sur la vie et les écrits de Lydus. Celte publication 
fonda la réputation de Fuss et lui valut, peu de temps après, 
d'être attaché à la Bibliothèque impériale de Paris, avec le titre 
de secrétaire du célèbre xMillin, conservateur du cabinet des 
antiques et fondateur d'un ouvrage périodique encore très-estimé, 
le Magasin encyclopédique. En cette qualité, Fuss a publié dans 
ce recueil, de 1813 à 1815, un assez grand nombre d'articles 
liltéraires, les uns anonymes, les autres qui portent son nom. 
• Dans les premiers mois de 1815, il quitta Paris, ^ où il 
s'était marié, pour occuper au Gymnase royal de Cologne la chaire 
de langue latine. Son mérite devait recevoir bientôt une plus 
éclatante récompense. En 1817, lorsque fut créée l'Université de 
Liège, il y fut appelé des premiers par le gouvernement d'alors, 
qui le chargea du cours de littérature grecque et latine et de celui 
des antiquités romaines. 11 remplissait ces fonctions lorsque la 
révolution de 1830 vint apporter dans l'instruction publique du 
pays un trouble qui s'est prolongé pendant plusieurs années; l'en- 
seignement supérieur fut plus particulièrement atteint. Tous les 
professeurs d'origine hollandaise attachés à l'université de Liège, 
désormais étrangers à la Belgique, durent la quitter. Fuss lui- 
même, bien qu'appartenant à une tout autre nationalité, fut un 
moment compris dans cette mesure, et il n'échappa qu'en dé- 
ployant une énergie à laquelle son calme habituel n'avait pas pré- 
paré ceux qui en furent témoins. A la même époque, le gouver- 
nement piovisoire supprima la Faculté de philosophie et des lettres 
à rijuiversité de Liège. Ce que cette suppression avait de grave 
poui' les familles et pour l'Université elle-même, fut toutefois atté- 



— 81 — 

mit; j)[ir l;i (n'alion d'une FaciillH libre qui lui autorisée à délivrer 
des diplômes, et dans laquelle Fuss trouva naturellement place. 
Elle a fonctionné jusqu'à la réorganisation de l'enseignement 
supérieur, en 1835. A cette époque, Fuss fut de nouveau nommé 
professeur à l'Université, mais ses anciennes altributions furent 
amoindries ; il ne conserva que le cours des antiquités romaines. 
Celui d'archéologie, dont il fut également chargé, n'a jamais été 
donné, faute d'élèves. 

« C'est dans cette situation que les années, s'accumulant peu 
à peu sur la tète de notre collègue, lui firent enfin sentir le besoin 
du repos. En 1848, il demanda et obtint l'éméritat. L'année 
précédente, le gouvernement avait récompensé ses longs services 
en lui conférant l'Ordre de Léopold. Pour ne rien ometire, j'ajou- 
terai qu'il a rempli les fonctions du rectorat pendant l'année 
académique l84-i-18-45. 

« Telle a été, dans toute sa simplicité, cette vie d'homme de 
lettres que ni des velléités d'ambition, ni des travaux étrangers à 
la science, ni le désir de la richesse, ni la recherche du plaisir, 
n'ont jamais un seul instant fait dévier de son but, vie réellement 
professorale, et digne d'être présentée, à ce point de vue, comme 
modèle à tous ceux qui ont l'honneur d'instruire la jeunesse. 
Quant à ses écrits, Fuss se présente sous deux aspects : comme 
érudit et comme poète. Ses travaux d'érudition sont les moins 
nombreux, et le plus important, après sa traduction de Lydus, 
dont j'ai déjà fait mention, est son Manuel des Antiquités 
romaines, qu'il a composé en latin, à l'usage des élèves qui 
assistaient à ses leçons. Cet ouvrage, qui a eu trois éditions, 
obtint à son apparition un tel succès qu'il fut adopté dans un 
grand nombre d'universités étrangères, et ne tarda pas à être 

•îj XVM 3 



— 8:2 — 

tradiiil (hiiis la plupart des langiies de l'Eiinip(\ Comnif! poêle, 
Fuss est de la famille des Jean Second, des Heinsius, des Vanier, 
des Desbillons, c'est-à-dire de cette Usinée toujours subsistante de 
savants hommes qui, dédaignant de s'adresser à la foule dans 
l'idiome qu'elle comprend, chantent pour leurs égaux dans la 
langue de Virgile et d'Horace. La popularité n'a rien à faire ici et 
Fuss n'y aspiiait [las. Il lui suffisait d'obtenir les suffrages des juges 
compétents, et ils ne lui ont pas manqué. Le seul usage qu'il ait fait 
de sa langue maternelle a été de traduire en allemand quelques-unes 
de ses poésies latines. Ses écrits en français se réduisent à peu de jj 
chose ; les principaux ont pour objet de défendre la poési'e latjne mo- 
derne et de juslilier l'usage de la même langue dans les leçons aca- 
démiques. Cette question, qui présentait un intérêt réel à l'époque ^ 
où il la traitait , n'en a plus aujourd'hui que tous les cours de 
l'Université se font en français. Ces quelques détails ne suffisent J 
pas, messieurs, pour donner une idée complète des connaissances 
de notre savant collègue. Fuss n'était pas seulement un antiquaire 
de mérite, un philologue érudit, en fait de langues anciennes, un 
latinisîe surtout de premier ordre; il avait aussi étudié les langues 
modernes du midi de rEurope, et l'hébreu lui-même ne lui était 
pas étranger. Dans ses dernières années, sa pensée s'était presque 
exclusivement portée sur ces redoutables problèmes ipii maintenant 
n'ont plus de voiles pour lui, et il faisait sa lecture habituelle des 
Pères de l'Eglise. 

« Nous allons, messieurs, le conduire à sa dernière demeure. 
11 y descendra accompagné du respect et de la sympathie que nous 
(levons à notre doyen d'âge, et à une vie à laquelle aucune vertu 
privée ne fit défaut. • 

Notre i-cgrellable et si regretlé confrère laisse un fils, substitut 



— 83 — 

du procureur général à la cour d'appel de Liège, o{ui maiclie 
dignement sur les traces de l'auteur de ses jours. 

L'Académie a reçu, depuis la publication de la dernière livraison 
de ses Annales, les envois suivants : 

1. De l'Académie royale des Sciences, des Letires et des Beaux- 
Arts de Belgique, les no* 1 1 et 12 du tome VIII, et les nos [ et 2 du 
tome IX de son Bulletin, 

2. De la même, son Annuaire de ISoO. 

3. De la Société de Médecine d'Anvers, les livraisons de dé- 
cembre 1859 et de janvier, février et mars 1860. 

•4. De la Société libre d'Emulation de Liège, son catalogue. 

5. De la Société des Sciences médicales et naturelles, les ca- 
hiers de janvier, février et mars 1860 de son JournaL 

6. De la Société des antiquaires de l'Ouest, la livraison du 
4e trimestre 1859 de ses Bulletins, 

7. De la Société pour la recherche et la conservation des mo- 
numents historiques du Grand-Duché de Luxembourg, le tome XIV 
de 1859 de ses Publications. 

8. De la Société Archéologique de Touraine, les livraisons 
du 1»', du 2e et 3e trimestre du (orne X de ses Mémoires de 1858. 

9. De la Société Archéologique de l'Orléanais, le n» 84 de 
son Bulletin du 3e et du 4e trimestre 1859. 

10. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les nos 2 et 3 
du tome II, supplément de son Bulletin, et le n» 1 du tome III. 

11. De la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des 
sciences, des lettres et des arts, le Discours de son président, 
M. Cousin, prononcé dans sa réunion du 13 janvier 1860. 



— 84 — 

\^2. I)i' l;i SociéU'. srienl.ifi(|iii' cl lilliTairc du Liiiiljourii;, la 
2e livniisoii du loiiie IV de son Ihdleiin. 

\l\. \)r la Société Archéologique de Namiir, le rapport sur sa 
Silimlioii pendant Tannée 1850. 

14. De la Société des antiquaires de Picardie, le no 4 de son 
Bulletin de l'année 1859. 

15. De la Société d'émulation de Cambrai, ses Mémoires des 
années 1830-31, 34-35, 30-87, 38-39 (W et 2'ne parties), 
40-41, 4^2-43 (l'-e et 2>He parties), 44-45, 40-47, 48-49, 
50-51 (2'1'e partie), 52-53, 54 à 50 [Ue et 2n'e parties), 57- 
58 (Ir*^ et 2nie parties), ainsi que quel(|ues programmes des ques- 
tions que la société a mises au concouis. 

16. De l'Académie des arts et sciences de Boston, le 3^ et le 
4e volume de ses Actes 1857-1858. 

17. De l'mstitution Smithsoniane, ses publications des années 
1850, 1857 et 1858. 

18. De la Société des sciences naturelles de Hermannstadt, ses 
Mémoires et Actes des années 1858 et 1859. 

19. De la Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie, le 
Bulletin de sa séance du 8 janvier 1800. 

20. De la Société française d'archéologie le Programme du 
congrès archéologique de France (jui sera ouvert à Dunkerque le 
10 août IcSOO. 

21. De l'Université royale de Christiania l'In-folio intitulé : 
Th roii ilhjems Domkirke . 

22. De la même, l'ouvrage intitulé : Karlamagnus saga ok 
Kappa Mans, pai' Unger. 1 partie. 

23. De la même, une brochure sons h; litre de Forcnuujcn 
td Norske fortidsmindesmerkei'S Bevaring. 



~ 85 — 

24-. Dp la mémo, l'ouvrage sous le litre de Srjmbnlœ ad hhtoriam 
antiqulorem Rernm Norvegicaraiii. Edidil Muuch. 

25. De la même, le traiié du professeur Holmboe sous le titre 
d'Om Det Norske og de Keltiske Sprogs hidbyrdes Laan. 

26. De la même, le Recueil d'Asbjornsen sous le titre deiVors^i?' 
tJuIdre-Even tyr og folkesagn . 

27. De la même. Taie og Cantate ved det Norske imiversitets 
Mindfeest for Kong Oscar, af J. S. Welliaven, professor. 

28. De la même, Personalier oplœste Ved Kong Oscar den 
1^ Begravdse i Riddeidiolmskirken den 8^ august 1859. 

29. De la même, Almindelig Norsk Hum-Kalender med 
Primstav og Merkedage. 1859. 

30. Du journal de l'imprimerie et de la librairie en Belgique, 
le no 12 de 1859 et le no 1 de 1860. 

31 . De i\I. de Pontaumoiit, membre correspondant à Cherbourg-, 
son Mémoire intitulé : Les oUm du château de Tourlavillc près 
de Cherbourg. 

32. De M. Edmond Van der Straeten, membre correspondant 
à Bruxelles, ses Recherches sur les communautés religieuses et 
les institutions de bienfaisance établies à Àudenarde, depuis 
le A7/e siècle jusqu'à la fui du XSIII^. 

33. Du même, une Notice mWivXhe, : Numismatique Aude- 
nardaise. 

34. De M. de Rode, membre correspondant à Dunkerque, une 
brochure intitulée : Etat de la Flandre maritime ' avant le 
V« siècle. 

35. De M. Adolphe Mathieu, membre correspondant à Biuxelles, 
un volume intitulé : Œuvres en vers. — Epitres d'Horace. 

36. De M. Diegerick, 2^ vice-président de l'Académie, sa Notice 



_ 86 — 

sur Jehan Vperman, le phr- de la cliu'ur(jie flamande, 
1297-1820; le comte des liibauds, à Ypres, 1525; le fou 
d' y près, 1525. 

37. De M. le (lorlciir de Meyer, membre correspomlant à 
Bnii^es, son ouvrage iiililiili' : Jaerboek der Koninkhjke Gilde 
van St-Sebastiaen te Brugge. 

38. De M, Gustave van Hoorebeke, membre correspouilant à 
Gand, son Esquisse biographique du baron de Giey, maréchal de 
camp, en l()4-0-1733. 

39. Du même, ses trois Annuaires statistiques des familles 
de Gand, des années 1858, 1859 et 1860. 

40. Du même, une brochure intitulée : Fondations* de la 
vertueuse et bienfaisante demmselle Jossine-Marie Cardon , 
béguine et supérieure du couvent ter-Spiegelen au grand t)éi;ui- 
nage de Gand, en 1008-17:25. 

41. De AI. de Wael, membre correspondant à Eeckeren, une 
Notice généalogique sur la famille de Wael, et une ancienne 
})lanche en cuivre armoiriée. 

42. De M. Bouchot de Perthes, membre correspoîidant à 
Abbeville, son Discours prononcé à la Société impériale d'l^]mu- 
lation d' Abbeville — dans la sé.ince du 3 novembre 1859 — 
intitulé : De la femme dans l'état social, de son travail et de 
sa rémunération. 

43. De M. Aimé Vingtrinier, vice-président de la Société 
littéraire de Lyon, sa Notice sur la tour St-Denis en Bugey. 

44. De M. L. Galesloot, membre correspondant à Bruxelles, 
sa brochure intitulée : Laprovince de Brabant sons l'empire Romain. 

45. De M. l'altbé Corblet, membre correspondant à Amiens, 
le N'o 1, janvier 1800 de sa Herue de l'art chrétien. 



4C). Du R. P. Terwecoreii, les Nos du |r ,^t du 15 janvier, 
du II" et du 15 février et du 1^ et du 15 mars 1800, de son 
recueil intitulé : CoUectmi des précis historiques. 

47. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire à 
Liège, la 30^ livraison — i^ janvier 1800 — de ses Prome- 
nades et rêveries en Belgique. 

■48. Du même, la première partie de ses Fragments de voyage 
en Hollande — 1810, 1818, 1824. 

•49. De la Direction du Messager des sciences historiques de 
Belgique, la 4^ livraison de 1859 de son Recueil. 

50. De M. Menant, membre correspondant à Lisieux, ses 
Observations sur les Pohjphones Assyriennes. 

51. Du même, sa Notice sur les inscriptions et caractères 
cunéiformes. 

52. Du même, une brochure Sur les inscriptions des Briques 
de Babylone. Ces trois productions, et surtout la dernière, de 
notre savant confrère M. Menant offrent un bien vif intérêt à 
l'archéologue et jettent une nouveau jour sur une écriture et sur 
une langue encore très-peu connues. 



SUITE AU TABLEAU GENERAL 



DES 



MEMBRES DE L'ACADÉMIE. 



membres eorresgiondants ; 

MM. \ . 

BORMANS (Stanislas), conservateur adjoint au\ archives de l'État à Liège, 

secrétaire de Finstitiit archcologi(jue liégeois, etc. 
SOUGAILLE (Antonin), licencié és-lettres , secrétaire général de Isf société 

archéologique de Béziers , etc. 
WALLE (Alphonse-Philippe-Ghislain van de), agent de la société générale , 

membre de la société royale des Beaux-Arts et de Littérature de 

Gand , etc., à Bruges. 
WILBERT (Alcibiade-Auguste-Napoléon-Auistide), avocat, président de la 

Société d'Émulation de Cambrai, membre de plusieurs compagnies 

savantes, etc., à Cambrai. 



NOTICE 



LA COMMUNE DE DESTELBERGHE 



Membre effectif. 



Parmi le grand nombre de bourgs et de communes qui entourent 
d'une brillante auréole la capitale de la Flandre, nous plaçons au 
premier rang le village de Destelberghe ; non pas que sa population, 
l'étendue de son territoire ou sa culture présentent quelque chose 
de plus remarquable que celles des autres villages ou que quelque 
monument remarquable le fasse distinguer de ses co-voisins. 

La distinction qui le fait remarquer parmi toutes nos communes, 
consiste dans la richesse des châteaux et des maisons de cam- 
pagne dont le village est pour ainsi dire émaillé : sur une distance 
des plus restreintes se touchent des châteaux presque royaux, des 
villas qui, par la richesse de leur construction et l'originalité de 
leur architecture et notamment par la variété des diverses collec- 
tions de fleurs exotiques qu'elles renferment, présentent une diffé- 
rence notable, non seulement avec toutes les communes du canton 
de Garni, mais avec tous les bourgs de la Flandre. 

2S XVH 7 



— 90 — 

Une cliniissôe (|ui joiiil (lîind à Termondc, Iravorso le village 
dans toute sa iongiieiir et vient par son eoncours an^menter les 
agréments déjà si nombreux de Pestelbei'ghe : sa population est de 
SG^O âmes et sa supcrticie comprend 'li)2!2 hectares. 

Comme presque tous les villages de la banlieue, les terres y sont 
légères : les habitans, très-industi'ieux , sont pour la plupart 
maréchiers et ne doivent qu'à leur labeur le bien-être dont ils 
jouissent. 

Une partie de la population vient chercher et gagner en ville un 
salaire insuffisant pour sa subsistance à la campagne. 

Le village de Destelberghe avoisine aux villages de i^Onstackere, 
Loochristy, Zeven-Eecke , Calken, Laerne, Heusden et au terri- 
toire de la ville deLokeren. 

L'hydrographie est nulle, l'Escaut baigne le village ef parmi 
les quelques cours d'eau on cite le ruisseau le Lee ou Leede, qui 
vient prendre son principe à l'Escaut et court se jeter dans la 
Deurme à Lokeren. 

Déjà maintes discussions se sont élevées sur l'origine plus ou 
moins ancienne de la plupart de nos bourgs et villages, et jusqu'ici 
cette question est toujours restée indécise : à mon tour je soulèverai 
une question qui de prime abord semble des plus faciles à ré- 
soudre, et qui comme la précédente attend encore sa solution. 
Nos villages furent-ils élevés primitivement dans les plaines, les 
marais ou construits sur les plateaux? ont-ils d'abord couronné 
les hauteurs. 

César nous dit explicitement que le pays des Ménapiens se 
composait de bois et de marais où ils se retiraient lorsqu'un 
ennemi les attaquait, et d'où il était impossible de les débusquer 
et encore moins de les y poursuivre ; il résulterait de ce passage que 



- 91 — 

les Ména}Dieiis aiirai(3nt habité primitivement et principalement les 
marais et les bois (jui les mettaient à l'abri de toutes insultes : 
D'autre part Pline nous décrivant la Flandre d'aujourd'hui nous 
enseigne qu'ils habitaient de préférence les hauteurs où l'on ne 
pouvait atteindre, et où ils se sauvaient en cas d'attaque; de plus 
les auteurs anciens nous apprennent que le prêtres Germainsaimaient 
à adorer leurs dieux sur des hauteurs et dans des bois épais. Sans 
chercher à éclaircir la question ou à l'approfondir davantage, nous 
croyons et admettons avec la plus grande généralité des savants 
que les villages occupant les hauteurs sont plus anciens que ceux 
construits dans les bas fonds; n'importe de quelle manière on 
envisage cette question, Destelberghe peut, ajuste titre, prétendre, 
non-seulement à cause de sa situation topographique mais aussi 
par ses souvenirs religieux et historiques à une très haute anti- 
quitée : placée le long d'une lisière de prairies jadis marais, 
formés par les débordements de l'Escaut, le village de Destelberghe 
nous présente au moyen-âge un immense plateau boisé : une 
profonde et vaste forêt qui s'étendait jusqu'aux portes de la ville 
de Gand, couvrait son territoire ainsi que celui des villages de 
Zeven-Eecke, Saffelaere, Heyfte, Loochristy, Oostackere, une 
partie du bois se nommait « Eynarts Triest » en mémoire du 
célèbre Eynard, secrétaire de Gharlemagne et abbé de St-Bavon 
auquel cette forêt appartenait. 

Si l'on doit admettre que le plupart de nos villages doivent 
leur origine aux institutions religieuses de nos ancêtres les 
Germains, Destelberghe, un des premiers, vient se placer sous la 
plume de l'écrivain assez patient à recourir aux institutions 
religieuses, pour remonter à une source bien obscure, il est vrai, 
mais qu'on doit cependant adnieltre comme une origine historique 
des plus certaines. 



— 92 — 

Nos premiers ajiùlres à l'é|)oqiU' de riiilroiliiclidii de Tl^wangùle 
dans nos conlrées, Irom'èrciit exislaiil et en jik'iiie voi,nie, un 
nombre iulini de superstitions et d'adorations païennes. Con- 
naissant le caractère opiniâtre de nos aveux et leur atlachcment 
à leurs coutumes religieuses, nos missionnaires loin d'abattre les 
objets de leur idolâtrie les laissèrent subsister, et s'appropriaient à 
leur béuélice, les miracles que les dieux g'crmains étaient sensés 
faire et exécuter. Ils parvinrent, à la tontine, il est vrai, à les dé- 
tourner de leur idolâtrie primitive; le peui)le n'eu continua pas 
moins à recouiir en toute circonstance à ses anciennes coutumes 
que le christianisme venait de consacrer; le nom Ge^rmain ainsi 
que l'objet qui était le but de leur dévotion, continua seul à sub- 
sister pur de tout mélange : c'est ainsi que les villes et villages 
de Eeke, lloltem, Seven-Eecke, Thorliolt etc., ont conservé le 
nom germani((ue et la tradition religieuse des arbres (pi'on y 
adorait : qui nous dit qu'il n'en fût point de mmm pour le village 
dont nous traçons ici la notice liistoriquiî : Dcstel-herghe ne se 
composc-t-il pas de deux mots germaniques j)ur de tout mélange : 
cette montagne aux cliardons n'était-t-elle point un lieu sacré où 
l'un adoiait le cha7'do?i , comme ailleurs on adorait le chêîie et 
le sapin? 

Nous ignorons l'histoire primitive de Deslelberghe et l'époque 
de sa fondation : la première fois qu'il en est fait mention est en 
l'année 9(14 dans le diplôme de l'empereur Lothaire, confirmant la 
doiiarniii que jadis avait faite du village le comte Wichmann au 
monastère de St.-lîavon. « Suis jiiris villani Tliesla vocatam cum 
» ecclesia et omni integritale ciintis(pie ad (!am pertinentibus. » 
Dans le cartulairc de St-lJavou publié i)ar M. Serrure, nous 
trouvons une seconde confirmation (jue fait le même empereur à la 



— 93 — 

demande de l'abbé Womarus en 907, de toutes les propriétés 
appartenant à l'abbaye ; tous les villages, excepté celui de Destel- 
bcrghe, y sont cités, aucune mention n'est faite toutefois sous ce nom 
mais nous y trouvons fait mention d'un village de Berghine. « In 
villa Berginna • ne doit-t-on pas y reconnaître la locution de nos 
paysans qui se servent généralement du mot Bergen par abréviation 
de Destelberghen : en 1187 Urbain confirmant les propriétés de 
l'abbaye de St-Pierre se sert de la même abréviation pour désigner 
le village. « Et in altare de Bergina. » 

Aucun fait historique ne vient nous apprendre comment Destel- 
berghe échut au comte Wichmann; tout ce que l'histoire nous 
apprend de ce personnage est, qu'il était d'origine Saxonne et 
qu'il avait épousé Leutgarde, tille du comte Arnould-le- Vieux. 
Gomment cette superbe propriété passa des mains des abbés de 
St-Bavon dans le cloître de St-Pierre sera toujours pour nous une 
énigme aussi obscure que la cause d'où il provient que l'abbaye 
de St-Pierre avait un si grand nombre de serfs tandis que nous 
n'avons jamais rencontré un seul acte qui reconnaisse un esclave à 
l'abbaye de St-Bavon. 

A dater de cette époque jusqu'au seizième siècle, Destelberghe 
soumis à la juridiction abbatiale ne figure nulle part dans l'histoire, 
et si les cartulaires en font mention c'est pour notifier les ventes, 
les recettes, louer les terres ou percevoir les dîmes. Vers la fin 
de cette époque le village de Destelberghe sort de son long som- 
meil, son réveil est troublé par les impressions les plus péni- 
bles, et ses plaintes sont d'autant plus justes que ceux qui devaient 
le préserver de toute oppression, semblent l'abandonner et n'avoir 
nul souri de le défendre contre ses nombreux ennemis. Il est 
incroyable si nous ne possédions point les décrets lancés tour à 



— 94 — 

luiir par la ville de Gand, et les édils militaires appondiis à ces 
décrets, de concevoir avec quelle profonde insouciance, je dirais 
avec quelle incurie et cruauté, nos magistrats laissaient à la merci 
d'une soldatesque sans frein les habitans compris sous le nom de 
habitants du platpays. On pille les églises, on incendie les fermes, 
on massacre femmes et enfants et toutes ces exactions se font au su 
des autorités civiles et militaires, et circonstance plus incroyable en- 
core ce sont les villages de sa banlieue qui ont le plus à souffrir et que 
Ton massacre jusque dans les faubourgs. Le paysan ruiné, cbassé de 
la campagne se sauve en ville, voyant qu'il n'y avait guère d'autre 
moyen de conserver ses jours; cette agglomération d'un élément 
étranger dans ses murs fesait craindre à nos magistrats une 
révolte dont peut-être ils n'auraient pas été les maîtres^ alors 
seulement ils s'aperçurent de l'abîme qu'ils avaient creusé : du 
consentement et de concert avec l'autorité militaire ils se hâtèrent 
de lancer un décret daté du 24 novembre 1583 par lequel il était 
défendu aux soldats de piller les villages de Wondelghem, Oos- 
tackere, Mariakerke, Destelberghe et Loochristy, mais permettant 
qu'au-delà de ces limites il leur était loisible de piller, d'incendier 
et de détruire à leur guise et volonté. Est-il étonnant qu'après 
des excès de ce genre la population se révoltât contre les 
Espagnols. 

L'année 1576 avait ouvert celte longue suite de désastres qui 
devaient particulièrement atteindre le village de Destelbcrghe : 
placée sur la route militaii'e qui de Gand menait à Termonde, la 
pauvre commune fut pillée une jjremière fois par le régiment des 
dragons de Uœulx qui y avait été caiilonné, a[)rès lui vinrent 
les divers régimeiiis (jiii hivernaient à Gand et ({ui profitaient du 
voisinage pour enlever et emporter tout ce (jui avait échappé aux 



— 95 — 

premiers pillages. A la suite de ces guerres la commune de Destel- 
lierghe se trouva si obérée et sa misère était si grande qu'arrivée aux 
abois elle s'adressa au propriétaire du village, à l'abbé de St-Pierre, 
afin d'obtenir la permission de mettre en culture des terres qui 
jusqu'alors étaient en gachère et qui dépendaient de l'abbaye, 
et d'en percevoir le revenu pour éteindre les dettes du village. 
L'abbé y consent à condtion qu'on sauvegardera ses droits 
féodaux : à cette requête et supplique que les bourgmestre, échevins 
et grands propriétaires adressent au roi Charles d'Espagne, il est 
fait mention des maux qu'ils ont soulferts, ils relatent qu'outre les 
impôts et les diverses charges qu'ils ont été obligés d'acquitter, ils ont 
été pillés deux fois. « Wy hebben tôt twee verscheyden stonden in 
het jaer 1604 et in het jaer 1675 geplundert ende verbrent 
geweest. • 

Les droits féodaux de la commune de Destelberghe sont trop 
curieux, pour que nous ne le mentionnions pas. Les trois pièces ou 
actes qui les renferment et que nous donnons ici parmi les annexes, 
ont été collationnés sur des originaux reposant aux archives de la 
province. 

Le fief principal, comme aussi le plus considérable, porte le 
nom de Notax : aussi ancien peut-être que le village lui-même, 
il fut de tout temps l'apanage de plusieurs puissantes familles de la 
ville de Gand. Cette superbe propriété appartient aujourd'hui à M. le 
baron Ueyndericx; le château nous présente tous les dehors d'une 
forteresse du moyen âge, et bien que déchu de son ancienne 
splendeur, il peut encore rivaliser avec les châteaux du même genre 
si clairsemés aujourd'hui en Flandre : ses droits féodaux étaient 
1res éteiidus , mais le châleau et son propriétaire rélevaient 
toutefois de l'abbé de St. -Pierre de qui il était homme-lige. 



— 96 — 

Voici la liste de fiefs, hieii incomplète peut-être, que nous trouvons 
à Desteiberghe : 

1o La Seigneurie de Notax. 

1^0 Den Grootcn Hannaalt. 

30 Thogelandt. 

4-0 Brant Ackere. 

50 Ten Heede. 

60 Ter Zaelen. 

70 Moxgaever. 

80 Sleenker. 

î)o S'MeyersWal. 

lOo Pulaex. 

Ho Thiesham. 

12o De Walgraclit. 

130 Tsneeclver Marseli. 

14-0 De Haude Steede. 

150 Het groot blies sluck. 

I60 Ten Broocke. 

170 Den Grooten Wal te Crobbenburgh. 

La Flandre renferme peu de villages qui ne possèdent un 
pèlerinage plus ou moins célèbre, plus ou moins fréquenté. Devons- 
nous attribuer l'origine de ces cérémonies religieuses au christia- 
nisme ou doit-on remonter jusqu'au paganisme pour en trouver les 
sources primitives? 

11 est hors de doute que la plupart de nos villages s'ils n'ont 
pas tous existé avant l'introduction du christianisme, la plupart 
du moins atteignent cette haute antiquité Nous croyons qu'il en 
est de même [lour les pèlerinages et autres lieux de dévotion. 



— 97 — 

Parmi tous ses rivaux peu de villag'es peuvent revendiquer avec 
autant de certitude et remontrer à une source aussi ancienne que le 
pèlerinage de Destelberghe, dit de Bergen kruis : tout nous le fait 
supposer d'origine Germanique ou Celte. Nous savons que nos 
pères les Germains adoraient leurs divinités au milieu des bois épais, 
que leur religion était une religion de mystères , qu'ils n'élevaient 
point de temples à la divinité, et adoraient les arbres et les 
arbustes. Le célèbre pèlerinage de Destelberghe, enfermé jadis au 
milieu des bois, sur le haut d'une montagne ou plateau, a tous les 
caractères de remontrer à cette source primitive ; pour ce qui regarde 
les temps plus modernes le pèlerinage de Bergen-kruisest enveloppé 
d'un profond mystère. La seule fois qu'il en est fait mention est en 
l'année 1007 à l'époque de la translation des reliques de 
St-Liévin à Gand. Il est dit dans la chronique de Thielrodc, éditée 
parM.VanLokeren • que l'abbé Herenboldfit transporteries reliques 
» de St-Liévin de Hautem à Gand, et que des miracles éclatèrent 
• partout ou passa la sainte châsse, et que nombre de merveilles 
» eurent lieu au mont St-Pancrace. » Or le mont St-Pancrace 
se trouve à Destelberghe : nous voyons d'après cet itinéraire que 
l'on passait l'Escaut sur le parcours de la commune même, et que 
traversant les marais qui bordaient ce fleuve l'on arrivait directe- 
ment au plateau; tout nous fait supposer que cet endroit était 
situé au lieu dit Het Pauwke : du reste c'est l'endroit le plus 
rapproché de la terre ferme à la sortie des prairies : jadis \c: mont 
St-Pancrace où s'opérèrent ces miracles s'appelait aussi du nom 
de Montagne de la Croix, nom qu'il porte encore aujourd'hui. 
Quel était la dénomination que les Germains donnaient jadis à ce 
lieu? On l'ignore, mais tout nous fail supposer que c'était thistel- 
herg, montagne auœ chardons; el tout nous fait supposer qu'à celle 



— 98 — 

éjioquc c'étail déjà un lieu consacré, que lus prêtres y avaient 
sacrifié à leurs dieux et (ju'on y adorait ou des arbres ou des ar- 
i)ustes; car pourquoi ce nom de Bergen kruis qui dénote une con- 
sécration toute chrétienne? n'était-ce point l'usage de nos pre- 
miers missionnaires de planter des croix, des brandons, des paillons 
sur les terres aux endroits qu'ils voulaient consacrer à la divinité? 
Nous croyons donc que bien avant que les reliques de St-Liévin 
fussent venus sanctifier ce lieu par des miracles, nos ancêtres les 
Germains y avaient adoré leurs Dieux *. 

Quoiqu'il en soit de cette origine, ce pèlerinage un des plus 
célèbres de la Flandre, est tout aussi fréquenté de nos jours que 
jadis et l'aflluence du monde y est toujours la même, et chose 
curieuse à remarquer, nous qui avons parcouru le vaste dépôt des 
papiers provenant de l'abbaye de St- Pierre, nous n'avons malgré 

* Nous citerons et invoquerons à l'appui de ce que nous émettons ici le témoignage d'un 
de nos plus savants archéologues, M. le professeur Roulez: en 1833 on avait trouvé à 
Destelberghe à vingt pieds de profondeur et à côté d'ossements humains une pointe de 
lance en bronze et un instrument de même métal en forme de croix, de même qu'une 
hache de silex; ces objets allèrent grossir la collection de M. Léonard Huyttens. En 1837 
le savent professeur que nous venons de citer inséra dans les Bulletins de l'Académie une 
notice historique sur cette trouvaille ainsi que sur celles que Ton avait faites antérieurement. 
Voici ce qu'il nous apprend de plus saillant et qui vient en partie confirmer Topinion que 
nous avons émise : que de tout temps Destelberghe paraît avoir été un lieu consacré aux 
divinités païennes. « La nature des objets que l'on a découverts au village de Destelberghe 
» nous indique qu'ils remontent à une époque antérieure à la domination Romaine : il 
» est toutefois impossible de déterminer s'ils appartiennent aux Celtes, anciens habitans de ces 
» contrées ou s'ils y furent déposés par les Germains qui remplacèrent ceux-ci après les avoir 
I) expulsés de leurs demeures. Ces haches sont peu communes et l'on n'en connaît que 
» trois en Flandre. Il reste maintenant à chercher la cause qui a rassend)lé ces divers 
» objets qu'on y a trouvés, à savoir des instruments de pierre et de bronze, des ossements 
» d'hommes et d'animaux, ainsi que plusieurs troncs de chêne. Je n'ai pas besoin 
» d'avertir qu'une question aussi obscure et qui offre en elle-même si peu d'éléments 
X de solution ne peut être résolue que par des conjectures; celle i|ui me paraît la plus 
» vraisend)lable serait de regarder cet emplacement comme un des bois sacrés qui 
« servaient de temple aux divinités Celles ou Germaniques. 



— 99 — 

toutes nos recherches trouvé qu'une seule fois une charte où il 
est fait mention de ce lieu si célèbre. « Een stuck land gelei^hen 
binnen de procliie van Desselberghen L;;enamt t' MevrouAv lant inde 
CriUsbergengvooi — annol502. » Et remarque toute aussi curieuse 
tandis que tous les autres pèlerinages ont un saint particulier 
qu'on y invoque et une maladie spéciale qui s'y guérit, et pour 
laquelle on fait le pèlerinage, Bergen Krmjs n'a ni saint ni 
aucune spécialité particulière pour laquelle on l'invoque. 

Voici ce que la tradition populaire nous apprend : à l'époque 
de la translation des reliques de St-Liévin, le château de Notax 
était habité par un prince; l'histoire ne nous dit ni son nom, ni 
quelle était sa famille. A l'arrivée de la châsse le seigneur alla à la 
rencontre des reliques et invita les prêtres à se reposer : d'aucuns 
disent qu'il avait fait construire une chapelle, et qu'à l'instant un 
grand nombre de miracles s'opérèrent. Quoiqu'il en soit, la tradi- 
tion veut que ce fut à cette occasion et en mémoire de ces prodiges 
qu'on y planta une croix, qu'on y vient invoquer pour toutes les 
maladies. 

Le village de Destelberghe ne possède aucun monument remar- 
quable, l'église est de construction moderne et sous peu elle 
renfermera un monument élevé à la mémoire de M. Léonard 
Huyttens, dû au ciseau de M. Geefs d'Anvers : la même famille y 
a fondé un hôpital ou hospice qui ne déparerait pas maintes villes, 
et qui est d'une grande ressource pour les pauvres de la commune. 

Voici la liste des curés dont nous trouvons les noms mentionnés 
soit dans les cartulaires de St-Pierre soit dans la liste des baptêmes 
et décès : 

Jean De Grave 1506 

.... Pyadt 1559 



— 100 — 

Maximilicn Van llovc 15US 

1). . . Docquémont 1014- 

.... DcCorle 1029 

Jean Van Duyii lGdi2 

Adrien Bcrkmans lOil] 

Jacques \k Croock 1G-4G 

G. Vardaus 1()51 

P. Le Sellier 10G8 

G. Denys 1G75 

Marc Hendericx 1G81 

P. Van de PuUe iG81 

Joseph-Baptiste Guyon 1G9G 

J. Kimpe 1705 

.... Ghesille 170G 

t'Servrancx 1743 

Benedictus De Graet 1803 mort en 1830. 

Bourgmestres : 

Adrien Van Damme 1 G99 

Simoen Luytschander 1704 

Jean Van Brnssel 1 707 

Adrien Van Damme 1709 

Lievin Elewaut 1713 

Jean De Moerloose 1715 

Jean Van Laere 1720 

Jean Eneraedt 1725 

Jean Van Laere 1729 

Thomas De Baels 1741 

Lievin Van Meulewaler 1745 



— loi — 

Jean Maïqneny 4750 

Juscph Van Pclc-licni 1755 

Lievin Maroson 1773 

Jean-Baj3tisle Bnysi' 1770 

1788 



ANNEXES, 



I. 

Lotharins imperator confirmât anno 964 donalionem villœ de Thcfila 
factain monasterio blndiniemi a Wicmnnno comité. 

In noiiiine sanctœ et inclividuae Trinitatis Lotharius superna disponente 
providentia Rex. 

Cum magno munere misericordiae Christi Ecclesise multiplicentiir 
gaiidia, digiiiini constat lit sollicitudine Piegi;)3 clementiœ spiritu Dei inci- 
tante, ne quid in rébus ipsins Ecclesiae impacatum maneat, nova semper 
auctoritate roboretur. Idcirco notum esse voliimus omnium tidebum nos- 
trorum tani pmesentium quam futiirorum industrie, quaUter venerabilis 
abbas Womarus liladinensis c;vnobii nostram adiit serenitatem, rogans 
lit more antecessorum m strorum, regiim scilicet, rébus vel proprietatibus 
monasterii sui infra regni nosiri termines c ;nstitiitis , emunitatis vel 
deni'ensionis nostrœ bravium concederemus. 

Onod qnidem jam duduni nos constat fecisse. Sed quia postea qua?dam 
piâ lidt'iium largitioneaucta videntur, jamNobilissimus cornes Wicmannus 
inslinctu anioris Dei, et ob remedium anima:', suie, conjugisque ipsius, 
tiliœ scilicet Arnidfi Marchisi , ibidem sepuita', iilic perpetim contulit 
possidendam sui juris villani Tbesla vocalani , cum Ecclesia et onini inle- 



- 102 — 

i^ritale, ciinclisqiic ad eaiii jxM'l'mentilius : eaileiii sub poipelua oniunitatis 
iiosti'iB tiiilinne esse volmiiii^; ita at milliis noster conies aiit jiidex, aut 
vicariiis, aiit publiciis fisci exactor vel advocatus vel alins aliquis praeno- 
minatas res ini^redi audeat ad IVodas exigendas, vel paratas faciendas, 
vel hominihiis iii pra^scriptd lorn liabitantibiis districtioiiem ingredioiidi , 
vel aliiid quid potestatis exorcendi licentiam aut potestatem habeat, nisi 
abbas, et advocatus quem ipse sibi utilcm et necessarium prospexit. 
Omnium qunque exactiones teloneorum per diversa mmiicipia, oppida seu 
castclla, vel loca qua'librl regni nostri ex hominibus juris pnedicti mona- 
sterii penitus indultas et remissas esse vnlumus atque sancimus. 

Quain videlicet immunitatis rcmissionem ut uovcrit omnium fidelium 
nostrorum pra^sentium ac futurorum uuiversitas a nobis plenissime stabi- 
litam , super ea hoc nostrœ majestatis praeceptum fieri jussimus, manuque 
propriâ eam subterlirmavimus , et anuli nostri impressione,subterfirmavi- 
mus, et auli nostri impressione signari jussimus. * 

Datum viii kal. martii, régnante domino Lothario anno X.indictione VI. 

II. 

In Nomine Patris et Filii et Spiritùs Sancti, etindividuœ Trinitatis. (aim 
omnipotentis Patris sapientia, eademque, et virtus et vcrbum Dei, cuncta 
essentia constituit ex niliilo, solo verbo et imperio, universaliter hoc omni 
creaturaî constituit ut factum sequeretur factoiem. 

Et cum jam cuncta processissent valdebona à sunnno etbonoDeocreata, 
omnia subdidit usui hominis, quem in banc excellentiam componebat, 
ut consimilem Deofaceret, et universisà se suj)i'r terram creatis prseferret. 

Sed va3 curvœ in terris anini;e et caîlestium inani, degencranti à suo 
factore! Dépérit omnis ea creatura, quie nec aliquando per se animadvertit, 
ut declinaret à malo et facei'et bonum. Unde ne homo penitus perirel, 
quem ipse creavit Deus, hominem induit , quem etiam super cyelestia 
cxallavit.... 

Pi'a'tcrea documenta dédit, quomodo spiritu humilibus, et eleëmosynam 
facientibus pateret ingressus cielestium «dium, et qualiter de terrenis 
negotiaremur cadcstia. Qiiapropt(M' in Dei nomine ego Wicmannus gratiâ 
Dei, non nieis meritis conuîs, tlagrans amore cadcstis liei'editatis, cupiens 
adipisci quamdam particulam licitiUidinis, cum his, ijui patrimoniis suis 



— 108 — 

Domino legaliter traditis c;elestem pcrvencrmU ad Inorcditatem, saliilire 
lîoc miliivisiim est ut ex bonis à clenieiite Domino mihi collatis, aliqnam 
providerem aeterniE felicitatis miiii portioni'ni. 

Idcirco ad monasterium Blandiniiim à sancta? recordationis pâtre 
Amando antiquitus constitiitum et in honore Principis Apostoloruni 
Pétri, doctorisque gentiimi Paiili consecratum , uhi requiescunt copora 
SS. Wandregisili, Anslierli, Vnlfrannii, Arcliiprœsuhim, cum beata Cliristi 
virgine Amalberga, cujusque Rector exstat et abbas Deodevotus Womariis, 
cogitans ac pertractans , siipernâ Dei inspirante clementiâ , delegavi et 
tradidi Domino Deo , sanctissimo ejus Apostolo Petro, ac ciieteris sanctis 
ibidem requiescentihus atqiie servis Dei in ipso loi'o, nunc et in fnturuni 
militaturis, mei villani juris Thasiam dictam, cum Ecciesia, mancipiis, 
culturis, pratis, pascuis, silva et omni hereditate, quœ ad ipsam respicit et 
quidquid speratur pars pr»dict;e hereditatis. 

Ha3c omnia, sicut praifatus sum ad idem venerabile cœnobium Blandini- 
ense pro remedio animiB meae, et conjugis meae defunctae Luitgardis, trado, 
transtundo, atque transcribo, et de jure raeo cedens ei, juris potestatisque 
dominium ejusdem loci destino atque concedo, ut ipsi servi Dei amodo et 
deinceps ha?c recipiant ad utilitatis sua? profectum, habeant, teneant, possi- 
deant absque uUius contradictione vel refragatione : quatenus ipsi servi Dei 
ibidem secundum regulam S. Bcnedicti viventes, Deo(jue servientes. liberiùs 
et devotiùs pro me et conjuge mea nunc defuncta, cuntisque, pra^decesso- 
ribus meis, omnipotentis Dei, sanctorumque ejus exorentclementiam. 

Si vero, quod fiiturum minime credo quisquam de sucessoribus meis, 
heredibus aut proheredibus injuriosus contradictor, seu quaelibel extranea 
persona Imic traditioni me» contrarie voluerit, et infirmare, quod multorum 
firmatum estfideiium auctoritate, in prirais S. Trinilatis et S. Dei Genitricis 
Maria\ B. Pétri, ac deinde omnium sanctorum iram incurrat, ob offensam, 
perpétua? malcdictioni subjaceat, et partem habeat cum iis,. qui hereditatem 
Doraini voluerunt delere de terra. Tamen iniqua praesumptio non obtineal 
effectunV, sed haec nunc traditio finiia permaneat et inconvulsa. 

Actum publiée in monastei'io Blandinio kalendis novembris anno verbi 
incarnatiDCCCCLXII. Indictione V. Lotharii régis anno XIV. Domini Womari 
abbatis Vlll. 

Signum ipsiusWicmanni comitis, qui liane tradilionem fecit, et ilhistriiim 
viroriim testimonio firmari petiit. 

Signum illustris Arnulplii comitis, patris supradicta? Luitgardis comitissie. 



— 101 — 

TH. 

Acte van (jnderinfie cnde t'ucrkcmannafie van de meiimie van Deftlel- 
herfjen, toehelioorende aen jonnwoiiwe Lij.diette mjins hccren Diederic.rs 
Noothacx docjter, van den jare IS7I, den /^stcn ^^^^,J ,,f,jf weedemaend. 

Wy Aernould van den Scoete bailliii ende wcttelic niacnre myns liecren 
s abs ende dcr kerken van sente IMeters by Ghendt, (Iberard bcere van 
Steenliiise, Raesse Mnlaert ridderen, Jaii Roiiuut, Daniel Sersanders, 
Pieter de Rike, Jan van der Kokcnen, Picter Serseynioens, Boydin van 
Verteg-hem, Jan van Crombrnggiie, niannen niins hecren s abdts ende der 
kei'ken vocrseyt, doen te weten allen den ghenen die desen presenten 
t saertere zullen zien ofte hoeren lesen, dat voer onsiieden commen es in 
properen persoene aise voer heere ende voer wet joncfrauwe-Lysbette niyns 
heeren Diedericx Noothacx docbter was, de welke voer ons bicscii ende 
begheerde te hebbene eenen wetteleken dingbeleken voogt, ende naer 
den heersdi ende de begheerte van hare, so was soe wetteleke^ghedaen 
te voogde, so dat de vorseide joncfrauwe Lysbette met haren wetteliken 
voogt hiesch ende begheerde te commene te taehiianne ende te rade. 
Mits welken heesche ende begheerte voerseyt soe daertoe wettehke was 
gliedaen ; mids dat soe hare hovswerdich maecte met zeker te doene wettelike 
naer costume ende usage van don hove van sente Picters; ende dede daer 
toghen joncfrauwe Lysbette voerseyt nietgaders iiarcn wetteliken voeglit, dat 
soe hilde een leen van minen den abdt ende der kei'ken vorseit, ligghende 
in de prochie ende in t lierschep van Desselbergbine ende datter toe- 
behoert ende daer onitrent, t welke voornoenide leen dat inen heet de 
meyerie van Desselbergbine met allen den rechten diere toebehoren : t welke 
leen ende rneyrie voerseyt met t gheunt datter toebehort hare so verdonkert 
ware, dat soe niet en wiste w..(!r dats ai' ot' aneginghe ende watter schul- 
dich ware toe behoerne; mids welker verdonkerthede vorseyt, joncfrauwe 
Lyslielte met haren wetteliken voogt voornoemt hiesch ende beglierde 
te hehben eene wettelike gaderinghe ende eene wettelike t serkemanagc 
van haren vorseyden leene ende datter tocbeboert, om datsoe noy negheene 
en adde, also zoe dede segglien; noch daer wyt kenden. So, mids der 
boghci'ten van joncfrouwe, Lysbetten ende haren wetteliken voegt vorseyt, 
wy manne voornoemt waren gbemaend van den redite, ende wysd(!n dat 
vocrseyde joncfrauwe Lysbette eene wettelike gaderinglie ende t serke- 



— 105 — 

managp. van harfii Icene vorseyt ende dater toe hehocrt wel hebben mnchte 
ende sculdirli ware te hebiiene, mids dat zoe neglieene gheliad en hadde, 
daer wy t kenden ; ende ooc mids dat soes niet entbeeren en wilde ; ende 
wysden voertdat niendieghebieden sande t sondaegs hiiterkerkendaer men 
de kercghebode schnldic ware te doene ende daer t voerseyde leen ende 
datter toebehoerde gheleghen ware ; ende dat men daer besceedelicke noemen 
saude den dach ende stede daer men de wettelike gaderinghe ende t serkema- 
nage doen ende besitten zaude naer don maendach naestvolghende den zonda- 
a;he van den kercghebode binne dieren welke sheeren moete, ende dat men 
daer dach soude doen allen den ghenen dierejeghen ofte mede segghen 
wilden : ouderlingen, ommezaten ende oec hem allen dier of mochten weten te 
spreken : t welke ai wel ende wettelike viilcommen ende vuldaen was 
ghelyc dat de vorseyde vonnessen in hadden, ende de dach van der moeten 
t voerseyts heeren wart wettelike besceeden claerlike ende openbaerlike 
op den dicendach naestv Ighende den vorseyden sondaghe dat de kerc- 
ghebode ghedaen waren, ende de wettelike dachvaert zynde tydlic voer 
de noene ter stede daer mynheere Diederic Noothacx vorseyt placht te 
woenene ende die nu der voerseyde joncfrauwe Lysbetten toebehoert : ter 
welker dachvaert ende stede vorseyt, wy bailliu ende manne vornoemt 
waren, omrae wetthelike voert te gane metter wetteliker gaderingen ende 
t serkemanagen vorseyt ; soe dat daer voer ons quam joncfrauwe Lyshette 
voorseyt : begheerde voegt, wart wettelike te voogde ghedaen ende maecte 
haer hovsweerdich met zeker te doene wettelike, op welken zeker soe 
an ons begheerde dat men verclaeren soude wettelike, wien wy manne 
vorseyt daer kenden wetteliken dach te hebbene ende van wat zat zaken; 
mits welker begheerten, wy manne vornoemt wirden daer of ghemaent, 
ende wysden dat wy daer kenden wetteliken dach hebbende, den bailliu 
ende ons mannen vorseyt, joncfrau Lysbetten ende haren wetteliken voogt 
vornoemt, ende aile de ghene die jeghen de wettelike gaderinghe ende 
t serkemanage of daer mede segghen wilden, ende oec auderlinghen ende 
ommezaten de ghene diere of mochten weten te sprekene, mits welken wy 
manne voerd wirden ghemaent, dat wy de wettelike gaderinghe ende 
t serkemannage wettelike besitten sauden ende oerontscepe daer of horeii 
naer costume ende usage van den hove van sente Pieters, t welke al 
wettelike vulcommen ende vuldaen was. Ende daer up ghehoert auder- 
linghe ende ommezaten ende de ghene diere of mochten weten te spre- 
kene, ende elc sonderlinghe hy zynen heede, welke voerseyde gaderinghe 

2o XVI 8 



— lOG - 

Piuh' wotU'liki' t st'rktMii;imi;ii;e \vv i:i;iiiiic vocrsi^t woiilcn u,]ii'iii;H'iit te 
ontliikeiie cntle hiite le ghevene glu'iyc dal wy t bevonileii hinhlcii ; mils 
tl;it (le vorsevfle joncframve Lysbolte iiiel haren weltelikeu vdol;! v:m 
Imipcii, van meer > erontscepen le doen lioerne afghinghen : behauden 
der hulpe eiule oerconiscepe diere af glichoert was. Up t welke \vy welte- 
leke bevondcn liadden met viilre orcondscepen ende iiiet vêle lieden cens 
sprekende.. 1." Dat joncfraiiwe Lysbette vorseit l'.eeft ende liaudl een 
IfPii van niiiinpii lieere den abdl ende der kerken van sente Pieters 
vorseit, t welke Icen men heet de meyerie van Desselberghine ende 
dat daer loe behoert iigghende in de prochie ende in t herscliep van 
Desselberghine ende daer omirent.. 2.» Ende hebben voert bevonden wel 
ende wetlelike, dat den voerseyden leene ende meyerien toebeboeren 
dric bunre lands letlel min ofto meer die men heet s meyers (t'a/, oece 
manne, ende laele ende ghedinghen also men sduldich es-te dingenc met 
mannen ende laten ; ende hier loe behoeren boeten van drien poiiden 
parisise ende al daller onder es, wandelcoep, sterfcoep, erven ende ont- 
herven.. 3°. Voert behoert ter voerseyden meyerien, t derden deel van al 
dat scepenenvonnesse van Desselberghine toebehoert so waer dat ghevallen 
mach in de prochie van Desselberghine ende in t heerscap, so wel op 
grond van leene als op grond van erven : hel ne vvaere van wandelcoepe 
slerfcoepe van leene, of hel ne ware dat yemen spreken wilde le gronde 
van leene om af te winnene : dat men dat dinghene, daer ment scluddec 
es te dinghene, ende al d ander behoert scepenen vonnesse loe.. 4." Ende 
voert behoeren loe den voorseyden leene, aile de ghebode te doene of te 
doen doene even verre dat zy den heerscepe ende den scependonime van 
Desselberghine toebehoeren, ende al dierghelike aile die achlinghen ende 
de pandinghen te doene, ende den meyer le hebbene t derden deel van den 
boeten ende aile proffiten dieren af commen moghen, ende voert aile de 
he^de te stavene ende daer af le hebbene zyn reclit.. 5." Ende oec behoert 
ter vorseider meyerien, vier,scaren te bannen ende aile manninglien te 
doene : eist in ghebannen vierscaren of der buten in l schependom ende in t 
heerschap van Desselberghine.. 6." Ende oec behoert daer loe vei'de 
te neniene, cn\\e die te stadene ende op te draghene alst te doene es; enda 
de meyere es scnldich le scultene ende te vanghene gelyc den bailliu.. 7." 
Ende voert behoren ter vorseyde meyeriu t derden deel van sleifcoepen 
ende wandeicoepcn ende van aile dien dat schepenen vonnesse toebehoeren 
mach : miis dat de meyere niaoïire daer of es.. 8." Ende voert es s meyers 



— 107 — 

rerht ende hehoort toe den vorseydeii leeiie d;it, iinor deii tyt dat de 
meerschen verboden werden , by wette hiittei' keiken , te hettene , 
dat de meyere sine beesten mach doen gaen in de v(trseyde merschen 
naer t verbod xiiij daghe lanc in de vorseyde prnchye dore gaende.. 
9.0 Ende oec behoeren toe den vorseyden leene, t derden deel van 
allen den vervallen ende avonturen, forfayten, ende van allen anderen 
rechten, die ghevallen nioghen hinnen den scependonime van Dcssel- 
berghene : altoes hute ghenonien dat voeren bescheedelic bute gheleit es 
ghelyc dats vcrclaert staet. 10" Ende waert dats gheviele dat yemene 
ghevanglien wirde van den live binnen den heerscepe van Desselberghene, 
dien ghevanghenen es sculdicb de meyere te haudene up sine plegt ende 
avonture die eerste drie daghe, ende daer na saine de meyere, der keri<en 
van sente Pieters of haren bailliu overleveren, ende de kerke of haer 
bailliu saine voert liauden ende vvet ende vonnesse daer of doen gheschien 
binnen den heerscepe van Desselberghene vorseit ; ende wert hy verwyst, 
de justicie salre af ghedaen werden binnen den heerscepe van Dessel- 
berghene vorseit, ende de kerke sal doen den cost van der justicie, ende 
de meyere sal doen den cost van den hangheman ; ende andere coste 
zullen zy deelen ghelyc dat zy de proffite heifen : dats te weten de kerke 
van sente Pieters de twee deele, ende de meyere terden deel. Maer waert 
dat yemene van schulde ghevanghen wirde ende van allen anderen zaken, 
so zaudene de meyere hauden de eerste drie daghe ende daer na de kerke 
of haer bailliu zesse daghe, ende elc also voort totter tyt dat de zake 
ghetermineerd ware : het en ware dat de ghene die van der kerken weghe 
daer ware, <le vorseyde meyere verbade dat hy den ghevanghenen hilde 
van der kerken weghe vorseyt. 11° Ende voert es te wetene dat elc 
prelaet van sente Pieters in zyn eerste incommen ende nieiiwe creacie, 
eenen ballinc daer ghebannen sonder meer, met hem inbringen mach 
ende hem zyn land weder gheven : den ban te niete doende sonder consent 
van den meyere vorseit; maer waert soe datupeeniche andere tiden eenich 
ballinc wilde hebben sinen inlandein t heerschap vorseit, dat moeste zyn bi 
consente van den meyere vorseit, endehy moeste ghenouch doen jegens de 
kerke van sente Pieters van tween deelen ende jeghen den meyere van den 
deele.. 12.° Ende van allen bastaer, incommelinghen ende vonden toebc- 
hoerende den herscepe ende den scependomme von Desselberghine, daer of 
es schiildich te hebbene de vorseyde kerke de twee deele ende de meyere 
t derden deel.. 13.° Ende van allen de dienstlieden die van hauden tyden 



— 108 — 

ende van liauden tioncke inghebnren zyn biniion ofte ui» t heerschap van 
Desselborghene, es schuldecli te liebbene de vorseyde kerke de twee deele, 
ende de meyere t derdeii deel; maer van allen dicnstlieden ende van haren 
naconiniers den kerken van sente Pieters, of ininnen heere van Vlaendren 
toebehorende eer si te Desselberghine quamen, en zal de vorseyde meyere 
niet hebben om de redene van den composicien die de kerke van sente 
Pieters ende miin heere van Vlaendren onderlini^be ghemaect hebben van 
haren dienstlieden.. Ende voert es te wetene dat de vorseyde wettelike 
gaderinghe ende t serkeraanage ontpioken warl te sente Pieters in t hof 
met myns lieeren ende der kerken bailliii ende ons mannen boven gbenoenit 
in al der zelver manieren dats voerschreven staet. Mits welken ontplukene 
vorseyt, ende hiiter begheerten van joncfrauw Lysbetten vorseyt ende 
haren wetteliken voogt vornoerat vvy manne vorseyt, wirden ghemaend, 
wat schuldich ware te ziine nietten rechte naer al dats vor ^nslieden 
wettelike comraen ende vcrleden ware? mits welken wy wysden in 
eenen wetteliken vonnesse, dat aile de vorseyde pointe ende elc 
zonderlinghe ghelyc dat sy voren bescheedelike verclaert ende bescreven 
staen , ende wise wel ende wettelike bevonden ende huutghe gheven 
hebben , behoeren ende schuldech zyn te behoerene te joncfrauwe 
Lysbetten leene vorseyt dat men heet de meyerie te Desselberghine ende 
datter toebehoert, ende dat soe dat haut ende schuldesch es te haudene 
in eenen vullen leene van minen heere den abdt ende der kerken van sente 
Pieters vorseit, ende dat soe hem daer af schuldech es trauwe ende waer- 
hede, ende zulcken dienst als voren verclaert staet. Ende aile dese 
vorseyde dinghen ende elc point sonderlinghe waren ende zyn ghedaen 
ende vuldaen wel ende wettelike ende al wettelike met allen den wette- 
liken maeninghen ende vonnissen diere toebehoerden also mense schukiich 
was te doene naer recht, wet, costume ende usage van den hove van 
sente Pieters vorseyt. Ende omdat zy aile zullen zyn ende bliven goed, 
vaste, zeker, ghestade ende wel ghehauden ten eeuweliken daghen ghelyc 
ende in der selver manieren dat zy boven gheschreven zyn , so hebben wy 
bailliu ende inannen boven ghescit, by bede ende neerensten versouke 
van joncfrauwe Lysbetten ende haren wetteliken voogt voornoemt ; voer 
ons, aile dese vorseyde dinghen kennende, dese jeghenwoerdeghen wette- 
liken t saertere bezeghclt elc van onslieden sonderlinghe met sinon zeghele 
huuthanghende, in oertcontscepe ende kennesse der waerheden. Dit was 
ghedaen int jaer ons Ileeren als men screef M CGC ecn en t seventich 
den xi]""" dach van weedemaent. 



— 109 — 

IV. 

COPIE. 

Compositie van desen heerscepe van Desselberghene. 

Kond ende keiilic zy allen lieden dat wy Jan Abt ende convent van der 
Abdyen van S. Pieters by Gend, in den name van onser kercken an d'een 
zyde, ende Béatrice van Massemen ivedewe heere Diederic Notax over my 
ende in den name van Lysbette rayne dochtere als hare vocht, ende by 
rade wille ende consente van de heeren haren vrienden ende maghen 
hier naer genompt, an d'ander zyde ; considerende en anesiende dat 
discord ende ghescil namaels rijsen ende werden mochte tusschen ons 
ende onsen nacommers om theerscip toehehoorende der meijerie van Des- 
selberghene die men haut van der kerken van S. Pieters voors^ de welke 
meijerie heere Diederic Notax dies God de ziele hebbe, in tyden als hy 
levede, ende ic Béatrice zyn wettelic wyf voors* te gader cochten jeghen 
Janne van den Dorpe met aile den rechten datter toebehoorde ende 
schuldich es toe te behoorene, om paijs ende omme ruste zyn wy partyen 
voors^ by goeden vriendelicken traitiete ende consente van ons, over ons 
ende over onse naercommers eens worden ende gheaccordeert in devorme 
ende manière hier naer verclaerst. Ende int eerste zo es te wetene dat 
ter voors'' meijerien van Desselberghene toebehoort terde van allen foiir- 
faiten die scepenen vonnesse van Desselberghene toe behooren ende niet 
van dat ten mannen vonnesse toebehoort, Item gevielt datter yemant 
gevanghen worde van den lyve binnen den heerscepe van Desselberghene 
dien ghevanghene es sculdich de Meijere te houden op zynen plicht ende 
aventure d'eerste drie dagen, ende daer naer der kerken van S. Pieters 
of den genen die daer zal wese in haere stede te livereren, ende de 
kercke saine voort an haiiden ende wet ende vonnesse der af doen, 
binnen den heerscepe van Desselberghene voors^ ende wert hy verwyst, 
de justicie zalre of gedaen werden binnen den heerscepe van Dessel- 
berghene voors' ende de kercke zal den cost van de justicie doen ende de 
meijere den cost van den hangman, ende andere costen ziillen wy deelen 
ghelyc dat wy de proiiffyten helfen, dats te wetene de kerke van S. Pieters 
de twee deel, ende de meijere terde, maer. waert van sculden dat hy 
ghevanghen ware ende van allen anderen zaken zo zondene don meijere 
liouden d'eerste drv dai;hen ende dan de kercke zes da^en ende dan 



- 110 — 

wt'dpr de nirijoip div da^lieii ende daer nacr de kercke zes daglKîii eiulc 
elc alzo vnoit lutter tvd dat de zaeke ^etêi'iiiineerl ware liet en ware dat 
de ghene die van den kerken weghe daer ware den voors. meyere ver- 
baden dat hy den gevanghenen hilde van dor kercken weghe, Item zo 
machelcPrelaet van S. Pieters in syn eerst incommen ende nieuwe creacie 
cenballincdaerverbannen zonder meermethein inbringen endehemzyn land 
weder geven, den ban te nieuten doende zonder consent van den Meyere 
voors* maer waert zo dat op eenich andere tyden eenich ballinc wilde zyn 
inlanden bebhen dat nioeste zyn by consente van ons beeden ende hy 
moeste genoeg doen jegen de kercke van S. Pieters van de twee deelen 
ende jegen de meyere van den derden deele, item van allen bastaerden 
incommelingen ende vond tocbohoorende den wettelyken Scependomme van 
Dcsselberghene daer af es sculdich te hebbene de kerke yoors. de twee 
dcel ende de meyere terde, item van aile dienstlieden die van auden tyden 
ende van andentronkezyn ingeboren binnenofop't hcerscip van Desselber- 
ghene es schuldich de voors. kercke te hebbene de twee deelen ende de 
meyere terde maer van allen anderen dienslieden ende van haren naCommers 
der kercken van S. Pieters of mynen heere van Ylaenderen toebehoorende 
eer sy te Desselberghene quamen en zal de voors" meyere niet liel)ben ora 
de redene van der couipositie die de kercke van S, Pieters ende myn 
heeren van vlaenderen hebben gemaekt onderlinge van haren dienstlieden, 
item hebben wy Abt ende Convent voors' der voors" vrouwen bekent 
ende geconsenteert onsen wint op 't veors" heerscip van Desselber- 
ghene alzo verre als wy moglien ende ons toebehoort den welken wind 
zo ende haer hoyr eeuwelicke van ons ende van onsen naercoramers 
in den name van onser kerken voors' znllen boude ende blyfven houden in 
leene teenen alven coopt ende mits desen accorde stellen wy partyen 
voors' deen den anderen quytte ende renunchieren ende gaen of van 
allen anderen heeschen calaengen, costumen ende uzanchen die deen 
jegen den anderen niach hebben ghedaen ofgeuseert of namaels doen 
of usercn niogen want geene uzanche noch possessie deèren of helpen 
raach eenige van ons lieden contrarie den poynten ende den accorde 
voors', ende beloven ende hebben belovet over ons ende over onze 
naercommers by troiiwen ende by eede jeglion dit prosent accordt ofte 
jegen eenich poynt boven bescrcven nininiernieer te gaene nng te doene 
ofte te latene ofte doen doene by ons of by anderen ende om dat wy 
willen ende begbeercii dat aile dese pointen ende dinglien beliouden 



— m — 

l)fyven goed vast ende gestade, zi> lirliltt'ii \vy tor uieer verzekerthedi' eiide 
in ct'uwelickei' gliedinckenesse giiedaen maeken twee paer brieven Iteede 
eens sprekende dies elc van ons jiartyen voors' eene heeft, ende beseghelt 
met onser beeder partyen zegbele, bidden ende versoeken den heere van 
Maldegem den heere van Massemme, heere .la n Mularde, ende heere Phls 
van Massemme, de welke hier over waren ende by wiens rade ende 
consente de voors" dingen ende accord ghedaen ende gemaekt waeren dat 
zy haere zeghelen willen hangen an dese letteren raits de onse; ende \vy 
heere van Maklegem, heere van Massem'me, Jan Mnlard, heere van Exaerde 
ende Phls van Massemme rudders maghe ende vriende vrouwen Beatricen 
ende jonkv. Lysbetten veors"- ten bede ende versoeke van voors. partyen, 
kennen ende lyen dat voor ons ende by ons ende byonsen rade ter eere, 
bâte ende proufi'yte van onsen nicliten voors. ende haer hoyr ende naer- 
commers dit présent accord en aile de voors*. dingen waeren gedaen en 
geaccordeert als 't voors' es, ende in kennesse der waerheden wy hebben 
onzen zeghele ghehangen aen dese pnte Iren metgaders den haerliedei'. Dit 
was ghedaen op onsen vrouwen dag ter conceptien achthieiisten dag van 
Décembre int jaer ons heere als men schreef M. CGC zevene ende vyftich. 
Ghecollationeert jegens den zwarten boiik inhoiidende diversche Pri- 
vilegien ende onde litteraigen der kerken van S. Pieters by Gend, ende 
rust den zelven bonk int secrrt van der Proostie der zelver kercken welcke 
voors" copie metten texte van den zelven zwarten bonk es bevonden 
accorderende by my onderscreven als clercc{ van mannen van den Leen- 
hove van St. Pieters voern' toorconden dese. 



Destelberi;hen. Synde de prochie van Destelberghen een schoone prochie 
groot elf hondei'l buiideren, ende redelyck wel bewoont geweest, ende oock 
verciert met diversche casteelen ende schoone huysen van plaisance maer 
eylaes dat te beclaghen is alsnu door den iirant in de leste troubelen van 
oorlogh gelyck meer andere prochien hier binnnen Vlaenderen , seer 
geruineert ende verandert, disponerende oock alliier den heer Prclaet als 
Patroon van de pastory der selve prochien. 

Den wint en dt^ niolderye dezer voors*^ prochie is oock een leen van de 
kercke van St-Picters ende haei'cii upperleen li ivc glu hnuilv'ii Icn doseii Iccue i 



— 112 — 

sno dat niemaut aiulers meulen stellen en niacli om te maelen hiiinen laet 
voor zyiie heerschapp van Destebergh dan der errachtigheri van dezer leene. 
De Meyerve van de voûrsy*^ procliie is jnsgelyks een leen van de voorne 
kereke geliouden, belioorende toi den nieyerye en leen drye Ininderen lants 
lettel min ofte nieer, die nien lieet s' meyers wal, synde aile vrye van 
thienden ende van rente ende competert dese meyerye het derde deel van al 
dat scliepenen vonisse van Destelberghe toebehoort soo waer dat gevallen 
raag in de voor^ prochie alsoo wel op gront van leen ais op gront van 
erfven, ten waere van sterfcoop ofte wandelcoop van leenen. Item behoort 
ten dezen meyerye aile de geboden te doen ofte doen doen even sene sy den 
heerschepe ende schependom van Destelberghe raecken ; moet oock aile de 
achtynghe ende pandinghe doen , ende hebben t' derde deel van de boelen 
ende aile de profylten dier daer afcomen moghen. Item gille de Eeden 
staeven ende daer af hebben syn regt, item de vierschaere bannen «nde aile 
de maenynghen doen eyst in gebannen vierschare ofte daer biiyten int 
schependom ende heerschap van Destelberghe, item vrede nemen ende die 
staeven ende opdraegen alst te doen is, is ook schuldigh te schutfen ende 
te vaene gelyck de bailliii voorts in s' meyers reght ende behoort toeten 
selven leene, dat naer den tyt dat de menschen verboden woi'den by welte 
nytter kercken te Lessene dat den meyer zyn beesten moet doen gaen in de 
voorn meerschen veerthien daeghen lancknaei' het verboodt in devoornoemde 
Prochie deurgaende behoort oock ter voors meyerye t' uerde deel van allesterf- 
coopen ende wandel coopen ende van aldies dat schepenen vonnisse raecken 
maeis mits dat hy meyer maender daer af is, gelyck oock desen meyer toehoort 
het derde deel van aile de vervallen endeaventuren fourfaiten endealleandere 
rechten die gebeuren moghen binnen het voornoemde schependom van 
Destelberghe voorts waert dat geviele dat iemant gevangen wierde van den 
lyfve binnen het voors^ heerschap van Destelberghe, den meyer is schuldigh 
dien gevangenen te hauden op zyn plicat de eerste daegen ende daer naer 
moet hy dien oveileveren aen de kereke van St-Pieters, of te haeren bailliu 
welke kereke ofte bailliu hem voorts hauden sal ende wet ende vonnisse 
daer af doen binnen t' voornoemde heerschap van Destelberghe en de werdt 
de gevangenen vervveesen, de justitie sal dor af gedaen woerden binnen 
t' voornoemden heerschap van Destelberghen, en de werdt de gevangene 
verweesen de justitie sal der af gedaen worden binnen t' selven Destelberg- 
hen ende de kereke sal doen dencost van de justitie, ende den meyer den cost 
van hangman ende de anderen costen sullen sy deelen gelyck dat syprofyt- 



— 113 — 

ten heffen dats te weten de kercke van St-Pieters de twee deelen ende den 
meyer t' derde deel ; maer waert datiemantvanschiilden gevanghen wierde 
ofteanderesaecken soo soudede meyer haiiden de eerstedrye daeylien ende daer 
naer de kercke ofte haeren bailliu ses daeghen ende t'elckent soo voort 
tottertydt dat de saecke geterniineerdl waere het en waere dat den gonnen 
die van de kercke weghe daer waere der voore meyer verbaede dat hy de 
gevangenen liilde van de kercke wege voor^ Voorts is te weten dat Elck 
Prelaet van St-Pieters voorseyt in syn eerste incomraen ende nieuwe 
Creatie ende ballinck daer gebannen zonder meer met inbringlien magh 
hem zvn landt wederçrevende, den ban te niet doeden soender het consent 
van den meyer voor^ maer waert dat op eenighe andere tyden eenige ballingen 
wilden hebben haer inkint op t' heerschap van Destelberghe dat moeste syn by 
consente van meyer voor* ende hy soude moeten genoeg doen jeghens de 
kercke van St-Pieters van de twee deelen ende jegens der meyer van 
t' derde deel, ende van aile bastaerde incommelinghen ende van der 
toebehoorten van der heerschepe ende schependom van Destelberghe daer 
af is schuldigt t' hebben de voors'^'^ kercke de tw'ee deelen ende den meyer 
het deerde deel maer van aile dienstlieden ende haer naercommers de 
kercke van St-Piet ts ofte myn heeren van Vlanderen toebehoorende eer 
sy te Destelberghe qiiaeraen, en sal den voors^ meyer niet hebben omme 
de reden van compositien die de kercke van St-Pieters ende myn heere 
van Vlanderen onderlinge hebben gemaeckt van Imnnen dienstlieden ende 
den erfachtingen van desen leene magh eenen meyer maecken ende oock 
verlaeten t' allen tyden alst hem belieft omme de voor^ meyerye te 
bedienen als boven, ailes ingevolghe het deelen van den leen boeck. 
N° 53, 13 deel. 



VI. 

Alsoo Bailliu ende schepenen met de groote ghelande der prochie Des- 
selberghe versoghs hebben aen den Eerw. heere Prelaet van d'abdye van 
St-Pieters als heere van de voor^ prochie dat de aenhoudt ghelegen 
binnen de selve prochie, soude moghen worden gebraght tôt culture ora 
daer mede de voorsheyde prochie voor zoo veele als t' moghelvck sy te 
herstellen van de groote schulden daer inné de selve ghevallen is door 
de ghepasseerde ooiloghe die den mecrderen deel syn crooserende den 



— Ui — 

pt'iinimk wj'- s(tit \>[ ilat sy dieu ai'iiga.'iiilc ovcr l'cii ^Ikm'oiucii s\u iiider 
iiiaiiici't'ii naei'Vdlghonde. 

Kerst ciidc alvuor ii dat don voorscgden l>ailliii l)iir^iieiiiestre ende 
sclicpenen mitsg''^ groote ghelaiide eiide gheiiiente van Desselberghe- 
sidh>n gli hoiidfiii syn ovcr de voor* hecre Prelaet liet guarrant tnenveer- 
deii van de iiytghegeven admodiatien van den voor^ Hanaiddt ten diversche 
stond(în ghedaen by syne voorsaeten. 

Item dat de uytghegeven cheynsen sullen sorteren h ler elïcct sonder 
eenighe contradictie, ende dat het jaeiiykx revenue van diere sal blyven 
ten prollyte van de pi'onstdye van selve abdye. 

Item dat sy snllen verobligeert syn te betaelen vuyt de landene ter culture 
te hrinylien de wandelcoopen, doodtcoopen, beste hoofden ende andere 
lieerlycke reghten, gelyck men in het anderdeel van prorhie van Dessel- 
herge betaeit, ende dat t' selve sal beghinnen met d'eerste jercopinglie 
staende te dnenebyde voorseyde baillin burgh*'"'' ende scbepcnen nwtsgae- 
ders groote giieiande'^^ende gliemeente. 

Item dat de strajeten van selven Hanaudt suUen moghen worden beplandt 
ten proffyte van selve abdye buyten den schoofcant van den propiletaris. 

Item dat sy sullen betaelen ten proffyte van de selve abdye voor Uecogni- 
tie ses deniers 's jaers nnyten bunder in plaetse van de Philipe gaende teni 
proffyte van selve abdye uuyt den voornoemden Hanaudt. 

Item dat sy sullen uuytlegghen voor het onderhaiiden van kercke van 
selve prochie twee bunderen lants uuyt den selven Aenhaudt te beghinnen 
van de groote straete lanckx den unytplant van P. Meulewater tôt op de 
Leede, boven eene somme van twee hondert ponden grooten om daer mode 
de voornoerade kercke te vergrooten ende repareren als naer behooren. 

Item dat sy van gbelycken daer neffens aen oock sullen uuytlegghen ten 
proffyte ende onderhaudt van den ghemeenen armeii van de selve prorhie 
twee bunderen lants boven eene ghelycke sonnne van ghelycke twee hon- 
dert ponden grooten (onme te belegghen te)i intreste ten proffyte van tU'n 
armen. 

Item dat sy oock daer neffens sullen uytleggen twee bunderen lants tôt 
het onderhaut van eenen onderpastor met last dat den selven sal ghehonden 
wesen te doene eene saterdaegsche wekelycke gesonghen misse, in de 
keiTkevan der zelve prochie U'V eeren ende aen den authaer van onze lieve 
Vrouwe bove eene sonmie van ghelycke twee lumilert ponden gro!ilen om 
te belegghen ten proffyte van den selven oinlcipioloor Icn inler(>ten als 



— 115 — 

vooiTii diier iivf dcn ('(tstei' sal pninitereii s' jiieiivc k\ twoo poitid'ii ^rdnlcn 
voor syn assistcntifi in de sclvo misse. 

Item dat sy sullen lietaelen ofto laten volL^hen de thiende van vriii;lit('ii, 
die (ip de landen tôt culture te brint^hen van voors. aenhaudt sullen coinen 
te groyen, te weten de voile thiende van de elfsten sehoofvan de specien 
daer van dat men in liet ander deel van de prochie tliiende is ghevende, 
endc naennaels sal ghegeven worden ; 

Op aile welcke conditien \vy sno over ons als met aggreatie van onsen 
convente, voor zoo veele als ons aengaet bebhen gheconsenteert dat deii 
voorseyden aenlioudt sal ter culture ghebraght ende vercoght worden tcu 
proflyte van de selve prochie ende twelckede voorn. bailliu endeschepenen 
met de groote ghelande ende insetenen der selver prochie hehben gheac- 
cepteert ende belooft deselvete acbtervolgben. Actum desen xj"" april 169'.). 
ende waren ondertecckent Maunis Abt van St-Pieters, G. Goethals Bailliu 
J. Van Straeten, ende Andries van Damme. 

De onderscreven groote ghelande ende proprietarissen der prochie van Des- 
telbergbe verclaren voor soo veele als ons aengaet te consertenen dat den 
Aenhaudt by den voorenstaende contracte ende consente ter proflyte van de 
voorn prochie op aile de condition daer by vermeit sal vercoght ende ten 
culture ghebraght worden behaudens dat alleenelyck sal gheemployert 
worden ten proU'yte van de kercke, aermen, ende onderpastoor van de 
selve prochie de penninghen die sullen komen te procederen van de weerde 
van de vercoopinghe van achtien bunderen uyt den gemelden aenhaudt, 
ailes met beloftc ende onder verbandt in forma. Actum desen vyfdcn juny 1 099 
ende waeren onderteekent Ant. Bap. Van Pottelsberghe, F. A. Vander Meer- 
sche de Berlaere, J. Helias, Reynier de Buck, A. Van deSompele, Seghers, 
Jacques Van Laere, E. Lootman Notax. 
Cariai aire J8. 



VII. 



De selve Meester Nicaisehoud eenleendatmenheetthoerteN(etbaergroot 
wescuile in 1 ndemeersschen ende watere twintich bundere littel meer oC te min 
ligghende indiverssclien ptcheelen outrent tvoorseyde hof en inde nicrsscben 
It beboort te desen voor* leene in ervel.penninc Renlen veertich scliill par. 
twee hoeiideien en ecn hall' s' jaersdie hem zync laten sculdich zyn bmvyst 



— 116 — 

up divei'ssclien gronden \'un eenen ^iiele;^lieii iiil vuor^ litviscep. lU'iii behoort 
ten voors. lec'iie eenljailiin die dernachlighe vandeii sclveleene inakoniiiacli 
eiide veilateii tallen iiideii aist lieni i^lielieft en eeu hol' van maiiuen van 
leenen ende boeten zulcke als lieiii zyne manncn van leenen wysen zouden 
op dats nood ware item behorden ten voors. leene Iviij manscepen staen 
twelcken veranderiiii^lien te wetene de tiene elc te vnllen conpe van 
van X rt' X en. xx st. van camerlincgelde en andere xlviij manscepen staen 
telcken veranderinglie ter besten vrome van drien en te xx scell par. van 
Camerlinc gbelde. En als eenich van de Iviij leen verandert by coopen so 
beboort de voorn. Meester Nicaise van dien toi den tlnende pinninc. Item 
hebben de voors. baill. en maenen de kennisse en terecbt van de voors 
leen te ervene t' ontervene bewys daer op te doene afwindinghen circunie- 
naghien ende vergaderinghen te hondene en al inde manière dat men 
ghecostumeertheeft. Item ende by alzo dat glieviele dat vQorden voors. 
baill en manen handelinghe van ghedinghe ware en zy van dien miet wys 
vroet oft eens en waren van vonnessen te makene , dat zy dat ghedinghe 
zyn sculdich te draghcne voor de mannen myns heeren ende der kercken 
van sinte Pieters als te haerlieder wettelicke hofde, en van hêml. last 
hebben alst heml. redelic sal denckene en insglielycs wordden de voors. 
baill en manen beroppen oft geappelleert voor ofte naer vonnesse dat zy 
van dien sculdich zyn te staenne te rechte voorde baille vande manen myns 
voorz. heere en kercken. Item behoort ten voorz. leene dat de voorn. baill 
metten laten kennesse ende berechte hebben vande ervachticheden die 
men vande voorn. mester Nicaise houden es, die te ervene ende tontervene 
ghelyc men ghecostumeert es, en aise verandert en versterften dobbel 
rente en by coope van xxx ^ paris xix sell par. boete tôt iii i par. en 
daer ondere. Item behoort te desen voors. leene op sekere plaetsen van 
lande ghelegglien int voorts heerscp op den mnelen cautère den vyfthiens- 
ten scoof ende up sleeken cauter en inde mersschen op zomighe plecken 
den derden oppere welc land en niersch diversche personnen houden zyn 
ende dat nioet men deelen up tvelt als de vruchten staen gheebonden en 
thoen vulvvonnen es inde mersch en dan moeten de ghene die tland en 
mersch toebehoort oft hare pachters voeren ofte doen voeren svoors. 
meesters Nicaise deel in zyne voorz. hof te Noettaex eer zy thare moghen 
voeren oft roeren vande velde, behoort ter voors. teene thiende op di- 
veissche perchelen van lande geleghen binnen den voors. heerscape, 
't voorz. leen staen te trouwen ende waerheden ende alst vervvandelt te 



— 117 — 

vullen relieve van x «' par. en xx «' par. van (^auierlinc gliekle en alst 
verwandelt by coope tex''" pen. relieve en carmerlincgelde als boeven. 
Leenkoek 4517. 

VIII. 

Acte de chasse en faveur du seigneur de Notax. 

Kennelyck sy aile lieden dat den eerw. heere ende vader in Goede 
heere Robertiis prelaet van de abdye van Ste-Pieters in pachte ghegeven 
heeft soo hy doet by desen aen Mher Jooris Rudolf Lantman limtenanl 
colonel van den Heere prince Van Berckevelt die van gelijcken in pacht 
bekent ghenomen thebben alsulcke redit van jacht ende vogelderye als de 
voorz. abdye is competerende binnen de prochie en heerelyckhede van 
Desselberghe voor eenen terme van negen jaren ingande half ougste xvj^ 
twee en taclitig onder de conditie dat den voorn, Lantmann contant sal 
tellen aen den voorz. eerwerdige heere prelaet de somme van hondert 
ponden grooten vlaems, die teynden de voorz. neghen jaren by den voor- 
schrevenen eerw. heere prelaet suUen moghen worden gherestitueert ofte 
voorders behauden tsynder kense dan in gevallen de voorz. hondert pond 
grooten niet en worde gerestitueert dat den voorschreven Lantman syne 
successeurs ende naercommers sullen 's moghen te continueren in den 
voorschrevene pacht tôt de effective restitutie van diere synde oock gecon- 
ditioneert der voorn. Lantman dese voorwaerde ende pacht aenveerden sal 
met den last van alsulcke voorgaende comraissien ofte voorwaerden als van 
de voorschrevenen jachte ende vogelderye soude moghen uuytgeven zyn 
by den jachtmeester van de voorseyde abdye die hy aen hem neempt te 
contenteren sonder eenick verghelt ofte recompense te moghen pretenderen 
als oock dat den voorn. Lantman ghedurende syn termyn sal moghen 
stellen een ofte twee toesinders ofte weyknechten met auctoriteyt van te 
moghen arresteren ende callaingeren die daertoc nochtans by de wet van 
't voorz. Desselbers-he sulls moeten worden "'heedt. 



X T K 

SUR 

LA VISITE DES LEPREUX 

A ANVERS 

DEPUIS I.E 11 MAI 1517 JUSQU'AU U MARS 15'24.. 



C. BROECKX, 

Bihliotliécaire-Aitliivisle de l'Académie etc. 



Ail moyen âge, les lois de rhyi^iènc étant peu connues et peu 
observées, l'Europe fut fréquemment ravagée par des épidémies 
meurtrières et la Belgique en particulier paya souvent un large 
tribut à ces impitoyables ministres de la mort. Pour nous en con- 
vaincre, nous n'avons qu'à consulter les historiens de cette époiiue. 
Mever, le père de notre histoire f Annales rerum Flandricarum 
anno DCCCXX, page II; ibid, DCCCCLI, page 19;)Gustis, 
(Jacrboeken der stad Brngge, 1<? deel, page 63;) Despars, 
Chronique, lei" vol, page IGi;) André Wydts, Chromjcke van 
Ma en der en en Brabant, tome I, page 67 ; ibid, page lOl^; ibid, 
112;) GuESQUiÈRE, fActa sanctoriini Belgii selecta, tome 1, page 
4-89; ibid, tome IV, page 514. § 23) et d'autres écrivains encore 
nous ont cousei-vc de bonnes descriptions de ces Iléaux. 

Si hi lèpre est la jtlus redoutable des maladies culanées, elle 
tient aussi une des premières phices dans l'hisloiie des malheurs 



— 119 — 

tIp rcspèr.e humainf. Nos ix'tcs la n^gardaient commo un sic^nn 
non équivoque de la colère du ciel. 

C'est dans l'Ecriture Sainte que nous trouvons les premiers in- 
dices des précautions prises contre les maladies contagieuses. Les 
chapitres 15 du Lévitique, 5 des Nombres et 15 du livre premier 
des Rois, prescrivirent la séparation des lépreux, d'abord dans le 
désert, hors du camp et ensuite, hors de Jérusalem. Les sujets 
suspects de lèpre étaient obligés de se présenter devant le grand 
prêtre Aaron et plus tard devant les autres prêtres. Ceux-ci les 
examinaient et ordonnaient soit la séquestration provisoire de sept à 
quatorze jours, soit la séquestration définitive. Lorsque les croisés 
se furent rt-ndus maîtres de la ville samte, ils continuèrent à garder 
hors de la ville un lieu isolé destiné aux malades atteints de la ma- 
ladie contagieuse, sous le lilre d'hôpital de St-Lazare, d'où est 
venu le nom de Lazaret, 

Il est probable que la lèpre a existé en Europe avant les croi- 
sades. Les Sarrasins l'apportèrent en Espagne et en France vers 
l'an 720. En effet, l'histoire nous apprend que St. Nicolas fit le 
premier bàlir un hôpital uniquement consacré aux lépreux ; Charle- 
magne, dans ses Capitulaires, fit des règlements relatifs aux mariages 
des lépreux. Ce fut au commencement du douzième siècle que la lèpre 
pai ut pour la première fois, sous forme épidémique, dans nos contrées. 
11 n'y a rien d'étonnant à cela, puisque ce fut précisément à ceite 
époque que les relations de notre pays avec l'Orient, foyer primitif de 
cette maladie, devinrent très-fréquentes. L'enthousiasme religieux, 
provoqua en ce temps là (de 1096 à 1291) plusieurs expéditions 
pour arracher aux infidèles le tombeau du Sauveur. Il est inutile 
de rappeler ici la part que nos compatriotes prirent aux guerres 
saintes, sous les Codefroid de Bouillon, les Robert de Jérusalem, 



— 1:20 — 

les Thierry et l^hilippe d'Alsace, les Baudouin de Constantinople et 
d'autres illustres capitaines belges. Nous nous bornons à constater 
que les débris de ces expéditions, qui purent regagner la terre 
natale, y apportèrent et y répandirent le germe de la lèpre. Ce 
fléau ne fut pas plus tôt introduit dans notre climat, qu'il y prit 
une extension formidable. L'effroi qu'il inspirait était si grand que 
les autorités de la plupart de nos villes se crurent obligées de com- 
battre le mal par des ordonnances très-sévères et de prescrire aux 
lépreux, même sous peine de mort, de déclarer leur maladie, de fuir la 
société et de se renfermer dans les léproseries qu'on avait fait 
construire hors de l'enceinte des communes. Les hommes iJe l'art 
étaient également tenus, sous les peines les plus sévères, de signaler 
à l'autorité tous les malades chez lesquels ils pouvaient dér.ouvrir 
quelque trace de la terrible maladie. 

En moins d'un siècle, la lèpre avait pris des proportions si 
effrayantes, qu'en 1220, sous le règne de Louis VIÎI, on comptait 
2,000 léproseries en France et plus de 20,000 dans toute la 
chrétienté. Soit que les mesures prises dans toute l'Europe aient 
diminué la violence du fléau et son caractère contagieux, soit que 
la fin des croisades ait empêché de nouvelles importations, soit enfin 
qu'un mal, né en Orient, ait perdu insensiblement de sa violence 
dans un climat tempéré, la lèpre épidémique commença à dispa- 
raître insensiblement de notre pays. Vers le milieu du seizième 
siècle, elle avait complètement disparu. Telle est aussi l'opinion 
du célèbre historien de la médecine Rurt Sprengel, qui fixe sa 
disparition totale vers 1626. Ce médecin dit qu'en cette année, 
Louis Xill chargea les médecins David et Juste Laigneau, 
(le parcourir toutes les léi»roseries. Cette visite apprit à distinguer 
la véritable lèpre de relie qui n'était que factice, et bientôt on vit 



— 121 — 

complètement disparaître la maladie, fllistoirc de la médecine, 
traduite par Jourdan, tome 111, page Go). 

La ville d'Anvers fut, à diverses reprises, éprouvée par le fléau. 
Comme on s'était aperçu que la lèpre se communiquait avec la 
plus grande facilité, le magistrat prit diverses mesures dans l'intérêt 
de l'hygiène publique. Parmi les plus importantes nous citerons la 
construction d'hôpitaux spéciaux ou léproseries, l'examen médico- 
légal des personnes suspectes et leur séquestration provisoire ou 
délînitive. Ces mesures étaient des plus sages et des plus propres à 
arrêter les progrès du fléau. 

La première léproserie établie à Anvers fut celle de Tersiecken, 
située d'abord hors de l'enceinte de la ville. Elle existait déjà 
avant 1231 puisque Nicolas van Wyneghem, pléban d'Anvers, lui 
fit une donation le 17 mars 1231 [Diergxsens, Antverpia Christo 
nascens et crescens, Anvers, 1773, à la page 207 du tome I). 
Le 29 août 1272, Henri Noze, chanoine, légua à la même 
léproserie des terres et des objets de literie (Mertens et Torf'S, 
Geschiedenis van Antwerpen, tome I, page 539). 

Il parait que vers 1287 plusieurs lépreux se livraient à la 
débauche et sortaient sans permission de la léproserie. Les sœurs 
et les frères qui les soignaient, s'étant plaints au magistrat, l'écou- 
tète et les échevins portèrent le 24 février de la même année un 
décret sévère pour prévenir désormais de pareils abus. (Mertens 
et Torfs, ibid. tome III, page 655). 

Le nombre des malades était parfois si élevé qu'on fut obligé 
d'établir, hors de la porte St-George, une seconde léproserie qui fut 
vendue par ordonnance de la commune du 9 juillet 14-88. Un 
arrêté de la même autorité, daté du 27 avril 1552 fit construire 
dans le même but des maisonnettes en argile (Lcrmen hnijshenaj 

25 XVII y 



. 122 

liurs (le la |iorl(' Pioiigc près de l)aiiilinii;gv. l'his taiil elle Ciirciil 
it>iii|)hi(:ées par des inaisoimcUes en ltii(|ii(;s (UiEUCXSKNS, ibidA. III, 
page 135). 11 parait que l'épidémie sévit de nouveau l'année 
suivante puisque le magistrat, par décret du 9 août 1553, ordonna 
à tous les lépreux étrangers fvelt sieckenj de regagner leur lieu 
de naissance, endéans les quatorze jours, sous peine d'être tlagellés 
et bannis. Les dimanches et les jours de fêtes, les lépreux d'Anvers 
devaient se rendre à l'église de St-Willcbrord pour y entendre la 
messe sans pouvoir y entrer. Après le service divin ils devaient 
retourner dans leur lazeret (Marshall et F. Bogaerts, Biblio- 
thèque des antiquités Belgiques, page 178). • 

En i54'2 le fameux capitaine iMartin Van Rossem dévasta les 
environs d'Anvers et le couvent de Tersiecken, ce qui Corça les 
religieuses de s'établir en ville (Diercxsens, ibid. tome IV, page:;3). 
Il paraît qu'elles rentrèrent dans leur établissement après la retraite 
du capitaine. En 1575 la guerre s'étant de nouveau allumée dans 
notre pays, les religieuses allèrent d'abord s'établir en ville derrière 
réélise St-George et en 4 592 elles se fixèrent définitivement rue de 
la Cuiller, dans la propriété appartenant aujourd'hui à la lamille 
Meeus (Diercxsens, ibid. tome V, page 223). 

En 1601 un grand nombre de lépreux s'étaient de nouveau mêlés 
à la population, et l'on avait tout à craindre de ce contact. Par 
décret du 11 septembre de la même année, le magistrat assigna 
à tous les lépreux, qui ne demeuraient pas aux léproseries de 
Dambrugge et deTersiecken, deux nouveaux endroits pour y habiter, 
savoir dans la rue de la Cuiller près de Tersiecken et dans la nie 
des T.inncurs près de la tour dite lluydevetterstoren (Diercxsens, 
ihid.) Celle permission lut révoquée le 2 août 1G14'. Alors tous 
ceux (pii 11'' deuioiiraient pas dans le couvent de Tersiecken lureiil 



— 1,23 — 

d(! nouveau astreints de se rendre à Dambrugge. (Diercxsrns, ihid. 
tome VI, pacfe 840.) Les eontrevenauts étaient att;ichés avec une 
chaîne à un billot, pendant un mois entier, au pain et à l'eau. 
(Marshall et F. Bogaerts, Bibliothèque, page 179). 

Après l'invasion de la Belgique par les Français en 1794-, les 
lépreux furent soignés comme les autres malades, à l'hôpital 
Ste-Elisabeth. Les maisonnettes à Dambrugge ne furent toutefois 
démolies qu'après 1830. 

Si nos magistrats communaux prenaient à cœur de préserver 
leurs concitoyens d'une maladie si fatalement contagieuse, ils 
jirocédaient aussi avec toute la circonspection possible avant de 
séquestrer quelque personne suspecte. A cet effet, les médecins et 
chirurgiens jurés de la cité fstadsmedecynen en stadschirurgynenj, 
qui remplissaient à peu près les fonctions de médecins légistes et de 
médecins des épidémies étaient invités à visiter les personnes 
suspectes. Après un ou plusieurs examens et après avoir dûment 
constaté la contagion, ils ordonnaient de séquestrer les malades. 
Mais, dira-t-on, il n'était donc pas toujours facile de reconnaître 
l'existence d'une maladie aussi hideuse que la lèpre? En effet, 
les auteurs qui ont décrit l'histoire de ces épidémies sont 
unanimes à déclarer que la maladie pouvait rester à l'état 
latent pendant un temps plus ou moins long. Dans ce cas les 
individus suspects étaient tenus de subir plusieurs examens et ce 
n'était qu'après avoir constaté l'existence du mal qu'on prononçait 
la séquestration dans les léproseries. 

A l'appui de ce que nous avançons, nous allons faire connaître 
une pièce que nous devons à l'obligeance de M. Frédéric Verachter, 
conservateur des archives de la ville d'Anvers. Ce manuscrit est 
en quelque sorte le procès-verbal des opérations des médecins et 



— 124 — 

des chirurgiens jurés depuis le 11 mai 1517 jusqu'au 14 mars 
1524-. Le voici : 

Item int jaer ons heeren xv*^ en xvii den xj en xijsten dacli in meije soo 
sijn ghevijseteert by die ghesworen medijcijne en cijurgijnen deser stat 
Antwerpe vuyt bevele van den borghemesteren en heeren. Dese navolghende 
psonen vader leprosen ten huijse van mester Dominicus de Waelmont en 
was de ierste visitatie na die aflyvicheijt van mester peter manacker 
salijgher ghedachten ghedaen en doen waren de medijcijnen en doctore 
dese navolghende heeren 

In medijcijnen Doctoren 

Item mester Jan Vand'eycken ' . 

Item mester thomas de muijssijs 

Item mester jan van turnout 

Item mester heijnric van liere _ * 

Item mester jasp de laet was doe in Vranckrijck 

de cijurgijnen 

Item mester Dominicus de Waelmont 

m. Jacobe Duijtsche. m. jan vanden broecke 

m. ghert van hildernissen m. peter van Scaespdyc (sic). 

m. peter manacker. 

Dit syn de ghene die ghevijsenteert ware int selve jaer 

Item peter Deels lazarus ghewijst 

item anthonis stamps 

item margriet cornelyssen j 

item katlijn coops 

item cornelijs cools . 

item jan scampaert ( ^'"'Jghewijst 

item merten behaert 

item jan salleman 

item wouter noijens 

item mariie moons ) , , ^ . 

, j — , vuvtghestelt 
item de weduwe ropacrts^ •' ^ 



— 135 — 

item mathys cools \ 

item jan de liaest / , . . 

., '', , > dese en tiuamen met. 

item dyngne van noute ( 

Truyken van der beyst / 

Item den xxv'e Dach in junio int selve jaer ghevysenteert ten huijse van 
claus de clerck eën jonghen knecht jan loefs sone lasarus ghewesen 
item de brueke van mester peter manacker - - vj stuyvers 

Dit syn de bruekcn die gliene die quanien na den viij vrie inde ierste 
vijsijtacie 

Item mester thomaes de muijssis ] 
Item mester heijnric van lyere > elck vj grooten 
Item mester jan van turnout ) 

in de twede visitacie 

Item mester thomaes de muyssis ) 

Item mester heijnric van lijere / elc vj grooten 

Item mester jacob de Duijtsche ) 
So* iii scellingen brab. 

Item ghevijsenteert een jonghen knecht van sinte lauwereys te hove die te 
loven was lasarus ghewesen en de selve hier vrij en ghesont was ghe- 
wesen tôt inester jans vanden broeck huijse 

Item int jaer ons heen duysent vier honderd en xix opten xnsten dach in 
april des dystdaechs in de palmweke soe waren ghevijsenteert by bevele 
ende ouder costuine dese naervolghende personen van der leprosen en 
lasarijen ten huyse van mester Dominicus de Waelmont de twede reyse 
en doen waren de medecijnen en Doctoren dese heen 

Item mester jan van der eycken 

Item mester thomaes de muyssis 

Item mester jan van turnout 

Item mester jasp delaet 

Item mester adriaen van velthoven 

Item mester heijnrick van eijnde was syeck en sterf corts daerna salijgher 
ghedachte 

Uie surgijnen 

mester Dnicus mester jacob. mester jan van den broeck. mester ghert. 
m. peter scaepdyc, peter manacker 



— 1.'26 — 

IHl sifii dicijhcne die nlict'ijscntccrl wiire 

Item tlierl lliys die was tieken vaii dt'ii kisariissclie die waerl (|iiijt en 

ghesont ghcvoden en ghewesen 
Item jan de linllander viij 
Item gnesem van den steen vrij 
Item joris bastaerl vrij 
Item niagriet van santhove viiijt gliestelt 
l'em frans de volder la/.arus ghewesen 

Dit syfi die broeken 

Item mester thomaes ) 

Item mester jan vati turnout (bilTé) > elc vj groolen ^ 

Adriaen van velthoven ) • 

Ano Iwynlich 

hem ano xv^ en xx.. opten xiiiisten dacli in meyesoowaren gliev^senleert 
by die Doctoren van niedecynen en by de gbeswore siirgijnen een jonck 
meyssen van xviij jare ont gheheeten grietken rognians en hebben al te 
samen ghesloten en gheconcludeert met rypen rade, datse op dese tijt 
de voorsc. grietken los en vrij wijsen van de lasarijen 

Int jaer onsheen mv^ en xx opten seventiensten dach van septebri soe vvare 
ghevijsenteert ten liuyse van mester Dominicus dese psonen liierna 
bescreven aengaende de leprosen oft lasarijen in prensencien van den 
Doctoren hierna bescreve en surgynen 

Item in den iersten mester jan van der eycken 

Item mester tbomaes inester jan van tnrnont 

Item mester jasp mester adriae van velthoven 
mester jacob 

En snrgijnen mester Dmcus mester jacoh wassieck 

mester jan aen de coeport mester ghert mester peter van scacpsdyck 

mester peler manacker mester nierten. 

IHl ai/Il de ^ijecken. 

Imiiiwimi dit' viscoper cnape in de ( apel van giacie vrij 

lynken mens int hoplant 

niacriet boels bnvten lienhvnliols lasarus gbewosen 



U7 



magriet nayons woneii by sint Jacobs \ 

mayken tvoklers '. vuyt ghestelt 

Jan van ces j 

mayken maes int hoplant vry 

Item op ten xiisten dach van aprille ano xxj soe ware glievysentert ten 
liuyse van niester Dominiciis dese psonen hierna besci'even aengaende de 
leprosen en lasarien in psencien den Doctoren hier na bescreven 
Inden iersten mester jan van der eycke die en was daer niet 
Item mester thoniaes de niuysis 
niester jan van turnout 
mester jasper delaet 
mester adriaen van velthoven 
mester jacob van caster 

Snrgijnen 

Item mester Dominicus 

Item mester merten 

mester ghert 

mester peter van scaepsdyck 

niester peter manacker 

mester jacob en niester jan van den broecke 

dese twe hadden tflersijn 

Dit waren die ghene die gheexamijnert en ghevijsenteert waren 

Item maijken maes achter de crone opte perliiierct viiijt ghestee.lt en dal 
sy nersticheyt sal doe en besceet brenghen sal van medecyne oft sy int 
bat is gheweest 

hanneke van es opte pertmerct vry 

Item ghert thys die eens lasarus was en na vry was ghewesen is vuijt 
gestelt tôt in septeber en dat hy int bat t'aken reysen sonde en ner- 
sticheyt sonde doe om helpen 

Item Antonis staemps nietser lasarus ghewesen 

Item magriete naijens bij sint jacobs kercke vrij ghewesene 

Item adriaen de heeit biiijten kijpdorp poortte vuijtghestelt en dat hy int 
badt reijsen sal tôt aken en nerstijcheyt doen sal van niedecijnen on 
besceet brenghen. 

Item des xviisten dach van october soe was bevolen van den borghenies- 
ters dat wy souden vijsenteren ghert thys die ens was lazanis ghewesen 
over jaren en hy qiiani weder ons int jaer van xii en doen liet hy 



— 128 — 

hem vijsentereii illichaeni dat scoen was hcvoiidon en hy seyde dal 

hy glieen ghebreck mcer en hadde aen syn lyf, dvvelc hy loech en 

bedroech de heen en Doctore want hy selber seyde dat hy altyt gebreck 

hadde ^^hehadt en gaten in syn beenen en voeten etc=' 

Item aldns soe bebbcn \vy vuyt bevel van jan van leest corte roije desen 

selve ghert ghevijsenteert ten huijse van mester gliert van hildernissen 

opten xviisten dacli van october in psencijen van mester jasp de laet 

mester jan van turnout ) r> , ■ i-~ 
— . . , , Doctoren in medicy 

en mester jacob de caster ) 

en mester Dnicus de waehiiot ] 

m. ghert van hildernissen > surgijns 

en m. peter van scaepdyck ) 

en wy hebben hem bevonden seer catyfvich en qualyc ghestelt en lazarus 
bevoden want hy selver segde dat hy ons bedroghen hadde *en dat in 
zyn beenen en voeten en de waerheyt niet gheseyt en hadde alsoet hem 
ghevraecht was doen hy los ghevvesen was. 

Item xxsten dach in october soe is ghevijsentert ten huyse van mester 
ghert van hildeinissen een jonck meyssen gheheten tôt cornet 

van boberghen de welcke wy bevonden hebben los en vry van der 
lazaryen in presencien van den Doctore en siirgijnen hier na bescreven 
by bevel van ja va leest 

mester jasp de laet 

mester jan van turnout 

mester jacob de castro 

mester Dnicus de waelmont 

mester ghert van hildernissen 

mester peter van scaepsdyck 

Ano xv^ en xxij opten xiiiisten dach van aprille soe syn ghevijsenteert en 
gheexamijiiert by bevel van den borghemesteren en raet by jan va leest 
beveel ghedaen te vijsenteeren de leprosen hierna ghenoempt int godt- 
huys van der sijcker buyten Antwerpe en bij drie medijcijnen en drie 
surgijnen 

Dit Hijn de Doctoren in med)jcyne 

mester jasper de lad 
mester jan van turnout 
mester adriarn van velthoven 



— 139 — 

De surgijiifii 

niester Domiiiicus de waelmoiit 
mester jan van den broecke 
niester ghert van hildernissen 

Dit syn de ghene om te syn ghevyse7iteert yheweest opten selven dach voersc. 

Inden iersten peeter celsin kypdorp die cordewagher cruijerwas ) vuytghe- 

peter de langhe buyten sint joris porte ) stelt 

hanneken neesse lysbet neessen sone opt beghynhof ) 

hanneken van as opte verkemerct \ 

Thomaes van boute in de ranien van Phs de hont in kypdorp vuytghe- 
steelt tôt der naester reijsen 

Item maeyken maes was in de laetste vijsijtacie bevolen dat sy raet soude 
doen van medycijnen te baden dwelc sy niet gedae en heeft, aldus soe 
is by malcanderen gbesloten, dat sy gaen sal by mester Âdriaen van 
Velthoven en doen syn bevel en raet tusschen dit en theylichs sacramets 
dach om te prove oft nien haer eenichsins can ghehelpe oft niet, en 
dan soe sal men haer sentencie gheven na dat me bevyden sal 

Goris hemsen in de pkerstrate die en is niet gecome 

Ano xv'= en xxij den xixsten dach in meije soe was bevolen van den borghe- 
mester by bevel van jan van leest te vijsenteeren van der leprosen een 
gheheten peter cels ten huyse van mester Dominicus. 

Dit syn de Doctoren in medicijnen 

mest. jasp de laet 
mester jan van turnout 

De siirgijnen . 

mester Dnicus de Waelmont 

mester jacob 

mester jan van den broecke 

En wij^bevinden dat hy arm en keytvick was en lazarus ghewesen opte 

selve dach 
ano xxij in junio des anderdaechs na theylich sacramentsdach 
Item toen quam maeijke maes en begheerde haer sentencie te hebben oft 

zy lasarus was of niet en was 



— 130 — 

Aldus soe syn verghert geweest en hebben ghevysenteert dose selvc vrouvve 

voersc. 

by mester jasp de laet. . . . i , , — 

1 " . • . . f doctoren m medvcyne 

by inester jan van turnout ) ■ ^ 

mester Dnicus de waelmont 

mester jacob 

mester jan van den broecke 

mester ghert van hildernisse en wj bevyden dat dese vronwe is niet 
gheachtervolclit, ghedae alsulke raet als haer bevolen was te doen van 
mester adriae van velthove nochtans bevynden wy dat seer ghebetert 
is en doet sy raet sy sal wel ghenezen, want wyze bevynden vri van 
lazaryen 

anno mv^ en xxiij < pten xxvsten en xxvisten dacli in meye'soe was be- 
volen van den borgheniesteren by bevel van der corter roeijen jan van 
leest te vijsenteren dese navolgende psonen vander leprosyen oft laza- 
ryen int clooster vander sycker » 

DE MEDIJCINEN SURGIJiNEN 

mester thomas de niuyssis m. Dominicus 

mester jan van turnout m. jacob wissenborch 

mester jasper de iaet m. jan van den broecke 

m. gbert van bilderiiisscn 

Lenaert in aile kerken ) 

magriet van santhove ) '^^^'''^^ 

Vuijtghestelt 

Trnijken blocx by den blyenhoeck 

jan wils in de pkerstrate 

Lysbet denys in de pkerstrate int straetke sonder eynde 

willem peters ouscoemaker byt beghynhof 

Dese sijit vnj ijhewescn 

jan aerts scoemaker 

jan gotens int liophmt 

copne penincke gont i _ 

, ' 1 biiyte de rovport 

bissy pauwels ) ^ 

Uese en woiulen niet syn gbevyseterl op die nien oribnancie, inaer sy 

syn gegae aen mynhecr van lierc oni oilol' te bebbe en beblion orlnf 



— 131 — 

georcgiie en des andcrs syn sy glievijseteerl olio\v(«est teii linyse van inestnr 
gliert iiij niester thomaes mester jan van luniuiit luester jasp (IckiL'l 
Doctoers 

mester «Inicus mester jacob, broeck hildenis 

hanneke van essrhe j 

niaijken van nuijssen ) ^^^^™^ 

diosyn vergoten vuijtg'hestelt blijenhoeck 

belle clans inde lepelstraet vuijtghestelt 

peter de langhe buijten sint joris vrij 

Item in dat selve jaer op sinte pauwels dach soe syn vergadert int cloester 
vander sycker byeden by beveele vander corter roijen van ja van leest 
cortte royer metser jasp laet niester jan van tnrnont mester gasp laet 
Doctoren in medicijnen en mester ghert van bihlerissen en mester peter 
vanscaepsdycksnrgynenomtevijsetereeen ghehetengoijvaertmusgheseel 
clermaker won taiitwerpen by de clocke op clapdorp soe hebben wij be- 
vonden den selve goijvaert seer arm e n katyvicb in syn leden onmaditich 
synde en tekene synde leproes oft melaets. 

Aniio xxiiij. 

Item op xiinsten dach van merte toe syn gheweest vuyt begherte van 
vrienden ghert thys mester jasp laet en mester jan van ttirnont en mester 
jacob de castro als medicyne en ghert van hildernissen en m. peter van 
scaepsdyck om te segghen hnnne kenlyckheyt van ghert thys de welcke 
hier voer gescreven staet na vuijtwijsen sijne ghebreecke die hy hadde 
soe hebben wy mester jasp laet en mester jan van turnout en mester 
jacob die quam na soe hebben wy tsanien voer niyn heer her wille draeck 
tsamen overbracht in ons rapport dcii selve ghert tijs was ghevysetert by 
ons dat wy hem vonden lazarus te wesen vuyt beden van den voerscr. 
gherde want hy syn pelgrimagie begherde te doen alsoe hem de heen en 
stat bevole hadde te doen eer hy weder inde stad van anlwerpen comen 
mocht op de correx die daer toe stond. 

La lecture de celte pièce nous fait connaître que les médecins et 
les chirurgiens jurés étaient tenns d'assister à l'examen sous 
peine d'une amende de six gros. Elle donne le nom de ces fonc- 
tionnaires (|ni sont : 



132 



MEDECINS. CHIRURGIENS. 

Jean Vander Eyckeii , Dominique De Waelmont , 

Tiionias De Muyssis, Jacques Wissenborch ^, 

Jean Van Turnout, Jean Vanden Broecke, 

Henri Van Liere , Gérard Van Hildernissen , 

Gaspard De Laet ^ Pierre Van Scaepsdyci<, 

Adrien Van Veltiioven , Pierre Mannacker, 

Henri Van Eynde 2, Mertens. 
Jacques Van Castre, 



Dans les cas douteux les médecins indiquaient l'usage des eaux mi- 
râtes d'Aix-la-Chapelle qui sont encore prescrites de nos jours contre 
les maladies de cette nature *. Pour notre part, nous nous rappelons 
que plusieurs personnes atteintes de maladies rebelles et gi*aves de 
la peau ont été rétablies par l'usage des bains d'Aix-la-Chapelle. 

Les malades étaient examinés au domicile d'un des chirurgiens 
ou à l'hospice de Terslecken. Leur nombre n'était pas fort élevé 
puisque de 1517 à 1524- il ne se présenta à l'examen que 63 
personnes. Voici le résultat : En 1517 il y eut 17 personnes 
suspectes : deux furent déclarées lépreuses, neuf furent mises en 
liberté, deux remises, quatre ne se sont pas présentées. 

En 1519 il y eut six personnes à examiner, dont quatre furent 
déclarées saines, une remise et une atteinte de lèpre. Gérard Thys, 



' Voyez sur ce médecin les intéressantes Etudes hinfjrapliifjiips sur les médecins 
liégeois depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1850, par M. Ulysse Capitaine, 
insérées dansletome UliaBulletin de l'institut archéologique, liégois. Liège, 1857. 

* Mort en 1519. 

' Ce médecin était origiiKiirc d'Allemagne puisqu'on le nonnne, dans le manus- 
crit, rAllemand (Duyisclie). 

* Voyez le Guide prntifpie du médeciit cl du iiKtluileaux eaux minérales delà 
France et de l'étranger, par le docteur Constantin James. Paris, 1858. 



— 133 — 

doyen des lépreux, fut trouvé guéri. Celui qui a tenu la plume a 
écrit quatre cent vier hondert au lieu de cinq cent. 

En 1520 il se présenta neuf personnes, dont quatre furent 
déclarées exemptes du mal, trois remises et deux séquestrées. 

En 1521, sur huit personnes, on trouva deux lépreuses ; trois 
furent déclarées exemptes d'infection et trois remises. 

Les médecins et les chirurgiens procédèrent en 1522 à la visite 
de sept individus. Deux furent déclarés non infectés, quatre remis, 
le septième ne s'était pas présenté. 

En 1523 on procéda à l'examen de seize personnes. Cinq furent 
trouvées atteintes de lèpre, six furent remises et cinq déclarées non 
infectées. Le dernier examen ne fit découvrir qu'un seul lépreux. 
Le manuscrit nous fait connaître que les lépreux avaient un doyen, 
deken van de Lazarussen et qu'en 1519 c'était Gérard Thys qui 
sortit guéri du lazaret. Nous savons qu'il marchait à la tête des lé- 
preux lorsque ceux-ci se rendaient le dimanche à l'église de St-Wil- 
lebrord, mais nous ignorons en quoi consistaient ses fonctions et 
pourquoi onlui donnait ce nom. Était-ce le plus âgé? Était-ce le plus 
ancien habitant de la léproserie? Était-ce le plus gravement atteint? 
Était-ce parce qu'il agitait un cliquet ou espèce de sonnette dont 
le bruit abasourdissant éloignait tous les passants lorsque les malades 
se rendaient au service divin ^ 

Comme nous l'avons dit, la lèpre cessa de régner épidémiquement 
vers le milieu du XVI^ siècle. Les rares cas, qu'on constata après 
cette époque, appartenaient peut-être à une autre espèce, moins 
hideuse et plus bénigne. Nous terminons cet article par un fait 



* C'est sans doute à cet usage que l'on doit le proverbe anversois : liy hcefï 
eene stem gelyk een lazarnsklep pour dire qu'on a la voix de stentor. 



— 134 — 

qui vient appuyer ce que nous avons avancé sur la disparition de 
ce mal. Il se trouve dans la Bibliothèque des antiquités Belgiques 
de Marshall et Bogaerts ^ Dans l'année 1526, deux ans après 
le procès-verbal de la visite des lépreux que nous avons fait con- 
naître, il ne se trouvait aucun malade dans l'hospice, puisqu'il y 
est dit que le couvent dit der zieke lieden ou le'prosie, contient 
9 religieuses, i servantes, et 3 domestiques, en tout 1 G personnes. 

' Statistifjiie. Populations. Relevé des foyers du Bruhanl en Jo2d. à la page 
79 du tome II. 



LA 

CHAPELLE DES LOMBARDS 

A MONS; 



Léopold DEVILLERS, 

Conservateur-adjoint des archives du Hainaut, 
Membre correspondant de l'Académie. 



An treizième siècle, des nég'ociants de la Lombardie furent 
envoyés par les papes pour percevoir, dans quelques contrées de 
TEui'ope, l'impôt sur les bénéfices ecclésiastiques connu sous le 
nom d'annate. Ces Lombards trouvèrent en Suisse, en Allemagne, 
en France et dans les Pays-Bas, des juifs se livrant au commerce 
d'argent; ils résolurent de leur faire une rude concurrence. 
N\iyant pas contre eux la réprobation universelle qui poursuivait 
les juifs, étant, du reste, aussi riches que ces usuriers, les Lom- 
bards parvinrent facilement à leur but, en rendant des services aux 
princes et au peuple. Ils ne fréquentèrent d'abord que les foires et 
les marchés, puis ils s'établirent dans diverses localités. 

Dans les villes où ils étaient reçus, les Lombards occupaient 
un quartier particulier, qui n'était toutefois pas séparé des autres 
habitations, comme l'était le quartier des juifs. A Paris, les Lom- 
bards habitaient le Pont-aii-change, à Londres, le Lombnrd-strcet. 

A Mons, où les juifs occupaient la rue qui a, en partie, con- 



— 136 — 

serve leur nom ', nous pouvons croire que les Lombards habitèrent 
la rue d'Havre, qui fut constamment très-commerçante : ils eussent 
difficilement trouvé un emplacement plus favorable. 

Ce qui vient corroborer cette opinion, c'est que la Chapelle des 
Lombards se trouvait dans la rue d'Havre. Elle avait été érigée, 
en 1544, par messire Bertrand Turcq, natif du marquisat de 
Montferrat en Lombardie. Des membres de la famille Turcq furent 
les banquiers du comte de Hainaut Guillaume 1 d'Avesnes. « Et 

> d'autant, dit Vinchant -, que ce Bertrand n'eut nuls enfants et 
• que sa sœur Florence fut alliée à la maison des Zabondans, qui 
» estoient chevaliers, Guillaume Zabondans, fils de ladite Flo- 
» rence, fut héritier dudit messire Bertrand. De ce Guillaume 

> sortirent François et Nicolas, qui furent seigneurs d'Arteville 
» au marquisat de Montferrat en Lombardie, et furent iceux Za- 
» bondans, bonne espace de temps, collateurs de ladite chapelle. » 

En 1353, le chapelain des Lombards de Mons, nommé Nico- 
lon, contribua à créer la fameuse confrérie de Saint-Christophe, 
en l'hôpital des Apôtres, hors la porte d'Havre. 

Dans le courant du quinzième siècle, les Lombards se retirèrent 
de cette ville et laissèrent leurs tables à des banquiers indigènes, 
qui conservèrent le nom de Lombards. Ces tables furent suppri- 
mées en 1618 et remplacées, en 1625, par le Mont-de-piété, 
que Ton établit dans l'ancien hôtel d'Eiighien et auquel le nom 
de Lombard reste encore attaché. 

La chapelle des Lombards était sous l'invocation de la Sainte- 
Vierge. Les annalistes nous apprennent que la madone de cetle 

' L'antre partio dp cpIIp niP a pris Ip nom dp rue des Sœurs-Noires, par suite de 
rélablissement du couvent do ces relit^ipuses, en 14-98. 
* Annales du llauiavl, od. dps Biid., t. III, p. 223. 



— 137 — 

chapelle fut a^^elée Notre-Dame de Hon, parceque, en 1395, un 
bourgeois nommé Jean de Hon et Sara de Portis, sa femme, fon- 
dèrent en son honneur un cantuaire de messes *. La fête principale 
de N.-D. de Hon se célébrait le 15 août. 

En 1617, le chevalier du Long Gourtil et sa femme firent une 
autre fondation, rappelée dans l'inscription suivante qui se trouvait 
dans la muraille, à droite de la chapelle : 

PIERRE DU LONG COURTIL 
CONSEILLER DE SA MA- 
JESTÉ ET DÉPOSITAIRE 
GÉNÉRAL DU PAIS DE 
HAINAU ET DAMOISELLE 
MARIE FRANEAU SA COM- 
PAIGNE, POUR PERPÉTUELLE 
MÉMOIRE ET AFIN d'aCCO- 
MODER LE VOISINAGE DE GES- 
TE CHAPELLE, AFFIN AUSSI DE 
PRIER DIEU POUR LEURS AMES 
ET DE LEURS PARENS ET A- 
MIS, ONT FONDÉ UNE MES- 
SE POUR I ESTRE CELEDRÉE 
CHAQUE DIMANCHE DE 
l'année AVECQ EAUWE 
BÉNITE, LE 7 DE JANVIER 
1617. PRIEZ DIEU POUR 
LEURS AMES. 

En 1772, des contestations s'élevèrent sur la collation des 
bénéfices de la chapelle. 11 fut décidé, par lettres du grand bailli 
de Hainaut, du 13 octobre de cette année, que la demoiselle 
Christine Hanoye de Gomanpont était la collatrice légitime. 

1 De Boussu, Histoire de Mons, p. 105. — Vinchant, t. III, p. 223. — 
HossART, Histoire du Hainaut, t. II, p. 141. 

25 XVI 10 



— 138 — 

L'ancienne chapelle des Lombards appartint ensuite au proprié- 
taire d'un hôtel voisin qui, à la fin du siècle dernier, était en la 
possession de la famille Marin de Thieusies. A cette époque, une 
demoiselle de Thieusies occupait cet hôtel, et son frère, le P. Elle, 
récollet, venait y célébrer la messe tous les dimanches à dix 
heures, pour l'aisance de sa sœur et du voisinage. Celte dame 
entendait l'oiïîce du haut d'une tribune qui dominait le public. 

La chapelle des Lombards avail nw loii£,^ueur d'environ vingt 
mètres; elle avait reçu de nos ancêtres la dénomination de Capelette. 
Fermée à l'époque de la révolution française, elle» ne fut plus 
rendue au culte et servit de magasin jusqu'cà l'époque de sa démo- 
lition, en 1835; sur son emplacement s'élève la maison de 
jM. Franeau. 

Celte chapelle, de style ogival, régnait à front de la rue d'Havre 
et était éclairée par une grande verrière, ornée de meneaux en 
pierre. La voûte en ogive était garnie d'arêtes aussi en pierre. 
La toiture aiguë était surmontée d'un clocher, dont la girouette 
domine aujourd'hui la maison de M. Franeau. L'entrée se trouvait 
au côté droit du bâtiment, vers la Grand'Place. 

L'autel de la Capelette était orné d'un tableau représentant 
ÏAssomption de la sainte Vierge et d'une statuette de Notre- 
Dame, qui furent transférés, en 1801, dans l'église paroissiale 
de Sainte-Elisabeth \ ainsi que la petite cloche qui annonçait le 
service divin. 

' Ces objets ont élé vendus , depuis peu , à l'église du village d'Obourg. 



muv 



ÏOLOGIOUKS 



M. Alexandre SCHAEPKENS, 

Membre correspnndanl lie l'Académie, chevalier de l'oidro de la 
CourOQue de Chêne, etc. 



DES TRESORS DES EGLISES NOTRE-DAME ET SAINT-SERVAIS A MAESTRICHT. — 
ÉGLISE DE SAINT SERVAIS. — PROCESSIONS PUBLIQUES. — L'INQUISITION 
ESPAGNOLE. — LE VRYTHOF A MAESTRICHT. — STATUE MIRACULEUSE DE LA 
VIERGE DES RECOLLETS. — SAINT LAMBERT , SA NAISSANCE, SON MARTYR 
SON TOMBEAU. — DES ÉVÊQUES DE TONGRES. — PRISE DE TIRLEMONT EN 1641J. 



EGLISE DE NOTUE-D.XME A MAESTRICHT. 

TRÉSOR. 

DE LA PETITE CROIX DITE DE CONSTANTIN, EMPEREUR DES ROMAINS. 

Le samedi feria seœta de la semaine Sainte, lorsqu'on bénissait 
les eaux, il était d'usage qu'après la fin du service du jour le 
célébrant allait avec les assistants vers la chapelle de St-Étienne, 
le diacre portant cette croix et le sous-diacre les pbioles qui con- 
tenaient des épines de la couronne du Seigneur ; ces trois reliques 
liées ensemble furent alors descendues dans l'eau que l'on bénissait 
pour l'usage du clergé et des laïques. 



140 — 



Le reli(iiiaire de la Croix porte en tête (inscription) le nom 
de l'orfèvre. 



DE LA CROIX D OR DE NOTRE-DAME A MAESTRICHT. 

La valeur de l'or de la grande croix donnée par Uomanos, 
empereur de Gonstatinople, fut estimée à mille quatre-vingt-dix 
florins de Liège. C'est de l'or pur d'Arabie. Elle fut confiée à un 
chanoine qui laissa ce reliquaire avec d'autres enfermés dans une 
caisse et quitta le pays. Lorsqu après la mort de ce clianoine ses 
collègues ouvrirent la caisse, on ne trouva plus que l'ètu* et le 
pied de la croix, celle-ci ayant disparu. Le pied était en argent 
doré *. 

BAS-RELIEF EN PIERRE , DERRIÈRE LE CHŒUR DE l'ÉGLISE 
NOTRE-DAME. 

Pour l'intelligence de ce curieux monument, il est à remarquer 
que les princes Germains s'arrogèrent l'investiture des biens 
temporels et des fiefs annexés aux épiscopats depuis le IXe siècle, 
rin trouve que les évêques sont investis par les empereurs au 
moyen de l'anneau et la crosse jusqu'au XI^ siècle. Il y eut une 
grande scission entre Grégoire Vif et Henri IV, à propos de ce 
mode d'investiture qui causa une guerre cruelle en Europe. Les 
successeurs du pape et de l'empereur convinrent à la fin que les 
évêques seraient investis par l'empereur au moyen du sceptre. 



' La croix fut remise plus tard à M. Liesens, curé de St-Mathias (de Tordre 
de la compagnie de Jésus), qui l'envoya en cadeau à Rome. 



— 141 — 

TRÉSOR DE SAINT SERVAIS. 

DE LA CROIX DOUBLE EN VERMEIL DE l'ÉGLISE SAINT SERVAIS. 

La grande croix patriarchalo de l'église de Saint Servais, 
contenant des parcelles de la vraie croix dn Sauveur date de 1 4-90 et 
fut exécutée par un orfèvre nommé Ulricus, qui demeurait vis-à-vis 
du couvent des Dominicains, rue Grand-staet (la maison occupée 
par M. Leunis). Elle fut faite en préjudice de celle de Notre-Dame 
qui date de 120-i. Un écrit du chanoine Galmont, de 1512, 
avance qu'elle fut faite en concurrence à celle de Notre-Dame, 
qui attira une foule de pèlerins. 

CHASSE. 

La grande châsse en ivoire, mesurant deux pieds et demie , 
contenait les reliques des saints Hieron et ses compagnons qui périrent 
en martyrs près de Cologne et le squelette d'une des onze mille 
Vierges et de plusieurs autres saints. Nous croyons que c'est cette 
châsse qu'on portait dans les processions. 

11 existe un catalogue des reliques de l'église Saint Servais par 
Van den Poel, qui demeura dans la rue des Prêtres. Van den Poel, 
qui fut custode des reliques et trésorier de la même église en 1658, 
cite dans son catalogue une caisse d'ivoire de forme quadrangulaire 
dans laquelle se trouvaient les reliques des saints Pierre et Marcellin, 
qu'Éghinard, chancellier de Charlemagne, obtint à Rome de 
saint Grégoire et dont il fit présent à l'église saint Sei'vais. Baronius 
parle de cet envoi en 828. 

Les chanoines de l'ancienne collégiale de saint Servais reçurent 
en 1821 deux mille florins des Pays-Bas à partager entre eux. 



— 142 — 

pour 1 PS diplômes, hiillrs, etc., roiistat;in( leurs privilèges, qu'ils 
avaieiil envoyés au roi (iuillaunie l"', à La Haye. 

ÉGLISE SAINT SERVAIS. 

Fn frère Franciscain a lie les tours de l'église avec dos barres 
de fer, le même avait ancré son couvent lors de l'explosion d'un 
magasin à poudres en 1761. L'ancienne tour de saint Servais était 
couverte de [)loml), on en retira environ f(uarante mille livres. 

L'anci(;nne tour était surmontée d'un aigle en cuivre, ^e même 
qu'on plaça sur la nouvelle. La république Française y plaça un 
bonnet phrygien ; Napoléon I'' y replaça un grand aigle (wi bois, 
qui était si grand qu'il menaça souvent d'être emporté par les 
vents ^ 

PROCESSIONS PUBLIQUES. 

L'an 1-475 sous CharIcs-le-Téméraire, qui lit la guerre à ceux 
de Cologne, le peujile fut affligé de grands maux. Le sénat de la 
ville de Maestricht pria alors les chanoines de faire une procession 
publique avec la châsse et les reliques. Cette procession eut lieu. 
D'autres processions eurent lieu plus taid dans des circonstances 
analogues, et nous ferons suivre le programme de celle qu'on lit 
le 6 janvier 1677. 



1 Un ouvrier qui y travailla et rlitnt la chaussure était déchirée, s'accrocha par 
le soulier dans un des doux, ce qui fut cause qu'il fut renversé et tomha du haut 
de la tour. Cet hcmmc s'était proposé de faire renouveler sa chaussure à la réception 
de son salaire. 



— 143 — 

Processie met de noodklst op Drijkonïmjendag den 6^^^^ janiiary 

1677. 

Ten 1^^"" den gTOcncn vaen. 

2. De studenten van de Paters Jesuiten met standaren. 

3. De apostelen. 

Â. De wijskinderen. 

5. De Cellebroeders. 

6. De Paters Capusijnen. 

7. De Paters Boggaerden. 

8. De Paters Cruijsbroeders. 

9. De Paters Aiigiistinen. 

10. De Paters Prediclieeren. 

11. De Paters Minnebroeders en Onse Lieve Vrouwe woort ge- 
dragen door vier Paters. 

12. De Canonicken van Onse Lieve Vrouwe met kappen ende liet 
beeldt van Onse Lieve Vrouwe in het silver met 2 engelen die 
den gordel van Onze Lieve Vrouwe in de hant draegen, woort 
omgedragen. Capellaenen van Onze Lieve Vrouwe ende het 
hoof van St-Bartholomeus in het silver, dat woort ômge- 
draegen door vier Capellaenen. 

13. De Capellaenen van St-Servaes ende de Canonicken met kappen, 
waer voor nogh gingen deHeeren van St-Anthonis endeBiessen 
ook met kappen. 

14. Het Broederschap van het H Sacrament van de parocliie van 
St-Mathys met flambeuwen. 

15. Het Broederschap van St-Barbara van de parochie van St-Jan- 
Baptist met flambeuwen. 

16. Het ambaght van de smits waer naer woort gedraegen de 
Nootkiste door acht Capellaenen van St-Servaes, te weeten 
H. Partouns en Vanderhaegen, H. Van de Pant en de Brassin, 
H. Cellers ende Ploumen, H. Cousin en Smits. 

De Processie is uitgegaen aen de Pisterie langs den Vrythof, aen de 
PP. Predichereu waer eenen autaer, en door St-Jorisstraet ^ aen het 

i Gedceke van de groote slaet, van de Spilstract tôt het Vrythof. 



— 144 — 

oiidtstadhiiis daer blevcii de Heeren met de nootkiste en den heer canonick 
Ciraeven met don Heer capcllaen Veestraeten secretaris, die ginijien het 
oudlstadlmys op, en deede de i^evangenen afcoomen, onder anderen was 
eenen Stootwaegen die eenen Fransen Facker in de Capucine straat hadde 
met een hout het lioof ingeslaegen en was terstont doodt, ende eenen 
moelcnaer, die hadde naer een kindt geworpen met eenen steen ende het 
kind is daer naer gestorven, ende sy syn de processie gevolglit achter de 
nootkiste met eene brannende kerse in de hant. 

17. Ilel andiagh van St-Joserdi. 

18. lîet hooft van St-Servaes gedragen door vier Heeren Capel- 
laenen, te weeten Heer Emondts Capouns, Heer Sigen ende 
Amido ende soo syn aile andere ambagten gevoight met flam- 
beuwen suo ordine, en daer is gekoomen den Eerw. Heer 
Lipsen met het H. Cruys, daer naer den geheclen Uaedt 
van het beyde corpus soo Brabants als Luikst, daef niier de 
justisie van den koninck, daer naer is gevoight don He r 
hoogh Proost Bredenroode met het venerabei, en daer naer is 
gevoight den Heer Calvo gouverneur ende veel andere offi- 
ciei'en, ende groote quanlitydt die het hooghweerdig volgden. 

De processie is uitgegaon aen de Pisterie * langs den Vrythof aen de 
Predicheeren kercke, aen knabbenhouwers huys was eenen autaer en aen 
het oudtstadhuys, en ook eenen aen St-Nicolaes kercke onder Onse Lievc 
Vrouwe, en onder Municks Poorte aen St-Jacobs kercke in den hoeck 
van de Minnebroeders en so voorts tôt in St-Servaes kercke en daer is 
gesongen te Deurn in Pontificalibus. — Den dienst is gedaen gcweest de 
twee dagen naer volgens, te weeten den 7 en 8 door de Heeren canno- 
nicken met groote devotie, en is gesloeten den 8 op vrydagh met eene 
processie door de kercke en buyten den choor met om te draegen de 
nootkiste met 8 voorschr. Heeren en Capellanen en Canonicken met iedei' 
een flambeeuw, waer naer is omgedraegen het hooghweerdigh door deii 
Eerw. Heer Deeken Lipsen volgende veel bnrgcrs met groet devotie. — 
Outrent tussen vyf en ses uren s'avonts is de nootkiste opgeset door den 

i Broodbakkerij, van het cappittcl. 



— 145 — 

Heer Deeken Lipsen en canonick Vaes en Ilalwick, Heer Eemondts en 
Ploiinien capellacns ••. 

DE l'inquisition A MAESTRICIIT. 

L'iiU|uisilioii Espagnole proprement dite ne fut jamais établie 
dans cette ville. Elle fut remplacée par le pouvoir de la régence 
de la ville, dont les ordonnances de police sur la conduite intérieure 
des familles existaient longtemps avant les édits contre la 
réformation donnés par Charles V et Philippe II. Ce pouvoir de la 
régence fut presque illimité. Une ou deux fois dans Tannée ils 
faisaient le tour des rues de la ville en s'informant à domicile des 
mœurs des habitans, si on n'avait pas entendu ses voisins 
blasphémer Dieu ou ses saints, si on n'était pas adonné à la magie, 
s'il ne s'en trouvaient pas qui pouvaient rompre le nœud du 
mariage ou qui savaient mettre obstacle à l'union de personnes 
fiancées par une fraude infernale, ce qu'anciennement on désignait 
par, of mail niemand haut die den Nestel knoopte^ et on trouve 
plusieurs peines établies pour ces crimes, qui consistaient entre 
autres en pèlerinages à saint Jacques de Compostelle, à Paris à 



' Van het jaer 1673 tôt 1678 zyn de Fransclien onder koning Lodewyck den 
XIV in liet bezit dezer stad (Maestricht) geweest, om deze reden lieeft deze open- 
bare Processie door de straeten knnnen gescliieden, het jaer 1638 hadden de 
HoOanders om verdachtheid van mede pligtigheid aen het verraed van zekeren 
Landsman, brouwer dezer stad, de PP. Minderbroeders en Jesuiten hunne 
kloosters en stad doen ontruimen, en waren by intreede van den koning van 
Frankryk weer binnen gekonien, de Jesuiten in hun vorig coliegie, doch daer de 
kerck der Minderbroeders sedert hun vertrek voor arseiiael diende en het clooster 
voor militaire hospitael, zoo konde de koning voor dat tydvak hunne gebouwen 
niet teruggeven. Men had hun dan tydelyk met hun miraculeuse beeldt geplaets 
in St-Jacobs cappella, en het naest gelegen huis zuidwaerts voor woniiig be- 
zorgd, dit is v.aerschynlyk Municks Poorte wacr van hier melding is. 



— 146 — 

Notre-Dame, ou à Uotsemadon, (sic) un endroit en Brabant où, sur 
un rocher, F image de la Sainte Vierge est vénérée. Les bourgmestres 
de la ville eonduisaient ces pèlerins jusqu'à une grande pierre qui 
se trouvait sur les contins de la juridiction de la ville, les 
chargeaient de lettres qui témoignaient de leur peine et qu'ils 
étaient tenus de faire voir et de faire signer dans les différents 
endroits où ils passaient. Aussi les femmes ou les jeunes gens 
furent condamnés à assister à la procession publique qui tous les 
ans se faisait le deuxième jour de Pâques dans l'église des 
Récollets rue St-Pierre. On portait dans cette processien l'image 
nnraculeuse de la Vierge qui se trouve maintenant dans l'église de 
Notre-Dame, et la régence avec les maîtres ou doyens des 
métiers y assistaient, et la procession linie ceux-ci furent régalés 
dans un diner avec du vin au couvent des Dominicains. Les 
condamnés suivaient cette procession en chemise pieds nus, les 
cheveux llottans, portant un cierge allumé à la main. Ils 
portaient des chaînes dans le cas où ils devaient être emprisonnés 
après cet acte de contrition. 

Des preuves des mœurs dissolues de nos ancêtres, vivant il y a 
quatre ou cinq siècles, se trouvent dans les ordonnances de 
l'autorité communale pour réprimer la débauche. Quoiqu'il soit 
à présumer que la ville d'alors ne fut pas aussi étendue et si peuplée 
(pie'llc lit' fui [dus tard à cause des privilèges de ses princes, |»ar 
l' coHinierce et les fabriques de drap; on permit cependant, malgré 
que les maisons de prostitution furent sévèrement prohibées, (pi'une 
seule existât derrière l'église de Notre-Dame dans 1« rue du Bâtun, 
où les femmes prostituées étaient libres. 



— 147 — 
LE VRYTHOF A MAESTRICHT. 

En 1579, les bourgeois de la ville lireni sur cette place une 
belle résistance aux Espac^nols qui s'étaient emparés de Maastricht. 
Les femmes jetaient des toits et des fenêtres toutes sortes de 
projectiles sur les soldats. Schwartzenberg- van Heerle, gouverneur 
de la ville, y mourut à la tète des babitans. Le clergé de saint 
Servais sortit de l'église avec la croix et l'eau bénite pour aller 
au-devant des vainqueurs, mais les soldats dans leur fureur ne les 
épargnèrent point et ils furent tous massacrés près du chœur de 
l'église de saint-Jean où on les enterra en plein air. Il y a quelques 
années on put encore voir leurs pierres sépulcrales, et le clergé de 
l'église, le jour des morts, sorlit de l'église par cette porte pour 
jeter de l'eau bénite sur les tombes. Cet usage continua jusqu'à 
la fin du siècle passé *. 

Au commencement du chisme de Luther, après les édits 
sévères de Charles V, on exécuta plusieurs sectaires en les livrant 
aux flammes sur cette place. On leur mit sur la tète des mitres de 
papier peintes de figures diaboliques. 

Plus tard on y exécuta une pauvre vieille femme accusée de 
magie et que l'on croyait avoir des relations avec le diable. On 
disait qu'elle avait des conférences avec l'esprit des ténèbres près 
d'un abreuvoir qui se trouvait devant l'hôpital de saint Servais et 
dans lequel le bétail se désaltérait. Après lui avoir fait avouer pendant 
les tortures qu'elle avait empoisonné l'eau de l'abreuvoir on la 
fit monter sur le bûcher. 

La fontaine de saint Servais sur le vrythof fut empoisonnée par 
les Français en 1673. 

' En 1859 on fît à cet endroit des tranchées pour la conduite du gaz et on y 
découvrit plusieurs squelettes. 



— 148 — 

DE LA STATUE MIRACULEUSE DE LA VIERGE DES RÉCULLETS 
MAINTENANT A NOTRE-DAME. 

Cette statue mesure environ quatre pieds. 
Les vieillards de la ville ne se rappellent pas rpiaiid nu comment 
elle fut apportée dans cette ville. 

Cependant, il y a une tradition qui dit, qu'elle fut apportée il y a 
deux cent et trente ans * par un homme noble qui se fit frère 
mineur et qui fut enterré devant l'autel de la Vier£,^e. Son épitaphe 
fut le suivant : 

ANNO DOMINI 1-474 MENSIS MAII * 

DIE 25 OBIIT NOBILIS DOMINUS ET FRATER 
MCOLAUS DE HAERLAER MILES, AETATIS CENTUM 
ET UNIUS ANNORUM , CONSILIARIUS ET PRIMUS 

MAGISTER HOSPITII LUDOVIC! DE BORBON 

EPISGOri LEODIENSIS, GUI PROPITIETUR MISE 

RIGORS DEUS AMEN. 

Cette opinion est confirmée par les mots qui se trouvent gravés 
à la tête de l'image sur la pierre en forme de croix de bourgogne. 
mater Dei mémento mei. Mais s'il n'a pas apporté cette 
stastue le premier, elle doit être plus ancienne; un antiquaire de la 
ville assuiail d'avoir vu un ancien acte, confuTné par des sceaux, 
d(; l'année 14-70, de la confrérie de Sainte-Barbe, vierge et 
martyr, dans lequ(.'l il est fait mention d'une confrérie très-célèbre 
de la Sainte-Vierge de cette église. Ainsi il est douteux quand ou 

* Ceci paraît être écrit en 1600. 



149 



comment cette statue arriva dans l'église des Récollets. Tous les 
documents qui regardaient la chapelle de la Vierge et qui se trou- 
vaient déposés chez le bourgmestre et pensionnaire Brouwers, en 
si grand nombre qu'une charrette à main n'aurait pas suflil pour les 
transporter en une fois, ont été dispersés et volés. 

Le même antiquaire anonyme avait vu chez un de ses amis de 
cette ville un petit drapeau imprimé sur papier dans le genre des 
petites flammes que les pèlerins rapportent ordinairement de 
Montaigu. L'image de la Vierge y était représentée avec sa 
dénomination actuelle, c'est-à-dire la Vierge de Maestricht , 
l'étoile de mer avec une invocation. Sa statue se trouvait dans une 
petite chapelle en bois, située dans une plaine spacieuse plantée 
d'arbres près de la Meuse. On y voyait les pèlerins en procession 
avec leurs bannières déployées. 11 est à regretter qu'on n'ait pas 
fait attention aux lettres de l'inscription pour pouvoir les comparer 
aux caractères propres à chaque siècle. De cette manière on aurait 
pu juger de l'époque de ce petit drapeau. On pense que ce fut une 
impression typographique, et si cela fut ainsi, alors on pourrait en 
conclure que ces drapeaux furent imprimés avant l'invention de la 
typographie ou du moins par un autre procédé. 

Narration d'une Visitation du tombeau de saint-lambert 

DANS l'église du VILLAGE DE SAINT-PIERRE PRÈS DE 
MAESTRICHT, PAR LE RÉVÉREND M. STAPPERS , CURÉ DE 
SAINT-PIERRE ET PLUS TARD CHANOINE DE l'ÉGLISE NOTRE- 
DAME. 

L'an 1624-, le 3 juillet, après avoir obtenu le consentement 
spécial du révérend M. Jean de Choquier, vicaire de Liège, 



— 150 — 

j'ai eu soin de faire ouvrir le tombeau de la maison de Lichtenberg, 
sur lequel en 1575, en voulant y placer le corps du défunt seigneur 
Hcrman d'Eynatlen, on trouva une lame de plomb avec cette 
inscription : Hic jacet sepultus Sanctus Mariyi' Dei Lamhertiis. 
Le révérend prélat Louis d'Eynatten, abbé de sainte Gertrude à 
Louvain et neveu de Herman d'Eynatten précité, me rapporta qu'il 
tenait cette circonstance d'un moine du couvent de Slavante qui 
fut présent à cet enterrement. 

Considérant ceci, et ayant consulté l'histoire de Jean Chapeau- 
ville, j'ai obtenu la permission d'ouvrir ce tombeau. On me donna 
des assistans pour présider à l'ouvrage; ce furent le révérend 
M. Défaire (Olivier), doyen de Notre Dame à Maestricht, avec 
le révérend chanoine Louis Le Jeusne, et le noble seigneur 
Frédéric d'Eynatten, seigneur de Gerdingen, Vucht etc. qui de- 
meure au château de Caster, ainsi que le bourgmestre de Saint- 
Pierre, Paul Van Piyckell. A neuf pieds sous terre nous trouvâmes 
deux sarcophages, dont un s'étendait vers l'autel de saint Lambert 
et se trouva à moitié sous cet autel. 11 mesurait en longueur sept 
pieds et en largeur deux et demi, il avait une ]irolbndeur de deux 
pieds et paraissait taillé d'un seul bloc de pierre deSichen.' On y 
trouva trois crânes avec quelques ossements mêlés de terre. L'autre 
sarcophage fut brisé, et semblait être de la chaux à cause de 
la vétusté de la pierre qui s'était changée en cette matière. Nous 
y trouvâmes deux crânes avec quelques ossements, que nous fîmes 
placer avec les autres ossements trouvés dans le sarcophage sous 
l'autel. 

11 subsistera un grand doute relativement à ces deux sarcop- 

* Carrière ;iiix environs de la ville. 



— 151 — 

liages, pour savoir duquel des deux on retira le corps de Saint 
Lambert, (le tombeau d'Aper, père de Saint Lambert). Pour celui 
qui se trouve sous la pierre de Lichtenberg, plaide l'antiquiti', 
puisque la pierre dite de Sichen se présente changée en chaux; 
quant à celui qui se trouve à moitié sousTautel il peut être considéré 
comme le tombeau du martyr d'après un ancien usage des chrétiens 
de placer l'autel sur le tombeau du martyr. Cet autel port;^ encoi'e 
le titre d'autel de saint Lambert. 

Il est de fait que le vénérable corps de saint Lambert a été 
enseveli ici pendant treize ans, et dans le même endroit le corps de 
saint Aper, d'après le calendrier des saints de l'église de Liège. Ces 
ossements peuvent être de la mère de saint Lambert, nommée 
Herisplinde, et d'autres membres de sa famille. 

On plaça en mémoire du tombeau de saint Lambert cette 
inscription : 

HOC LOCO IN SEPULCRO PATERNO CORPUS SANCTI 

LAMRERTI EPISCOPI LEODIENSIS MULTIS IN DIES 

CORUSCANS MIRACULIS SEPULTUM JACUIT USQUE 

AD ANNUM 709. ^ 

Le père Fisen écrit qu'après que le corps de saint Lambert eut 
été enlevé du tombeau paternel, saint Hubert l'orna d'habits 
précieux. Le mauvais pallium dans lequel le corps était enveloppé 
quand il fut transporté de Liège et dans lequel on le trouva 
enseveli , fut muni du sceau de saint Hubert et donné en 
vénération aux fidèles. Fisen a suivi dans ceci les anciens 
historiens entre autres Ghapeauville. 

' Cette pierre se voit dans la petite chapelle de Saint Lambert, bâli sur le 
tombeau du saint lorsque l'église entêté détruite en 1748. C/est l'emplacement 
de l'ancienne église. 



— 152 



DU MARTYR DE SAINT LAMBERT. 



Lorsque la nacelle chargée du corps du saint arriva à Macstricht, 
les habitants de la ville coururent à sa rencontre. Le père Fisen et 
quelques autres rapportent, sur la foi d'une tradition constante, 
qu'alors on aperçut sur l'église de Notre-Dame un ange qui de la 
main montrait l'endroit où la nacelle s'arrêta. Un ange aurait été 
placé j)our perpétuer ce souvenir sur le sommet de l'église et 
celle ligure, étendant la main vers la Meuse, serait restée à cet 
endroit jusqu'au temps de Fisen. 

L'anti(piaire anonyme a vu de près cette ligure, qu'il tient pour 
une Vierge. Le massif en était en bois, couvert de lames de plomb, 
les })lis delà draperie y étaient accusés par le marteau, la tète et les 
mains étaient coulées en plomb. La main droite était vide et n'avait 
pas la position de montrer. De la main gauche elle tenait un sceptre, 
et portait une grande couronne ouverte sur la tète fixée au moyen de 
fris en fer. Les formes et le port de cette figure ne ressemblaient 
pas à un ange, mais à une Vierge, et l'antiquaire traite cette 
tradition de la statue d'un ange de fable. 

Les Jésuites prétendaient que saint Lambert avait vécu à Macs- 
tricht avec ses parents Âper et llerisplinde, et qu'ils avaient occupé 
une maison située dans l'enclos de leur couvent. 

C'était la petite maison située au coin de la rue De Iloen, 
(aussi dile aux chiens). Le saint martyr y fut né, et en mémoire 
de ce fait on y avait placé sa statue. Sur la façade qui donnait 
au nord on voyait ligurer ces initiales D. S. L. R. (Domus 
sancli Lamberti reœdificata), au moyen des ancres sous la toiture. 
Au grenier inférieur était annotée l'année 1G88. 



153 — 




MAISON DITE DE SAINT LVHIBEIÎT. 



En 1787, lorsque l'église des Jésuites fut changée en salle de 
spectacle, on perça une rue à travers le jardin du couvent. On 
bâtit alors les maisons et à l'endroit où se trouve celle habitée 



23 



XYII 



11 



— 154 — 

jadis par le professeur Minkelcers, (à côté de celle du docteur 
Heckers) on fora un puits dans le jardin près de quelques ruines 
d'une ancienne chapelle dédiée à saint Amand. On trouva dans ce 
puits un anneau d'or avec un os de doigt. 

Sur cet anneau ou sceau était gravée près de la croix une petite 
couronne de palme ou d'olive et à l'entour : HÂRI VIVAS A^tSTO. 
Cet anneau vint dans les mains de M. Rouwyser, zélé coUectionnaire 
d'antiquités, qui le céda à l'hagiograplie Ghesquière. Celui-ci en 
substituant l'a à l'e dans HARI, y lut : HerisplmiUs vivas Deo 
rel Domino Christo, et croyait que saint Lambert aurait 
donné cet anneau à sa mère Herisplinde. D'autres auteurs 
ne sont pas du même avis. La lettre greque /\ seule parmi 
les autres caractères romains représente le symbole de la Trinité 
on de Dieu. On objecte au même écrivain l'habitude *qu'on 
observait encore alors, d'enterrer hors des murs de la ville; 
ainsi que la tradition constante qui existe, disant que le saint a été 
enterré avec ses parents dans leur terre à St-Pierre. 

On pourrait plutôt attribuer l'anneau à quelque chrélien du V^ 
siècle en expliquant l'inscription : Honorio et Arcadio Romanorum 
Imperaloribus VIVAS A^^O^ chriSTO. Ces empereurs Romains 
adorateurs du vrai Dieu ont donné la paix aux chrétiens, signifiée 
par la palme qu'on voit sur l'anneau. 

DE SAINT ftlATERNE. 

D'après quelques anciens Iiistoiiens et d'après les catalogues 
des reliques, saint Valenlin ne serait que le neuvième évèque de 
Tongres. Ceci est inexact d'après les pères Bollandistes, qui 
pensent que la mission de saint Materne, qui en l'an 80 de notre 
ère aurait été envové par saint Pi(>rre vers la Cermanie inférieure 



— 155 — 

en compagnie des saint Eucharius et Valerius, est une lixion. Il 
n'est fait mention de cette mission avant le IX^ siècle. Les Bol- 
landistes prétendent que saint Materne, apôtre, serait le même que 
saint Materne du IVe siècle, que l'empereur Constantin fit venir 
à Rome de la Germanie, pour assister au concile tenu pour dé- 
cider de la scission de l'église d'Afrique, qui avait choisi l'em- 
pereur Constantin comme arbitre. Ce serait le même qui 
aurait signé les actes du synode d'Avella l'an 314 de la 
manière suivante : Maternus agrippinensis episcopus. Ces mêmes 
savants en tirent pour conclusion que depuis saint Materne en 
Si^, et saint Servais mort en 384, on ne peut compter huit 
véritables évêques de Tongres, dont saint Servais apporta les 
restes de Tongres à Maestricht. Cependant ils sont loin de dimi- 
nuer ce nombre, et croient que ces évêques furent des associés 
de l'évêque ordinaire du diocèse fvicarios vel cJwrejnscopos fiiissej, 
qui à cause de l'étendue des limites du diocèse encore infesté des 
erreurs du paganisme, eurent la puissance apostolique et épiscopale 
et furent envoyés pour convertir les païens des contrées éloignées. 
Ce qui affaiblit davantage l'idée qui existe que tous ces évêques 
auraient été à la tête de l'église, c'est que, parmi les reliques 
honorées à Maestricht et ailleurs, il n'est fait mention que des 
restes de saint Martin et de saint Valentin de tous les évêques 
de Tongres. De ceci on peut conclure qu'entre saint Materne et 
saint Servais aucun évêque n'ait occupé le siège de Tongres que 
saint Martin et saint Valentin. 

ÏIRLEMONï PRISE PAR STRATAGÈME PAR UNE PARTIE DE LA 
GARNISON DE MAESTRICHT, EN 1646. 

Vers la même époque ceux de Maestricht sous la conduite de 



— 156 — 

Jean liomacq cl do Grisou ont pris par stratagème la ville de 
Tirlemoiit de la manière suivante : Ils avaient déguisé en reli- 
gieux trois soldais dont deux en capucins et un en jésuite. Dès 
l'aube du jour Jean Remacq sortit de la ville, accompagné d'un 
ti'ompette portant pavillon rouge (sluijer) et de quelques soldats 
sans armes, portant des insignes de couleur orange, les suivant 
comme prisonniers de guerre. Jean Remacq arrivé avec les trois 
soldats habillés en religieux aux portes de Tirlemont entra sans 
être reconnu par le laclionnaire qui ferma après eux le guichet. 
Voyant le danger de sa position s'il était découvert, Jean Remacq 
sans perdre du temps saisit sa fourche, en assomma le factionnaire, 
et rouvrit ensuite le guichet pour introduire le reste de sa troupe. 
Ceux-ci tombèrent sur la garde composée d'un sergeant et de dix 
hommes, qu'ils massacrèrent. Entre temps louts les soldats à jiied 
et à cheval, composant cette expédition, entrèrent en ville et 
firent prisonniers les officiers et les soldats formant la garnison. 
Ils enlevèrent un grand butin consistant en instruments de guerre 
et parmi ceux-ci deux tymbales qu'ils emportèrent vers Maestricht. 
Voici comment une chronique manuscrite mentionne le même fait : 

A° 1646 . Den 17 februarie hebben die van Maestricht onder het 
beieg van Grisson Gapityn-Luytenant van den grave van 
Solms Gouverneur van Maestricht en den Cornet Jan 
Remack, met 200 Pacrden en 5000 iiian te voct, de stad 
Tienen met een behendige Grygs Praktyk ingenooinen en 
binnen Maestricht gebracht 21 vaendels en 7 Standaeren 
wierden naer den Haeg gesonden, en aldaer in de groote 
sael opgehangen, de Bagagie over de 1!2,000 llyxdaelders 
waerdig synde beneffens nog andere ryke buyt gemaeckt. 



EXTKAIT DES PUOCES-VERBAUX 



DE LA CORRESPONDANCE DE L'ACADÉMIE. 



— L'Uiiiversilé royale de Christiania (Norwège) consulte 
l'Académie au sujet de la restauration que le gouvernement 
Norwégien se propose de faire exécuter à la célèbre et 
remarquable cathédrale appelée : Throndhjems Domkirke. Ce 
serait un travail digne d'un prince éclairé et paternel comme le 
roi Charles XV, juste appréciateur des arts et des sciences, 
qui marche glorieusement sur les traces de son père et de son 
aïeul, dont la mémoire doit rester à jamais chère aux Suédois. 

— Notre savant et si estimable collègue M. d'Otreppe de 
Bouvctte, que l'Académie avait délégué pour la représenter au 
congrès des Sociétés savantes ouvert à Paris, le 9 avril dernier, écrit 
à notre Président, M, le comte de Kerckhove, la lettre suivante : 

. Liège, 26 avril 1860. 

• Monsieur le Président, 

■ J'ai l'honneur de vous informer que le congrès des Sociétés 

» savantes, ouvert à Paris le 9 avril dernier, a fait un accueil 

» bienveillant à votre délégué, et l'a écouté avec intérêt lors de son 

• rapport sur les travaux de l'Académie et la sage et savante direction 



— 158 — 

que sait leur imprimer son honorable Président M. le Comte de 
Kerckhovc-Varent. Ce rapport, dont une partie a été livrée 
à Timprovisation, sera imprimé dans les Annales pour l'année 
prochaine, ouvrage qui vous sera transmis ; en attendant, comme 
témoignage d'estime, le congrès lait hommage à votre Société 
de VA7inuaire de l'Institut des Provinces, exemplaire que vous 
recevrez par l'intermédiaire de notre légation à Paris. Il me 
reste à remercier l'Académie de l'honneur que, sur votre 
proposition, M. le Président, elle a daigné m'accorder en me 
désignant pour la représenter au congrès des Sociétés savantes 
de France. 

• Veuillez agréer, M. le Comte, l'hommage de mes sentiments 
de haute considération et de dévouement. 
» Le délégué, membre honoraire de l'Académie d'Archéologie 
de Belgique. 

» Alb. d'Otreppe de Bouvette. » 



— Sur la proposition de M. Van der Heyden, Secrétaire 
perpétuel, l'Académie délègue i\I. Le Grand de Reulandt, membre 
ellectif, de la représenter au congrès archéologique qui s'ouvrira 
à Dunkerque le 16 août 1860. 

— M. Wilbert, Président de la Société d'Emulation de Cambrai, 
adresse ses remerciments à l'Académie pour son admission comme 
membre corresjiondant. 

— L'institut de France, l'Académie des sciences et arts de 
Boston, l'Académie de Stanislas de Nancy, l'Académie impériale 
de Reims, la Société archéologi({ue de Grèce, la Société provinciale 
des arts et des sciences de Bois-le-Duc, l'Institut royal Lombard 
des sciences, lettres et arts, et plusieurs autres compagnies 



— 159 — 

savantes remercient l'Académie de l'envoi de ses dernières 
publications. 

— Le conseil communal d'Ypres adresse à l'Académie le 
programme du concours qu'il a ouvert : faire l'histoire de la ville 
(l'V'pres sous les comtes de Flandre, de Baudouin-Bras-de-Fer 
à Philippe II exclusivement. 

L'Académie a reçu, depuis la dernière livraison de sf^s Annales, 
les envois suivants : 

1. De la Société historique et littéraire de Tournai, toute la 
collection de ses Bulletins et de ses Mémoires. 

2. Du Comité flamand de France, le tome \y^ de ses Annales., 
et le no 1 de janvier et février 1860. 

3. De la Société libre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles- 
Lettres de l'Eure, le tome Ve du Recueil de ses travaux. 

A. De la Commission des Antiquités du département de la Côle 
d'Or, la 2« livraison du tome V^ de ses Mémoires. 1858-59. 

5. De la Société Archéologique et historique du Limousin, la 
Irc et la 2e livraison de son Bulletin. 

6. De la Société impériale Archéologique du midi de la France, 
la 5e livraison du tome Vile Je ses Mémoires. 

7. De la Société de Littérature Néerlandaise de Leyde, le 
volume de 1859 de ses Actes. 

8. De la Société des Antiquaires de l'Ouest, la livraison du 
II* trimestre de 1860 de ses Bulletins. 

9. De la Société de Médecine d'Anvers, la livraison d'avril 1860 
de ses, Annales. 

10. De la Société libre d'Émulation de Liège, son Annuaire 
pour l'année 1860. 



— 160 — 

11. De l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des 
Beaux-Arts de Belgique, les nos 3 et -4 de son Bulletin de 1860. 

1^. De l'Académie royale de Médecine de Belgique, les n»» 2 
et 3 du tome III de son Bulletin de 1860. 

13. Du Cercle Archéologique de Mons, le tome II de ses 
Annales, 1860. 

l^. De la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des 
Pyrénées orientales, le li2c volume de ses Actes et Mémoires. 

15. De la Société des Sciences Médicales et Naturelles de 
Bruxelles, les cahiers d'avril et de mai 1860 de son Journal. 

16. De la Société des Antiquaires de Picardie, le n'^' I Je son 
Bulletin de l'année 1860. 

17. De la Société, d'A;4'riculture, Scit?nces, Arts et Commerce 
du Puy, le tome XX, 1855-1856. 

18. De l'institut archéologique Liégeois, la i'' livraison du 
tome III de son Bulletin. 

19. De la Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie, le 
résumé des ses séances du 11 mars et du 8 avril 1860. 

20. Du Journal de l'Imprimerie et de la Librairie en Belgiqne, 
les nos -1 et 3, 1860. 

21. De MM. Janssen et Van Dale, membres correspondants, la 
3^ livraison de 1859 de leur llecueil, publié en Hollandais, 
concernant les antiquités et l'histoire de la Flandre Zélandaise. 

22. De M. Diegerick, 2e Vice-Président de l'Académie, sa 
brochure intitulée : Le trésor de l'église de Notre-Dame ten- 
Brielen — 1500 — ; L'Argenterie de la Ghilde de Saint- 
Georges à Ypres — 1525 — ; le trois-centième anniversaire dé la 
délivrance de la ville d' Ypres — 1683 — ; Quatre défenseurs 
d' Ypres, au siège de 1383. 



— 161 — 

'23. De M. Adolphe Iweins, membre de la Société Littéraire de 
l'Université de Louvain, son Esquisse historique et biograpliique 
sur Rythovius, premier évêque d'Ypres. 

24. De M. l'abbé Corblet, membre correspondant à Amiens, 
les nos 3 et -4 des mois de mars et avril 1860 de sa Revue de 
l'art chrétien. 

25. Du Bibliophile Belge, le 4»' cahier du tome XVI de son 
Bulletin. 

26. Du R. P. Terwecoren, les livraisons du li' et du 15 avril 
et du 11' et du 15 mai 1860 de sa Collection de précis histo- 
riqties. 

27. De M. le professeur Namur, membre correspondant à 
Luxembourg, sa Notice sur ime monnaie Carlovingienne, trouvée 
à Altkirch, à Rahling, canton de Rohrbach, département de la 
Moselle. 

28. De M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire à Liège, 
sa brochure intitulée : Vestiges des âges, etc. 

29. Du même, la 2de partie de ses Fragments d'un vogage 
en Hollande. 

30. De AL Wilbert, président de la Société d'Émulation de 
Cambrai, membre correspondant, ses Considérations sur le premier 
établissement du Christianisme dans la Gaule -Belgique et sur 
les pratiques superstitieuses qui lui ont servécu. — Extrait du 
compte-rendu des séances archéologiques tenues à Cambrai en 1858. 

31. Du même, une brochure sous le titre de Formation et 
administration des villages. 

32. Du même, ses Considérations sur la monnaie à l'époque 
romane, adressées à M. Ch. Robert. 

33. Du même, ses Considérations générales sur V histoire des 

2 5 XVI 12 



— 163 — 

Etats du Cambn'sis, de l'Artois, du Hainaut, de la Flandre, du 
Tournalsis et du Brahant. 

34. Du même, sa Notice sur l'origine, la constitution et les 
travaux de la Société d'Émulation de Cambrai. 

35. De M. Edmond de Busscher, membre correspondant à 
Gand, son ouvrage intitulé : Recherches sur les peintres gantois 
des AYV'e et XV^ siècles, etc. Cet ouvrage offre le plus vif intérêt 
à tous les amis des Beaux-Arts. Notre savant collègue a recon- 
stitué authentiquement l'école primordiale de peinture des Flandres, 
et par ses infatigables recherches dans les archives de Gand, dont 
il est le conservateur, il est parvenu à prouver que son siège était 
à Gand. C'est pour cette ville un titre de gloire de plus à ajouter 
à la priorité de l'emploi de la peinture à l'huile. Ces deux points 
sont aujourd'hui acquis à l'histoire artistique et archéologique de 
la Belgique. 



SUITE AU TABLEAU GENERAL 



DES 



MEMBRES DE L'ACADÉMIE 



Heiiibre effectif 



M. IWEINS (Adolphe), membre de la Société littéraire de rUniversité catholi- 
que, etc., à Louvain. 



REVUE 

DES 

ANCIENS MONUMENTS 

DE LA VILLE DE MONS; 



Léopold DEVILLERS , 

Conservaleur-adjoint des archives du Hainaut, 
Membre correspondant de l'Académie. 



« La ville est grande et belle, et ornée 
de somptueux édifices tant privez que 

publics. D GUICCIARDIN. 

Il suffît de jeter les yeux sur les anciens plans de Mons * et 
surtout sur la magnitîque vue peinte à l'huile, en 1683, qui repose 
au dépôt des archives de cette ville '^, pour reconnaître de suite 
que le témoignage de Guicciardin n'a rien d'exagéré. 

Nous l'avons dit dans une circonstance solennelle ^ : «La ville 
de Mons a conservé peu de ses anciens édifices. Mais ceux qui lui 
restent, — l'église de Sainte- Waudru, l'Hôtel de ville et le Bef- 
froi, — attestent suftisamment qu'elle peut réclamer une part hono- 
rable dans les fastes artistiques de la patrie. • 

Ces trois édifices furent toujours, à la vérité, les plus importants 

' Voir, entre autres : les plans gravés qui se trouvent dans l'ouvrage de Blaeu, 
Urbium tolius BeUjii seu Germaniœ inferiorin Tahulce {\>ATS\)Tior), et dans les Délices 
des Pays- fins, par Gl'icciardin. 

' Il existe aussi une fort belle vue de Mons, gravée par Stelzer, en deux feuilles, 
ayant 33 centimètres de hauteur sur 1 mètre de largeur. — De Boussu a, en outre, fait 
accompagner son Histoire de Mons d'une vue de cette ville, gravée par J.-L. Kralït. 

■^ Cinquantième anniversaire de la fondation de la Société royale des Beaux-Arts et 
de Littérature de Gand. — Congrès artistique et archéologique. 1858. 

25 XVII 13 



— 166 — 

de notre ville. Toutefois, on doit l'avouer, elle a fait des pertes 
considérables sous le rapport monumental et artistique. Il n'y a, 
pour le prouver, qu'à rappeler les édifices et les principales œuvres 
d'art qu'elle n'a plus : 

L'Église collégiale et paroissiale de Saint-Germain. 

La Tour de hriques. 

Le Jubé et les Tombeaux des comtes Baudouin IV et Baudouin V, 
qui ornaient l'église de Sainte-Waudru. 

Les Ei^iises paroissiales de Saint-Nicolas-en-Bertaimont, et du 
Béguinage. 

Les Eglises conventuelles des Jésuites, des Capucins, desMtnimes, 
des Dominicains, des Oratoriens, des Carmes déchaussés, des Carmes 
chaussés, des Repenties, des Clarisses, des Carmélites, des*Céles- 
tines, des Bénédictines, des Capucines, et de l'abbaye d'Épinlieu. 

La Capelette, la Chapelle de Saint-Jean décollé et la Chapelle de 
N.-D. de Cambron. 

Telle est la série des monuments religieux de Mons démolis depuis 
la fin du siècle dernier. 

Celle de ses édifices civils également démolis, est bien moins 
longue, mais présente des destructions fort regrettables, notamment 
celles des anciennes Fontaines et de la Grande-Boucherie. 

Voici maintenant une statistique des anciens édifices que Mons 
a conservés. 

Edifices religieux : 

L'église de Sainte-Waudru. 
L'église de Sainte-Elisabeth. 
L'église de Saint-Nicolas-en-Havré. 

L'église des Récollets, servant de succursale à la paroisse de 
Saint-Nicolas-en-Bertaimont. 



— 167 — 

Les couvents des Ursulines et des Sœurs-Noires, qui ont été 
rendus à leur ancienne destination. 

Ceux des Filles de Notre-Dame, des Filles de Sainte-Marie, et 
l'abbaye du Val-des- Ecoliers, qui ont été ali'eclés à la prison civile et 
militaire, au dépôt de mendicité, et à l'hôpital civil, respectivement. 

La chapelle de l'hospice des Béguines. 

Edifices civils : 

La Tour du Château. 

L'Hôtel de ville. 

Les hospices des Chartriers, des Orphelins, etc. 

On peut encore ajouter à cette nomenclature : l'ancienne châtellc- 
nie, qui est devenue l'hospice des insensés, le refuge de l'abbaye de 
Saint-Ghislain, qui est actuellement occupé par les Dames du 
Sacré-Cœur de Jésus, l'ancienne chapelle échevinale de Saint-Georges, 
qui a été enlevée au culte depuis la Révolution Française, l'église 
des Sœurs-Grises, devenue une grange, et le Collège de Houdain, 
aujourd'hui la caserne du Saint-Esprit. 

Il ressort de cet aperçu, que la ville de Mons a perdu plus de la 
moitié de ses anciens édifices, et l'on peut se faire une idée de ce 
qu'elle était autrefois, par cette énumération rapide de ses monuments 
des siècles passés. 

Aujourd'hui, il s'agit de faire revivre par la pensée et d'après des 
documents authentiques, ceux de ces monuments qui n'existent plus, et 
de rassembler, en outre, les souvenirs que rappellentles autres d'entre 
eux qui ont perdu leur destination primitive et que la faux du temps 
ou le marteau des démolisseurs feront peut-être disparaître bientôt. 

C'est ce que nous nous proposons d'essayer de réaliser, en publiant 
successivement dans les Annales de l'Académie d'archéologie de 
Belgique, le résultat de nos recherches sur ce sujet. 



LA CïlAPFlLE ÉCIIEYINAIE 

DE 

SAINT-GEORGES 

A MONS ; 

PAR 

Léopold DEVILLERS, 

Conservateur-adjoint des archives du Hainaut, 
Membre correspondant de l'Académie. 



Vers 1390, Guillaume de Bavière, comte d'Ostrevant, fils 
d'Albert, comte de Hainaut, établit à Mons une confrérie sous 
l'invocation de Saint-Georges, patron d(; la chevalerie, à l'instar 
de celle que le roi d'Angleterre, Edouard III, avait instituée 
dans ses états, en '134'2. * 



' Il y eut, en outre, des ordres militaires de Saiiil-Georges en Espagne, en Autriche, 
en Bourgogne, à Gênes, à Raveinic et à Ruine. Deux .suiisi.stent en(U)re aujourd'inii : le 
premier, en Russie, qui fut institué en 1769 par Catiierine II, et dont la décoration est 
une croix d'iirà quatre branches ayant au centre un écusson qui représente Saint Georges 
à cheval terrassant le dragon ; et le second, en Bavière, dont rinstitutiim remonte à inie 
époque fort reculée. Les chevaliers de Saint-Georges avaient pour mission de diumer la 
clias.se aux infidèles. C'est pour remplir cette mission, que les chevaliers du Hainaut 
allèrent, en 1385, au secours des chevaliers de l'ordre leiitoniqne, en Prusse. — Voir 
sur cette expédition : F. Hachkz, Fêtes popi/lnires à Muns, pp. 5 et 6 ; Messager des 
sciences liistoviiiues de lichjique, 1848, pp. 108 et 109, et uiu' note d'Kjiii.E Gachet, 
insérée dans jr l'.uUrlm de Ut Commission ioijoh' d'hishiire, t. Xlll, p. "213. 



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La conlVéric de Mons lut tvès-célèbre '. Guillaume en était le 
chef, et l'on n'y recevait que 50 membres, l'élite de la noblesse. Les 
premiers confi'ères furent : le seigneur de Vertaing, sénéchal de 
Hainaut, les seigneurs de Ligne, de Trazegnies, do Boussu, de 
Roisin, et autres. 

A la même époque, le même comte d'Ostrevant avait créé, dans 
te Hainaut, la chevalerie de Saint-Antoine-en-Barbefosse, qui avait 
son siège dans l'église de ce nom, située à l'entrée de la forêt 
d'Havre et dont le chœur subsiste encore. Il était également grand 
maître de cet ordre militaire, qui se composait, d'ailleurs, des 
mêmes membres que la confrérie montoise de Saint-Georges. 

Les chevaliers du Hainaut assistèrent à plusieurs expéditions, 
sous la bannière de leur illusti'e fondateur; celle-ci portait, d'un 
côté, h figure de Saint Georges, avec les armes de Bavière et de 
Hainaut écartelées, et, de l'autre, une herse d'or sur un fond de 
gueules, avec cette devise : Evertit et œqiiat. 

Telle est l'origine de la noble confrérie de Saint-Georges, qui 
avait sa chapelle près de la Maison de la Pai^ (hôtel de ville). 
Cette chapelle avait été érigée en 1390 et reconstruite en 1459, 
avec la maison de la paix. Son entrée était surmontée d'une statue 
de Saint Georges, en cuivre doré, qui se trouvait encore, au 
siècle dernier, au-dessus de la porte du corps-de-garde de l'hôtel 
de ville. 

Diverses fondations furent faites dans îa chapelle de Saint- 
Georges. Le 9 septembre 1412, Jean et Colin de le Porte, frères, 
fils de Pieron de le Porte et de Cécile Pieuse, et Jean Esters, clerc, 

' Cette institution, dit le Baron de Reiffenberg, est probablement le germe de l'ordre 
de St-Georges encore florissant en Bavière. — Monuments pour servira l'histoire des 
provinces de Hainaut, Namur et Luxemboimj , t. VII, p. LI de l'introduction. 



— 170 — 

y l'oiidèrent un cantuaire de messes, qui se célébrait, chaque jour, 
avant l'ouverture des portes de la ville, pour l'utilité des voyageurs. 
Une autre messe, qui se célébrait aussi chaque jour, à sept heures 
et demie, avait pour fondateur Louis de Presières. Les dimanches 
et les jours de fêtes, on y célébrait, en outre, une messe à onze 
heures et demie, jusqu'à concurrence de cent messes par an, en 
exécution d'une convention passée le 14 novembre 1676 entre le 
conseil de ville et les confrères du Rossignol, qui avaient cédé 
leur local à la ville , pour la construction de la caserne de ce 
nom. Georges Demaret y avait fait une fondation consistant en 
une distribution de treize pains aux pauvres, les dimanches, de 
quinze en quinze jours, et la famille d'Alcantara avait affecté une 
rente de cent livres à l'entretien de l'image de N.-D. de Bon-Secours 
en la même chapelle et à la célébration d'olTices en musique. Des 
offices solennels y avaient lieu à la fête de Saint Georges et de la 
translation de son corps, et le jour de Saint Quirin, dont la statue y 
était vénérée. Cette chapelle avait un valet et une offrandière. Elle 
était administrée par deux intendants délégués par le magistrat. 

Après Guillaume de Bavière, la confrérie de Saint-Georges, de 
même que l'ordre de Saint-Antoine-en-Barbefosse, périclita, et la 
chapelle ne fut plus fréquentée que par le magistrat "» et par les 
bourgeois. Elle était desservie par le chapelain du magistrat et 
par les pères minimes, qui donnèrent à la ville, en 1618, le corps 
de Saint Georges. 

Les échevins firent démolir l'ancienne chapelle^, vers 1600, et 



' Les éclievins y rétaliliient la confrérie de Saint-Georges, en 1624, mais seulement. 
|)our les membres du magistrat et du conseil de ville. 

' De curieux débris de celle cliapelle existent encore deiiière le corps-de-garde de 
riiùlel de ville. 



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annexèrent à son emplacement une maison voisine *, pour y élever 
la moderne, dont la consécration fut faite le 23 février 1603, 
par l'archevêque de Cambray, en l'honneur de la Sainte Vierge, 
de Saint Laurent et de Saint Georges. 

L'intérieur de la chapelle échevinale de Saint-Georges ne présente 
rien de remarquable ; trois arcades ogivales , séparant la partie 
antérieure de l'autre, une voûte de même style, dont la principale 
clef porte le millésime 1601 , sept fenêtres dépourvues de meneaux, 
un doœal (jubé), de style renaissance et du haut duquel le magistrat 
assistait aux offices, enfin le pavement, en pierres blanches et noires, 
du sanctuaire, en font toute la décoration. 

La façade, située à front de la Grand'Place, présente un porche 
auquel sept marches donnent accès; il est surmonté d'un fronton, 
jadis embelli de trois statuettes, soutenu par deux colonnes en- 
gagées, et accosté de deux fenêtres avec meneaux en pierre, d'une 
architecture moderne. L'étage qui surmonte cette entrée, a trois 
fenêtres : il était autrefois réservé aux chambres des états de 
Hainaut. 

Un pignon élevé et d'un aspect gracieux termine cette façade, 
qni porte le millésime 1604. 

Les offices de la chapelle étaient annoncés au peuple par une 
cloche posée dans le companile de l'hôtel de ville ^. 



* Cette maison s'appelait Maison de l'office, 

* Une résolution prise le :29 mai 1556 par le chapitre de Sainte-VS'audrii, est ainsi 
conçue : « Sur la requeste faiote, ou nom de Messieurs eschevins de ceste ville de Mons, 
» par Mess'"s Gilles Resteau, chlr, S'' de Ruette, Franchois Uespiennes et Loys Malapert, 
» eschevins, ensemble Mess. Jehan Auldegonde, chappellain de la chappelle Saint-George 
» scituée en la maison de ville, de povoir faire ung clochier au plus hault de laditte 
M maison de ville, pour y pendre la clochette d'icelle chapelle, affin d'ouyr sonner les 
» messes de jilus long; fut accordé ausdis eschevins de ce faire. >i 



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Cette chapelle est maintenant destinée à diverses expositions et 
à des assemblées; parfois, elle sert de salle de vente. Elle fut 
momentanément affectée à l'exercice du culte réformé, sous le 
gouvernement du roi Guillaume. C'était pourtant du haut de l'es- 
calier de cette chapelle que le capucin Marc Aviano avait fait 
entendre, en 1681, devant un auditoire qui remplissait la Grand'- 
IMace de Mons, un sermon des plus véhéments contre les sectateurs 
de Luther. 



LES 

ANCIENNES HALLES ET FONTAINES 

DE LA VILLE DE MONS; 

PAR 

Léopold DEVILLERS, 

Conservateur-adjoint des arcliives du Hainaut, 
Membre correspondent de l'Académie. 

A l'époque de sa prospérité industrielle, Mons eut des halles 
au blé, aux draps et aux pelleteries; elle eut aussi des boucheries. 
Nous allons rappeler en quelques lignes ce que ces établissements 
otf raient de particulier. Nous consacrerons, en outre, dans cet 
article, le souvenir des fontaines qui jaillissaient autrefois au 
centre des principaux marchés de cette ville. 

Halle au Blé. — Elle existait, dès le XlVe siècle, à front de 
la rue du Haut-Bois *, dont une partie prit depuis le nom de rue 
de la Halle. Cette halle a été démolie en 1837. Depuis plusieurs 
années, elle ne recevait plus aucunes denrées. Le marché au grain 
continue néanmoins à se tenir en face de l'emplacement de la Halle, 
sur lequel on a construit la boucherie moderne. Mais à ce marché. 



' De Boussu, Histoire de Mous, p. 112. —Cet auteur rapporte qu'il résulte d'un 
chassereau de l'an 1376 que la rue du Haut-Bois descendait jusqu'au moulin situé sur 
la Trouille, que Ton appela le Moulin-jumeau, à cause que ses deux roues furent 
faites ensemble. 



— 174 — 

l'un des plus importants du pays, les affaires ne se traitent que 
par écliantillons et par l'entremise de facteurs *. 

Halle aux Draps. — L'importance de l'ancienne draperie 
monloise a été exposée déjà à plusieurs reprises ^. Nous nous 
bornerons à constater ici que la Halle aux draps se trouvait entre 
la rue de la Terre-du-Prince et la Grand'Rue, que vers la fin du 
XVI<^ siècle, ce vaste local fut fermé, par suite de la décadence de 
la draperie, et qu'en 1585, les drapiers étalèrent leurs marchan- 
dises aux Polies, rue de la Halle. Depuis longtemps, il ne se 
fabrique plus aucun genre d'étoffes à Mons. Quant à l'aiffcienne 
Halle aux Draps, elle fut mise à l'usage de l'école dominicale en 
1582 "\ 

Halle aux Pelleteries. — Cette Halle se trouvait en la rue 
des Clercs (N» 27 actuel) : elle appartenait au chapitre de Sainte- 
Waudru. Les pelletiers devaient y étaler leurs marchandises pendant 
la fête (foire)de la Toussaint. Au XVI^ siècle, ils cherchèrent à s'af- 
franchir de cette obligation : chaque année, ils faisaient des offres au 
chapitre, à l'effet d'obtenir la permission de vendre à domicile. Les 
chanoinesses la leur accordaient parfois, moyennant le paiement 
de leurs étaux et une reconnaissance annuelle, qui consistait à faire 
présenter au chapitre, par leur connétable, le jour de la canonisa- 
tion de Sainte Waudru(2 novembre), une platine d'argent, du poids 
d'une once et demie, rappelant le motif de cette reconnaissance. 
Cette autorisation leur fut définitivement donnée, au siècle suivant. 



' Fklix Hachez, Notes historiques sur les foires et les Marchés de Mons, \\. 2'2. 
* De Boussu, Histoire de Mons, p. 87. — Pabidaens, Mons, pages 54, 88, 1)2 et 
272. — F. Hachez, Noies historiques sur l'industrie du Hainaut, pages 23 et 26. 
^ F. Hachez, Les fondations rharitahles de Mons, p. 189. 



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La halle des pelletiers avait été reconstruite au milieu du 
XVIe siècle ; elle devint une habitation particulière connue sous la 
dénomination de maison de la Crosse. Elle appartient aujourd'hui 
à M. Marcel Grenier, commissaire de l'arrondissement de Mous, 
qui l'occupe. C'est une belle construction, dont la façade, en 
pierres de taille, présente : au rez-de-chaussée, une porte cintrée, 
placée au centre du bâtiment, cantonnée de deux colonnes ioniques 
soutenant un fronton triangulaire, et six fenêtres, au premier étage, 
sep grandes fenêtres et autant de petites au second. Elle se termine 
par une corniche horizontale. Les meneaux en pierre des fenêtres 
ont disparu, sauf au second étage. 

Boucheries. — En 44-89, les échevins firent construire, con- 
formément à l'octroi qu'ils avaient reçu de l'empereur Maximilien, 
deux boucheries, l'une sur le Grand-Marché (Grand'Place) et l'autre 
dans la rue qui fait aboutir la rue de Notre-Dame (jadis rue Noble) à 
la Grand'Rue et qui a pris le nom de rue de la Petite-Boucherie. 

La première de ces boucheries fut considérablement agrandie 
en 1589, ce qui lui fit donner la dénomination de Grande-Bou- 
cherie, par opposition à l'autre. La ville avait acheté à Philippe 
de Glerbois, l'hôtellerie du Cerf, qui en était voisine, le 
6 novembre 1582 : une partie de cette propriété y fut annexée 
et l'on jeta les fondements d'un nouveau bâtiment, le 5 mars 1 589 *. 

La Grande-Boucherie, sans être un monument remarquable, 
avait quelque droit à être conservée. Elle avait été construite dans 
le style de la renaissance, en pierres d'Ecaussines, et était surmontée 
d'une haute toiture Espagnole. Le rez-de-chaussée présentait trois 
portes cintrées, surmontées d'œils-de-bœuf. L'étage, après avoir servi 

' ViNCHANT, t. V, p. 3ïJ7. — DeBoussu, p. 16i. — Résoiuliuns du conseil de "ille. 



— 170 — 

de lieu de réunion aux membres d(; la confrérie des escrimeurs de 
Sainl-iMichel, fut converti, en 175'.!, en salle de spectacle. — Outre 
un parterre, un amphithéâtre et un paradis, ce tliéâtre se composait 
de vingt-sept loges pouvant contenir chacune six personnes, et dont 
dix se trouvaient au premier rang, onze au rang du milieu, et six 
au rang supérieur. Il avait été parfaitement conçu et exécuté *. 

Après avoir été abandonnée depuis 1825, la Grande-Boucherie 
fut démolie 2 en mars 184-2, pour être remplacée par deux maisons 
de commerce, dont l'élévation démesurée fait disparate avec toutes 
celles de la Grand 'Place. 

Quant à la Petite-Boucherie, elle a été supprimée au commen- 
cement de ce siècle. 

Le débit de la viande se fait aujourd'hui dans une nouvelle 
boucherie, construite d'après les plans deiM. l'architecte Van Gier- 
degom, sur l'emplacement de la Halle au blé, et qui fut ouverte 
le 1 juin 4838. ^ 

Mons a aussi maintenant un abattoir, dont la nécessité se faisait 
sentir depuis longtemps, et un marché couvert pour le débit du poisson. 

Anciennes fontaines. — A la fin du XlVe siècle, le magistrat 
de Mons résolut d'orner le Grand-Marché de cette ville ^ d'une 

* Salle de spectacle de Moiis. Manuel de Vamateur, p. 2. 

* On ne laissa debout qu'une porte d'issue (rue de la Clef), au-dessus de laquelle 
sont sculptées en pierre les armes de la ville. — M. Lacroix possède un beau dessin 
colorié de la façade de la Grande-Boucbcrie. 

' La façade de cet édifice, <à front de la rue de la Halle, ofire au centre un avant-corps 
percé de deux fenêtres et d'une porte chargée de bossages, que surmonte un grand arc à 
jour encadrant la figure en bosse d'un bœuf ; les deux arrière-corps n'ont chacun qu'une 
porte en plein-cintre, surmontée d'une fenêtre carrée. Un bel encadrement dorique 
couronne le tout. Cette façade , qui a 26 mètres de largeur et 1 5 de hauteur, est con- 
struite en briques et en pierres. — Schayes, Histoire de l'architecture en Belgique, 
tome II, page 195. 

* L'emplacement du Grand-Marche sert aujourd'hui au Marché aux Fruits. 



— 177 — 

fontaine. Le dnc Albert, ronitc de Ihiinaiil, lui en donna 
l'octroi, le 20 décembre 1386 ^. On lit alors des étndes sur les 
cours d'eau de Casteau, de Saint-Denis-en-Brocqueroye et d'Har- 
mignies. Les sources de Saint-Denis, village situé à 1 V^ 1. N.E. 
de Mons, furent préférées pour leur qualité et leur abondance. 
Elles se trouvaient au-dessus de l'abbaye établie dans cette localité, 
sur la seigneurie de la Roquette , entre Casteau et Thieusies : la 
principale était la fontaine Wastlaul. Deux grands réservoirs 
en pierre y furent construits, et l'eau fut dirigée par des tuyaux ^ qui 
parcouraient les territoires de Saint-Denis et d'Obourg, les bois 
et les bruyères de Mons. 

Cet ouvrage si remarquable fut commencé en 1394, et terminé 
cinq ans après. Toutefois, en 1-400, les canaux exigèrent de 
nouveaux travaux. Les ouvriers causèrent alors certains dommages 
aux terres, aux vergers et au jardin de l'abbaye de Saint-Denis. 
L'abbé actionna de ce chef les échevins. Une sentence rendue, en 
14-07, par le grand bailli de Hainaut, condamna le monastère à 

* Octroi accordé par le duc Albert de Bavière pour In conduite des eaux à Mons. — 
« Duc Aubert de Bavière, etc. A tous seigneurs, nobles, prélatz et justiciers ausquels 
cestes nostres présentes lettres s'adresseront, salut. Scavoir faisons qu'à la prière des 
échevins, jurez et conseil de nostre ville de Mons en Haynau, et pour l'anienderaent 
d'icelle, nous leur avons accordé et fait grasce d'avoir et faire venir une fontaine en 
nostre ditte ville, laquelle en icelle ne peut bonnement venir sans passer parmy les 
justices d'aucuns. Si mandons et commandons à tous et à toutes encuy raeltes et justices 
fouir et ouvrer conviendroit pour cause de la ditte fontaine, qu'à ce veulent consentir et 
gréer à faire, parmy le domaige récompensant, sans antre mandement avoir ne attendre 
de par nous : car ainsi le voulons par le tesmoing de ces lettres scelées de nostre scel, 
données à Mons, le xx jour de décembre l'an MCCCLXXXVl. « — Orig. aux archives 
communales de Mons. 

* Ces tuyaux, au nombre de plus de !2,000, étaient en bois. Leur entretien nécessita 
dans la suite des dépenses nombreuses. Pour la seule année 1437, la ville paya 
l'énorme somme (pour ce temps) de 5,800 livres. Un maître charpentier était spécialement 
chargé de cet entrelien. 



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supportei' cette servitude, mais sous la conditiou que la ville lui 
paierait, à titre d'indemnité, une rente de 12 livres, dont le capital 
fut bientôt amorti. 

Le 1 juin 1.405, jour de l'inauguration de Guillaume IV, comte 
de Hainaut, on posa en présence de ce souverain, la première 
pierre du monument de la fontaine, qui fut élevé en peu d'années. 

Depuis cette époque, une ordonnance du magistrat, souvent 
republiée, défendit de faire la lissive dans le bassin de la fontaine 
et d'en salir l'eau. 

Divers quartiers de la ville eurent aussi dans la suite des foiTtaines. 
Les eaux furent conduites au Petit-xMarché *, au Marché au Pois- 
son, près de l'hôpital de Saint-Nicolas et à d'autres endroits»'^. 

La fontaine du Grand-Marché, qui se trouvait en face de la 
Grande-Boucherie, se composait d'un énorme vase à six pans, 
soutenu par six colonnes, et à l'intérieur duquel se trouvaient sept 
autres colonnes, dont celle du centre était destinée à supporter la 
statue du Sauveur, et les douze autres les statues des Apôtres ^. 

La fontaine du Petit-Marché n'était pas moins remarquable. Au 
milieu du bassin, s'élevait une belle statue en pierre représentant 
la Vierge. Elle était surmontée d'une toiture soutenue par huit piliers. 

' Le Petit-Marclié ou Marclié aux Herbes ne figure pas sur le plan de Mous (jui 
accompagne l'ouvrage de Bl.veii : Urhium totius Behjiis eu Germaniœ inferiom Tabulœ, 
parsprior. Il fut pratiqué vers la lin du XV!"" siècle : en 1583, le conseil de ville permit 
M aux héritiers marchissans au Nouveau Marché, de faire maisons mannables à front de 
ce marché. » La fontaine du Petit-Marché élail donc, d'une date peu reculée. 

* De Boiussii, fiisl. (le Mous, p. 113. 

' Ces statues ne furent jamais exécutées. Aux jours de grandes solennités, la fontaine 
était décorée avec luxe. Le 23 février 1600, jour de l'inaugiu'ation des archiducs Albert 
et Isabelle, elle fut couverte par une riche décoiation représentant le Jardinet du ffaiiuiut. 
Au sonnnet, se trouvaient les armoiries du comté, de la capitale et du duc de Croy, 
grand bailli de Hainaut; plus bas, les bannières des abbayes, des pairies, des comtés, 
di'S bai-onnies et des villes du pays (clergé, noblesse et tiers-état), entourées de fleurs, 
(lui élaiiMil aiTdsiVs \av les statues des archiducs. 



— 179 — 

Quant à celle du Marché au Poisson, elle avait aussi un aspect 
monumental. C'était une colonne rehaussée de la statuette de 
Saint Pierre, patron des poissonniers. 

Ces fontaines ne donnèrent plus leurs eaux à la ville, à 
la fin du XVlIe siècle, à cause du mauvais état des canaux ^. 
Après plusieurs restauralions, celle du Grand-Marché fut démolie, 
par résolution du conseil de ville, du 2 juillet 1675, et l'on proposa 
de la remplacer par un puits, ce qui n'eut jamais lieu. On conserva 
comme monument celle du Petit-Marché; mais elle suhit le même 
sort que son ainée, vers i79h 

La fontaine du Marché au Poisson fut remplacée, en 1724, par 
le puits qui décore actuellement cette place, devenue le Marché à 
la Volaille. Ce beau puits se compose d'un pilier en pierre de taille, 
de forme triangulaire, sur lequel sont sculptées des cristallisations. 
Il était surmonté de la statuette de Saint Pierre; mais, vers 1825, 
on a substitué à ce dernier débri de nos anciennes fontaines, un 
vase qui ne correspond en aucune façon avec l'architecture gra- 
cieuse de ce petit monument. 

Un autre puits public de Mous, celui de la Place du Chapitre 
(de Sainte-Waudru), datant de 1779, ^ mérite d'être mentionné. — 
Celui qu'il remplaça pour cause de vétusté, avait été construit 
de 1532 à 1535. Il était formé de quatre piliers auxquels se 
trouvaient adossées des figures d'animaux, savoir : un lion, un 
griffon, une licorne, un aigle; et une bannière aux armes du 
chapitre noble (d'or à trois chevrons de sable) le surmontait. 
Pierre Seuwart, peintre, en avait donné le plan ^. 

* Les éoheviiis furent condamnés , vers 1650, à fournir de l'eau potable à la ville. 
Dès cette époque, ils firent creuser de nouveaux puits dans les quartiers les plus populeux. 

* Cette date est gravée sur la corniche de ce puits, et elle résulte, en outre, de la 
décision prise parles dames du chapitre, dans leur séance du 17 février 1779. 

^ La résolution capitulaire, en date du il février 1532 (n. st.), touchant la construction 



— 180 — 

Nous filerons pour mémoire seulement : le Rouge-Puils, situé 
au earrflbur des rues de la Chaussée et de la Coupe, construction 
massive et qui ne fait pas plus honneur à la ville que les lourds 
pavillons placés à l'entrée du parc, et que les porches latéraux de 
l'église de Sainte-Waudru, qui sont tous d'une même époque 
(antérieurement à 1830). 

Il n'existe aucun dessin des anciennes fontaines de Mons. Nous 
n'avons pu faire leur description que d'après des documents 
authentiques et des souvenirs traditionnels ^ . 



de ce puits momimeiital, est ainsi conrue : « Fii lors concliid (ie faire une nouvelte clôture 
de pierre d'Escaussines au puich de l'église Saincte-W'aidrn, et y faire ferrailles par- 
dessus et une bannière pour y paindre les armes de la dite dame. » 

Voici comment sont renseignées dans les comptes généraux rendus au cliapitre^pour les 
années 1532-1533, 1534-1535, les sommes payées pour la construction de ce puits. 

1532-1533. 

« A Pierre Seuwart, paintre, pour avoir fait de recliief ung nouveau patron de 
l'érigement d'une nouvelle clùlure de pierre d'Escaussines pour le puich de l'église, en 
«bvrier xxxij, payet : xxx s. » 

» A Antlioine Caignet, marchand de pierres demorant àEscaussines, pour livrance des 
pierres pour faire un rond, les degrez, piliers et la couronne dessus, au puich estant 
emprès l'église, selon la forme d'ung patron à lui hailliet; etc. » 

1534-1535. 

« A Pierre Seuwart, paintre, pour quatre patrons, en pappier, de ung lion, ung 
griffon, une licorne et un aigle pour le puich de l'église : xl s. » 

« A Pierre Seuwart, paintre, poui- avoir doret et estofTet les armes et banières estans 
oudit puich : x 1. » 

* 60 pompes puhliques fournissent aujourd'hui l'eau à la ville, mais d'une manière qui 
laisse siugulièrement à désirer. On réclame ici depuis longtemps un système économique 
et eflicace de distribution d'eau, dans le genre de ce qui a été fait à Bruxelles. 
Il n'y a, pour y parvenir, qu'à jeter les yeux sur les sources dont le magistrat de Mons 
a tiré un parti si remarquable, au XIV« siècle. L'eau y abonde toujours. Sur leur 
teriiloire sont des étangs qui ne tarissent jamais. Là se trouve encore la Fontaine de 
SainlP-Waiiilni, qui a été rendue célèbre par un prodige dont nos aticieiis annahstes ont 
conservé la ri'lation et qu'ils font remonter à l'année 1011. 



NOTICE HISTOKIOUE 

m LE tllAPITBË COLLËSIAL 

DE 

SAINTE-DYMPME, 

A GHEEL. 

{Suite , voir tome XV , 1° livraison , page 5.) 



Reliquiis sanctse Uympnce clara ecclesia magnifica 
et ampla, in qiia Joaiines Meiodius baio eollogiiim 
vicariale, ad peragendiini vom divinam liindavit, 
piobanle lilleris auni 1556 (1537) Paiilo III ponlificc, 
quod , aiillioritalem t'acieiile anno 1502 Maximiliauo 
a Beigis, Cameracensi episcopo, lloiiriciis, siitcessor 
in baionatn, mulavil in capilulnm cauonicale 

J. B GRAMAYE. Antverpia. 35. 

1661-1674. GASPAR GLAES, X Doyen. — Né à Gheel, 
il avait été reçu chanoine en 1651, et fut élu doyen en rempla- 
cement de Pierre Vercuylen. Le 25 novembre 1661, il reçut ses 
pouvoirs spirituels de Josse Iloubrakcn, vicaire-général de Tévèché 
de Bois-le-Duc : 

Judocus HoebiakeM, presbiter, S. T. L., ecclesise cathedralis Antverpiensis 
canônicus, et episcopatus Sylvseducensis vacantis vicarius generalis, venerabili el 
iiobis in Christo dilecto Gaspari Claes, presbitcm, canoiiico et decano ecclesia? 
Sanctse Dynipiiae, diocesis Sylvaeducensis, saliitem in Domino. Cum a nobis, prnevia 
légitima pra^sentatione, institutus sis in deeanatum ecclesiae collegiats Sancta? 
Dympn;r, iiinc nos, conscientiam nostram exonérantes et tuam onerantes, damus 
tibi, pr;esentiarum teiiore, onram ac regimen aniniarum omnium canonicnrnm alio- 
inmiine sniipiisilurnni capilnli Sancta' Dynipna', et aiiiliendi l'onnn alioninirpie 
25 WII 14 



— 1S2 — 

cDiitessiones, et»st|ue niediaiite salutari pœnittMitia absiilvi'iitli, cliam a casilnis e\m- 
copo reservatis, exorcisandi energunienos et malèficiatos juxta pra;scriptuin litualis 
riiriiani et aicliiepiscopatus mcclilinicnsis, cum [loteslate aliuiii idoneuni sacerdiitein 
.suhstilueiidi, ac beriediceiidi vestes sacerdiilales el ornameiita ad sacrificium inissa; 
speclantia, idii nmi iiilervenit uiictia, deni([iie adniinislratioiieiii pauperuni, qualein 
in ecclesia vestia pra^decessor vester doniiiius Vereuylen habliil, tibi committimiis, 
serio adhoitantes et luorieiites ut sa^pius recogiles tibi de omnibus pra^dictis exac- 
tissiniam in districti examinis judicin doniinn Deo omnipotenli reddendain laliDiieiii. 
batuni Anfverpite, die "In novemlms anno domini Ififii. 

J. lIillIll'.AhKN. ' 

Cette même année, le chapitre eut nn procès à soutenir contre 
le curé et le vicaire de l'église paroissiale de Saint-Amand , par 
rapport à l'enterrement des pèlerins de Sainte-Dympne. Ca seatence 
définitive fut prononcée en 1(104- en faveur du curé et du vicaire 
de Saint-Amand. 

L'an 4663, la supérieure de l'hùpital lit murer la porte par 
laquelle la procession de Sainte-Dympne passait à certaines fêtes 
de l'année. Le chapitre protesta contre cette innovation, par acte 
du 9 avril : 

Alsoo die eerweeide nioedei' van bel gasthuys van Geel liaer het'fl viTvoordi'it 
by groote nieuwicheyt, ende by manière van feyt heeft beginuen of tiacbt loe te 
niftscn die oude poort van immemoriaeien tyde geweest ende gestaen suytwaert 
a( Il tvùorseyt gastbnys, daer loe ende door, van aile nude tyden, van Sinte 
Dirnjiiia kercke die processie mette beybge leliquien van Sinte Dinipna op eenige 
(lacgeii van het jaer piacht inné te comen in liet gastliuys vooiscin'even ; ende dat 
al<MO tselve toemelsen is sliydend tôt beletscl van deii uniganck van de processie, 
soo prutfslerrn die beeicn dtkeii ende canuiiiken ende kerckmeesters van Sinte 
Dimpna by ende midis desen tegens die vooiseyde eerweerde mneder van onbeboire 
tnrhatie van possessie oft quasi, ende van costeii, schaeden, ende intresten, om 
die voorseyde oude |)oorte te doen redintegrcren, oft anderssints soo hunnen raedt 
sai gedraegen daer tegens U' dm'n , niniciide hiervaii ar te, ende versuerkende hier 

' Arilùtf: âe l'èqlisr nit/ii-dinlr irAnurs. 



— 183 — 

van iiisiiiiiatic gedaen le wordeii aen de voorscyde eerwoorde moeder. Achini liac 
9 aprilis 16(53. 

Die, mense et anno quo supra, ende ler presentien van de ondergeschreven 
getuygen , hebbe ick , ondergeschreven notaris , ten versoecke ende instantie van 
den voorsclireven heere deken, canoniken ende kercknieesters van Sinte Dimpna 
vnorschreven , my by d'eerweerde moeder des gasthuyse deser vryheyt Gelé 
getransporteert , ende aen deselve den inhouden deser proteste , in de presentie 
van de ondergeschreven getuygen geinsinueert; dewelcke voor antwoorde gaf niet 
anders als seggende : het is vvel ; versoeckende niede copye van desen proteste. 
Aldus gedaen die, mense et anno quo supra, ter presentien van Dilis Stalknechts 
ende Geiebernus Goos , als getuigen , die dese , beneffens my notaris , hebben 
onderteekent. 

DiLis Stalknechts. Gep.ebernus Goos. Maximilia. Libarts, notsadm.*. 

Nonobstant cette protestation et un procès qui en fut la suite, 
la porte fut murée; mais par contre la procession ne se rendit 
plus à l'hôpital selon l'ancien usage. 

Matthieu Rertels, par acte du 15 février 1670, donna une 
rente annuelle de huit florins à l'église de Sainte-Dympne à charge 
de chanter la strophe : salutaris hostia, pendant la grand' messe, 
à l'Elévation. 

Par son testament du 9 aoiit 1601, Jean de Merode avait 
donné au chapitre le droit laïcal de patronage et la collation de la 
cure de Téglise paroissiale de Saint-Amand 2 : le chapitre, par 
acte capitulaire du 17 avril 1670, rétrocéda ce droit à Maximilien, 
baron de Merode et de Petersheim, marquis de Westerloo, comte 
d'Oolen et de Batenbourg : 

Allen ende een igelyrken die dese onse openbare brieven van retrocessie sullen 
sien, ofte honren lesen, saluyt. Alsoo wyien den hooghgeboren ende mogenden 
heere Jean van Merode, vry baenderlieer t 20 Merode, Peetersseni, graeve van 

• Archives de l'église Sainte-Dympne. 

* Voyez ci-devant, p. 192. 



184 



Oolen, etc. liy syrien viiyti'isten willt' van 9 augusti KJOI, ^t-passeeil voor pastoor, 
schepeiien, ende serretaris van Peetcrssem, lieeft ten belioeve van uns underge- 
sctirevcn Heercn, deken ende canoniiuken der collegiali! kercke van sintu Dynipna 
binnen de vryheyt van Geel gemaeckt ende gelaeten rn(!t beswaerelycke titnle het 
redit lairael van patronaetschap ende collatie van de {laslorye in de kerrke van 
sint Amand, in de vnorseyde vryheyt van Geel, met den aencleve van dyen , soo 
hebhen \vy ondergesehreven, collegialiter vergadert synde, oni redenen ons niove- 
rende, verclaert dat wy by rype deliberatie, by ende niits dcsen, syn retrocerende 
ende wedeionigevende snlcke als wy retrocederen ende wedergeven by desen aen 
den seer doiiiichtighen, hoogh ende wel geborene heere, mynhcer Maximilianns 
van Merode, marquis van Westerloo, graeve van Oiilen ende Batenlxtureii, vry- 
baendi ilieer van Merode, baron van Peelerssem, etc. allen het selven recht laicael 
van patronaetschap ende collatie, als boven, met allen den aencleve van dyen ; 
verclaerende daeraen geen recht ofte actie meer te hoiidene noch te pretenderen, 
dan daervan absolutelyck ende onwederoepelyck te renuntieren met die iTeswaere- 
nisse ende last annex, blyvende alsoo ende gelyck al oft ons noynt dat recht met 
dien litule en waere vergunt nochte gemaeckl, ende stellende daerover den voor- 
seyden seer dorluchtighen ende welgeborene heere, marquis van Westerloo, als 
eygenacr, met procuratie tamquam in rem suam, met desselfs advoy ende aceep- 
talie. Promittentis etc. obligantes etc. renunciantes etc. Ende in teecken der 
waerbeyt hebben dese met onse handen onderteeckent, ende by onsen notaris ende 
secretaris laeten subsigneren ende met onsen capitel segel doen besegelen. Acinm 
in Geil, desen 17 april 1670. 

Gaspar Claes, decanus. Joannes Godtiissen, 

JllDOCLlS COENE, M. LOOVENS, W. BUYENS, 

G. Verschueren. Walt. Ooms. 

P. WVNANTS VAN ROSAN. 

L. S. Thom. van Bylen. 

Nots. et secretaris capituli i. 

La ninison du chapitre, située rue du (jliapon, appartenant à 
la cliapellcnie de Notre-Dame-de-Pitié, brilla fortuitement, la nuit 
du 27 au 28 juin 4070 : elle fut rebâtie, du conscnteinenl du 
vicaire-général Houbraken, avec le capital de la fondation de 
Marie Verwimp. 

* Arrlnres de l'église de Sninle l)ip)tphiie. 



— 185 — 

Le doyen Gaspr Claes mourut le 10 février 167i, après avoir 
légué au chapitre une somme de cent florins pour la fondation de 
son anniversaire. 

1674-1683. WAUTIER OOMS, XI Doyen. — Fils de 
Matlîias Ooms, il naquit à Moll le 19 novembre 1627. Il était 
bachelier formé en théologie, et fut ordonné prêtre à Gand, par 
l'évèque Antoine Triest, le 30 mars 1652, et reçut sa juridiction 
spirituelle de Henri van den Leemputte, vicaire-général de Bois-le- 
Duc, le 24 juillet suivant : 

Henricus van den Leemputte, episcopatus Biiscoducensis vicarius generalis in 
spiritualihus, sede vacante, venerabili et in Chiisto nobis dilecto domino et 
magistro Waltero Ooms, Mollensi, presbytère diœcesisBuscoducensis, et S. T. B. F., 
salutem in eodem domino Jesu Christo. De tuis doctrina, integritate et discretione 
informati, tibi, ut in diœcesi Buscoducensi praedicta verbum Dei populi prœdicare, et 
catechiszare, atque christifidelium tibi confiteri volentium confessiones audire, eosque 
a peccatis et censuris etiam a casibus episropo Buscoducensi de jure aut consue- 
tiidine reservatis absolvere, injuncta tanien prius salutari paînitentia, et in foro 
conscientiae duntaxat, et de expresso consensu ordinariorum seu pastorum luci, possis 
et valeas, per pra;sentes licentiani et autiioritatem concedimus. Hisce usque ad 
beneplacitum sedis episcopaiis Buscoducensis tantummodo duraturis. Datum 
Buscoducis, anno a nativitate Cbristi domini, 1652, mensis julii die 24, sub manu, 
nomine et sigilio propriis. 

L. t S. Henricus van den Leemputte, qui supra <. 

Wautier Ooms fut reçu chanoine en 1662, et élu doyen en 
1674-. Le 15 juin de la même année, le vicaire apostolique, Josse 
Houbraken, ordonna de convertir le tiers des revenus des prébendes 
du chapitre en distributions quotidiennes : 

Jiidocus Houbraken , episcopatus buscoducensis vicarius apostobcus, venerabiHbus 
domiiiis dt'cano et capitule ecclesiœ coliegiatse sanctaî Dympnœ in municipio gelensi, 

' An'liii'es lie i'i'ijlise Sainle Dijinpline. 



— 186 — 

nosiraf» diœci'sis, saliitem in Domino senipiloniani. Ciim, sicut accepimns, in i'cclpsi,i 
vestia quotidiana^ dislributiones adeo sint tenues ul a (luibiisdam fréquenter cnni 
cultus divini detrlmento et oflicii ecclesiastici in decentia negligantur. Nos, tani- 
quani sedis apostolicce delegati, juxta facultatem a concilio tridentino sess. 21. cap. 3. 
nobis attribntam, ea in re providere volentes, leitiam partem fructuum pr;rl)enda- 
rum vestrarnm in distrihutiones quotidianas converti prff'cipimus, et in virtute sanct;e 
obedientifp, quam sanctae sedi debetis mandanms, ut illa" inter divinus interessentes 
proportionabiliter dividantur. Datum Antverpiœ dielSjuny 1671. 

J. HOUBRAREN. ' 

Le 1-4 juillet 1676, Isabelle-Françoise-Marguerite, marquise de 
Westerloo, visita l'église de Sainte-Dymphne ; et l'année suivante, 
elle y revint avec son second mari, Joachim-Ernesl, duc de I^lstein, 
chevalier de la Toison-d'or, qu'elle avait épousé le 21 janvier. 

Michel Schuermans donna, en 1681, une rente annutdle de 
Â: florins 10 sols, pour la fondation de neuf messes, dont trois au 
jour des Fidèles trépassés, et six aux trois grandes fêtes de l'année. 

Le doyen Wauticr Ooms mourut le 28 mars 1683, après avoir 
laissé cinquante florins pour son anniversaire. 

1685-1691. RÉMI VAN L.\NGENDONGK, XII Doyen.— 

Né à Haecht, il fut reru chanoine en 1675, et élu doyen le 8 avril 1 683: 

In noraine sanclir et individuîe Trinitatis, Patris et Filii ei Spiritus Sancti. Amen. 

Noveiint singuli et universi , prsesens publicum instrumentuni inspectuii, quod , 
cnni hoc prssenti anno, die 28 mensis martii, ecclesia collegiata Sanctie Dymphnae, 
municipii Gelensis , decani solatio destitnta foret, careret ac vacaret , per 
obitum , pise mémorise , venerandi domini Walteri Ooms , dictiP collegiatae ecclesiae 
(dum in humanis viveret) veri et uitimi decani, venerabiles et circumspecti virj 
et domini canonici dicta», ecclesise simul congregati in capitule , nominatim D. Ju- 
docus Coene, D. Paulus Wynants de Rosan, D. Ferdinandus Phiiippus Galdon, 
D. Remigius Van Laughendonci< , D. Henricus Oyen , D. Andréas Everaerts, 
n. Joannes Raeymaeckers, et D. Ludovicus Rosa, dictae ecclesiae veri canonici, 

' Arriures de l'pijlise Sainte I»jnipln)r. 



— 187 — 

pxtiinc in preseiitia spedaliilis viii ac doiniiii Hemiri VoiTiiLH-rcii, Secretarii de 
VVesteiiiio , etc. , tan(]uaiii coiuiiiissarii deputali ex parte serenissiniaium 
celsitudiiiuni Joachimi Ernesti , diicis Holsatiae , etc. , et Isabella , iiatae 
comitissas de Merode, marchionissa^ de Westerloo, ducissœ Holsatiœ , etc., 
conjugum , taniquara. patronniiim laicaliuni prapfatae ecclesiae collegiatae Sanctae 
Dympiiip , proiit per exhibitionera eonimdem commissionis et mandati specialis 
omnibus piofatis canoiiicis evidenter patuit, de data 1 aprilis 1683, subsignati per 
eumdeni D. Joacliimiim Einestuniet dictani Isabellani duchesse de Hnlstein, marquise 
de Westerloo, et communiti eorunidem secreto et paivo sigillo; et desuper niissa, 
de Sancto Spiritu celebiata et oratione devota prsemissa, conveneruiit quatenus ad 
electionem riovi decani procederetiir, conimittentes ad singulorum vota per 
scripturam excipienda prœfatuni domimim commissariuni et notanum Willems ad 
hoc requisituni et infrascriptum, qui exceptis dictis votis et iisdem recolieclis 
retulerunt et pronuntiaruut dictis canonicis majorem partem votorum eonsonare et 
consentire in venerabil'em et circumspectum virum et confratrem eorumdem, dominum 
Remigium Van tanghendonck. Qus quidem relalio et pronuntiatio grata et accepta 
fuit, et dictum dominum Van Langhendoin'k eligebant, et electum approbarunt in 
decanuni sui capituii et ecclesia? ; et ostenso eisdem dominis decreto suae electionis 
hujusniodi ratam habuerunt et gratam, prout et ejusdem domini Rernigii electionem, 
noniine generosorum dominorum mandantium, vigore suae commissionis spéciales, 
laudavit et approbavit ddminus Vernieeren et eunidem electum, laudatum et appro- 
batum, adinisit et suscepit praseniandum reverendissimo et amplissimo domino 
vicario Buscoduceuji, ut in pr;efatum decanatum, cum omnibus juribus, emolumentis 
et pertinentiis eidem annexis,canonice et légitime instituatur, sive per se, sive per com- 
missariuni ab eodem reverendo ad niodum ac amplissimo domino vicario disputandum. 
De quibus omnibus et singnlis prsedicti domini eligentes, uecnoa prsedictus dominns 
commissarius dictorum patronorum laicaliuni petierunt lieri unum vel plura instrii- 
nienta. Acta hœc fuerunt 8 aprilis anno 1683, pr;esentibus omnibus canonicis 
praefatis, et sub sigilio ipsius capituii. Henri Vekmeeren. Secret. 

Ita testor 
- L+S. Willems, Nots ' 

Les administrateurs communaux et les Iiabitants de (îlieel 
adressèrent, le 13 novembre 1683, une requête au conseil de 
Brabant, atln d'obtenir deux vicaires pour la paroisse, qui seraient 
entretenus aux frais des grands décimateurs. Le conseil de Brabant 

' Archives de la cuthèdrate d'Anvers. 



— 188 — 

fit comparaître, le 26 novembre, l'évèque d'Anvers, l'abbesse de 
Rooseiidael, le curé de Glieel et le chapitre de Sainte Dynipiie, 
devant ses commissaires pour entendre les conclusions des impé- 
trants. Alliés plusieurs débats, le conseil de Brabant, par sa 
sentence provisionnelle du 14 mars 1084, ordonna que deux 
vicaires seraient placés à (iheel, et que chacun devrait recevoir 
cent patacons pour ses honoraires fixes, que l'un était à la charge 
du curé de Gheel, et l'autre à celle des trois décimateurs restants : 

Cuin in senatii legio in Brabantiae ducatu, per supplicam pio parle rectorum et 
r.onimunitatis niuiiicipii Gelensis, die 13 novenibris 1C83, expusilum ^ïieiit, indicto 
inunicipio reperiri circiter 3000 communicantium, habitantium lam in dicto nmnicipio, 
qiiam in decem appendicibus , quarum aliquse sesquihoia, aliœ quinque quadrantibus, 
alise una bora al) ecciesia paiochiali dissit* essent, ali* nonniiiil viciniores eidein 
ecciesia; ; quarum nunnuliaî tanto suut considerationis, ut integiis pagis et |5arochiis 
aequiparari valeaiit, ita ut deciniae sub praedicta parochia in tantuni excrescant, 
ut jani aliquibus anuis mille niodiis siliginis elocatse sint ad utilitatem variorum 
decimatoruni ecclesiasticorum ; quibus non obstantibus, necduni prœfatae commu- 
iiitati provisum erat de numéro competenti personarum ecclesiasticarum necessario 
ad prœstauda consueta ecclesiastica ofiTicia; utpote qui in unico pastore et unico 
sacellano seu vicepastore consistât; cujus sacellani auxilio jam etiam a bimestri 
frustrati fuerunt : unde factum ut juvenes uti et senes privarentur necessaria ad 
salutem instructione, inio sa?pe morerentur absque assistentia et solatio sacerdolum 
ex eorunideni insutridentia; uec tolius comniunitatis confessiones precipuis festis ^ 
excipi possent : qua; tandem in pejus ruèrent , nisi supplicantes resolvissent desuper 
adhuncprasdictumsenatum querelas déferre; quapropter se ad eumdeni convertebant, 
humillime peteutes citatoriales coram commissariis ad onus pastoris et aliorum 
ecclesiasticorum decimatoruni, ut, coram iisdem partibus summaiic auditis, indilate 
et per provisionem designetur numerus idoneorum vicepastorum, qui possent praes- 
tare consueta et necessaria munia pastoralia una cum pastore, juxta sanctum 
Tridentinuni concilium, et statuta episcopatus Buscoducensis, cui subsunt. 

Qua supplica visa et exarainata in praefato senatu , suiipiicantibus conressaî et 
expcdite fuerant prajdicta; citatoriales, vi quarum apparitor Thomas citaverat reve- 
renduni dominuui episco[ium Antverpienseni, uti et apparitor Jacobus Hullet etiam 
citaverat dominam abbatissam et conventuales monasterii de Koosendael, deuique 
Petrus llerman, pruitor in Gelé, accepta auctorisatione, citaverat doniinùm Melciiiorem 



— 18Î) — 

Van don VVeyer pastoreni, el ilniiiiiiuiii ilecaïuiiii cl caiiilulairs ec(:li;si;e cdllcyihn 
Saiict;e Dyinplinœ ibidem, ad coniparendum :2l) pra'fali mensis novembris , coraiii 
domino Vaii deii Dicke, consiliario, et secrelaiio Loyens, tamquam commissaiiis 
inter partes deputatis, ad aiidiendam coiiclusionem a supplicantibus pradiclis, et 
dictai'um citatoiialium impetrantibus tune proponendam. Quando dicti impétrantes 
comparuerunt per procuratorem suum Charliers, et citati per suos respective procii- 
ratores Goubat, Mayolet et Van den Neuckere. 

Dicebatque impetrantiura procurator, in verbali tune habite, ultra id quod in 
pra;fatis litteris aliegabatur, adiiuc considerandum esse, prœfati muuicipii Gelensis 
parochiara extendi ad duo milliaria cum dimidio in diametro ; esseque varias domos 
ex opposite etiani tantumdem dissitas, quarum incolse ssepe eodem tempore deeum- 
berent, et spirituali egerent animae medecina, idcoque impossibile esse eisdem 
infirmis sacramenta niinistrari, eos visitari, solari et adversus diaboli tentationes 
adjuvari , iiisi per competentcm nnmerum eccclesiasticorum; priefatum vero 
pastorem super eo admonitura agnovisse se in iis providere non posse, absque 
certo vice pastorum numéro, cum uno impedito in ofiicio ecclesiastico, altero in 
administrandis infirmis, ad hue alii. necessarii sint ad invisendos œgros, et 
obeunda reliqua onera pastoraha. Hinc concludebant impétrantes, ut singuli 
citalorum in solidum , vel ad minus onines conjunclira eonideninarcntur, 
ut supphcantibus provideant, aut provideri sinanl, de tribus ad minus ciipelianis 
seu vicepastoribus, aut saltem eo capelianorum numéro, qui judieio hujus senatus 
sufiiciant et capaces sint una cum paslore ordinario parochiae servire et functio- 
nibus pastoralibus satisfacere , tam in exeipiendis confessionibus , calechisa- 
tionibus, administrandis Sacrameritis , quam visitandis, assistendis et consoiandis 
inlirrais : idque cum mandate, ut per citâtes unicuique capelianorum annue assignetur 
et detur necessaria ipsorum corapetentia, ad ratam trecentorum tlorenorum annue, 
vel aiiam quamcumque vel majerem suam (ultra accidentia) prout senatus pro 
causae circumstantiis arbitrabitur ; et in casu ulterioris litis saltem per provisionem, 
eo qued causa delationem haud patiatur ob periculum in mora ; permittentes 
intérim ipsis citatis, ut, via amicabili vel juris, inter se dispiciant et conveniant 
que ordine et pro qua parte quihbet ipsorum in dictani competentiam concui'rere 
debeat : concludendo cura expensis ; super omnibus petentes jus dici, sive 
conjunetum sive divisura, prout senatus secundum justitiam aequum judicabit. 

Quibus predicti duo primi citati, nimirum episcopus antverpieusis et abbatissa de 
Ruosendael, et quartus, scilicet capitulum sanctae Dympnae, respondentes, ita 
concluserunt, ut impétrantes, in quantum contra ipsos reqnisierant et concluserant 
in hac sua requisitione et conclusione, saltem in modo et ferma declararentur non 
fnndati et non receptibiles cum expensis ; eo quod jam a quadraginta annis 
idmrauiiilas Gelensis parum sit immunita vel aucla, qu« uumquani fuerit conquesta 



190 



de di'fiTdi iiniciiiiiiiii diviiiunim a|iiiii vit'anini gencrarcm BuscnducpnsfMii, ciii 
privative roniiictt'iet illi ilercL-tiii iirovidcrc, jiixta synndiim et edicta rjuiP iiaiic 
tiialciiani s|)i'('taiil ; neqiie etiaiii Icrtiiis citatns leclor sive pastor ordiiiarius Gcleiisis 
iiniqiiain fiiisset ron(]iiestus ; ciijiis |irrd(i-css(ir laiidaliiliU'r fiirirtionibus pastnraiibus 
salisfecerat, ciiiu to adjiitdiio rapcliaiionini seii vice|ias(oriiiii, qiiod siiii nccessa- 
riuiii jiidicahat : quo iKiii obstaiite adliuc iiDlaijilitcr patriiiiunium suum aiixcrat : 
quemaiiiiioduiii dii'tus tertius citafus paslor Gciciisis ctiain similes capellaiios sive 
vicepastores assnmpseiat et diniiseiat , piout judicabal necessarium pro miinere suo 
pastorali obeundo ; ciii sustiiiendo non pamni ipsi snbserviebant (lieet citra uUaiii 
obligationeni) doniini (piartu loco citati ; quorum quatuor actuaiiter confessiones 
excipiuut. Insuper, quod ex supplica et ratiociuio verbali impelrantium sua sponte 
piollueret, ipsos nidlam actioiiem habere conlra primo, secundo, fertic respective 
iocis citatos , qujr actionis exilusio sinyiilaritcr lorinii baltere respecta du<prnni 
piiuruMi rilalorum; eo quod nullas deciuias ecclesiaslicas leveHt in parocliia 
(".c'Ii'usi : et quod tertio lnco cilalus tantuni sobis liaberet, quaui quatuor ?x quarto 
liico citatis, id est, canonicis Sanctte Dyiupiins; ac iusuper ejiis acrideutia 
quolidiana ad majorem sunimain auiiue ascenderent, quaui annui proventus uuius 
canonici. 

Concluserat quoque tertius citatus, pastor Gelensis, in sno scripto Ad omiies 
pues , ad hor , ut ini|)ctrantes declarentur non fundati , nec receptibiles cuni 
expensis , prout contra ipsum concluserant 20 uovenibris ; hac inter reliquas rationc, 
quod impétrantes debuis^-ent adiré viearium generaleni Buscoduceusem , utpote cui 
privative competit de eoruni querelis dispicere et providere, quod ut adiiuc faciaiit, 
liberuni permittit impefrantibus , queniadmodum et agere adversus reiiquos deci- 
matores citatos. Insuper diceiiat quod terlia pars decimarum, qua^ cum capitulo 
Sancta^ Dyniphn* dividebat , sibi competeret titulo oneroso et pastoratus , cujus 
annui proventus, uno anno respective cum altero coliato, deductis deducendis 
vix ascenderent ad trecentos patacones ; quodque se sempcr valde laudabiliter 
exhibuerit in functionibus pastoralibus , in catecliisando , conci(mando , coufessiones 
excipiendo , assistendo et administrando inlirmis, et omnibu.^ suis sui)ditis, quibus 
tantum poterat satisfacere , totaliter seipsuni impendendo. Quod si quaudo(|ue ipse 
et praedecessores sui assumpserint in commodum suum vicepastores aliquot, suoque 
sumpta alueriiit , id ab iis absque ulla vel mininia obiigatione faclum esse. Fateri 
ijuidem se , si permanentes aliqui vicepastores existèrent, communitafem melius 
curandam, solandam et juvandam esse, (piam modo defectu permauentiuni coad- 
jutorum ; en ipieniquam plane i (inlidat se ad petitionem impetranlium nidiatenus 
retineri , ut tamen ostcndat incliiiatitMiem suam ad quietem et bnnam cum ipsis, 
nti pa'-liir l'urum, correspoudentiam, si en adducere possint alios citatos ni aliqui 
permanentes vieepa>toies pmcurarentur, se Inlieiiln pm imna jiarte (•oiitribiiluruin 



— 191 — 

ad id qund |iro cdnijictciilia eoniiii aut via aiiiicaliilis aiil jiiris dccerncrelur ; nnuio 
vice versa itiipelraiites eum ab omnibus cueiibus publicii< , pro iiuiia sua parte, 
qiiani in diclis deciniis possidet, e\iniant. 

Quas ratiunes aliasque per citattis allatas ipsi inipelrantes in suo verbali rejeic- 
rant ut abusivas, frivolas et impertinentes; adeoque perstiterant sinipliciter loco 
replii^-e, petentes ut eitati similiter persistèrent loco duplica- ; utqne partibus hinc 
inde iiijiigeretur scribere per advertissenientum , ut amnt .- quo injucto , utrinique 
ita s(;riptuiu fuit, et conciusmn in causa. 

Pustque duo primi eitati, scilicet episeo^wis Antverpiensis et abbalissa de 
Rijosendael, 11 februarii 1684, per libellum eivilem, dixerant quod etianisi non 
sine causa considèrent clare se demonstrasse, quod impétrantes perpeiwm et injuste 
ad onus eorum conclusissent, sibi tamen ad majoreni cansœ elucidationem visum 
fuisse exponere , quod quarto loco eitati, nimiruin canonlci Sancfae Dyniphiise , sint 
[lastore primitivi Gel*, quod tertio citato pastore Gelensi taliter sit provisum de 
tompeteiitia et canonica portiune , ut annue sumniam !2,0O0 florenorum reciperet : 
quod ullerius in dicio niunicipio essent varia benelicia simjilicia, uti et personatus 
aliquis niagni proventus. Sed duos prinios citatos levare décimas in dicta parociiia, 
quemlibet pro tertia parte, alla tertia manente penas pastorcs primifivas, videlicet 
quarto loco citatos , quique in ea qualitate , ex pra^dicta sua tertia , pro congrua seu 
ranonica poitione et competentia, tertiani partem assignannit tertio citato pastori 
Gelensi , quam et recipit ultra décimas uovales , qnge magna- ibidem sunt 
considerationis. Quibus jungebant, décimas suas se non solum e manu laica accepisse, 
verum etiam tilulo oneroso anniversariorura et aliorum onerum possidere : 
spe